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 Quelque chose à quoi se raccrocher

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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Quelque chose à quoi se raccrocher   Dim 11 Sep 2016 - 16:19



❝Quelque chose à quoi se raccrocher❞
Gary & Alan


Lundi, 18 Juillet 2016





    Trois jours que Christina et moi étions rentrés au chalet. Depuis notre retour j'étais partagé entre cette sensation étrange d'être exactement là où je devais être, et à la fois de ne plus avoir ma place nulle part. Le vie avait indéniablement continué à défiler ici, tout était pratiquement comme quand nous étions partis il y a de cela trois mois, et pourtant il y avait quelque chose qui clochait dans la vie paisible qui était menée ici. Certes, certains Coyotes arrivaient parfois jusqu'à la barrière qui a été érigée peu avant notre départ, mais comparé au danger constant qui court dans les rues des villes... Le chalet a l'air comme suspendu dans un autre temps, me donnant l'impression d'être dans un rêve duquel je risquerais de me réveiller à n'importe quel moment, des dizaines de Coyotes autour. Comme quand nous avons été séparés, que nous avons perdu Sven. Après tous ces mois à entretenir bêtement un espoir sans fondement, le sol s'était finalement effondré sous nos pieds, ne laissant qu'un vide béant dans mon âme.

    Me passant une main sur le front, je soupire bruyamment en regardant la forêt en face, accoudé au balcon, une cigarette à la main. Ce même balcon où j'avais annoncé quelques mois plus tôt à Rose que nous allions partir chercher James. Si j'avais su à ce moment là que nous reviendrions détruits, que le monde nous prendrait ce qu'il y avait de plus cher, jamais je n'aurais entreprit cette expédition. Mais la vie était ce qu'elle était, et il semblait que les dieux n'en avaient pas finit avec nous ; le serait-ce seulement un jour ? Écrasant ma cigarette dans le cendrier posé sur la balustrade, je me frotte machinalement les mains et quitte le soleil assommant de ce milieu de journée pour m'engouffrer dans le bâtiment.

    Entrant dans notre chambre, celle-là même que nous avions quitté en avril, je ne suis pas étonné de voir mon épouse assise sur la chaise à regarder dehors, les yeux encore rougis de ces larmes impossible à contenir. M'accroupissant devant elle tout en prenant ses mains dans les miennes, je la regarde d'un air soucieux.

« Tu devrais sortir prendre l'air un peu, ça te ferait du bien, même aller cuisiner avec Tam ou discuter avec Brooke. »

    Bien sûr qu'elle n'en avait aucune envie, moi-même je n'avais pas réellement parlé à beaucoup de monde depuis notre retour ; ils savaient que Sven n'était pas revenu, que nous l'avions perdu, point. La plupart avaient préféré jusqu'à présent jouer la carte de la jovialité, nous accordant des regards pleins d'un mélange de compassion et probablement de joie de nous revoir en vie. Le repas qu'ils nous avaient d'ailleurs tous préparés a été comme une bouffée d'air frais, me faisant prendre une nouvelle fois conscience que cet endroit, cette nouvelle famille, était quelque chose à quoi je pouvais me raccrocher. Mais d'un autre côté, se raccrocher à quelque chose pouvait également engendrer une souffrance insoutenable si les choses tournaient mal et je n'étais pas encore certain de pouvoir me relever de la perte de mon fils, alors d'autres pertes ? Soupirant une nouvelle fois en fermant les yeux, je posais un instant mon front contre les mains de ma femmes toujours dans les miennes, avant d'y déposer un baiser et de me relever.

« Je dois aller voir Gary, je ne serais pas loin. »

    Au fond, je ne savais pas exactement si Gary avait du temps à m'accorder précisément maintenant, ni même s'il n'était ''pas loin'', mais le poids qui s'accentuait dans mon cœur à chaque fois que je ressentais toute la souffrance de Christina était de moins en moins supportable ; cette impuissance mêlée à la culpabilité, ne pas pouvoir l'aider, il n'y avait rien de pire. Sortant de la chambre, je pris la direction du hall, sortant du chalet en plissant légèrement les yeux pour m'habituer au soleil agressif. Parcourant du regard les alentours, je remarquais Gary un peu plus loin qui montait la garde sur la palissade. Les mains glissées dans les poches, je m'avance jusqu'à lui, tentant de lui adresser un léger sourire -quoi que vide de toute joie- quand son regard croire le mien.

