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Re: A l'est d'Eden

Sam 8 Avr 2023 - 22:58

Je me sens trembler des pieds à la tête et je suis incapable de me calmer. Ca fait déjà plusieurs nuits, depuis que j’ai planté Tasya au milieu de la cour, que je ne dors quasiment pas. Et, avec les journées que nous avons, c’est une forme de suicide ou peu s’en faut. Sauf que, j’ai beau être passablement déprimé, je n’ai pas envie que ça arrive. Alors, je dois déjà essayer de faire disparaitre la douleur. Avant d’aviser du reste.

Je sais pertinemment que parler avec la brune est un des moyens de sortir la tête de l’eau. Pourtant je l’évite, tout comme j’évite Elliot depuis trois jours, parce que je n’ai pas envie de leur faire subir ma déprime. Mais là, je suis en train de me noyer tout seul. Et mon bras en charpie en est la preuve. Je m’attends presque à ce qu’elle m’envoie balader, mais elle me laisse rentrer. Forcément, une fois à l’intérieur, j’hésite, avant de soupirer longuement. « Je… ce n’est pas très joli à voir. » Je finis par tendre la main vers elle, soulevant le linge. Sur mon avant-bras droit, gravés maladroitement, les noms d’Anjali et des enfants. « Avant que tu demandes, j’ai fait ça avec un tesson de verre. »

Je crois. A dire vrai, je me souviens surtout avoir cherché le feutre que j’utilisais d’habitude, mais en vain. Et que mon regard a capté ce petit morceau de verre. Je sais que si un garde m’avait attrapé avec ça, j’aurais eu de gros, de très gros problèmes. Mais j’ai eu de la chance, si on peut dire. Tout est devenu passablement relatif dans cet endroit cauchemardesque. Un nouveau soupir m’échappe, alors que je lui lance un regard en coin. « C’est moche à quel point ? » J’ai l’impression que c’est en train de s’infecter. C’est probablement le cas d’ailleurs, mais chaque blessure est devenue tellement douloureuse que je ne fais plus vraiment attention à ce genre de choses.

Un nouveau silence, avant que je me décide à parler de nouveau. « Je suis… désolé. De vous éviter. C’est juste que… » Un haussement d’épaules, alors que mon regard se perd dans le vide. « C’était mon anniversaire de mariage et… enfin… je suis fatigué Tasya. Tellement fatigué. » Je n’arrive même plus à être en colère ou à essayer d’y croire. Je me sens juste épuisé. « Je n’ai pas prié depuis des jours. » Pourtant, en temps normal, je me réfugie dans la prière ou le chant, elle est bien placée pour le savoir. J’ai de toute façon annulé les soirées chorales depuis près d’une semaine aussi, incapable de faire bonne figure.
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Re: A l'est d'Eden

Dim 9 Avr 2023 - 23:04

Tasya attrape doucement le bras de Mason pour regarder la plaie. Elle grimace. Ce n'est pas joli effectivement, le sang coule, les prénoms des enfants et d'Anjali sont marqués profondément dans la peau. Son ami lui avoue avoir fait ça avec un tesson de verre. La mexicaine ne commente pas, c'est inutile. Ce que Mason a fait est un geste désespéré. Inutile de l'accabler un peu plus. « Je dois désinfecter, ça ne va pas être agréable... » Elle a un faux sourire, désolée d'avance pour la souffrance que ça va lui procurer. Elle se détourne quelques secondes le temps d'attraper un chiffon propre et une bouteille de désinfectant qu'elle garde précieusement. Djamal lui a laissé, surement un oubli. Elle imbibe le linge avant de relever le regard vers Mason « J'y vais.. » Et avec douceur, elle nettoie consciencieusement la blessure.

