The Walking Dead RPG

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Waking up... | Ruby
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Ruby Finley
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Sujet: Re: Waking up... | Ruby    Jeu 15 Oct 2020 - 19:28
Je le fixai longuement, sans rien dire. Ca ne sonnait pas faux, non… C’était autre chose. Ca sonnait vide. C’était comme si on l’avait débranché, et qu’il n’était plus capable de ressentir la moindre émotion. C’était pire que tout. Je sentis une peur viscérale revenir à la charge. Je préférais encore quand il éclatait de colère. Je savais à quoi m’attendre. Parce que, cette fois, quand il exploserait… Je voudrais être partout ailleurs.

Mes mains se crispèrent doucement sur la couverture. Je n’avais pas vraiment le cœur à continuer de plaisanter avec lui. C’était comme si nous faisions subitement machine arrière. Et c’était quoi, ça ? Il était bloqué dans la première phase du deuil, encore sous le choc et en plein déni ? Peut-être bien. S’il avait attendu mon retour en espérant que ça s’arrangerait de soi-même à ce moment-là… Joaquin s’était fourré le doigt dans l’œil. Je n’étais rien en comparaison. On avait seulement passé un bon moment tous les deux, parce que nous n’étions pas sûrs de nous revoir. On se connaissait peut-être depuis plus d’un an, mais je n’avais pas appris depuis longtemps à arrêter de craindre ses colères. Et là, il m’en demandait trop. Joaquin avait perdu simultanément sa fille et son ex-femme. Ce n’était pas le genre de blessures dont on pouvait guérir… Moins d’un an auparavant, il était entré dans une colère noire simplement parce que j’avais posé une main sur cette boîte diabolique. Désormais, elle était tout ce qu’il lui restait.

Jerry avait sans doute pris un malin plaisir à le torturer mentalement, avec l’espoir fou de continuer le supplice sans que personne ne bronche, grâce à la menace latente sur la vie de sa fille. Qu’il ait pris Yulia en otage était la suite logique de son plan macabre… Mais il n’avait sans doute pas prévu que Joaquin privilégierait davantage les membres de la distillerie à sa propre famille. Je ne l’aurais pas deviné non plus. Je relevai un regard un peu surpris vers lui. De nous deux, j’avais toujours été la plus pragmatique. J’aurais pensé qu’il se serait raccroché à cet espoir jusqu’au bout, au point de se laisser complètement briser. « Tu n’aurais rien obtenu de lui, aucune information. Par contre, lui, il aurait obtenu exactement ce qu’il voulait de toi. Tu serais rentré dans son jeu. » Je secouai négativement la tête. « Je ne pense pas que ça aurait changé quoi que ce soit. » Et ça ne servait à rien d’émettre des hypothèses maintenant. « Ce qui est fait est fait. »

Je relevai un regard un peu méfiant vers lui. « La vengeance n’apporte jamais rien. » Je soufflai doucement : « On ressent du soulagement à ce que ce soit terminé, rien de plus. » En tout cas, je n’avais jamais rien ressenti d’autres lorsqu’il m’avait fallu tuer. Une menace de moins. Joaquin, lui, avait l’air d’être plutôt du genre à nourrir quantité de regrets. « La terre est envahie de cadavres en décomposition qui n’ont pas eu ce qu’ils méritaient, Joaquin. Qu’est-ce que tu aurais voulu pour elles ? » Est-ce qu’il s’était imaginé un seul instant reformer une famille avec son ex-femme et sa fille ? Il aurait été capable de mentir, d’être un autre, encore pendant des années. C’était dans sa nature. « Et qu’est-ce que tu voudrais pour toi ? » La colère était un moteur chez lui, même si je n’en avais jamais bien compris l’origine. Ca m’aurait pourtant aidée à l’éviter plus souvent. « Ce fils de pute, comme tu le dis, est mort. Tu peux arrêter de lui accorder autant d’importance, c’est lui le grand perdant de l’histoire. Et il va bien falloir que ça sorte un jour. » Loin de moi. Mon regard l’entendait clairement, alors que je me reculais un peu. Demain, je retournerais dormir dans mon propre lit. Avec un peu de chance, il péterait son câble quand je ne serais pas dans les parages, et au pire, la cloison aurait disparue dans la nuit.


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Joaquin Hernandez
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Sujet: Re: Waking up... | Ruby    Dim 18 Oct 2020 - 22:37
J’me rends bien compte que la discussion est pas… naturelle. Et que c’est de ma faute. J’essaie pourtant et, en temps normal, je m’en sors pas si mal. Mais avec elle j’y arrive pas. A faire semblant. Et je suis totalement infoutu de trouver les mots pour lui dire. J’en viens presque à regretter de lui avoir parlé, surtout maintenant. Sauf que je pouvais pas faire autrement. Je vois pas comment j’aurais pu. Et attendre aurait pas rendu le truc plus facile. J’ai un soupir alors que je vois ses mains bouger et se crisper sur la couverture. Mais je préfère ne rien dire. Tout comme je préfère ignorer cet espèce de nœud qui commence à se former dans mon estomac à mesure que passent les secondes.

