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A l'est d'Eden

Lun 19 Déc 2022 - 16:40


2 décembre 2022 - 8h05

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal…

Je claque des dents alors que j’essaie de me concentrer sur ce que dit le garde. Mon regard se perd un instant à fixer mes doigts. Et je m’efforce d’ouvrir et de fermer le poing, de ne pas me focaliser sur la douleur du froid et des crevasses qui commencent à recouvrir mes mains. Je me retrouve rapidement avec une pelle entre les mains, réalisant que je n’ai pas compris un traitre mot de ce que l’homme nous a dit. Mais son regard pèse trop longtemps sur moi pour que je reste sans bouger. « Tu retournes la terre ici et j’enlève les cailloux, okay ? » Je bats des cils, fixant un de ceux qui partagent le baraquement avec moi, sans trop comprendre. « Bouge-toi le nouveau si tu veux pas qu’on se fasse flinguer tous les deux. Après on échange. »

Un vague hochement de tête, alors que j’enfonce la pelle dans le sol gelé. Le travail est fastidieux, pour un peu j’aurais envie de dire qu’il est parfaitement inutile et ne sert qu’à nous épuiser un peu plus. Mais la menace des fusils et ce vague espoir d’un repas chaud en fin de journée permet de tenir debout et de continuer, alors que j’essaie de ne pas me focaliser sur l’absurdité de notre tâche.

Riley me rend un vague sourire et hoche la tête, comme pour m’encourager à avancer. Il fait partie des quelques personnes avec qui j’ai parlé depuis que je suis là, estampillé du mot traitre sur le front. Mais je ne suis pas le seul. Tout le monde ici a été envoyé pour avoir failli face à notre merveilleux Eden, alors c’est à peine si je fais tâche dans le décor.  

Depuis combien de temps est-ce que je suis arrivé ici ? Franchement, je commence à perdre le fil. Je dirais quelques semaines, pas plus. C’est à peine si on s’est occupé de moi. Un numéro de plus dans une liste beaucoup trop longue. On m’a balancé dans un des baraquements avec une couverture mitée et un uniforme de prisonnier. Un manteau trop fin pour la saison que j’ai enfilé juste avant qu’on me rase le crâne. « Pour éviter les poux et les autres saloperies. » Ou quelque chose du genre.  

Les premiers jours, j’ai espéré que je faisais juste un cauchemar. Que j’allais me réveiller chez moi, dans notre maison. J’espère peut-être toujours encore un peu. Mais la douleur et l’horreur que je vois ici sont bien trop réelles pour qu’elles sortent de mon imagination.

Je pensais que nos dirigeants étaient en train de devenir des monstres. Je ne savais juste pas que c’était fait depuis longtemps. Et qu’ils étaient allés aussi loin.

Autant dire que j’ai dû accuser le coup sans avoir la moindre idée de ce qui avait pu arriver aux autres. A ceux arrêtés avec moi, à ceux que j’ai laissés derrière moi sans même pouvoir leur dire ou leur écrire le moindre mot.

Une fois de plus, je commence à me perdre dans mes pensées. C’est un coup de coude de Riley qui me rappelle à l’ordre. « Allez, on échange. Tu verras, ce sera plus… » Il n’a pas le temps de finir sa phrase que tout semble s’enchainer d’un seul coup. Deux gardes passent à côté de nous, l’arme à la main et nous relevons tous les deux la tête pour voir ce qui se passe. A quelques mètres de nous à peine, un autre duo, un homme plus vieux qui semble incapable de tenir sur ses jambes, alors que le plus jeune des deux s’agite. « Il est plus en état de bosser ! J’vous jure, je le ferais pour deux ! Vous verrez même pas la diffé… ».