Lorsqu'il lui demande à quel point ce n'est pas joli, elle secoue doucement la tête : « Tu vas en garder une trace, mais ce n'est pas ça qui m'inquiète le plus. » Elle fait quelques secondes les gros yeux. « On en a déjà parlé mais si la blessure s'infecte, je ne pourrais rien faire... » A quel  point le tesson de verre était-il propre ? Pour peu qu'il soit infecté de pisse de rat ou d'autres cochonneries qui trainent dans les rues du bidonville de Colville, Mason risque de souffrir un maximum, voir pire. S'ils ne peuvent éviter certaines blessures, inutile de s'en faire de nouvelles, non ? Une fois de plus, elle comprend son geste. Une fois la plaie désinfectée, elle attrape un linge propre et entreprend de le nouer autour de Mason. «  Garde le au maximum au sec et repasse le changer au moins deux fois par jour, je vais avertir Line. Si je ne suis pas là, tu lui demanderas de désinfecter la plaie, ok ? » Son ton ne laisse transparaitre aucune négociation.

Alors, est-ce qu'elle doit lui faire la morale ? Non, il connait les risques et son geste est celui d'un homme désespéré. Ils ont tous des hauts et de bas ici et Mason est clairement en train de traverser une grosse phase négative. Elle hausse les épaules quand il s'excuse pour les avoir évité. Si elle lui en veut un tout petit peu, elle comprend bien vite les raisons de son éloignement. Elle pince ses lèvres. « Je suis désolée pour toi, Mason » Elle soulève le menton de son ami pour plonger son regard dans le sien. « Il faut que tu tiennes encore.. Pour elle, pour eux... Tu n'as pas tenu jusque là pour rien. Tu vas y arriver » Sa main se pose sur la sienne, à quelques centimètres des prénoms incrustés dans sa chaire. Elle-même a beaucoup de bas et son ami est toujours là pour elle.

La mexicaine le serre dans ses bras, le plus fort possible. « Viens » murmure-t-elle. Tasya l'entraine avec elle en le tirant par la main. Elle sort du dispensaire et prend la direction de la petite Eglise. Elle n'y a jamais mis les pieds depuis son arrivée ici. Sa foi est partie depuis quelques temps, incapable de la garder alors que tout va si mal, mais pour son ami, elle est prête à renouer avec, au moins le temps de quelques heures.

Et puis, en traversant le bidonville, ils sont quelques uns à les suivre. Elle reconnait Marvin, Jude, Line et d'autres habitués des séances de chorale. Comme s'ils sentaient que Mason avait besoin de soutien, ils suivent le duo jusqu'à l'Eglise et y rentrent, gardant le silence. Sa main se glisse dans celle de son ami et elle serre fort ses doigts. Là, à voix basse, elle chuchote : « Anjali. Charlie. Joker. Sally. Tommy. Cara. Keneka. Dimitri »  S'il a peur de les oublier, ils seront tous là pour les lui rappeler. « Jacob. Eva. Elio. » continue-t-elle. Derrière elle, ils prennent tous la parole un à un pour évoquer des noms : ceux des personnes qui leur sont chères.


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Re: A l'est d'Eden

Lun 10 Avr 2023 - 13:06

J’ai un soupir, me contentant d’un bref hochement de tête aux paroles de la brune. Avant de souffler, à mi-voix. « Je sais que ça va faire mal… mais ça ne pourra pas être pire. » Bon, évidemment, je me trompe lourdement et j’écarquille les yeux, les mâchoires contractées, au premier contact du chiffon sur ma peau. Je ferme le poing et j’essaie de ne rien laisser échapper. Mais j’ai l’impression que mon avant-bras entier me brûle.

Une longue inspiration, alors que j’essaie de calmer mes tremblements et que je me raccroche à ce qu’elle me dit. « On n’est plus à une marque près hein… » Soufflé avec un sourire sans joie avant que mon regard ne se perde un instant à fixer les mots gravés sur ma peau. « Combien de temps avant que je sache si j’ai échappé à un risque d’infection ? » Je sais que ce n’est pas forcément une bonne idée de demander ça, comme de demander combien de temps il me resterait à vivre ou quelque chose du genre. Mais on sait tous les deux que chaque journée ici pourrait être la dernière. Que ce soit à cause du travail qu’ils nous font faire ou tout simplement de la mauvaise humeur des gardes. Il suffit qu’ils soient levés du mauvais pied et c’est fini. « C’est noté… » Pour les instructions. J’aurais préféré que Line ne soit pas au courant, mais je ne vais pas négocier sur ce point-là, pas plus que sur les autres.