Je finis quand même par lâcher un truc que j’avais encore jamais osé dire à haute voix à personne. Et bizarrement, son pragmatisme me fait du bien. J’aurais pas cru pourtant, même si je savais pas vraiment ce que j’avais envie d’entendre en balançant ça. « J’pensais pas… que … vous étiez devenus plus importants. » J’ai parlé dans un murmure, plus pour moi-même qu’autre chose. Mais putain, je me sens coupable de prononcer ces quelques mots. Ca se fait pas non ? De privilégier les vivants, de se dire qu’on peut au moins faire un truc pour eux quand c’est sa môme en face, même si on a aucune raison de croire qu’elle s’en est sortie. Et pourtant, Ruby a l’air de penser le contraire. Mon poing se rouvre sans que je m’en rende compte alors que je passe ma main sur mon jeans. « Isha m’a dit la même chose… que je devais arrêter de… ressasser. C’est compliqué. » De réaliser à quel point j’ai merdé et de songer à tout ce que j’aurais pu éviter.

Et je tourne la tête, la fixant quelques instants avant de grimacer. « J’ai même pas été soulagé. » Rien. Ca n’a servi à rien de le tuer. A part de m’assurer qu’il risquerait plus de détruire qui que ce soit. J’ai un temps d’arrêt quand elle continue, fronçant les sourcils avant de répondre, sans vraiment réfléchir. « Une vie. Loin de moi. » C’est débile, je sais. D’autant que j’aurais jamais su si elles s’en étaient sorties ou pas. Et que j’aurais rien pu faire pour ça. Encore un tas de trucs sur lesquels j’ai pas la main. Et j’essaie de trouver les mots quand elle me demande ce que je voudrais pour moi. Je m’attendais pas vraiment à ce qu’elle me demande ça. Je garde le silence, regardant le sol avant de me tourner de nouveau pendant qu’elle parle de Jerry.

Pour la voir se reculer un peu. J’ai l’impression qu’on vient de me coller un pain dans le ventre et que j’arrive plus vraiment à respirer. Et je déglutis tant bien que mal alors que je lève les yeux vers elle, que mon regard accroche le sien. Je secoue doucement la tête, comme pour lui demander de pas faire ça, de pas s’éloigner. Pas pour ça. Pas maintenant. Sauf que c’est trop tard. Elle a à peine bougé mais ça veut tout dire. Ptet qu’il a gagné au final. Je sais pas combien de temps je reste comme ça, à fixer sa main sans dire un mot. Avant de finir par relever la tête et par la fixer en chuchotant. « Plus jamais je lèverais la main sur toi Ruby. Je l’ai fait une fois et je regrette tellement. Si ça doit… sortir… tout ça… c’est… » Je fronce les sourcils, cherchant mes mots. « C’est contre moi que j’suis en colère. Ce sera contre moi que je… Enfin… J’ferais plus jamais payer qui que ce soit pour ça. Toi encore moins que les autres. T’es trop importante pour moi. » Je finis par m’éloigner à mon tour alors que je me rends compte que j’ai la voix qui tremble. Et pourtant, elle a raison. Je vais finir par éclater, d’une façon ou d’une autre. Et va falloir que je fasse quelque chose avant que je parte complètement en vrille.

J’ai un rire sans joie, essuyant une larme qui a roulé comme si ça avait pas la moindre importance. « Putain, je confirme, j’avais vraiment pas pensé que nos retrouvailles se passeraient comme ça. J’aurais aimé … » Je me relève et je vais attraper le casque et le blouson de cuir que je dépose près d’elle avant de reculer de nouveau. « … que tu saches à quel point on t’attendait. Que tu m’as manqué. Tout le temps.  Et au lieu de ça, je me demande juste quand est-ce que tu vas te tirer d’ici. » J’ose même plus tourner la tête vers elle, de peur de lire une nouvelle fois la peur dans ses yeux. Fait chier. « Je voulais… enfin y avait une surprise pour toi. Je te laisserais voir avec Salem vu que je pense pas que ce soit une bonne idée qu’on le fasse tous les deux. » Je me rends compte que j’ai jamais répondu à sa question, sur ce que je voudrais pour moi. Probablement parce que les réponses se bousculent un peu trop dans ma tête pour que je sois foutu de donner une réponse cohérente, j’en sais rien du tout. « Tu veux que je… te laisse tranquille ? » Et va falloir que je trouve. Comment me sortir de ce merdier avant qu’il soit trop tard pour tout.


