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Re: Prehistoric man | Printemps 2021

Lun 22 Jan 2024 - 23:24

Remo n’est pas le seul à s’approcher et regarder l’homme avec curiosité par-dessus son épaule. Les autres rangers détaillent les mouvements d’Alan, non plus pour le surveiller – bien qu’ils gardent leur arme à la main, prompts à agir – mais pour s’inspirer de ses méthodes. Micah et Denzel, en particulier, tous les deux versés dans l’art de la chasse avant que ne sonne l’apocalypse, notent la méthode de l’inconnu, l’ingestion peu ragoûtante d’une section précise du gosier de la bête. Ces connaissances ne leur paraissent pas provenir d’une expérience de la chasse, mais de techniques de survie plus ancestrales. Où cet homme a-t-il appris cela ? A-t-il séjourné dans une réserve ? Côtoyé des individus capables de lui enseigner un tel savoir ? Le mystère ne cesse de s’épaissir autour de cet homme à l’allure de brute et au parler sophistiqué.

Plus que de la confusion toutefois, c’est un certain malaise qui s’empare lentement de Remo alors qu’il observe l’homme massif écarteler la bête tout en lui expliquant son processus d’une voix neutre et posée, comme on expliquerait le principe d’une équation à deux inconnues ou les étapes de la division cellulaire. Non pas que la vue du sang et des entrailles de la bête ne le perturbe – qui tournerait encore de l’œil pour cela, après 6 ans d’apocalypse ? – mais la déconnexion entre le ton didactique de l’homme et la force de ses bras tailladant l’animal, maniant avec dextérité le couteau entre deux jets de sang, introduit une dissonance dans son esprit jusque-là guidé par la curiosité. Remo n’est plus très certain, à présent, que son intuition première soit véridique. Il ne serait finalement pas si étonnant que cet Alan soit un tueur de sang-froid, un autre de ces survivants guidés non seulement par leurs instincts mais aussi par leurs envies de pouvoir et de violence. A défaut d'avoir gardé le loup hors de la bergerie, ils devront conserver un oeil sur lui en tous temps, y compris pendant son sommeil. Remo se rend compte qu’il a reculé de quelques pas lorsque l’homme lui tend une part de la bête. Il a tout enregistré, mais à une distance précautionneuse. Il prend cette patte, puis les suivantes, sans dire un mot, les distribuant à ses camarades. Il doit avoir pâli un peu car il sent sur lui le regard préoccupé d’Aline. « J’ai une corde pour transporter le reste du corps, » dit-il à Alan pour donner le change. Idéalement, il aurait glissé sous l’animal un drap étanche pour protéger la corde du sang, mais ils doivent faire avec les moyens du bord. Les rangers s’activent pour faciliter le convoi : ils ont devant eux une bonne heure de marche, et la carcasse du cerf, même répartie entre cinq personnes, risque de faire sentir son poids.

Après une courte étude de la carte, Remo ouvre la marche, trouvant au fur et à mesure du chemin les points de repère lui permettant de rejoindre leur foyer provisoire. Il a parfait son sens de l’orientation, déjà bien rôdé par des années d’alpinisme et de recherches en montagne, et se trompe rarement de route. La forêt, pourtant, pourrait paraître à quinconque un ensemble indiscernable d'arbres et de buissons semblables, un véritable labyrinthe où il ne faudrait pas plus de cinq minutes pour se perdre. Le groupe progresse régulièrement, chacun garde un oeil sur le nouveau venu. L’épisode du dépeçage semble avoir jeté un froid sur l'équipée, quoique Micah et Denzel ne soient d’ordinaire pas très bavards, et qu’il est donc logique que lorsque Remo se tait, la conversation en prend un coup. Celui-ci se concentre sur l’itinéraire pour éviter de mauvaises pensées de lui venir. Les poings ensanglantés du type et sa barbe broussailleuse ont jeté l’image de son père dans son esprit. Mais son père, lui, ne lui a jamais rien expliqué. N’a jamais eu de patience pour lui. Il serait injuste de coller des préjugés sur cet homme qu’il vient tout juste de rencontrer. Il se retourne : « Tu es anglais ? » La réponse est bien sûr évidente, mais la question invite au développement ; elle est une manière détournée de lui demander d’où il vient, comment il est arrivé, que diantre fiche-t-il tout seul au milieu de la forêt. S’il avait posé directement cette question, il aurait pu braquer Alan. « Comment tu as appris, toi ? Ce que tu viens de faire et ce que tu m’as expliqué tout à l’heure. C’est quelqu’un qui t’a montré ? Ou tu le sais de… d’avant ? »




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Re: Prehistoric man | Printemps 2021

Mar 23 Jan 2024 - 15:11

Prehistoric Man
First, I saw the sun...