« C'est calme aujourd'hui ? »

    Juste avant le repas, il m'avait dit qu'il devait me parler de quelque chose et je n'avais pu m'empêcher de m'inquiéter du sujet ; s'était-il passé quelque chose en notre absence ? Y avait-il quelque chose de grave ? Zieutant au loin en fronçant les sourcils, j'entrais directement dans le vif du sujet, évitant soigneusement de parler de l'état de Christy, de moi, ou de quoi que ce soit qui risquait de me faire perdre pied. Le déni, une manière comme une autre de se protéger.

« Tu voulais me parler de quelque chose je crois, tu as le temps ? »


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Gary Warren
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MessageSujet: Re: Quelque chose à quoi se raccrocher   Dim 11 Sep 2016 - 16:40

Le retour des Karlson était ressent, le départ de Sam tout autant ; ça faisait pas mal de choses à encaisser ces derniers temps, pas mal de choses qui perturbaient le train train presque quotidien du chalet. La vie se découpait habituellement entre des taches plus ou moins utiles pour le plus grand nombre, partagée entre la chasse, les sorties, les allées et retours pour aller chercher de l'eau, ou encore le ménage et la cuisine qui occupaient le temps de pas mal d'entre eux. Gary était souvent de corvé de chasse, notamment parce qu'il était le seul à savoir chasser, mais aussi à avoir une arme aux munitions réutilisables. Le retour d'Alan et sa femme avait un peu bousculé tout ça, si bien que ce jour-là, il rentra de sa sortie hebdomadaire et se posa sans trop savoir quoi penser.

Il devait parler à Alan. Plus encore, il devait lui confier des responsabilités. Mais ses quelques derniers jours en sa compagnie le laissaient penser que ce n'était pas le bon moment, pas encore tout du moins, pour ça. Il en avait vaguement discuté avec Rose, parce que ça le tracassait et qu'il ne pouvait pas le lui cacher. Sa femme l'avait simplement écouté, sans avoir de solutions à lui offrir. Ça passait, ou ça cassait. Alan pourrait accepter avec plaisir, content de pouvoir s'occuper l'esprit, ou refuser en se sachant trop pris par d'autres tracas. Dans tous les cas, le rôle de Gary serait d'accepter cette réponse, qu'importait la réponse. Même si l'une lui ferait plus plaisir que l'autre, il considérait quand même Alan comme un proche, un père spirituel, un sage à la volonté sans faille...

Et en parlant de lui, l'homme, je croise son regard sur le sommet de ma palissade, cigarette au bec à me demander si c'est le bon moment. Il me rejoint de toute façon très rapidement, alors que je me tourne vers l'horizon pour accomplir mon devoir d'homme au sein d'une communauté. Sa première question est là pour me mettre en jambe, je finis par lui répondre avec une voix un peu froide : « Ouais, plutôt. Les mordeurs s'aventurent rarement si loin, en fait... » et quand ils le faisaient, les autres en venaient très vite à bout. Le plus grand souci de Gary, c'était les humains.

Bien sûr, ouais.

Il voulait lui parler de quelque chose. En effet. Mais il ne put cacher le malaise assez commun pour un homme qui ne savait que très peu communiquer. Pas clairement en tout cas. Il n'était pas un leader né, pas un parleur en tout cas, loin de là. Il ne maniait les mots que maladroitement, incapable d'en faire autre chose que des grognements indistincts. C'était du Gary tout crachait. Déjà lorsqu'il avait demandé de l'aide à Rose, Kassandra et Arthur, il avait eu l'impression d'être un véritable abruti fini à la pisse, incapable de dire les choses clairement. Alors ouais, mettre des compliments, assurés sa position, tout ça... Il pouvait. Être ferme sur des négociations serrées, également... Mais Gary était un rustre, pas un diplomate. On avait besoin de son savoir faire en dernier recours, quand le reste n'avait rien donné. Alors, lui, chargé de ça ? C'était bizarre..

Hm, tu t'sens bien, quand même ?

Sa demande tomba un peu comme un cheveu sur la soupe. Est-ce qu'il avait demandé à Alan son état de santé ? Oui. Mais fallait bien commencer quelque part, et il était pas foutu d'être plus imaginatif que ça pour l'instant, alors bon...

Bon, j'suis pas le meilleur psychologue du chalet, j'veux bien l'admettre, mais j'ai b'soin de savoir si... T'arrives à bien vivre ton retour. Si t'as besoin d'un truc, ou quoi, qui pourrait faire la différence...