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Ruby Finley
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Sujet: Re: Waking up... | Ruby    Ven 23 Oct 2020 - 0:10
« Il faut croire qu’Isha ne dit pas toujours que des conneries. » Je le fixai longuement, en silence, alors que Joaquin tentait de mettre des mots sur ce qu’il ressentait. Je me rendais compte à quel point l’exercice était compliqué pour lui. « Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire. Les regrets ne disparaitront pas du jour au lendemain. » Combien de fois avais-je rejoué les mêmes scénarios dans ma tête, en me demandant ce que j’aurais pu faire de mieux, pour que la situation s’arrange ? J’avais fini par cesser de nourrir trop de regrets, au risque sinon qu’ils ne me rongent de l’intérieur et ne me fassent céder au désespoir. Avec le temps, on apprenait à les ranger dans une case de son cerveau, pour éviter au mieux de les en sortir après. J’avais fait de même avec tous les sentiments que je jugeais superflus, à les étouffer au mieux, pour garder une pensée claire et limpide. Peut-être que c’était aussi ce que Joaquin commençait à faire de lui-même… Mais c’était un jeu d’équilibriste de se mentir autant à soi-même. On ne revenait pas aisément en arrière. C’était sans doute de cette façon que les sociopathes naissaient dans les rues dévastées de Seattle. Et quand on secouait un peu trop cette boîte grise, comme celle qu’il tenait entre ses mains, il n’en ressortait jamais rien de bon.

L’appréhension étant grandissante, à mesure que l’on parlait. Il n’avait même pas éprouvé du soulagement à tuer cet enfoiré qui avait massacré sa famille ? Je restais sans voix, interdite. Il ne ressentait plus rien du tout. Il s’était enfoncé encore plus loin que moi dans cet abysse profond. Je tentais vainement de le rappeler à ce qu’il désirait vraiment, au fond de lui, mais il n’avait aucune réelle réaction. Rien n’était normal là-dedans. Ca me faisait peur. Et c’était pire encore quand Joaquin s’en rendit compte. Je n’osais même plus bouger, quand nos regards se croisèrent à nouveau. Mon recul instinctif le mortifia. Une pointe de culpabilité vint alourdir mon cœur, alors que je ne savais plus quoi dire – ou faire – pour arranger les choses. C’était trop tard pour revenir en arrière, trop tard pour mentir également… Le mal était déjà fait.

Et, comme face à un animal dangereux qui sentait ma peur, mon cœur battait subitement à cent à l’heure. Pourquoi choisit-il cet instant précis pour me dire enfin ce que j’avais espéré entendre depuis le début ? Rien de plus désormais que des mots qui disparaissaient sans un bruit dans le fossé qui nous séparait. Je le suivis du regard, avec une incompréhension croissante, alors que son rire sonnait faux. Je venais de le faire… Pleurer ? Je baissai les yeux sur le blouson de cuir et le casque, sans bien comprendre. Je lâchai d’un ton désolé : « Je ne suis pas en état de partir en promenade, Joaquin… » C’était valable avec ou sans lui, même s’il semblait préférer la seconde option maintenant. Je soufflai doucement : « Je ne compte pas partir d’ici. Je vous dois tous tellement et… C’est ta chambre. Tu peux y rester. »

Je détournai le regard, mal à l’aise. Je savais pertinemment qu’il aurait fallu que je le réconforte, parce qu’il venait de perdre simultanément son ex-femme et sa fille. J’aurais pu le prendre dans mes bras. Est-ce qu’il aurait remarqué à quel point j’aurais simplement joué un rôle ? C’était un pan entier de sa vie qui venait de s’effondrer, mais… Il n’avait pas vraiment besoin d’un autre mensonge. Il avait uniquement besoin de croire que ces sacrifices n’avaient pas été inutiles, qu’on en valait la peine. « Dis-moi, Joaquin… Est-ce que tu regrettes de m’être venue en aide ? Si tu étais resté simplement dans les rangs, rien de tout cela ne serait arrivé. » Non, ce n’était pas seulement envers lui qu’il pouvait tourner sa colère. Il n’aurait pas eu à trahir Jerry. Il aurait pu les retrouver en vie et partir avec elles. Il aurait continué à vivre ce mensonge, comme il le disait si bien… Mais un mensonge auquel il était agréable de croire. Comme celui de nous croire plus importants qu’elles, pour mieux supporter leur perte.


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Joaquin Hernandez
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Sujet: Re: Waking up... | Ruby    Ven 23 Oct 2020 - 23:40
J’ai un bref hochement de tête avant de souffler, à mi-voix. « Il essaie de me… faire exploser. A sa façon. La colère, ça le connait. » Ca marche pas encore bien mais au moins, il a le mérite d’essayer. Et je finis par soupirer profondément avant de reprendre, toujours sur le même ton. « Ca tourne en boucle dans ma tête quand j’accepte d’y penser. J’sais qu’il faut du temps mais c’est… pas facile ouais. » Putain d’euphémisme. Au moins, j’arrive à en parler. Plus ou moins. Je serais bien infoutu d’entrer dans les détails, de lui dire vraiment tout ce qui me bouffe de l’intérieur.