Un coup de feu, alors que le plus vieux des deux s’écroule par terre. « Voilà ce qui se passe quand on est plus en état de bosser. » Je fixe la scène, les yeux écarquillés, alors que le plus jeune se met à pleurer à côté de lui. Je crois entre le mot papa entre deux sanglots et je me contente de déglutir, alors qu’il se relève précipitamment en direction du gardien. Et là, un autre coup de feu. Son corps qui s’écroule avant même qu’il ait eu le temps de s’approcher pour être réellement une menace. Le gardien lève les yeux au ciel et soupire en direction de son collègue. « Putain de sentimentaux. »

« Mason, bouge-toi putain… » Un coup dans l’épaule et je me remets à travailler avant même que les gardiens puissent remarquer quoi que ce soit de notre côté. Je me sens trembler des pieds à la tête, alors que les deux corps restent là durant de longues heures sans que personne ne semble s’en soucier.

Et, pendant notre semblant de pause, je vois Riley s’éloigner, s’agenouiller près des cadavres. Il revient vers moi et me tend une paire de gants rougis par le sang, alors que d’autres sont déjà en train de les délester du reste de leurs affaires. « Tiens. » je secoue la tête, le visage hagard. « T’en auras besoin si tu veux survivre ici. » Je finis par tendre une main tremblante et par les prendre pour les enfiler.

Je ne crains aucun mal.
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Re: A l'est d'Eden

Mar 20 Déc 2022 - 12:03


2 décembre 2022 - 8h05


L'homme a ses côtés bouge, se lève et rassemble ses affaires. Tasya reste les yeux clos et tente de maîtriser sa respiration pour feindre un sommeil profond. Ce n'est que lorsqu'Alec sort de la pièce, qu'elle s'autorise à respirer enfin. Même sous cette couverture, dans cette pièce chauffée, elle a grelotté toute la nuit, de peur, d'appréhension. Sa gorge est sèche, nouée. Ici, elle n'a pas Phoebe, Ray ou Hoani pour veiller sur elle. Pour la première fois depuis des mois, elle est totalement livrée à elle-même, elle ne peut compter sur personne d'autre et c'est effrayant. Une fois seule, elle met enfin un pied hors du lit et passe simplement son pull au dessus de ses vêtements pour affronter le froid de l'extérieur.

Dehors, elle tente de retrouver le chemin du dispensaire. L'endroit est grand et elle peine à trouver ses repères. Deux jours qu'elle est là et elle a l'impression que ca fait une éternité déjà, comment tiendra-t-elle des mois, voires des années ici ? Loin des siens ? Tous les regards qu'elle croise, sont vides, éteints. Les gens sont épuisés, affamés. Ils ont tous le crâne rasé et pour ne pas se differencier des autres, elle a noué un foulard autour de ses propres cheveux. Si le bidonville de Walla Walla était difficile, ce n'est rien comparé à l'enfer qui règne ici. L'humanité semble avoir quitté les lieux et il règne une ambiance pesante, la mort semble être partout.

Arrivée à proximité de son nouveau lieu de travail, Tasya repère une silhouette familière en train d'aider une personne en grand état de faiblesse.  « Attends Line, je vais t'aider. » Elle passe le bras autour du vieil homme pour soulager sa collègue et pour le guider vers le dispensaire où il recevra des soins. Le courant est tout de suite bien passé entre Line et elle. Toutes deux infirmières, sa collègue a le cœur sur la main et ne ménage pas ses heures pour aider les autres. Tasya a conscience qu'il faut qu'elle s'entoure des bonnes personnes pour survivre. Sa douceur et sa bienveillance ont déjà beaucoup aidé pour cela, mais sa situation semble en agacer certains.

Depuis son arrivée, Tasya est en effet traitée différemment des autres disgraciés. Elle est infirmière, enceinte et Alec est persuadé qu'il s'agit de son enfant à naître. De ce fait, les autres hommes se tiennent à distance. Elle a conscience que, comparée à tous ici, elle a la chance de dormir dans ce qui ressemble le plus à un lit, au chaud et de pouvoir manger un peu plus convenablement. Les autres dorment souvent dehors, livrés au froid, et ne se nourrissent pas assez. Les gardes les exécutent à la moindre faiblesse, les disgraciés ne sont bons qu'à travailler, même les animaux sont mieux considérés qu'eux. Tasya devrait être soulagée d'échapper à un tel calvaire. Et pourtant.. Être obligée de partager la couche de l'homme qui l'a violée, qui l'a torturée et qui a arraché l'œil de Phoebe est un enfer. Alors elle fait ce qu'elle sait faire de mieux : se consacrer corps et âme aux autres, leur apporter un peu de douceur et de bienveillance pour soulager un peu leur enfer et oublier quelques heures le sien.