Ouais. Pas fameux. Mais y'a pire comme mise en bouche.




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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Quelque chose à quoi se raccrocher   Mar 13 Sep 2016 - 11:17



❝Quelque chose à quoi se raccrocher❞
Gary & Alan

    La voix passablement froide de Gary m'indifférait suffisamment pour que je ne m'en offusque pas, je n'avais de toute façon aucune envie d'affronter une quelconque effluve de joie, ni même des faux-semblants faisant croire que tout allait bien. Il n'avait jamais été un grand bavard, les futilités n'avaient jamais été son truc et souvent il allait droit au but ; à quoi bon tourner autour du pot quand on savait parfaitement où aller ? Et cette aptitude était probablement l'une de celles qui faisaient qu'il s'était tout naturellement imposé comme chef du groupe. C'était grâce à lui que nous avons pu gérer suite à l'incident du stade, malgré l'absence de Rose il avait su garder les épaules bien droites sans jamais perdre de vue le bien-être du groupe.

« Bien. »

    Avais-je répondu en hochant la tête, une réponse simple pour une constatation simple, il ne servait à rien de s'étendre sur le nombre réduit de Coyotes dans le coin comparé à ceux en ville. Alors qu'il affirmait qu'il avait du temps pour discuter, je m'adossais contre la palissade, zieutant au loin d'un air un peu pensif, je prend ce court silence comme salvateur, comme un échos au vide qui se joue en moi. Ne pas avoir besoin de parler, ne pas s'attendre à chaque seconde de silence à entendre un râle bien trop proche, juste le silence. Mais je ne suis pas venu ici pour faire passer le temps et n'ai pas spécialement envie de prendre trop de temps à Gary, il doit certainement avoir d'autres choses à gérer.

    Sa question me sort finalement de mes pensées relativement chaotiques. Que répondre à cela ? Un court instant je le regarde d'un air interdit, me demandant qu'elle réponse serait la plus adéquat. Mais il est évident que répondre que oui, tout va parfaitement bien, serait le plus gros mensonge du siècle, et je n'avais de toute façon pas la foi de rentrer dans ce petit jeu là. Avant que je ne puisse répondre, il poursuit, voulant s'assurer de notre ressenti au chalet. Soupirant légèrement, je cale me passe une main las sur la nuque.

« J'ai encore du mal à réaliser. Ici, c'est chez nous, nous ne devrions pas être ailleurs mais... »

    Ne terminant pas ma phrase, je serre un peu les dents afin d'éviter de me laisser submerger par la vague de tristesse qui menace de me faire perdre une nouvelle fois ; la combientième au juste ? J'avais arrêté de compter, mais l'impression par moment d'être plus dans mes pensées que dans le monde était parfois dominante. Reportant mon attention sur Gary après m'être assuré que ma voix n'allait pas dérailler au premier mot, je repris.

« Je ne penses pas qu'il y ait quoi que ce soit qui puisse apaiser la peine et la culpabilité. »

    J'avais fait de mon mieux pour garder une voix relativement indifférente, ne pas prêter attention à la boule coincée dans ma gorge, celle qui me donnait l'impression de manquer d'air, que tout était perdu. Secouant la tête, je me décide à plutôt orienter le sujet vers le groupe ; fuir les sujet dérangeants en embrayant sur ceux concernant les autres, ç'avait toujours été plus simple.

« Comment ça c'est passé ici ? »

    Certes, j'avais déjà posé la questions à quelques personnes lors du repas qu'ils nous avaient organisé deux jours plus tôt, mais chacun avait un avis différent sur les événements et parler de ce genre de choses me permettait de focaliser mon esprit sur autre chose un petit instant.


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Gary Warren
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MessageSujet: Re: Quelque chose à quoi se raccrocher   Dim 18 Sep 2016 - 12:12

Pendant votre absence, des choses ont changé ici...

Gary se tourna à peine vers Alan pour lui parler. Il avait pris le temps d'écouter, pour n'entendre qu'une pointe de désespoir dans la voix d'un homme qu'il estimait beaucoup. C'était le genre de moment où il arrivait à percevoir les mots de Rose dans sa tête, et où il pouvait voir son regard lui disait « c'était peut être pas le bon moment pour ça, chéri ». Mais l'homme était de loin le dernier pour trouver les vrais bons moments. Y'avait qu'à voir la manière dont il avait demandé à sa femme de devenir son épouse. Dans son lit, un peu genre « qu'est-ce que tu dirais si on s'mariait ? » un peu comme s'il lui demandait si elle voulait commander une pizza. Fallait pas s'attendre à du grand discours avec lui, il savait faire que dans l'urgence, il réagissait à merveille sous pression. Mais pour le reste, Gary était juste un gros gland de quarante balais.