Et si je pensais pas que ça pourrait être pire, je me suis bien foiré. J’ai l’impression que les derniers trucs qui tenaient à peu près correctement s’effondrent comme un château de cartes juste à la voir s’éloigner de quelques foutus centimètres. J’essaie de reprendre tant bien que mal mon souffle, pour pas … m’effondrer. Ouais, je crois que c’est le premier truc qui me viendrait. Parce que je suis pas sûr d’arriver à me relever après ça en plus du reste. Je finis par souffler quelques trucs, sans bien savoir ce qu’elle en pensera. Je fronce les sourcils quand elle reprend, pas sûr de comprendre. « Oh euh… c’est pas pour tout de suite. C’est… quand t’auras envie. Et si après, t’as envie de… enfin avec moi. Tu me diras. » Ou pas, je sais que ça arrivera pas. Je réprime un soupir alors qu’elle continue et je me contente de hausser une épaule. J’ai l’impression d’avoir une chape de plomb qui pèse sur mes épaules mais je continue, tant bien que mal. « J’ai pas envie que tu partes. » J’ai glissé ça dans un murmure à peine audible. Pour que ça changerait de toute façon. « Je parlais pour… après. » Je sais pas si je suis clair mais on va dire que je lui fais pas suffisamment peur pour qu’elle me demande de partir. C’est toujours ça de pris. Je suppose.

Elle finit par me poser une question qui me laisse un peu con. Je finis par la fixer sans rien dire de nouveau, laissant filer les secondes avant de me rassoir sur le bord du lit. Assez loin pour pas qu’elle ait besoin de se tirer. J’espère. J’essaie de bien piger sa question et, pour la première fois depuis que cette conversation est partie en couille, j’ai un sourire plus franc, moins marqué par la douleur. « Tu veux dire, à part les premiers temps où j’avais envie de t’encastrer contre un mur ? » J’inspire longuement avant de souffler, mon regard ancré dans le sien. « Pas une seule seconde Ruby. Même après tout ce merdier. » Je me doute bien que je vais devoir développer un peu. Et je me frotte l’arrière du crâne avant de reprendre, toujours sans la quitter des yeux. « Si je t’avais pas rencontrée, je serais probablement mort aujourd’hui. Surement même. J’saurais pas dire si c’est une bonne ou une mauvaise chose mais… bref. Et tu… » Je fronce les sourcils, butant de nouveau sur les mots. « … tu te souviens ? Tu m’avais demandé pourquoi je t’avais sauvée toi, ce qui était différent chez toi des autres. C’est ce qui m’a … qui me rend toujours dingue aujourd’hui. J’peux pas mentir avec toi. J’essaie et des fois, j’me dis même que ça marche. » Sauf que ça me retombe toujours sur la gueule. Et au début, j’ai eu envie de l’emplâtrer parce qu’elle me mettait face à mes propres contradictions constamment, qu’elle grattait ce vernis sans la moindre délicatesse. « J’ai l’impression d’être à vif avec toi. Que tu fous en l’air tout ce que j’ai toujours mis pour me blinder. Et si je supportais pas ça au début, je me dis que c’est pas une si mauvaise chose… même si j’ai des vieux doutes sur le mec que je suis vraiment. Et si je t’avais pas aidée, jamais j’aurais pu voir que je pouvais être moi-même. » Je suis pas sûr d’être bien clair dans ce que je raconte. « T’y es pour rien dans cette histoire chica. J’ai eu le temps de le retourner assez souvent dans ma tête pour en être sûr. Parait que j’suis pas en tort non plus mais j’ai plus de mal à le croire. » J’inspire longuement, tendant une main vers elle et effleurant le bout de ses doigts avant de secouer la tête et de reprendre ma place. « Tu m’as demandé ce que je voudrais pour moi. J’voudrais… accepter que j’peux être moi-même. Que j’ai le droit d’être en vie. Même si c’est plus le cas pour elles. Parce que je pourrais rien y changer. » Et pour ça, on dirait bien qu’il va falloir que j’explose pour avancer. Que je laisse la douleur prendre le pas sur le reste, même un instant. Je ferme et j’ouvre le poing sans y réfléchir, alors que j’ai la main qui tremble. Accepter. Pour laisser couler. Je suis capable de faire ça moi ?  


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Sujet: Re: Waking up... | Ruby    Dim 1 Nov 2020 - 14:14
J’étais plutôt bien placée pour savoir à quel point Isha pouvait se révéler sanguin et violent. Il m’en avait apporté la preuve rien qu’à notre première rencontre. Je passais entre les filets simplement parce qu’il me prenait pour une gosse, et qu’il avait visiblement du mal à leur refuser quoi que ce soit. Joaquin et lui se ressemblaient sur pas mal de points. Je ne savais pas vraiment si c’était une bonne chose qu’ils s’entendent aussi bien. Est-ce qu’Isha pourrait réellement l’aider ? Jusqu’à preuve du contraire, il ne pouvait pas faire davantage de mal. S’il arrivait à l’aider à évacuer sa colère, d’une façon ou d’une autre, il y aurait du mieux.

