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 Good bye monster...

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Bobby Smith
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MessageSujet: Good bye monster...   Ven 18 Nov - 13:31

11 septembre

L’immense créature massive s’avança d’un pas lent et trainant. Il avait la tête basse et le cœur n’y était pas. Il se donna du courage en repensant à son ange, sa dulcinée et l’être de lumière qui avait décidé de partager son existence médiocre. Robert voulait juste vivre avec Malorie, l’enlacer et être figé dans le temps pour l’éternité. Être heureux et humain. Bâtir une vie ensemble, sur la ferme avec les autres membres qui avaient décidé de l’accepter comme il était. Mais pour ce faire, il devait faire un acte qu’il avait redouté toute son existence. De se parjurer dans une promesse qu’il avait faite à sa sœur de cœur. À Abigail, même si maintenant elle l’avait rejeté. La chose immonde leur avait certifié qu’il serait toujours là pour elles, de les protéger quitte à mourir pour accomplir cet acte d’amour singulier. Mais aujourd’hui il n’en avait plus la force.

Pas après ce qu’il avait enduré, entendu et vécu. Bobby avait serré la main tacher de sang de Jonah, être impie et comparable au démon. Il l’avait fait pour sauver Selene, son ange à la peau de porcelaine. Il avait travaillé pour cette pourriture, ramener des trouvailles contre une promesse toute simple. De ne pas faire mal à celle qui avait cru en lui. Et en voyant dans l’état presque squelettique, véritable calvaire de souffrance vivant, que sa sœur d’âme était revenue à lui, une rage incommensurable avait balayé sa gentillesse légendaire. Le jour qu’il allait tomber devant cette face de rat, le géant tourmenté allait tout simplement lui dévisser la tête des épaules avant de la lancer au loin.

Pas après avoir vu la transformation démoniaque de Gabriel. L’être qu’il considérait comme un frère l’avait injurié, traiter de plusieurs noms. Comme si ses pensées secrètes avaient enfin trouvé la voie pour être expulsées au grand air. De voir les actes de sauvagerie de barbarie sans nom qu’il avait commis au nom d’une vengeance illusoire. Il n’avait pas partagé la voie et l’espérance de la lie de l’humanité. Savoir que la musicienne était vivante. L’ange Gabriel comme il l’avait surnommé dans son for intérieur avait laissé tomber le masque pour démontrer à tous ses cornes sataniques. Maintenant le colosse balafré évitait la présence de l’enseignant. Il ne voulait plus lui parler et savoir qu’il avait entrainé Abigail dans ses manigances machiavéliques révulsait l’âme trop pure du mineur. Au moins, son tourment intérieur, son dégoût pour cet homme prendraient fin.

Il avait enduré tellement de douleurs pour un groupe qui ne voulait plus de lui. Il s’était jeté dans des marées putrides d’abominations pour eux. Pour les préserver du mal et des blessures. Le géant avait saigné et récolté des nouvelles scarifications sur son corps de cauchemar. Et souvent on lui mentait en plein visage. On méprisait son intellect déficient et sa gêne d’être en présence des gens. Mais cet être au cœur trop humain, rempli de candeur, avait toujours tout pardonné en bloc. Pourquoi en fait?

Il allait simplement entrer dans le phare, prendre ses maigres possessions et quitter tout simplement. Bobby ne voulait plus de conflit. Plus de regards qui le dévisageaient comme un paria, un impropre. De nouveau des yeux fantomatiques d’un bleu d’azur vinrent à son secours. Pour réconforter le monstre de foire. L’inciter à franchir cette courte distance qui blessait le cœur déjà mal en point de la bête. Malorie ne savait pas qu’il avait pris la décision de quitter ceux qu’il appelait autrefois sa famille. Le géant voulait lui faire la surprise et Alair, Charlie et Josh avaient donné leur bénédiction pour résider à la ferme. Robert s’encourageait en passant à la lueur de surprise, les éclairs d’amour et de tendresses que sa décision allait déclencher chez la magnifique jeune femme. L’ange allait surement se ruer dans les bras indignes de la gargouille laide comme le pêcher. L’embrasser avec passion et lui susurrer les trois mots les plus merveilleux de la création du monde.