Je me sens de toute façon trop épuisé pour ça. Et je finis par laisser tomber mon bras le long de mon corps quand elle le relâche, haussant une épaule quand elle me dit qu’elle est désolée. « Et si c’était pour rien… » Si je ne les retrouvais jamais, à quoi bon m’acharner ? Je serre un instant ses doigts mais je suis incapable de lui rendre son étreinte, alors que j’ai juste le sentiment d’avoir fait le pas de trop et de chuter dans le vide jusqu’à m’écraser. Et la chute est encore plus violente que je l’aurais cru.

Si j’ai un froncement de sourcils quand elle me dit de la suivre, je m’exécute, n’ayant pas vraiment envie de discuter sur ce sujet comme sur les autres. Je reste tout de même interdit quelques instants quand je vois qu’elle m’emmène à l’Eglise. « Tasya, qu’est-ce que… » Je bats des cils quand je vois que d’autres nous emboitent le pas, sentant mon cœur s’accélérer sans même que je comprenne réellement pourquoi. Je finis par m’assoir sur l’un des bancs, effleurant le bois avec hésitation, avant de me figer quand elle reprend la parole. Et, si je commence à avoir les larmes aux yeux, c’est le murmure des gens qui m’entourent qui finit par rompre les digues. Tous ces noms, toutes ces personnes qui ne sont pas là. Tous ceux qui nous manquent, à chaque seconde. Tous ceux qui nous empêchent de sombrer. Je finis par replier mes genoux contre moi et je pleure silencieusement, tremblant des pieds à la tête, alors que les secondes, puis les minutes s’égrènent. Je me suis efforcé de ne pas craquer depuis des mois et j’ai terriblement peur de ne pas pouvoir me relever maintenant que c’est fait.

Je ne suis même pas sûr que j’en aurais réellement envie si je n’entendais pas leurs noms à eux. Aux autres. Et je finis par inspirer longuement, alors que je commence à les répéter à mon tour, sentant mon bras pulser au rythme des mots.  Je finis par tourner la tête en direction de Tasya à qui je murmure, d’une voix tremblante, ma main serrant la sienne avec force. « Merci… » D’être là. De me tenir la main. De m’aider à ne pas les oublier. Il faudra encore tenir quelques jours, quelques semaines à peine, mais ça, je ne le sais pas encore. Je sais juste que ce moment m’aura empêché de sombrer pour de bon et ça, je ne risque pas de l’oublier.
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Re: A l'est d'Eden

Lun 10 Avr 2023 - 19:37

« Nous n'aurons aucune certitude tant que la plaie ne sera pas entièrement cicatrisée.. Et la cicatrisation va dependre de plusieurs facteurs : ton état de santé, ta fatigue, les conditions d'hygiène.. » Tasya pince ses lèvres, Mason peut facilement faire une déduction logique et pas forcément encourageante. « Ça peut prendre du temps... » Rien ne joue en la faveur de son ami à ce niveau-là, surtout qu'il n'aura aucune dispense pour sa blessure. Il va devoir aller travailler aux mines et aux champs avec. C'est donc primordial qu'il vienne ici au moins deux fois par jour pour désinfecter la plaie.

Tasya hoche la tête quand il souffle qu'ils ne sont plus à une marque près, avant de soulever la manche de son propre poignet. Plusieurs cicatrices circulaires sont ancrées dans sa peau : des brûlures de cigarettes. Ces marques, elle les a depuis quelques temps déjà mais elle en avait beaucoup trop honte pour les montrer. Un soir qu'il avait trop bu, Alec a trouvé drôle de se servir d'elle comme d'un cendrier.