Je soufflai doucement, en réponse : « Il faut que tu acceptes de te pardonner, Joaquin. » Je n’avais pas meilleur conseil à lui donner. Je repris doucement, sans oser le regarder : « On peut faire semblant de s’en foutre. Ca fonctionne même très bien pendant des années… Mais au fond, tout ce qu’on attend, c’est de pouvoir pardonner. » J’en savais quelque chose. Je m’étais si bien convaincu que la mort de Warren ne m’affectait pas… Mais c’était de ma faute. C’était aussi celle de Valérian. Il avait fallu qu’on en vienne au point de rupture pour réussir à tout se dire, et à enfin se pardonner. Valérian n’avait jamais cru que ça ne me faisait rien, comme j’avais persisté à lui dire, et… Il avait eu raison. Depuis, le militaire avait cessé de me harceler. Je le voyais encore parfois, mais il ressemblait moins à un fantôme vengeur qui m’accablait de tous ses remords. Tout cela, je n’en avais jamais parlé à Joaquin. Il n’avait même pas su que j’avais tenté de partir. Et, même maintenant, les mots restaient bloqués dans ma gorge. Ca ne l’intéresserait pas de toute façon.

Je ne savais pas si c’était à cause du voile de la maladie, mais je peinais clairement à le suivre. « Hein ? » Ce fut à peu près tout ce que je réussis à lui répondre, alors qu’il essayait de me dire quelque chose. « Si j’ai envie de… Quoi ? » Je le regardai sans bien comprendre. « Tu parles d'excursion en moto, de sexe, ou… Autre chose encore ? » Il ne pouvait pas mettre des mots au bout de ses phrases comme tout le monde ? C’était si compliqué ? Je secouai la tête négativement. « Et après quoi ? Je ne comprends rien, Joaquin. Donne-moi une ligne de temporalité. Sinon, tu me fais un schéma… Ou on en parle quand je vais mieux. » Il serait bien capable de me faire un schéma complètement foireux que je n’arriverais pas plus à comprendre dans mon état, même si ça arriverait peut-être à me faire rire. Il risquait surtout de mal le prendre. Ca ne valait peut-être pas la peine de lui tirer les vers du nez maintenant.

Au moins, mon ton avait peut-être détendu l’atmosphère, parce qu’il se rassit au bord du lit. J’appréciais qu’il garde ses distances pour le moment. J’avais clairement l’impression d’être dans la même pièce qu’un prédateur imprévisible qu’il fallait de nouveau apprendre à apprivoiser. Mais, à voir son sourire franc, l’ombre dans son regard s’était presque estompée. J’étais un peu moins tendue et lui aussi. Joaquin ne regrettait pas de m’avoir sauvée. « Tant mieux, alors. » Je reconnaissais, qu’au début, j’avais pas mal testé ses limites… Sauf que j’avais l’impression qu’il les avait atteintes aujourd’hui. Je n’en dis rien, me contentant de sourire à sa tentative d’humour. Un poids s’allégea quand même sur ma poitrine. Mais est-ce qu’il serait vraiment mort, s’il n’avait pas croisé ma route ? J’en doutais un peu. Je soufflai ce qui s’apparentait presque à un rire quand il revint sur une discussion passée. « Oui, je me souviens très bien… Tu m’as balancé que c’était parce que je n’étais pas une victime. » Il ferait mieux de ne pas s’appesantir là-dessus, vu comment je l’avais mal pris. Non mais honnêtement, quand une fille vous demandait en quoi elle était unique, ce n’était clairement pas ce qu’on lui répondait ! Il semblait avoir réfléchi un peu plus à la question, mais la réponse n’était toujours pas très satisfaisante. « Tu me mens tout le temps. Tu n’as juste pas de chances, parce que je suis paranoïaque, et qu’en plus, j’ai des bonnes relations avec tes amies les prostituées. » D’ailleurs, ça m’y faisait penser… Dès que j’irais mieux, il faudrait peut-être que je passe au motel sous prétexte d’une maintenance électrique pour vérifier qu’il n’y était pas allé lui-même en mon absence. Vu les déboires de Johanna avec Anton, aucun doute qu’elle me le dirait si Joaquin était venu s’aventurer par là-bas, même si c’était mauvais pour leurs affaires.