Laissant un mince sourire effleurer ses lèvres exsangues, la chose gravit rapidement les quelques marches pour le conduire à la porte d’entrée de son ancien refuge. Passant sa tête en forme d’œuf dans l’entrebâillement, Robert laissa couler son regard océanique sur les lieux si familiers qui n’était plus son chez-soi. Aucun mouvement ne vint déclencher sa gêne maladive. Une lueur inquisitrice détailla la cuisine et il fit quelques pas rapides vers le salon. À côté du fauteuil qui lui servait de lit, il ne vit aucune trace de son barda. Les membres du groupe devaient  avoir jeté ses maigres possessions, riant surement de lui de nouveau et de sa naïveté. Baissant sa tête de dépit, se sentant de nouveau trahie dans son essence d’ascendance presque divine, l’erreur de la nature commença à faire demi-tour pour rejoindre la ferme.  Ce lieu où il se sentait humain.



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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Good bye monster...   Ven 18 Nov - 21:38


Assise sur la rambarde de la terrasse, Selene profitait des dernières chaleurs de l’été. Même sans calendrier, ou pouvait sentir au rafraîchissement du temps que les beaux jours étaient derrière eux et que le titan hivernal était sur le retour. Elle portait encore une robe, longue et fine, dansant docilement au gré du vent. Gabriel n’aimait pas qu’elle se tienne là : elle pouvait tomber ; et comme elle était à peine remise, ce n’était pas le moment. Mais la jeune femme tenait à vivre ce risque, même s’il était ridicule. Jusqu’à aujourd’hui, elle se sentait aussi fragile que du verre et n’osait pas retourner en expédition. C’était sa façon de ne pas oublier le frisson.

Du coin de l’œil, la pianiste décela une présence dans le salon. Elle pensait que c’était Harold qui revenait de son ratissage, mais la silhouette géante qui se dessinait la laissa bouche bée. Bobby, qui les honorait de sa présence. Malgré leur dernière discussion, il était reparti s’isoler dieu savait où, alors qu’elle pensait lui avoir faire comprendre que ça ne lui plaisait pas, que ce n’était pas la peine. L’étudiante pivota avec souplesse pour retrouver sous ses pieds nus le plancher des vaches, mais resta immobile, observant son ami de loin. Par la fenêtre.

Selene était passée par tellement de phase à son égard… la colère et la frustration d’abord, parce qu’il ne comprenait pas. Chacune des personnes ici l’avait accepté, aimé, soutenu, complimenté. Combien de fois avaient-ils essayé de le forcer à prendre une chambre ? Combien de fois lui avaient-ils dit qu’ils se fichaient de son physique ? Combien de fois lui avait-on demandé conseil pour les domaines dans lesquels il excellait ? Mais non. Le colosse se bornait à s’isoler dans sa déprime. Et il était parti.

Puis il y avait eu la tristesse et le remord. La musicienne savait qu’il s’était passé quelque chose. Une altercation dont elle n’était pas coupable, mais responsable, au moins. Elle lui avait menti aussi, profitant de sa simplicité – et de son affection – pour lui renvoyer une illusion. Celle de la jeune femme qu’elle était quand ils s’étaient rencontrés, une pianiste perdue et fragile, la peur au ventre et un monstre de courage dans la poitrine. Cette personne n’existait plus. Elle était la première à avoir voulu s’en convaincre, mais c’était une chimère. Et il était parti.

Aujourd’hui, elle en était à la résignation. Ça faisait quoi, une dizaine de jours qu’il n’était pas repassé ? Plus ? Finalement, c’était pour le mieux. Il méritait mieux que leurs malheurs, leur violence latente, leur groupe brisé. Le nouveau monde était comme une gigantesque main noire qui broyait et calcinait chaque tentative de rester humain. Au phare, ils étaient déjà prisonniers de cette poigne funeste mais Bobby, lui, pouvait encore s’enfuir. Partir sans se retourner, avoir une meilleure vie. Il lui avait dit la dernière fois, il était heureux ; alors quoiqu’il ait trouvé de mieux, ça fallait le coup.