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Re: A l'est d'Eden

Mer 21 Déc 2022 - 11:03


10 décembre – 23h45

Il y a longtemps que les lumières sont éteintes. Les derniers murmures de discussion ont fini par s’arrêter aussi et tout est terriblement calme. Je devrais dormir. Surtout que la journée de demain sera aussi épuisante que les autres. Mais j’en suis tout bonnement incapable. Il a fallu à peine quelques mots, une banale question, pour que je perde pied.

« Alors l’nouveau, t’es marié ? »

Un hochement de tête en réponse, alors que mon regard finissait par se perdre dans le vide et que j’étais bien incapable de donner plus de détails que ça. Pourtant, j’en aurais des choses à dire sur elle. Sur tout ce qu’elle représente pour moi, sur sa force, son courage. Sur ce sourire qui fait battre mon cœur un peu plus vite tous les matins. Rien que d’y penser, de me dire que ça fait près d’un mois que je ne l’ai pas vue, que je ne sais même pas si je la reverrais un jour, ça m’a tellement noué l’estomac que j’ai passé le reste de la soirée recroquevillé sur ma couchette, incapable de parler à qui que ce soit.

Riley et les autres m’ont tapoté l’épaule, avec un sourire compatissant. Ils sont là depuis plusieurs mois et ont probablement réussi à surmonter la perte de leurs proches, l’absence de nouvelles. J’en suis loin. Et si j’ai envie de me raccrocher à l’espoir de la revoir un jour, j’avoue que, dans l’immédiat, c’est bien plus compliqué que je le voudrais.

Et j’ai laissé mon esprit divaguer, se perdre dans les souvenirs heureux de notre vie il y a un an à peine. Quand on préparait Noël. Je crois que c’est bientôt Noël. Enfin, j’ai un doute là-dessus pour être parfaitement honnête.

Et le baraquement s’est doucement endormi, alors que mon regard restait à fixer le vide.

J’ai quand même un sursaut quand la porte s’ouvre à la volée et que plusieurs gardiens entrent, le fusil en main. Un froncement de sourcils alors qu’ils commencent à lancer des ordres çà et là. « Vous vous alignez tous à genoux contre le mur et surtout vous fermez vos gueules ! » Un regard aux autres qui s’exécutent et je fais de même, sans discuter, grimaçant à peine quand mes genoux entrent en contact avec le sol gelé. « Les mains sur la tête, allez ! » Et les voilà qui commencent à retourner chacune des couchettes sans la moindre délicatesse. Certains matelas sont même éventrés et finalement, ils s’arrêtent devant un des lits. L’un des gardiens agite alors ce qui semble être une plaquette de médicaments. « Alors, à qui est ce putain de lit ? » Evidemment, c’est un silence de mort qui lui répond. Comme tous les autres, je fixe le sol. « Je vois. Il est à personne. Bande de lopettes. » Il sort son arme et se rapproche de nous, avant de souffler, sèchement. « Vous savez comment on punit le vol chez nous. Vu que vous êtes tous des résidus de merde et que j’ai pas que ça à foutre, on passe direct à l’étape récidive. Mais pour ça, faut que quelqu’un se dénonce. »

J’ai un regard en coin, essayant de voir si quelqu’un bouge, alors que, d’un coup, la voix du gardien qui nous parle me parait bien trop familière pour que je ne la reconnaisse pas.

Alec.