Mason semble aller mal. Elle ne l'a jamais vu aussi affaibli et déprimé. « Et si ce n'était pas pour rien ? » rétorque-t-elle. « Il faut garder espoir.. » Elle tente de lui sourire. Il l'a longtemps tenu à bout de bras. Sans lui, elle ne serait pas là aujourd'hui. « Ils comptent sur nous pour tenir. » Parce qu'ils ne peuvent rien faire d'autre que tenir, pour espérer un jour être réunis. Si parfois l'espoir s'en va chez l'un, ils se doivent de l'entretenir pour l'autre justement.

Et lorsque son ami s'effondre, elle sent son cœur se briser à son tour. Si elle ne craque pas, elle reste là, à ses côtés, autant de temps dont il a besoin. A son merci, elle se contente de hocher la tête en silence. Il n'a pas à la remercier, ils se soutiennent, comptent les uns sur les autres. Le voir aussi mal est un crève-cœur, elle aimerait tant faire plus. Elle déteste cet endroit pour ce qu'il leur fait subir, elle déteste New Eden. En chœur, avec les autres, Tasya répète les prénoms, pour ne pas les oublier.

****


« Pas de signe d'infection et c'est en bonne voie de cicatrisation. » affirme Tasya en observant la plaie de Mason ce matin-là. Un petit sourire soulève ses lèvres. Inutile de dire qu'elle est soulagée de l'évolution de sa blessure. Quatre jours se sont écoulés depuis que Mason est venu la trouver, blessé. Elle s'est efforcée d'être présente durant tout ce temps pour son ami et a discrètement demandé aux autres de veiller sur lui quand elle n'était pas là. Sa plus grande crainte ? que Mason attente à sa vie. Le voir toucher le fond lui a fait réellement peur. S'il n'a pas retrouvé son enthousiasme d'antan, son ami semble aller un peu mieux. Il a repris les séances de chorale pour le plus grand plaisirs de ses participants. « C'est encore douloureux ? » demande-t-elle alors.

Une voix se fait entendre dans l'entrée du dispensaire, coupant la discussion entre les deux amis. « Où est-ce qu'elle est ? » Tasya reconnaît cette voix. C'est celle d'Alec. Une lueur de crainte passe dans son regard. Elle se tourne vers Mason et lui souffle : « C'est lui. Passe dans la chambre. » Le ton de Tasya est ferme et ne laisse transparaître aucune négociation possible. Il ne faut pas que le milicien puisse faire un rapprochement entre elle et son ami. Mason est un ancien milicien, accusé de traîtrise, cela risque de lui attirer plus d'ennuis qu'autre chose qu'il soit souvent avec elle. Ils en ont déjà parlé. « Reste là quoiqu'il se passe, s'il te plait... » Son regard suit brièvement son ami avant de se reporter sur la porte qui s'ouvre violemment.

Alec s'avance. Il a le regard noir. Il jette sur la petite table d'examens une brioche qu'elle ne tarde pas à reconnaître. « C'est quoi ça ? Tu m'expliques ? » crache-t-il méchamment. La viennoiserie est tapissée de sang. La mexicaine se recule prudemment. Son pouls s'accélère tandis que la peur monte en elle. « Je te rapporte de la nourriture et tu la redistribues aux autres ? » poursuit-il sur le même ton. « Pourquoi tu files ta bouffe à cet homme, il t'a tapé dans l'œil ? » D'un geste brusque, il envoie valser la petite table qui les séparait pour venir saisir Tasya à la gorge et elle remarque ses poings teintés de sang. Un rire lui échappe. « Je lui ai réglé son compte. Il risque de ne plus manger pendant quelques temps.. » Elle laisse échapper un gémissement, horrifiée. La mexicaine sait de qui il parle : cette brioche, elle l'a donnée à James le matin-même. Ils font du troc depuis plusieurs semaines déjà. « Tu me fais mal » supplie-t-elle.