Poussant un soupir, Selene était revenue dans la maison au moment où le géant s’en allait la tête basse. Elle se planta devant lui, frêle et maladive. Sa robe en coton accentuant l’allure gracile de sa silhouette, ses cheveux étaient lâchés, sauvages et indisciplinés. Lentement, elle croisa les bras, attendant qu’il relève la tête. Plus que jamais, elle fut frappé comme l’un comme l’autre, n’avait rien à faire dans leur corps respectifs. Elle était le monstre, il était l’enfant. Dès leur premier dîner, elle lui avait dit… mais il ne l’avait pas crue.

- Ça faisait longtemps, dit-elle un peu froidement. Ses traits s’adoucirent un peu quand elle continua : c’est moi qui ait rangé tes affaires. Tu étais venu les chercher ?.... tu pars ?

C’était la question qui lui brûlait les lèvres. Son absence sonnait déjà comme un abandon, mais ça n’avait jamais été concrétisé, ni affirmé à haute voix. La roue menace de tourner pour revenir aux regrets : la musicienne n’était pas sûre d’être prête à ne plus revoir le colosse.


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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Good bye monster...   Lun 21 Nov - 22:44

Une ombre s’interposa entre l’être monstrueux et l’air libre de l’extérieur. Un être divin aux ailes carbonisé par sa chute, à la candeur qui avait permis une petite chance de rédemption à l’horrible gargouille de granite à peine sculpté. L’ange d’albâtre à la tignasse décoiffée, hirsute, croisa ses bras menus sur sa poitrine athlétique. Aussitôt l’océan débordant de honte des yeux du mineur se baissa. Piètre tentative pour cacher son malaise, la rupture de son pacte avec celle qu’il surnommait sa sœur d’âme. Une horde de goules en état de putréfaction ne faisait pas reculer le colosse balafré, mais à cet instant il était devant une déesse guerrière. Une musicienne apocalyptique pouvant à sa guise déployer des hymnes à l’amour et teintés d’affection. L’instant d’après de sinistres chœurs accompagnant merveilleusement bien la mort et la déchéance. Quand la voix de Selene s’éleva enfin dans l’atmosphère lourde de ses retrouvailles difficiles, l’ouïe amoindrie de Bobby en fut charmée comme à son habitude. C’était pour lui comme le vent qui soufflait au travers des feuilles tombantes de cet automne qui venait d’arriver. Mais maintenant, pour le géant au cœur si pur et tellement émietté, la voix qui ressemblait aux doux chants des anges était celle de Malorie. Son amour, son ange, sa nouvelle raison de vivre. Avalant sa salive brusquement, difficilement, Robert osa enfin lever les yeux. Repenser à celle qui lui avait offert son cœur lui redonna un courage nouveau. Une fierté qu’il n’avait jamais connue de sa vie pathétique. Il était maintenant un homme, un être qui pouvait relever la tête. Et le mastodonte scarifier allait passer le reste de ses jours avec celle qui surnommait affectueusement Chaton. Il plongea alors son regard bleuté si pur dans les profondeurs des iris glacés de l’ange déchu. Dans l’aura et l’âme de Bobby soufflaient calmement une candeur, une gentillesse et un altruisme qui devrait être inexistant durant cette période noire de l’humanité. Selene pouvait ressentir tout l’amour, l’affection et la tendresse fraternelle que l’être indigne portait pour elle. La voix douceâtre, semblable à deux rochers qui s’entrechoquaient ensemble, s’éleva enfin.

Robert- Oui pour les deux questions… Euh… Je vais rester avec celle que j’aime… Euh... Si je peux, je vais reprendre mes vêtements et mes choses… Euh… Sauf si tu en as besoin pour faire une montgolfière ou une voile de bateau… Euh… C’est très grand comme vêtement.