Je baisse les yeux de plus belle, espérant qu’il ne me reconnaitra pas, alors qu’il commence à pointer son arme sur quelqu’un, au hasard. « Am, stram, gram. Pic et pic et collegram… » Tout en parlant, il passe d’un homme à l’autre. « C’est quoi la suite ? Ah ouais, Bourre et bourre et ratatam. Am. Stram. » Et je sens le canon de l’arme appuyer sur mon front. « Gram. » Le cliquetis de la sécurité qu’on défait juste avant d’entendre un cri. « Arrêtez ! C’est… c’est mon lit. » Alec me tapote la tête avec son arme. « Toi, tu sais pas ce que tu rates. » Avant de s’éloigner, non sans un signe de tête aux autres. « Coupez lui les doigts. » Les hurlements de douleur ne tardent pas à se faire entendre et ils finissent par relâcher l’homme par terre. « Le prochain que j’surprends à voler, je le pends par les couilles. »

La porte du dortoir est claquée et le silence tombe de nouveau, entrecoupé des gémissements de l’homme. Personne ne semble oser bouger et, finalement, je me relève pour me précipiter vers lui. Une grimace quand je vois qu’ils lui ont sectionné les quatre doigts de la main droite. « Seigneur… » Murmuré entre mes dents alors que je l’attrape pour le ramener à son lit. « Quelqu’un a un bout de tissu ou quelque chose ? » Evidemment, personne ne me répond ou ne bouge dans l’immédiat. C’est comme si le temps était suspendu alors que je fouille dans mes maigres affaires pour essayer de trouver quelque chose d’utile. Jusqu’à ce que Riley finisse par me tendre ce que je lui demande. Puis un autre type. Adam je crois. Finalement, quelqu’un allume une bougie, puis une autre, alors que j’essaie tant bien que mal de faire un bandage pour limiter les dégâts. Et mon regard accroche celui du blessé. « Pourquoi tu t’es dénoncé ? » Il aurait pu se taire après tout. Et, s’il est recroquevillé de douleur, il souffle, dans un murmure à peine audible. « Parce que j’veux pas les laisser gagner... et perdre mon humanité. T'aurais pas mérité ça. » Et je lui rends un sourire, incapable de faire autrement, avant de souffler une prière silencieuse à son intention.

Le coeur de l'homme prépare sa voie, mais c'est au Seigneur de conduire ses pas.
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Re: A l'est d'Eden

Jeu 22 Déc 2022 - 10:57


10 décembre – 23h45

A quelle heure s'est elle couchée ce soir ? Tôt. Tasya n'a plus vraiment la notion du temps. Ses horaires se font en fonction du jour et de la nuit, en fonction de celles d'Alec aussi malheureusement. Tous les matins par contre, elle grave dans le bois d'un des murs du dispensaire, à l'abri des regards, une petite encoche pour ne pas perdre la notion des jours qui passent. Elle est là depuis 11 jours. 11 jours d'enfer.

Ce soir, Alec n'était pas là quand elle est rentrée. Au fil des jours, elle a remarqué que c'était souvent le même schéma qui se dessinait. Quand il rentre tard, il est fatigué et la laisse tranquille. Que fait-il de ses soirées ? Elle n'en a aucune idée, il a seulement évoqué de petites fêtes nocturnes. Elle ne se fait pas vraiment d'illusions sur le fait qu'ils n'ont pas les mêmes notions de "fête". Tasya en a profité pour se coucher tôt et dormir un peu. Elle est constamment fatiguée, le travail au dispensaire est épuisant, les patients s'accumulent pour des raisons diverses et les soignants n'ont pas une minute de répit. L'angoisse l'épuise aussi. La brune a constamment la boule au ventre. Ses nuits sont agitées, les cauchemars ont repris, accentués par la présence d'Alec à ses côtés.

Peu avant minuit, des hurlements la tirent de son sommeil. Les cris de douleur viennent probablement de quelques maisons, plus loin. Tasya a envie de se boucher les oreilles. Que se passe-t-il là-bas ? Colville est réellement un enfer où l'homme semble laisser libre court à toutes ses pulsions. Si à Walla Walla les disgraciés avaient peu de droits, ici c'est mille fois pire. Peu à peu, les hurlements s'estompent mais elle a l'impression qu'ils résonnent encore à ses oreilles. Un sanglot la secoue mais elle refuse de s'effondrer. Elle doit tenir, pour ses enfants, pour ce bébé à venir, pour Jacob.