Alan savait le regard des autres par-dessus son épaule. En soi, il se sentait acculer mais ne pouvait pas se permettre de les menacer et de jouer l'homme des cavernes. Il se contenta de se fermer un peu plus en s'acharnant à sa besogne, à couper avec précisions ligaments, muscles et en craquant quelques os pour démembrer la pauvre créature. Mais le jeune trentenaire qui s'était approché avait sur lui un regard curieux, Alan le voyait bien. Il se tournait en trois quart alors pour lui montrer comment il procédait sans se cacher, en s'attardant parfois pour qu'il puisse observer. Un consentement silencieux du cinquantenaire sur son savoir ouvert ainsi à tous. Tous, trop de monde à son goût mais soit.

Puis, il vit que Remo avait reculé d'un pas. Alan leva un regard sur lui, arqua un sourcil, puis les fronça avant de continuer son entreprise. Peu importe ce qu'il imaginait de lui, Alan n'était pas là pour devenir son ami et il n'avait pas l'intention de lui faire un historique complet. D'ailleurs, l'ancien chercheur ne se rappelait pas trop la manière dont il fallait interagir avec des gens pour une première, cela faisait si longtemps que des gens sains d'esprits n'avaient pas interagit avec lui... Remo proposa une corde et Alan acquiesça sans dire un mot, dans la pudeur de son esprit, sans relever le regard sur lui.

Puis, il fût temps de se remettre en jambe. Le groupe de marcheurs prenait la même direction que comptait prendre Alan, une chance finalement. Suivant de près le jeune homme, Alan portait sur son dos un énorme morceau de cuisse de bête ficelé autour de lui avec une corde, la peau de bête entre ses vêtements et la bête pour faire tampon. Depuis qu'ils avaient commencé à marcher, plus personne n'avait prononcé un mot. Puis, Remo brisa le silence en lui demandant s'il était anglais. Alan releva la tête d'un coup, son regard auparavant concentré sur le sol. Il fronça les sourcils puis perdit ses mots, avant d'hésiter. Comment le savait-il ? Avait-il encore autant d'accent ? "Oui... Londres même." Avait alors répondu poliment Alan avant de se râcler la gorge de nouveau. Pourquoi préciser Londres ? Il n'y avait pas de raisons. Mais cela faisait si longtemps qu'Alan n'avait pas eu une conversation sensée que cela lui avait échappé.

Remo semblait curieux envers les techniques de dépeçage ou en tout cas de chasse, du cinquantenaire. Celui-ci écouta ses questions et prit son temps pour répondre. Comme s'il pesait chacun de ses mots avant ou comme si réfléchir dans l'ordre semblait lui demander un effort. La simplicité de ses questions indiquaient que cet homme ne lui voudrait aucun mal si lui ne leur en faisait pas, et Alan fût toucher de s'en rendre compte. Automatiquement, dès l'instant où il ressentit cela, il voulut s'enfuir en courant : s'attacher était bien trop dangereux, Alan l'avait appris à ses dépends. "J'étais anthropologue et paléoanthropologue au musée. Facile à appliquer dans des circonstances pareilles." Répondit-il alors en balayant l'horizon du regard. Il eut un petit sursaut pour replacer la cuisse de la bête droite dans son dos et haussa les épaules : pour lui, ça n'était rien.