T'as du l'voir p't'être, mais Rose est enceinte, fit-il avec un sourire con. Il eut même un petit rire, qu'il retint au mieux parce qu'il se sentait un peu crétin. Il s'enthousiasmait de ça évidemment, ça l'inquiétait toujours mais il pouvait pas s'empêcher d'être heureux de cette nouvelle, s'empêcher d'être content d'être père encore une fois. Comme si son bébé était la clé à tous les mystères de la vie. Y'avait que Norman, ou Rose, pour le rendre stupide à en vomir, mais bon. Il voulait pas étaler son bonheur, loin de là. Il voulait juste annoncer une vérité : Et j'peux pas gérer le campement tout seul. Ça a été pratique l'temps qu'ça a duré mais j'suis pas... J'peux pas tout faire, c'pas possible.

C'était jamais le plus facile à admettre. Il avait fallu que Joey le secoue comme un prunier pour qu'il réalise ce que ça voulait dire que lâcher un peu prise. Il avait fallu que son meilleur ami lui dise qu'il allait finir forcément par craquer à un moment donné, que ça deviendrait trop dur de tout gérer, sur tous les fronts, et qu'il fallait qu'il ouvre les yeux. Il avait des survivants de confiance qui l'entouraient, y'avait qu'à voir Arthur qui se pliait en quatre, qui faisait écho de sa propre voix, qui le suivait pas aveuglément mais presque parce qu'il croyait en lui.

J'ai d'mandé à Kassandra, Arthur et Rose d'me filer un coup d'main, et j'pensais te le demander aussi à ton retour.

Il se tourna finalement vers Alan, pour chercher son regard, pour lui dire ça dans les yeux. Y'avait que comme ça qu'il saurait à quel point il était sérieux sur le moment, et à quel point aussi il était content de le revoir dans le coin. Parce que sans lui, et sa femme, c'était comme si l'équilibre de toute chose était compromis. Alan s'était montré comme un élément vaillant, indispensable. Il était une voix pleine de sagesse mêlée au quotidien de Gary. Et la douceur de Madame Karlson... Son côté maternant. C'était... C'était du baume au cœur. Il eut un rire un peu triste avant de reprendre :

Parce que dans mon crâne, c'est con à dire, j'étais certain qu'vous reviendrez au campement, mais j'pensais que Sven s'rait là aussi.

Même le gosse lui avait manqué. Et savoir qu'il reviendrait pas, c'était un coup au cœur. Oh, il avait pas noué autant d'attache avec Sven qu'avec ses parents, mais il savait, il se doutait, que perdre un fils c'était comme perdre un organe ou un membre. C'était une partie de soi qui crevait.

J'pense toujours qu'tu sauras comment assurer la sécurité du camp, mais j'sais pas si tu l'veux.




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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Quelque chose à quoi se raccrocher   Lun 19 Sep 2016 - 20:22



❝Quelque chose à quoi se raccrocher❞
Gary & Alan

    Ecoutant sans mot dire la réponse de Gary, je hoche la tête d'un air grave ; était-ce de ces changements dont il voulait me parler ? Une nouvelle fois, des dizaines de questions germèrent dans mon esprit, allant des passablement négatives aux pires nouvelles. Les battements de mon cœur s'étaient légèrement accélérés dans l'attente et, quand il m'annonça de vive voix que Rose était enceinte, je souriais légèrement. Elle ne m'avait encore rien dit, mais j'avais en effet remarqué la petite proéminence de son ventre ; qui d'autre avait un ventre en temps d'apocalypse que les femmes enceintes ? Ça ne trompait pas. Posant une main maladroite sur l'épaule de mon ami, je souris un peu plus malgré la pointe de tristesse qui flottait toujours.