Une dizaine de minutes plus tard, la lumière s'allume brusquement et la mexicaine se redresse dans le lit, apeurée. Alec entre et lance au sol sa paire de bottes. « Lave-les. » ordonne-t-il. Tasya se relève et s'arrête, interdite lorsqu'elle voit le sang sur les chaussures. Son regard se pose un instant sur Alec avant d'attraper les bottes et de commencer à les frotter. Mieux vaut ne pas poser trop de questions. Le sang encore frais n'oppose aucune résistance et vient troubler l'eau qui se teinte de rouge.

Le milicien commence à se déshabiller. « C'est toujours la même chose, ils se croient tous au dessus des lois et sont assez stupides pour penser qu'on ne les choppera pas. » Il a un ricanement qui provoque un frisson d'horreur chez Tasya. « Cette fois-ci, c'était une plaquette de médicaments et il a été assez stupide pour se dénoncer. » Il se rapproche de Tasya et elle sent ses mains remonter le long de son dos jusqu'à sa nuque qu'il serre doucement. Au creux de ses oreilles, il vient murmurer : « Tu sais ce que je lui ai fait ? Je lui ai coupé 4 doigts. » Il a un nouveau ricanement. « Tu l'aurais vu s'agiter au sol, baignant dans son propre sang. » Elle sent sa main qui s'aventure sous son pull et elle ferme les yeux. « Il survivra, c'est tenace la vermine. » continue-t-il.

Alec continue son monologue. « Ils ont encore l'espoir de s'en sortir. » Il s'arrête, la retourne pour lui faire face. « T'en as encore de l'espoir, toi ? » Il la dévisage quelques secondes avant de la pousser sur le lit. « Si c'est le cas, compte sur moi pour le réduire en miettes. » Il s'allonge, la surplombe et elle détourne le regard. Il a peut être raison, elle ne devrait pas se raccrocher à l'espoir.

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Re: A l'est d'Eden

Mar 3 Jan 2023 - 15:14


18 décembre 2022 – 19h00

J’ai un sourire à l’attention de la jeune femme de l’infirmerie qui affiche une mine désolée. « Je sais que vous ne pouvez pas faire mieux. C’est déjà bien. Et sa blessure va mieux. » Même si j’ai du mal à imaginer comment Marvin va pouvoir survivre et travailler avec sa main dans cet état. Pour le moment, il y a un élan de solidarité que je n’imaginais pas qui s’est créé. Chacun partage un de peu de sa ration, juste ce qu’il faut pour l’aider à tenir sans pour autant que qui ce soit se prive réellement – si tant est que ce terme ait encore du sens. « J’ai réussi à bricoler ce baume. Vous lui en mettez matin et soir, ça atténuera un peu la douleur. » J’ai un temps fixant la petite boite métallique qu’elle me tend. « Je n’ai rien pour payer. » Et elle me rend un sourire plus franc cette fois. « Vous savez quel jour on est ? »

Je secoue la tête, sans comprendre. « Demandez à Jude, il sera ravi de vous expliquer. Et dites-vous que c’est ma façon de contribuer à tout ça. » Et elle pose la boite dans la paume de ma main, refermant mes doigts dessus. « Allez-y, avant qu’on vous voie. Oh ! J’oubliais. Donnez-lui ça aussi. » Et elle me donne 8 bougies, alors que, d’un coup, dans mon esprit, la lumière se fait. « Oh… je vois. » Cette fois, je peux lui rendre son sourire alors que je sors de l’infirmerie, transi un instant par le froid que mon manteau trop fin n’arrive pas vraiment à arrêter. Mais on s’y fait. Comme au reste. J’essaie de trouver chaque jour une raison de me lever, alors que les noms de ma femme, de mes enfants, de ma famille, tourne en boucle dans mon esprit, comme une litanie à laquelle je me raccroche comme je le peux.