Encore une fois, il pensait aux autres avant sa propre existence. Mais chose nouvelle, un certain sens de l’humour venait de naître en lui. Être en contact avec Malorie, Alair, Charlie et Josh lui avait été bénéfique pour devenir un peu plus sociale. Plus aptes dans une société cruelle et sans merci. Ses épaules massives tressautèrent et un rire timide lui fit battre un peu les bajoues. Tout doucement, comme à son habitude, il sortit une tablette de chocolat. Véritables trésors sucrés. Sans un mot il la sépara en deux et en donna une partie à la pianiste. Un autre acte de candeur et aussi une habitude ancrée entre les deux êtres si différents.

Robert- Tiens c’est ma dernière tablette… Euh… Je l’ai gardé pour t’en donner la moitié.

Sans un mot de plus il plaça sa moitié dans l’emballage et la plaça dans sa poche de veste de cuir usée. Le monstre de foire le donnera surement à une des gentilles personnes de la ferme. L’enseignante adorait le chocolat.

Robert- Tu veux que je t’attende ici pendant que tu vas chercher mes trucs?


Pendant que l’ange d’ivoire disparu dans une autre pièce, le golem de chair sortirent son présent d’adieu à sa sœur d’âme. Quand elle fut de retour, il lui tendit. Un rectangle enveloppé dans les bandes dessinées du journal local. À l’intérieur se trouvait un journal intime. Le petit cahier d’une pureté virginale était doté d’un cadenas doré et de deux clefs. Une plume et des crayons accompagnaient le tout. Devant le regard inquisiteur des orbes semblables à des glaciers de l’ange aux cheveux de jais, Robert s’assura que personne n’était à portée de voix. Encore maintenant il allait garder le secret de la démence de la jeune femme. Un gardien sinistre à la fidélité sans faille pour celle qu’il aimait comme une sœur.

Robert- C’est un livre, à secrets tu sais… Euh… Je fais beaucoup de cauchemars depuis qu’on a trouvé le phare… Euh… Alair le docteur de la ferme m’a conseillé d’écrire tout ça pour l’exosiss… Euh… Mot bizarre…

Selene murmura le mot tant convoité et Bobby hocha sa tête, reconnaissante.

Robert- Oui c’est ça… Euh… Comme ça aide un peu… J’ai pensé que tu aimerais peut-être ça… Euh… Je t’ai écrit un petit mot dedans pour toi… Euh… Je sais que tu seras bien avec les autres… Euh… Ça ne te dérange pas que j’aille avec mon ange? Si tu veux, je vais rester pour toi… Euh… Je vais venir te voir à tout les dix jours… Euh… Je vais m’ennuyer de toi et de Abi tu sais... Euh...Tu voudrais le dire à Abi aussi?

Une sincérité désarmante et une honnêteté touchante se dégageaient des yeux océaniques de la bête de foire.

Note:
 



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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Good bye monster...   Mar 22 Nov - 17:25

Il avait essayé de la faire sourire, mais l’étudiante restait insensible à cette tentative. Les revers de son ami, pour fuir les points essentiels d’une discussion par l’autodérision ne l’amusaient plus. Pas aujourd’hui. Son impassibilité n’avait été rompue que par une expression sincèrement surprise lorsque Bobby parla de rester auprès de « celle qu’il aimait ». Aux dernières nouvelles, son cœur penchait pour Breann, mais après ce qui lui était arrivé, il était évident que Selene avait raté plusieurs épisodes. Alors c’était comme ça ? Il allait abandonner sa « famille », des gens avec qui il avait partagé une demi-année au quotidien, les tombes de Sandra et Rosalie… pour un autre de ses coups de cœur ?

Nouvelle étape dans son ressentiment, l’amertume. Devant les yeux bleus de la musicienne défilait tout ce qu’ils avaient vécu ensemble : les sorties, les rires, la danse, les déjeuners, le collier qu’elle portait encore autour du cou. Bien sûr qu’elle avait toujours considéré son aîné comme un cœur d’artichaut, il avait été impossible de ne pas le soupçonner d’avoir eu le béguin pour Juliane, puis Abigail, avant ses essais romantiques avec la journaliste. Mais la pianiste avait été loin d’imaginer que ses absences répétées de cet été avait pour objet une autre femme, quelque part, et qu’il laissait ce groupe pour elle.