Alec la relâche et la gifle part sans crier gare. Tasya a un hoquet de douleur et bascule en arrière. « On en reparlera ce soir, tu ne t'en tireras pas comme ça. » Il tourne les talons et repart comme il était venu. La mexicaine porte une main à sa joue qui chauffe et rougit déjà. Elle tente de calmer les tremblements qui la secoue et de refouler les larmes qui menacent de la submerger. Comme une automate, elle rassemble les affaires tombées au sol et tente de redresser la petite table. « Il.. Il va falloir renoncer au surplus de nourriture » murmure la mexicaine à son ami tout en évitant de croiser son regard. Elle a honte qu'il ait assisté à ça.

En ramassant les affaires, elle tombe sur une Bible qu'elle attrape. « Au fait, un des miliciens m'a donné ça l'autre jour. Il te sera plus utile qu'à moi. » Elle lui tend l'ouvrage. Si elle a essayé de le lire, elle y a vite renoncé. La Foi l'a quitté depuis un moment déjà. Elle peine à se raccrocher à ça alors qu'ils vivent un enfer.
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Re: A l'est d'Eden

Mar 11 Avr 2023 - 21:32

Garder espoir.

Ces quelques mots résonnent dans ma tête, alors que nous finissons par quitter l’Eglise. Et, pour la première fois depuis des jours, j’arrive à dormir. Oh, pas assez longtemps et je suis toujours épuisé au réveil. Mais ça va déjà un peu mieux. Si tant est que cette expression ait réellement encore du sens. Les jours s’enchainent et je m’efforce de me répéter chaque jour de garder espoir. Pour elle, pour eux. Pour que tout ça ne soit pas en vain. Je pensais m’être habitué au manque, mais il est toujours aussi douloureux. Mais je fais avec. Parce que je n’ai pas envie d’en finir de cette façon. Sans compter que je ne suis pas le seul à souffrir. Loin de là. Et moi, j’ai quelque chose à quoi me raccrocher. Alors je n’ai pas le droit de lâcher prise.

Et je finis par laisser échapper un soupir quand Tasya me dit que mon bras cicatrise bien. « Ces idiots se sont cotisés et m’ont trouvé un pain complet de savon. Pour nettoyer ça régulièrement. » J’ai un sourire, tout en secouant la tête. « Ils ont même trouvé des linges propres. » Et, à sa question, je me contente de souffler, à mi-voix. « Ca va mieux. » Pour mon bras. Pour le reste.

Mais je me fige quand j’entends la voix d’Alec. Secouant la tête quand elle me dit de rester caché, je n’ai pas le temps de réellement protester qu’elle a déjà refermé la porte. Et je les entends. Je pose mon front contre le bois de la porte, serrant les poings, alors que chacun des mots que ce monstre prononce s’ancre dans ma tête. Un jour, il paiera. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment. Mais il ne s’en sortira pas comme ça. J’ai un sursaut quand j’entends la gifle partir, mais je sais que je ne peux rien faire. Que si j’ouvre cette porte, ce sera encore pire pour Tasya.