Finalement, un détour par le réfectoire, si tant est qu’on puisse appeler cet endroit comme ça, et me voilà avec ma ration de la soirée. Je finis alors par passer la porte du logement que je partage avec 10 autres personnes. Là aussi, je commence à m’y faire. Une grande pièce aux murs mal isolés, avec des lits superposés. Des paillasses qui ne sont pas de première fraicheur et des couvertures mitées. Et une petite pièce, avec des tables et quelques chaises. Où on passe la plupart de nos soirées. Parfois, d’autres personnes des autres logements viennent nous rejoindre. Surtout que, je ne sais comment, nous avons hérité d’un vieux canapé défoncé sur lequel on peut s’installer de temps à autre. Le grand luxe.

Je cherche Jude des yeux, alors que Riley et les autres, très occupés à jouer aux cartes, me saluent à peine. Pourtant, je lance le baume en direction du blond qui le rattrape tout juste. « Pour Marvin. Tu peux t’en occuper ? » Un hochement de tête et le voilà qui file dans le dortoir pendant que je me rapproche de l’homme. Il me fait un peu penser à mon père sous certains aspects. Pas uniquement parce qu’il a la cinquantaine bien tassée, mais plutôt cette aura de calme et de bienveillance qui émane de lui. « J’ai quelque chose pour vous. Il fait nuit et elles devraient réussir à brûler deux heures. » Il relève la tête des quelques feuilles qu’il tient dans sa main et je lui tends les bougies, avec un sourire entendu. « Oh, je vois. Je pensais que tu étais protestant jeune homme. » Je lui rends un sourire. « C’est le cas. Mais ça ne m’empêche pas de m’intéresser un minimum à mes voisins. Et ça vient de Line, pas de moi. » Il me tapote l’épaule d’un geste affectueux, alors qu’il murmure quelques paroles en attrapant la première bougie. « Qui est le plus jeune ici ? » Un regard aux alentours, alors que Riley, qui revient dans la pièce, finit par être désigné. « Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait encore ? » « C’est à toi d’allumer la première bougie. » Il fixe la bougie, puis Jude. Et son regard s’arrête sur moi. « C’est Hanouka ce soir. Enfin, ça commence ce soir. Peut-être que Jude nous fera l’honneur de nous parler un peu de tout ça. Pour ceux qui n’y connaissent rien. »

Et bientôt, ce sont une dizaine de paires d’yeux, moi inclus, fixées sur lui, qui l’observent avec la plus grande attention. Et surtout, nous l'écoutons dans un silence religieux. La voix de Jude a quelque chose d’apaisant et, pour la première fois depuis mon arrivée, je me surprends à réellement croire que nous pourrions sortir de cet enfer. Surtout quand mon regard croise celui du Rabbin.

Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a fait vivre, exister et parvenir jusqu’à ce moment.
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Re: A l'est d'Eden

Mar 3 Jan 2023 - 15:44


18 décembre 2022 – 19h00

Tasya se sent assez nauséeuse ces jours-ci. Les vertiges ne diminuent pas alors ce soir, elle a décidé de prendre congé un peu plus tôt de son boulot au dispensaire. Line a proposé de prendre son relais. Sa grossesse semble suivre son cours, mais la fatigue est belle et bien présente. Elle veille à ne pas trop en faire, mais c'est difficile, plus les jours passent et plus elle rentre dans une sorte de léthargie. Elle tente de se raccrocher à ses souvenirs, à Jacob, aux enfants, mais ils lui semblent de plus en plus loin.