« Félicitations, je suis vraiment heureux pour vous. »

    J'étais sincère, vraiment, et nul doute qu'il le percevrait au fond de ma voix. Certes, j'avais perdu un enfant, et c'était encore bien trop récent pour ne pas m'en formaliser, mais je ne pouvais m'empêcher d'être content pour eux. Dans ce monde les risques étaient élevés, c'était une évidence, mais l'arrivée d'un enfant mettait toujours du baume au cœur, qu'importe les circonstances. Dans d'autres circonstances, j'aurais peut-être pu lui dire que j'espérais pour lui que ce ne soit pas une fille, si elle avait le caractère de sa mère... mais je n'étais pas très enclin à plaisanter et la boutade ne frôla qu'un court instant mon esprit, me recentrant immédiatement sur les paroles du chef du groupe.

    Il ne pouvait pas tout gérer seul. C'était du moins ce qu'il avançait et je pu aisément remarquer cet air las dans sa voix. Mais il était également évident que ce n'était pas simple pour lui de dire cela, après tous ces mois à tout endosser sur ses épaules, déléguer était la meilleure chose à faire, d'autant plus qu'avec la grossesse de Rose, mieux valait qu'il soit plus disponible pour elle. Hochant la tête, je ne le coupais pas dans son récit. Mais il parla de moi, m'incluant dans ceux sur qui il souhaitait se reposer. Restant un instant interdit, mon regard planté dans le sien, j'ouvris la bouche mais aucun mot n'en sorti.

    Gary était persuadé que nous reviendrions. Je ne parvenais pas à me figurer comment il était possible d'être aussi positif ; combien d'entre eux avaient gardé cet espoir jusqu'au bout ? Certainement pas beaucoup. Pas même moi. Et dans mon esprit, si nous revenions, ce n'était certainement pas sans l'un des nôtres... mais après avoir perdu Sven, je m'étais indéniablement raccroché à cette famille que nous avions ici, il n'y avait plus que ça qui comptait ; si ça n'avait pas été le cas, s'ils n'étaient pas ici, nous ne serions certainement plus de ce monde.

    L'air grave, j'enregistrais chaque mot de mon partenaire, y décelant chaque subtilité, chaque sous-entendu et tout ce qu'ils impliquaient. Etait-je réellement le mieux placé pour m'occuper de ce groupe ? Je peinais déjà à m'occuper de moi-même, alors qu'en serait-il de tout un groupe ? Pesant le pour et le contre, je me rendis à l'évidence que me rendre utile ici me permettrait sans doute de ne pas complètement perdre pied, et être là pour eux était désormais tout ce qui me restait. Hochant la tête, je ne quittais pas mon air sérieux.

« Bien sûr que j'accepte, tous ici, vous êtes tout ce qu'il me reste. Et si ça peut t'aider alors j'accepte d'autant plus. »

    Sans le quitter des yeux, je le remerciais silencieusement de cette confiance qu'il m'accordait. J'avais toujours respecté Gary pour cette force qu'il avait à tous nous mener, nous maintenir à flot même quand lui aurait dû sombrer, alors pouvoir évoluer à ses côtés, être là, était tout ce dont je souhaitais à ce moment précis. Fronçant légèrement les sourcils, je repris néanmoins d'un air un peu désolé.

« Je te demanderais juste... de me laisser un peu de temps. Je sais que ça ne se fait pas de te demander encore de m'attendre mais je... j'en ai besoin. Juste un peu de temps, et après j'endosserais ce rôle. »

    Je ne pouvais m'empêcher de me sentir coupable de lui demander une telle chose, c'était royalement déplacé, il avait besoin de moi maintenant, et pas dans un mois ou deux. Maintenant. Mais j'avais tout d'abord besoin de reprendre mes marques, passer outre ma perte afin d'être un appui solide pour les nôtres.


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Gary Warren
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MessageSujet: Re: Quelque chose à quoi se raccrocher   Lun 19 Sep 2016 - 21:04

La réponse d'Alan mit un certain temps à arriver. Le vieux le regardait comme s'il y croyait pas vraiment. Comme si Gary avait dit une grosse connerie, ou quelque chose du genre. Et pendant un moment, le grand blond eut aussi la même impression, comme s'il avait salement merdé en lui faisant maintenant cette proposition. Fallait dire que passées les félicitations maladroites du prof qu'était Alan, il semblait chercher ses mots, et dans la tête de Gary, quand on cherchait ses mots, c'était qu'on allait pas accepter l'offre.