Pour le moment, ce n’était pas le sujet à mettre sur le tapis. Je ne savais même pas comment je réagirais, selon la réponse qu’il me serait donné. J’étais toujours dubitative, comme à chaque fois qu’il me sortait ses beaux discours pour m’attendrir un peu. Ca ne fonctionnait jamais, mais il persistait à tenter sa chance. C’était une bonne technique de commencer par me dire qu’il ne parvenait pas à me mentir, pour espérer que je crois plus volontiers la suite. Il devenait doué, mais ce n’était pas si concluant. « Je vois… Comme Yulia, c’est ça ? » Ca m’avait échappée. Je me souvenais très bien ce qu’il m’avait dit par le passé sur la russe. Je ne croyais pas avoir joué un rôle pareil pour l’aider à se reconstruire. Si j’étais jalouse ? J’avais du mal à l’avouer, mais sans doute que oui. Je n’avais pas autant d’influence sur lui. « Elle en dit quoi, de tout ça ? » Je secouai lentement la tête, avant de soupirer. « Laisse tomber. » Ce n'était pas le moment, et puis... Je devrais plutôt lui en être reconnaissante. Il avait cessé d’être violent avec moi. J’aurais seulement préféré… Que ça vienne de moi.

Je relevai la tête vers lui quand il me confia enfin un peu ce qu’il avait vraiment sur le cœur, sa main contre la mienne. Je soufflai à voix basse, sans bien savoir pourquoi : « Je peux voir ce que contient cette boîte ? » Peut-être que j’avais vraiment envie de savoir. Peut-être que je le testais encore, savoir s’il recommencerait à me frapper. Peut-être… Peut-être que j’avais juste envie de savoir s’il était prêt à me laisser pénétrer son jardin secret. Moi seule. Là, j’aurais réellement le sentiment que ça voudrait dire quelque chose pour lui.


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Joaquin Hernandez
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Sujet: Re: Waking up... | Ruby    Dim 1 Nov 2020 - 23:22
Je me souviens pas m’être déjà senti comme ça une fois dans ma vie. Ce mélange de colère qui bouillonne, de douleur et j’en passe… le tout sous une bonne couche d’anesthésie qui me donnent l’impression que je regarde la vie de quelqu’un d’autre en train de se jouer. Mais c’est moins pire qu’il y a un mois. Et je tiens toujours bon. Je laisse filer un silence à sa réponse et j’ai un temps, avant de souffler, dans un murmure. « Un pas après l’autre. C’est ce que m’a dit Isha. » Je commence à piger ce qu’il a voulu dire en fait. Même s’il m’aura fallu plusieurs semaines pour ça. Je les ai fait, ces pas, au fur et à mesure, même si j’en étais pas vraiment conscient jusque-là. Sauf que ça me montre surtout tout ce qui reste à faire et putain, ça me donne vaguement envie de lâcher l’affaire pour de bon, surtout vu les réactions de Ruby. « … c’est compliqué. De pardonner. A soi ou aux autres. On dirait que tu sais de quoi tu parles. » J’ai un pauvre sourire avant de m’embourber tout seul comme un grand.

Oh pour ça, j’suis doué, pas de problèmes. Arriver à dire ce que je veux, à lui faire comprendre à quel point elle est devenue importante pour moi, j’en suis foutrement incapable. Mais l’embrouiller ça, aucun problème. Je retiens difficilement un soupir avant de lever un sourcil alors qu’elle continue. « Envie de… tout ça ? Et plus. » Je pique du nez avant de me frotter le visage, comme pour me remettre les idées en place. « Mes schémas seront encore moins clairs j’crois. On parlera de ça quand ça ira mieux ouais. » Pour elle ou pour moi, je saurais pas dire. Ou entre nous. Si ça arrive un jour. Faut dire que là, je suis incapable d’arriver à dire ce que je voudrais. Alors j’insiste pas plus que ça, avant qu’elle ne me laisse un peu sur le cul avec sa question.

Point positif, elle arrive à me faire rire et j’arrive à me sentir un peu mieux. Je saurais pas dire exactement pourquoi mais je profite de ce moment, de cette impression d’avaler une goulée d’air alors que j’étais en train de me noyer. Et je me dis que je vais ptet pouvoir remonter à la surface finalement. Je lève un sourcil quand elle souffle un rire, un rien perplexe. « Ah ouais. Ca t’a pas plu. J’crois que t’as pas vraiment compris ce que je voulais dire… ou plutôt je me suis mal exprimé mais ça, c’est habituel… » Je grimace avant de reprendre. « Je prendrais le temps, plus tard. De te dire vraiment ce que ça représente pour moi. Pourquoi c’est important. Si tu veux bien. » Evidemment, elle en profite pour me tacler en passant et j’ai un rire silencieux. Comme au bon vieux temps. « J’essaie… de te mentir. Nuance. J’y arrive pas. Et… tant mieux pour toi si t’as des bonnes relations avec les putes, je les ai pas vues depuis des mois. » Je me doute bien qu’elle me croira pas, paradoxalement, c’est plus facile à gérer que le reste.