La mexicaine resserre les pans de son manteau contre son corps. Il fait de plus en plus froid. Le matin, une fine couche de gel recouvre tout le bidonville, signe que les températures diminuent drastiquement pendant la nuit. Au moins, elle a la chance de dormir dans une pièce chauffée, dans un vrai lit, sous de vraies couvertures et de manger à peu près à sa faim. Et pourtant, elle donnerait chère pour pouvoir rester au dispensaire et ne jamais quitter le refuge de ses 4 murs. Alors qu'elle se rapproche de la cabane d'Alec, des coups contre le bois lui arrivent aux oreilles et Tasya arrête son geste sur la poignée de la porte. Alec n'est pas seul. Il a trouvé une nouvelle victime pour la soirée songe-t-elle tandis qu'un gémissement de douleur lui parvient aux oreilles. Elle pince ses lèvres et tente de réprimer le soulagement qui monte en elle. Dans ces moments-là, la brune se sent comme un monstre : elle est soulagée qu'Alec violente une autre femme parce qu'au moins, il ne la touchera pas ce soir. Tasya n'est qu'une égoïste et à cette pensée, les larmes lui montent aux yeux. Elle fait pourtant demi-tour sans faire de bruit, laissant le véritable monstre et sa victime.

En pénétrant à l'infirmerie, elle croise une silhouette qui en sort mais n'y prête pas particulièrement attention. Les gens vont et viennent pour soigner une maladie ou un petit bobo, généralement, il y a toujours une ou deux personnes présentes à l'intérieur. « Déjà de retour ? » s'étonne Line. Tasya esquisse une petite moue désolée et hausse les épaules. « Oh... Tu peux dormir ici, si tu veux. Je suis de garde de toute manière » propose alors la jeune infirmière. « Merci » souffle Tasya, soulagée. Elle s'installe sur un des petits lits en bois au confort bien sommaire, espérant faire une vraie nuit de sommeil. Elle en a besoin. « Au fait, j'ai quelque chose pour toi... » Line se rapproche d'elle avec un petit présent. Tasya se redresse, surprise. « C'était à ma mère » précise-t-elle en lui tendant son cadeau. « Oh, il est magnifique » souffle la mexicaine, touchée, en soulevant le foulard. « Pourquoi ? Ce n'est pas mon anniversaire » Pas encore du moins, ni Noël si le calcul de ses dates est juste. « Chez moi, il est coutume de se faire des cadeaux en cette période. » Tasya hoche la tête, comprenant ce qu'elle veut dire quand la jeune fille allume 1 bougie sur les 8 présentes devant elles. « Quelle est ta religion ? » demande alors Line en se tournant vers la mexicaine. La brune hausse les épaules et vient serrer le foulard contre elle. « Aucune » murmure-t-elle. Tasya a perdu la foi, elle n'arrive plus à se raccrocher en la Bible ou en quoique ce soit d'autre. Après tout, quel Dieu accepterait de laisser ses fidèles subir autant de choses ? Pourtant, quand la voix de son amie résonne dans la petite pièce, Tasya ferme les yeux et se laisse bercer par ses prières.
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Re: A l'est d'Eden

Mer 4 Jan 2023 - 16:19


24 décembre – 21h30

J’ai un froncement de sourcils, alors que je tapote le front de Riley avec un tissu à la propreté douteuse et déjà imbibé de sang. « Putain, ça fait mal ! » Je roule des yeux sans m’arrêter, le plus sérieusement du monde. « Sans blague. Tu devrais t’estimer heureux de t’en sortir avec juste une petite plaie à la tête. » Il souffle par le nez, clairement agacé. « Il a cherché la merde aussi ! » Je laisse filer un rire silencieux, délaissant le tissu pour attraper un pansement. « Evite de trop bouger, j’ai déjà le luxe d’avoir un pansement, je n’en aurais pas un deuxième. Il m’a coûté cher. » Et j’applique ledit pansement, non sans arracher une grimace à Riley. « Et qu’est-ce que le gardien a fait pour te provoquer ? » Un ronchonnement en réponse. « Il m’a traité de sale pédale. »