Je prends une grande inspiration quand je finis par sortir quelques instants plus tard, la fixant quelques instants sans rien dire. Et je la suis des yeux, toujours en silence, alors qu’elle finit par me tendre… une Bible. Un froncement de sourcils et je finis par passer mes bras autour d’elle pour la serrer doucement contre moi. « On s’en fiche de la nourriture Tas’. On s’en sortira sans. » Un temps, puis j’ajoute, dans un murmure. « On s’en sortira. » Je finis par la relâcher et je commencer à feuilleter la Bible, avec précaution, mes doigts tremblant un peu alors que je sens une émotion qui ne m’était plus familière depuis bien trop longtemps. J’ai un sourire un peu triste, avant de tourner une autre page, puis une autre. « Je sais que… que tu n’es plus vraiment portée sur la Foi. Et je comprends pourquoi. » Je finis par m’assoir sur un des lits du dispensaire et je tapote la place à côté de moi. « Il y a un passage que je n’ai jamais vraiment compris jusque-là. Attend… » Un bref froncement de sourcils alors que j’essaie de m’en rappeler. « Tu sais qu’à une époque, je connaissais tellement de versets que j’avais gagné un prix ? » Et là, c’est à peine si je me rappelle des bases. « Ah. Voilà. Car moi, le Seigneur, je sais bien quels projets je forme pour vous ; et je vous l’affirme : ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir à espérer. » Un bref silence, avant de reprendre, toujours à mi-voix. « Depuis que vous m’avez dit de garder espoir, je repense à cette phrase. Je ne suis pas… » Un toussotement. « Je n’ai jamais vraiment songé aux projets que Dieu pouvait avoir pour nous. Mais je me dis, depuis quelques jours, que chacune de ces épreuves nous permettra de retrouver les nôtres. Qu’il faut faire du mieux qu’on peut. Pour ça. » Je ne sais pas si je suis vraiment clair, mais j’ai envie qu’elle pense à autre chose qu’à Alec, qu’au mal qu’il lui fait. Qu’elle pense à l’idée qu’il pourrait y avoir un après. Et qu’on sera tous les deux là pour le voir. Tous les trois, avec Elliot.
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Re: A l'est d'Eden

Mer 12 Avr 2023 - 18:12

Un sourire soulève ses lèvres quand Mason évoque cet élan de solidarité envers lui. Tasya hoche doucement la tête. S'ils sont tous plus miséreux les uns que les autres, les disgraciés peuvent se montrer vraiment solidaires entre eux. De véritables amitiés sont nées et elles sont indispensables pour survivre. « Et cela t'a probablement sauvé la vie » affirme-t-elle. De son côté, l'infirmière a épuisé les stocks de savons que lui avait laissé le docteur Vanhooten. Les traitements contre la peste fondent à vue d'œil et elle a, de nouveau, l'impression qu'ils sont livrés à eux même. C'est un enfer sans fin. « Continue de bien nettoyer la blessure mais le risque d'infection a bien diminué. » La brune lance un dernier regard sur les mots désormais gravés dans la chaire de son ami. C'est une façon comme une autre de les avoir pour toujours avec lui. Elle comprend son geste, il y a de quoi perdre la tête ici. Ils ont tous un jour ou l'autre perdu l'espoir et cru devenir fou.

Après le passage d'Alec, la peur reste, Tasya sait que ce n'est pas fini, que le soir venu, elle va devoir rentrer et subir encore sa colère. Sa main passe sur son ventre. Si elle tient, c'est aussi grâce à son bébé, sans lui, elle aurait lâché prise depuis bien longtemps. Alors qu'elle tremble encore, il vient la serrer contre elle et la mexicaine se raidit avant de se laisser aller à son étreinte.  « On s'en sortira » Les mots résonnent en elle mais trouvent difficilement écho. Les tremblements finissent par se calmer petit à petit.

Lorsqu'il tapote le lit à côté de lui, Tasya vient s'assoir. « Tu as gagné un concours car tu connaissais tous les versets de la Bible ? » Elle finit par secouer la tête et par esquisser un sourire même si le cœur n'y est pas.  « Non, en fait, ça ne m'étonne pas vraiment... » Mason est l'homme le plus pieux qu'elle connaisse et elle l'admire pour cela. Assise à ses côtés, elle l'écoute lui parler de la religion, de projets que Dieu peut avoir pour eux.  « Et Alba ? » finit-elle par murmurer « Elle aurait dû retrouver Amalia, pas mourir ici.. » Ses yeux se relèvent vers son ami. Elle évoque Alba mais ça concerne tous ceux qui ont perdu injustement la vie ici. « Quel était le projet de Dieu pour elle ? » Est-ce aussi simple ?