Par contre, je pige pas de suite pourquoi elle parle de Yulia. J’ai un temps, fronçant les sourcils avant de finir par secouer la tête. « Non. Pas comme Yulia. » Et je cherche mes mots, pour pas changer. « Tu vois, ton rire-là, ça m’a fait comme… j’sais pas comment dire. C’est comme si j’arrivais plus à respirer. Et t’entendre rire, te voir te détendre et me dire qu’au final, je te fais pas flipper au point que tu te contentes de fuir, ça m’a fait du bien, c’est comme si j’avais pu prendre une grosse goulée d’air avant d’étouffer pour de bon. Y a personne qui me fait cet effet Ruby. » Au reste, je tousse un rire avant de lui désigner les feuilles chiffonnées sur son lit de camp. « La seule chose dont on a vraiment parlé, c’est du fait que tu me manquais. Et que je savais pas comment verbaliser tout ce merdier. Elle m’a dit de t’écrire une lettre. Elle m’a même proposé de faire secrétaire. J’ai essayé de l’écrire mais… c’était pas glorieux. » Je grimace avant de me figer une seconde quand elle me demande à voir le contenu de la boite.

Avant de déglutir et de hocher doucement la tête. Je finis par me lever, en silence, par attraper la boite et par revenir m’assoir au bord du lit. Et j’effleure doucement les rebords, durant quelques minutes, avant de souffler, à mi-voix. « J’ai toujours partagé ma chambre. Mes fringues. Tout. J’avais jamais rien à moi. Un jour ma grand-mère est venue avec cette boite et m’a dit que je pourrais y cacher les choses importantes pour moi, que personne viendrait jamais les prendre ici. Je l’ai récupérée en quittant la prison. » Une pauvre boite à sucre en métal, qui devait valoir 99 cents au supermarché du coin. J’inspire longuement, me tournant vers elle et croisant les jambes en tailleur avant de poser la boite entre nous. Et de l’ouvrir. Y a un peu de cendres dedans. Et je commence à sortir un tas de… truc inutiles, pour la plupart des gens. Des lacets de chaussures, des tickets, des photos et j’en passe. « Là t’as… mon premier ticket de cinéma. J’avais 9 ans, c’était le Roi Lion. » Je dépose le ticket, pour sortir quelques photos. Elle peut me reconnaitre assez facilement, entre mes yeux et ma mine bourrue, déjà quand j’étais ado. Et difficile de pas reconnaitre ma mère qui a les mêmes yeux. Mon frère et mes sœurs complètent le tableau. Eux ils sourient au moins. « Là c’est les tickets du concert de U2. J’étais allé les voir en sortant de taule. Cadeau du frangin pour mes 20 ans. » Je m’arrête un instant quand j’attrape le bracelet de naissance d’Esperanza, me contentant de le déposer sur le reste sans rien dire. J’ai la main qui tremble mais je continue, fixant chacun des objets avant d’attraper une photo pliée en deux. « Là c’est… ma fille. Et mon fils. Adrian. Quand il venait de naitre. Elle avait du mal à le porter me disait sa mère, mais elle avait insisté pour que son papa ait une belle photo. » J’ai la voix qui tremble un peu mais je continue, pour en sortir un dernier truc, un dessin bariolé, d’une enfant de 5 ans donc. Toute la famille qui accueille papa qui revient à la maison. J’attrape les dernières photos qui restent, moi qui tiens Esperanza dans mes bras à la clinique, avec un sourire jusqu’aux oreilles. Une autre avec ma mère où je lève les yeux au ciel. « Y a rien de bien… transcendant. C’était juste ma vie. Avant tout ça. » Et je hausse une épaule, sans trop savoir quoi faire ou quoi dire de plus l’espace d’un instant.


Nous sommes chacun notre propre démon et nous faisons de ce monde notre enfer...
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Ruby Finley
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Sujet: Re: Waking up... | Ruby    Jeu 5 Nov 2020 - 22:59
Un pas après l’autre. C’était tellement vrai. Nous ne faisions que ça, depuis le début de l’apocalypse… Et certains chanceux, comme nous actuellement, parvenaient à survivre quelques jours, quelques mois, quelques années de plus. On arrivait même parfois à penser au-delà, même s’il valait mieux rester ancré dans le présent pour ne pas céder à la folie. Ce qui faisait l’ancien monde avait disparu ou avait été altéré. Ce qui ferait le nouveau ? C’était si incertain encore.

Je relevai le regard vers Joaquin, secouant lentement la tête en réponse. « Tu devras trouver ton chemin tout seul. Personne ne pourra le faire à ta place. » Je savais qu’il allait lui falloir du temps… S’il ne décidait pas de mettre fin à ces jours entre temps. Je craignais qu’il décide, d’une façon ou d’une autre, d’en terminer pour ne plus avoir à souffrir. Parfois, c’était même inconscient. Ca ressemblait seulement à de l’inconscience ou… Un manque de volonté d’en découdre. C’était un fléau bien pire encore que les morts qui hantaient les rues de Seattle. Il fauchait même les mieux préparés.