- Ouai, répondit-elle un peu froidement quand le colosse lui proposa d’aller chercher ses affaires.

Elle avait attrapé la moitié de la tablette de chocolat sans même la regarder, sa peau plus pâle qu’à l’ordinaire contrastant avec l’intensité du cacao. Les effets de Bobby étaient dans sa chambre : elle s’y rendit comme un automate, une toupie dans la tête, un trou dans la poitrine. Pour s’emparer à deux mains du paquetage du géant, elle avait négligemment jeté sa sucrerie sur le lit. C’était bien son truc ça : penser que quelque soit le problème, quelque soit la situation, elle pouvait se résoudre par une douceur.

De retour dans l’entrée, Selene posa – un peu lourdement – les affaires de son ami devant lui, et quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’il avait – encore – un cadeau. Elle ne comptait pas l’ouvrir de suite, mais lut dans ses yeux qu’il y tenait, alors elle déchira le papier journal du bout des doigts. Un cahier cadenassé, deux clefs, un stylo-plume, des crayons. Ça la touchait, parce qu’elle se doutait que ça avait un sens… mais ne saisissait pas lequel. C’était Breann l’auteur, pas elle. Nouveau haussement de sourcils quand le colosse parlait du « docteur de la ferme », c’était qu’il avait l’air déjà bien installé !

- E-xor-ci-ser, dicta la gorge nouée.

Le chagrin balaya finalement tout ce qu’elle ressentait, ou avait pu commencer à ressentir avec ce présent. Une seule finalité brillait dans son esprit : il partait. Bobby partait. Ça lui paraissait invraisemblable, surnaturel, parce qu’il était l’origine même de ce groupe – la raison pour laquelle ils s’étaient rencontrés. Sans lui et son chalet dans la forêt, ils n’auraient jamais pu se donner rendez-vous, jamais Abigail ne les aurait trouvé, jamais elle n’aurait croisé Gabriel, …. C’était prédestiné, mais ça faisait mal. Selene dut se mordre la lèvre inférieure pour ne pas pleurer. Hochant doucement la tête à ses questions, elle avait lu son message, bouleversant de gentillesse et de candeur. Ce fut justement ce mot adorable qui la raccrocha à la résignation, et l’incita à finalement secouer la tête négativement.

- Non, ne reviens pas tous les dix jours. Ne reviens pas du tout.

Blanche comme une craie, la musicienne prit une grande inspiration et déglutit. Il faisait deux ou trois têtes de plus qu’elle, mais elle ne pouvait s’empêcher de le regarder comme s’il était effectivement le petit dernier de la bande, son petit frère. Un enfant qui devrait désormais voler de ses propres ailes.

- Tu ne peux pas… être ici et ailleurs, Bobby. Si tu as trouvé une… personne qui t’aime, une nouvelle famille, alors c’est auprès d’elle que tu dois être. Tous les jours. Ils ont besoin de toi pour les protéger, tu ne peux pas prendre ça à la légère.

Ses yeux s’embuaient, mais elle tint bon. Dans son ventre, ses entrailles aussi venaient de se faire la malle. La jeune femme se sentait vide et dépassée. C’était de sa faute au fond ; s’il choisissait de partir, c’était de sa faute. Mais il était maintenant trop tard pour faire marche arrière, et elle ne pouvait pas l’enchaîner au phare.

- Ne t’en fais pas pour nous, je les protégerai, c’est promis, elle soupira, vis ta vie, ce sera… mieux qu’ici. Et…, elle hésita, commença son geste, hésita encore, et décrocha finalement le collier de son cou pour le tendre à son ami, tiens, garde-le, comme ça tu auras toujours un souvenir de moi. Je risquerai de le perdre de toute façon, précisa-t-elle, et maintenant j’ai ton carnet.