La réflexion de Mason sur la Bible la pousse à réfléchir, pour elle aussi. « Ils vont faire adopter mon bébé. » murmure alors Tasya. « J'ai rencontré ses futurs parents. » Sa main caresse l'arrondi de son ventre où le bébé vient donner un coup de pied. « C'est une bonne chose. Mieux vaut eux qu'Alec. C'est peut être ça ma destinée, le destin que me réserve Dieu ? Offrir un bébé à des personnes qui ne peuvent pas en avoir... » Et l'idée serait presque réconfortante si elle n'etait pas associée à un contexte aussi cruel. C'est en tout cas, la seule chose un peu positive concernant son propre avenir. Cette femme qu'elle avait rencontré sera sûrement une bonne mère, mieux qu'elle qui ne peut rien offrir à son enfant. « Alec ne doit surtout pas le savoir, au moins jusqu'à l'accouchement. Après.. » Elle hausse les épaules. S'il la tue, ce sera une délivrance. Elle n'en peut plus, elle est à bout et elle sait que vivre la séparation avec son bébé sera insupportable. Elle ne veut pas vivre avec le même manque que celui de ses jumeaux. Alors oui, si ce couple adopte son bébé et lui offre tout le bonheur qu'il mérite, elle aura au moins le sentiment d'avoir fait le bien.

Hélas, sa réflexion la pousse encore plus loin quand elle songe à ce qu'il s'est passé avec Elliot. « Ils ont des.. arrangements ici. L'Eveque propose des disgraciées aux couples ne pouvant pas avoir d'enfants. Elles servent de mère porteuse.. Je.. Je ne supporterais pas d'en devenir une. » Elle a eu trois enfants en moins de deux ans, elle est fertile, jeune, et donc probablement la candidate idéale. L'idée de se faire violer par un homme pour pouvoir porter un enfant lui est par contre insupportable. Servir la cause de Dieu oui, servir de pondeuse, non.  « S'il y avait vraiment un Dieu quelque part, comment pourrait-il accepter toute cette cruauté ? » Ses yeux scrutent ceux de Mason à la recherche d'une réponse. Elle n'a pas complètement renoncé à la Foi mais en enfer, difficile de croire en quelque chose qui semble avoir déserté ces lieux. Si dieu existe, peut-être qu'il les a oublié lui aussi.
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Re: A l'est d'Eden

Lun 17 Avr 2023 - 10:22

J’ai un léger froncement de sourcils, laissant filer un silence alors que mon regard se perd à fixer cette liste de noms. « Il n’y a pas que le savon qui m’a sauvé la vie. » C’est un tout. Leur soutien, cette solidarité que je me surprends à trouver dans les pires moments, comme une lueur d’éclaircie au milieu d’une tempête qui n’en finit jamais. Je ne sais toujours pas comment chacun de nous fait pour se lever le matin. Certains d’ailleurs, n’y parviennent plus. Et j’étais à deux doigts de finir comme ça aussi. Les privations, l’épuisement, cet acharnement qu’ils ont à nous traiter comme des déchets, avec encore moins de valeur que des animaux qu’ils ont asservis. Pourtant, je suis toujours là. Et je continue de mettre un pied devant l’autre, tant bien que mal.

Mais ça va mieux. Il n’y a aucune raison à cela, vraiment aucune. J’ai eu une grosse période de bas et je remonte la pente, doucement mais surement. C’est à mon tour d’aider comme je le peux Tasya, surtout après le passage d’Alec et la façon dont il continue de la traiter.  Je ris doucement à sa réaction quand je lui parle de la Bible et je finis par hausser une épaule. « Pas toute la Bible. Il y a quand même 31 102 versets. Mais j’en ai retenu un nombre certain. »