Je refermai doucement ma main sur la sienne, pour enserrer ses doigts, comme pour le retenir un peu plus longtemps. Je me figeai dans mon geste, les yeux légèrement écarquillés quand il me confia vouloir plus avec moi. Qu’est-ce que c’était censé vouloir dire ? Il ne se mouillait pas vraiment, à botter aussitôt en touche. J’étais trop fatiguée pour chercher à le brusquer, alors je le laissais s’embourber tout seul dans ses explications sans queue ni tête. « Hmm… D’accord. » Ca me soulageait surtout un peu de l’entendre rire de la sorte, surtout quand il était question du passé. Sur le coup, il m’avait énervé. Maintenant ça m’amusait juste. « Tu n’arrives pas à me mentir parce que je suis trop perspicace pour toi. » Il n’était pas allé au motel depuis plusieurs mois déjà ? Ca se vérifierait alors.

Ou peut-être que je n’en aurais même pas besoin. J’avais arrêté de respirer durant une seconde, après sa soudaine déclaration. « Wow… » C’était toujours quand on s’y attendait le moins que Joaquin sortait le grand jeu. Je soufflai de nouveau un rire, sans même y penser, pour couvrir un peu ma gêne cette fois. « C’était vraiment mignon, ça. » J’étais sa bouffée d’oxygène, vraiment ? On était loin de l’époque où il se contentait de me supporter. J’avais pourtant conscience de l’avoir blessé, par un simple geste qui paraissait si anodin… Et si révélateur aussi. Joaquin continuait de me faire peur, surtout quand il était autant sur la brèche. Peut-être que Yulia avait deviné d’elle-même que ça risquait de mal se passer. S’il s’était contenté de le formaliser par écrit… Oui, sans doute que ça aurait été moins désastreux. La distance des mots écrits m’aurait aidée en tout cas. « Elle nous connait bien, tu sais. »

Je ramenai mes genoux contre moi, comme une maigre protection, quand Joaquin se leva pour chercher cette maudite boîte. Je la regardai en silence aussi longtemps que lui, sans bien savoir à quoi m’attendre. J’attendais qu’il prenne la parole de lui-même, sans rien forcer, sans rien faire de plus que de patienter à côté de lui jusqu’à ce qu’il se sente prêt ou renonce à le faire. Quand il se décida enfin à l’ouvrir devant nous, je retins momentanément ma respiration. Ce qu’il étalait là, juste devant moi… C’était toute sa vie en fait.

Je me rapprochai un peu pour mieux voir ces vieux clichés, mais avec une certaine prudence. Je ne touchais à rien, et commentais à peine. « Ton frangin avait bon goût. » U2, c’était cool. Je me souvenais qu’il avait fait plusieurs fois de la taule, mais si jeune ? Il semblait si bien entouré, pourtant… Comment ça avait pu dégénérer à ce point ? Je pointai sa mère sur la photo, en laissant mes questions en suspens. « Vous avez les mêmes yeux si clairs. » C’était le détail qui me marquait le plus, parce que Joaquin avait des yeux magnifiques et assez rares chez un hispanique. Ils étaient vraiment nombreux… Cinq en tout dans sa fratrie. Je me demandais s’il avait cherché à les retrouver. Il parlait parfois de ses enfants, mais pas vraiment d’eux. Je me figeai quand il attrapa le bracelet de naissance de sa fille, réalisant subitement à quel point l’idée d’ouvrir cette boîte maintenant était mauvaise… Mais il ne dit rien. Il se contentait de poursuivre son exposé sur une nouvelle photo de ses deux enfants, d’une voix tremblante. Je n’osais pas le toucher, le cœur battant à tout rompre. Il avait l’air si souriant, à l’époque… Je ne me souvenais pas l’avoir vu un jour avec une telle expression au visage.

Je n’aurais pas dû le forcer à ouvrir cette boîte. Le silence s’étira entre nous, dans une angoisse grandissante pour moi. Je me penchai finalement pour récupérer quelque chose sur la table de chevet, et le déposer au creux de sa main. « Tiens. » C’était mon ipod, celui-là même que j’avais traîné partout au camp d’Isaac même si ses batteries étaient déchargées. « Garde-le. J’en ai d’autres. » J’en avais accumulé bon nombre dans ma chambre en espérant retomber sur les musiques que j’appréciais tant… Mais ce n’était pas le son qui importait sur celui-là. J’avais pris des photos de nous deux avec. Je déposai un baiser furtif sur sa joue, avant de me reculer. « On te fera d’autres souvenirs ici. Tu pourras les ranger dans une boîte aussi, si tu veux. » Je ferais d’autres photos de nous, et des autres aussi. Sans doute qu’ils auraient tous leur sale gueule habituelle dessus, mais c’était ce qui les rendait authentiques.


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Ils vivent à l'intérieur de nous et parfois ils gagnent. »
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