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MessageSujet: Re: Good bye monster...   Mar 29 Nov - 21:26

Le regard océanique de la chose mi humaine trébucha sur la main tendue d’ivoire. Les rayons de l’astre solaire se reflétaient joyeusement dans la pierre bleutée de la note de musique du pendentif. Chaque éclat représentait un rire, un chant, un mot tendre que les deux êtres s’étaient échangé. Et alors la signification du geste fut claire comme de l’eau de roche pour le géant sanctifié. Son cœur immense, rempli de candeur et de luminosité par un amour nouveau venait subitement être lacéré par le rejet. Comme de si nombreuses fois par le passé, le mineur était complètement anéanti. Une nouvelle fois il absorba le tout comme un Bob l’éponge cauchemardesque. Il avait été naïf de croire que sa sœur D’âme, la personne la plus importante dans sa misérable vie après son ange, accepte son départ vers le bonheur. Empathique créature, il pouvait déceler les émotions tourbillonnantes dans la lueur bleutée et glaciale de la pianiste. La déception, la résignation, le remords, la colère et la tristesse étaient autant de flèches acérées qui se fichaient dans l’âme si pure de l’être complètement anéanti. Une montée des eaux, menaçant de briser les digues affaiblies des paupières de la chose blessée, se déclencha sournoisement. Respirant alors avec douceur, la main massive de l’être difforme se tendit vers l’avant. Du bout de ses doigts maladroits, il pêcha le bijou donné avec tant de froideur par la jeune femme. Anciennement il aurait apprécié ce contact peau contre peau, mais pour cette dernière fois il était redevenu l’être qui avait honte de tout. Tout la confiance, toute la fierté que le golem de chair avait accumulée avec difficulté depuis les derniers mois s’étaient dissolus. Fondu comme neige au soleil. Il ne voulait tout simplement pas corrompre l’aura céleste de l’ange à la peau de porcelaine.

Passant alors ses deux mains dans son cou de taureau, Robert défit sa chaine avec la croix dessus. Un présent de sa sœur Rosalie qu’il avait complètement oublié lors de son traumatisme. Sans un mot il passa la note de musique sur le collier et remis le pendentif autour de sa nuque. Sans un mot, les épaules complètement effondrées par la tristesse et la douleur, il replaça ses maigres effets personnels dans son sac à dos. Juchant sur son dos arrondi par la honte son baluchon, le mineur fit un demi-pas vers l’avant. Comme si un soupçon d’humanité, seul rescapé hurlant de désarroi de son cœur littéralement mis en lambeaux, le poussait à faire une étreinte. Un geste qui allait prouver toute l’affection, l’amour et la fraternité qu’il avait pour la musicienne. Mais il se retient, peu sûr qu’elle allait répondre à cette dernière démonstration d’amour de la lie de l’humanité. Il parla pour la dernière fois dans l’enceinte du phare. La voix rauque était blanche, tremblotante et misérable. Les yeux bleutés de la bête bougeaient de la droite à la gauche, indécis de la démarche à faire.

Robert- Moi je ne vais jamais perdre le médaillon… Euh… Tu ne sais pas comment je t’aime Selene… Euh… Tu seras toujours dans ma tête et mon cœur… Euh… J’espère juste que tu seras de nouveau heureuse. Si je comprends bien on ne va plus se revoir? Jamais plus jamais? Même si je te donne l’adresse d’où j’habite tu ne viendra pas me voir?


Le trop-plein d’émotion, un ouragan qui venait de faire voler en éclat les barrages de ses yeux pour en libérer des torrents de cristaux salés. Les larmes coulèrent, zigzaguèrent sur les traits affreux et immondes de la bête. La tristesse et les remords étaient si intenses que des tressaillements parcouraient sa carcasse cauchemardesque. Il n’en pouvait plus. Il n’avait plus rien à faire dans ce lieu qui se plaisait autrefois à appeler une maison. Au sein de ce groupe d’individus qui avait cru être une famille. Il commença à faire demi-tour pour s’éloigner loin de ce nouveau cauchemar qui venait de prendre forme. Lui qui était venu le cœur en bandoulière et heureux d’être en amour, la seule personne qui comptait dans ce lieu le rejetait du revers de la main…



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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Good bye monster...   Mer 30 Nov - 11:02