Au reste, je la laisse parler, sans l’interrompre. Elle a besoin de dire à haute voix tout ce qui la ronge, tout ce qui l’empêche d’avoir la Foi. Et je peux la comprendre. C’est même beaucoup logique de croire que Dieu nous a abandonnés dans cet endroit sinistre, parce que, dans le cas contraire, ce serait à se demander à quel point il n’est pas juste cruel. Mon cœur se serre quand elle parle de l’adoption de son bébé et je ne réalise pas vraiment que la date se rapproche à grands pas. A dire vrai, ce n’est que le passage des saisons et l’arrondi de son ventre qui me permettent d’avoir une vague idée du temps passé ici, jusqu’à ce que j’entende que nous étions déjà début mars. Et de me dire que nous sommes là depuis près de cinq mois m’horrifie. Mais ce n’est pas le moment d’y penser.

J’ai une brève inspiration, attrapant la main de Tasya pour la serrer doucement. Et je laisse filer quelques secondes, avant de reprendre, à mi-voix. « Il y a un verset dans les épitres corinthiennes qui doit te dire vaguement quelque chose. Ca donne à peu près ça… » Un nouveau froncement de sourcils, alors qu’une fois de plus, je m’efforce de travailler ma mémoire, ce que je n’avais pas fait depuis des semaines. « Aucune épreuve ne vous est survenue qui n'ait été humaine. Or Dieu est digne de confiance : il ne permettra pas que vous soyez mis à l'épreuve au-delà de vos forces. Avec l'épreuve il ménagera aussi une issue, pour que vous puissiez la supporter. » De nouveau un silence, alors que je reprends, d’une voix bien plus douce que d’ordinaire. « Je pense que Dieu nous met à l’épreuve. Dans chacun des moments que nous vivons ici. Notre Seigneur est quelqu’un de miséricordieux, mais il est tout aussi exigeant. Peut-être parfois un peu trop à nos yeux. Et la Foi est bien plus éprouvée dans les pires moments que quand tout est facile. C’est normal qu’elle vacille, surtout avec tout ce qui nous arrive. Mais c’est aussi le moment de prouver qu’elle est plus forte que ça. »

J’ai un bref soupir avant de continuer, toujours sur le même ton. « Alba aurait dû pouvoir retrouver son amie. Elle aurait dû pouvoir sortir d’ici. Ce qui lui est arrivé est profondément injuste. Mais ce n’est pas à nous de décider qui doit vivre ou mourir. J’ai envie de croire qu’elle a enfin réussi à trouver la paix qui lui échappait depuis des années. Qu’elle est enfin heureuse là où elle est. » Elle n’a pas mérité ce qui lui est arrivé, comme personne ici ne mérite son sort, quoi qu’il ait pu faire auparavant. « Je ne pense pas que Dieu accepte cette cruauté. Ou qu’il nous a oubliés. Je pense surtout que c’est dans un tel endroit qu’on peut trouver le meilleur de l’homme tu sais. Et qu’il laisse à l’homme le choix de prendre une voie ou une autre. » On peut aussi trouver le pire mais ça, nous le savons tous les deux. « Chaque geste ici à son importance. Chaque mouvement de solidarité. A chaque fois qu’un gardien ferme les yeux pour nous éviter des problèmes. Quand l’un d’eux pose un morceau de pain à la fenêtre au moment des chorales. Quand tout un baraquement se cotise pour trouver du savon. Quand des inconnus viennent nous aider à nettoyer un dortoir pour réussir l’impossible. Et on sait tous les deux que je pourrais continuer longtemps comme ça. » Nous avons pu le voir tous les deux au fil des semaines. Il y a cette petite lueur qui brille chez la plupart des gens que nous avons croisés et qui est toujours là. « Pour moi, chacun de ces gestes reste guidé par Dieu, d’une façon ou d’une autre. » Je serre la main de Tasya un peu plus fort et je reprends, le regard brillant. « Tu n’as pas encore accouché. Ton bébé est toujours là. Avec toi. Et il va bien. On ne sait pas encore de quoi demain sera fait. Mais tu dois avoir la Foi. » La Foi qu’un monde meilleur nous attend, malgré tout.
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