Un soupir, alors que j’entends les autres rentrer dans la pièce. « Tu sais qu’il aurait pu te tuer et que nous n’aurions rien pu dire. » Il hoche la tête, la mine piteuse, alors que me frotte les mains sur mon pantalon pour essuyer le sang. « Tu crois vraiment que ça en valait la peine ? On en a déjà parlé. Personne ne devrait avoir à te juger sur tes préférences sexuelles mais, pour le moment, tu dois faire profil bas. Et tu dois choisir tes combats. » Jude s’approche et pose une main sur l’épaule du jeune homme. « Il a raison. Un temps viendra où tu pourras relever la tête. Mais pas aujourd’hui. » Je me relève, arquant un sourcil quand je vois que chacun dépose quelque chose à manger sur la table. Ce n’est pas grand-chose, mais tout regroupé, nous allons avoir de quoi mieux manger que d’habitude ce soir. « C’est moi ou les rations sont plus grosses que d’habitude ? » J’entends marmonner quelques réponses. « Visiblement, on a eu du rab pour Noël. »

Noël.

A dire vrai, j’avais presque oublié que nous étions la veille de Noël. Probablement parce que je n’ai pas envie de gérer tout ce que ça implique, qu’Anja, les enfants, Min-Oh, Hailey et Neela me manquent à un point que j’ai du mal à respirer quand j’ai la mauvaise idée de penser à eux. Parce que j’aurais dû être là-bas, avec eux. Et que c’est de ma faute si ce n’est pas le cas.

Je déglutis, mon regard se perdant dans le vide, avant que je ne finisse par entendre la voix de Jude. Toujours aussi calme et apaisante. « Alors mon garçon, je crois que c’est à ton tour de nous distraire ce soir. » Je relève la tête, sans comprendre. « Vous n’avez pas une messe de Noël ou quelque chose du genre le 24 décembre ? » Oh. En effet. Je me frotte le visage à deux mains, chassant les larmes que tout le monde a fait mine de ne pas remarquer. « Si… je… je peux faire ça. » Ou quelque chose qui y ressemble. « Mais je ne suis pas pasteur, je suis juste… » Et Jude esquisse un sourire. « … un enfant de Dieu. Je pense qu’il n’en offusquera pas si tu fais ça. »  

Et, alors que tout le monde s’installe comme il peut, j’essaie de me rappeler un des prêches de mon père, d’il y a une vie de ça. Si je bute sur les premiers mots, le reste me vient bien plus naturellement. Le silence envahit la pièce alors que c’est ma voix qui porte les paroles pleines d’espoir, de bienveillance et d’amour qui m’ont aidé à grandir. Je ne remarque même pas que d’autres ont passé le pas de la porte, venant d’autres dortoirs. Nous sommes bien plus de dix à la fin et, quand je commence à chanter un quantique de Noël, j’ai un sursaut à entendre toutes les voix qui m’accompagnent. Il me suffit de lever les yeux pour voir des regards embués par l’émotion. C’est comme si, pour la première fois de mon arrivée, la haine et la colère décidaient enfin de nous laisser un peu de répit.

Mais je me fige quand je vois deux gardiens face à moi, dans l’embrasure de la porte. Sauf qu’ils se contentent de hocher la tête et l’un d’eux souffle, d’un ton un peu bourru. « Evitez de finir trop tard. » Et les voilà disparus aussi vite qu’ils sont arrivés.

Le silence flotte entre nous quelques instants et j’entends Riley souffler, alors qu’il est carrément assis sur la table. « Hey le nouveau ! Tu nous racontes aussi une histoire ? » Quelques rires résonnent dans la pièce. « Tu veux pas qu’il te borde en plus de ça ? » Et pourtant, je sens les yeux se poser sur moi, avec une avidité qui n’est pas sans me rappeler les enfants, le soir, quand il était l’heure de raconter les aventures imaginaires qui leur permettraient de dormir. « Hum… vous connaissez Un chant de Noël ? » Certains hochent la tête, mais ce n’est pas la majorité. Alors, je me lance, me rappelant tant bien que mal les aventures de M. Scrooge et des trois esprits. Le temps file, comme s’il n’avait plus autant d’importance. Le froid, la peur, la douleur, tout est oublié, l’espace d’un infime instant.

Jusqu’à demain.

Seigneur, comme un phare dans la nuit, tu fais naître en nous la joie du chemin retrouvé, la sérénité d'un avenir sûr, l'éclat de ton amour et la lumière de ta paix.
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