Selene était déchirée par ce qu’elle voyait. Une montagne de détresse à l’état pur. Bien sûr, le géant ne comprenait pas d’où elle voulait en venir. Il ne voyait que la rupture, se focalisait sur le départ, alors que tant d’autres choses entraient en jeu. Ce n’était pas par gaieté de cœur qu’elle le voyait partir, lui rendait ses affaires, ou lui demandait de ne pas revenir. C’était pour lui. Plus le temps passait, plus le monde extérieur était dangereux. Pouvait-elle égoïstement exiger que son ami brave la route pour venir la voir ? Chaque trajet pouvait signer son arrêt de mort, aussi fort soit-il. Et si quelque chose arrivait à sa nouvelle « famille » alors qu’il s’était absenté par « courtoisie » ? Il ne s’en remettrait pas, et la musicienne serait capable de se sentir coupable. Tout cela, c’était sans penser à l’aspect purement pratique, à savoir, l’essence.

Voilà qu’il pleurait et la jeune femme dut se faire violence pour ne pas en faire autant. Les lèvres pincées, elle posa sur main sur l’avant-bras disproportionné du géant, cherchant vainement à l’apaiser. Elle aurait voulu lui promettre tout ce qu’il voulait pour que cessent ses pleurs ; lui dire que ce n’était qu’un au revoir, qu’elle passerait lui faire coucou, mais c’était faux. Ils n’auraient ni le temps, ni l’énergie, ni les moyens de partir en visite. Le monde n’était plus comme avant, quand on se rendait chez ses amis pour un apéro ou un barbecue. Selene l’avait parfaitement assimilé mais Bobby… semblait comme un enfant prisonnier d’un monde parfait. Un endroit où les rôdeurs, et les pilleurs, n’étaient qu’anecdotiques.

- Je pense qu’on ne se reverra plus, non… c’est trop… trop risqué de voyager régulièrement, confirma-t-elle la gorge nouée, mais… tu verras, je pense que c’est pour le mieux.

Oui. Il n’aurait plus à risquer sa vie pour elle, à couvrir ses accès de démence, ou à partir à sa recherche. La musicienne lui en avait fait baver tout ce temps, sans même le vouloir, juste parce qu’elle existait. Depuis longtemps, elle était persuadée d’être maudite, et le colosse qui voyait en elle un ange se trompait lourdement. La mort ne voulait même pas d’elle, la renvoyant chaque fois parmi les vivants, comme une poupée de chiffon que l’on ne veut pas garder. La cicatrice au visage de Robert lui sauta aux yeux, et la pianiste ne put que se souvenir que c’était de sa faute. Son plan, son otage, son manque de vigilance.

Vaincue par toute la douleur de son ami, son frère, la jeune femme ouvrit ses bras graciles pour le serrer dans une étreinte d'adieu. Il y avait eu les bons moments aussi : les rires, les chants, les plaisanteries, les séances d‘apprentissage, les travaux manuels à deux. Aucun doute : il allait lui manquer. Dans un sens, sa vie après la chute de leur société s’était construite grâce à lui. Sa gentillesse, son dévouement, son chalet, son soutien. Sans lui, Selene serait certainement encore une vagabonde dans les rues de Seattle, si elle n’était pas tout simplement morte.

- Protèges-les surtout, d’accord ? Ne laisse pas la femme que tu aimes faire les mêmes erreurs que moi. Et… survis, elle s’écarta pour le regarder, je veux me dire que quelque part, tu es encore en vie.

Alors, elle dut le regarder partir. Ses yeux bleus brillaient déjà, mais l’étudiante attendit qu’il passe la porte avant de se mettre à pleurer. Des pleurs incontrôlables, qu’elle courut dissimuler dans sa couverture. Ce n’était pas la même chose que lors de la mort de Flann, mais c’était aussi déchirant. Le sentiment d’avoir échoué, que son groupe partait en pièce, d’être fuit… elle en suffoquait alors que la terreur grandissait dans sa poitrine. Celle qu’un jour, ils l’aient tous abandonnées.


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MessageSujet: Re: Good bye monster...   Aujourd'hui à 17:02

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