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Re: Prehistoric man | Printemps 2021

Mar 23 Jan 2024 - 19:36


Alan n’est pas exactement fermé, mais l’interaction reste difficile, comme un ruisseau engoncé dans une épaisse couche de glace. Remo ne saurait dire s’il doit s’agir du caractère naturel de l’homme, ou de son isolement prolongé. Ou encore d’un événement traumatique qui l’aurait poussé à écarter des autres non seulement son corps mais aussi son âme. « Londres… c’est loin, » commente doucement Remo comme une invitation à lui en dire plus, sans pour autant être aussi insistant que s’il avait posé une véritable question. Alan n'aura pas nécessairement envie d'en parler. Il vivait peut-être depuis des années aux Etats-Unis avant l’apocalypse, ou peut-être ne s’est-il trouvé là que par un concours de circonstances. Dans tous les cas, il est loin de son foyer, loin de siens, ne sachant peut-être pas si ceux-ci sont encore vivants. Sur ce point-là, au moins, Remo est chanceux. Il a peut-être perdu sa compagne, mais il a eu la chance de la tenir près de lui aux pires moments de cette apocalypse, la chance d’avoir encore sa sœur, et même ses collègues qui sont pour lui comme une seconde famille. Jamais il ne s’est senti seul ou abandonné depuis le début des événements - il le sera, mais bien plus tard. Il est loin de se douter, toutefois, que l’homme qui marche à ses côtés n’a aucune volonté de sortir de sa solitude. Du moins, pas pour le moment. « Moi je viens de Californie, » dit-il sans se rendre compte que de détails personnels, Alan se serait peut-être bien passé. « On a vécu plusieurs années dans le parc national Olympic et puis… bon, on a atterri ici. On connaît bien les parcs de la région, on est plus à l’aise ici qu’en ville. » Visiblement, Alan aussi. Il se fond en tous cas mieux dans ce décor sylvestre que dans celui d’une ville en ruines où volètent le papier journal et les feuilles mortes. Lorsqu’il leur révèle sa précédente occupation, l’image commence à faire sens. Remo fronce les sourcils, puis, hésitant un peu, lui répond : « Anthropologue ? Pardon, mais, euh… c’est l’étude des peuples, c’est ça ? » Il sait que cette définition doit paraître plus que vague pour le scientifique qui lui fait face, mais il ne peut s’aventurer plus loin sans risquer de tomber complètement à côté de la plaque. « Donc c’est pour ça que tu parlais de nos ancêtres, que tu sais comment ils chassaient. Et la peau de bête aussi. »

Il se souvient d’avoir accueilli un chercheur du même genre, au parc Olympic, en 2013 ou 2014. Le type était venu faire quelques recherches. Creuser la terre, excaver des choses. Remo n’est toutefois pas sûr qu’il s’agisse de la même discipline. Il préfère se taire que de vexer Alan. Dans un autre contexte, peut-être aurait-il aussi fait des études. Si ses parents lui avaient donné le goût des joutes intellectuelles. S’il avait pu avoir l’argent pour entrer à l’université, ou même les conseils nécessaires pour solliciter une bourse. Même s’il n’aurait probablement jamais été bon en mathématiques ou en physique, les sciences sociales auraient intrigué son esprit curieux. A défaut, il prend aujourd’hui l’occasion d’une expédition en ville pour dénicher un livre ou deux. Il lit de tout. Fictions, romans historiques ou de voyage, ouvrages de philosophie ou encore de cuisine, il ne fait pas le difficile. Certaines lectures lui coûtent, mais il n’est pas du genre à lâcher l’affaire. « J’ai lu un truc récemment mais… en fait je crois que c’était de la sociologie. C’est quoi la différence entre la sociologie et l’anthropologie ? » Il réfléchit à voix haute, se rend soudain compte que sa question doit paraître idiote à l’érudit, rougit un peu et détourne le regard. Puis il se racle la gorge et enchaîne directement pour ne pas laisser à la gêne le temps de s’installer. « J’imagine que tu dois savoir des trucs sur l’effondrement de civilisations… Ça doit faire bizarre de le vivre en direct, » dit-il en regardant pensivement devant lui. Puis, se retournant à nouveau vers Alan sans diminuer le rythme de sa marche : « Tu es tout seul ici depuis longtemps ? Mount Rainier, je veux dire. On n’a pas croisé grand-monde depuis qu’on est rentrés dans le parc. »





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