Ça l'aurait fait chier, mais il aurait encore pu comprendre. Parce qu'il avait été con d'y croire, que de proposer ça a un type qui rentre de trois mois dans un monde hostile qui pense qu'à nous bouffer, ça laisse forcément des traces. Et p't'être que finalement, donner cette place a un survivant comme Alan, qui pourrait bien péter un cable à tout moment, c'était loin d'être l'idée du siècle. Après tout... que savait-il de ce qu'il s'était passé dehors ? De ce qui était arrivé à Sven ? Y'avait un tabou autour de ça, un tabou qui déverserait pas son pue de si tôt...

Mais l'homme accepta, et Gary en fut presque surpris sur le moment. Il eut même le réflexe de lâcher un soupir de soulagement, et un petit rire qui évacuait sa nervosité. Mais c'était pas tout à fait fini, et la déclaration suivante ne l'empêcha pas de célébrer intérieurement cette bonne nouvelle. Son vis-à-vis acceptait, mais il avait aussi besoin de temps. Et Gary comprit immédiatement le pourquoi du comment. Lui-même en avait eu besoin en arrivant au campement, le premier mois avait été un enfer pour lui, où il n'avait quasiment pas fermé l'oeil et où il se refusait à guérir de cette blessure béante.

La cicatrice existait toujours, avec elle, une peur intime que ce cauchemar recommence. Et Alan, lui, était en plein dedans...

Ecoute...

Il hésita un temps avant de poursuivre, semblant pas très sûr de lui sur le coup. Il était sur le point de dire des trucs à Alan qu'il était pas certain de pouvoir lui dire. Comme s'il en avait pas l'autorisation. Comme s'il avait besoin d'une permission pour parler. Mais c'était ça, un type comme Alan, avec sa prestance, son charisme, son caractère, un type qui avait plus de bagage que lui, et qu'il respectait pour ce qu'il dégageait, Gary avait tendance à se sentir comme un merdeux à côté :

Y'a pas d'soucis, vraiment pas. Prend l'temps qu'il te faut. Et si tu veux t'noyer sous le boulot pour pas y penser, y'en a toujours à faire ici. Il eut un bref rictus, qu'on aurait pu prendre pour un sourire : Tu sais...

L'homme se coupa encore, tirant une cigarette de sa veste. Il en tendit une à Alan. Sa dernière. Après ça, faudrait voir à arrêter de toute façon :

Quand j'ai cru que j'avais perdu ma famille, que Rose était morte, que Norman aussi... En parler était toujours un enfer pour lui. Parce que les mots de Lara lui revenait en pleine poire, et l'air glacière qui avait suivi avec Rose, alors qu'il aurait voulu que tout s'arrange tout de suite, et pouvoir l'aimer comme il le fallait dès son retour : Y'aura pas eu vous deux et Arthur, je me serais salement pété la gueule.

Il haussa les épaules, en tentant de pas trop en faire, mais quand même, il voulait montrer qu'on pouvait compter sur lui, parce qu'il avait l'impression ici, c'était pour la première fois depuis toute sa vie, comme une vraie et grande famille :

Si tu as besoin d'moi en retour, j'suis là, ok ?




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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Quelque chose à quoi se raccrocher   Mar 20 Sep 2016 - 23:35



❝Quelque chose à quoi se raccrocher❞
Gary & Alan

    Le silence qui suivit ma question me rendit un peu nerveux. Avais-je été trop culotté de demander un peu de temps ? Évidemment que je n'aurais pas dû, on ne refuse pas ce genre de proposition, on le fait qu'importe les circonstances, parce-que ce n'est pas un jeu, c'est de la sécurité des nôtres dont il est question. Alors oui, j'aurai dû accepter sans condition, immédiatement. Mais j'avais préféré être franc avec Gary, parce-que je le respectais et que je voulais ce qu'il y avait de mieux pour le groupe. Lui dire que oui j'étais totalement prêt aurait été un mensonge, et je n'avais absolument pas envie de perdre le contrôle parce-que je ne savais où j'en étais. Lui cacher ce fait n'aurait fait qu'aggraver les choses et, pour honorer sa confiance, il n'y avait rien de mieux que la franchise.

    A son ''écoutes'' peu engageant, je reportais mon attention sur les arbres un peu plus loin. Bien sûr qu'il allait me dire que la proposition tenait pour maintenant, pas pour dans des semaines, quoi de plus normal ? Avec tout ce qui se passait là-dehors, nos jours à tous étaient plus comptés que jamais, et même si nous étions relativement préservés ici, nul doute que nous ne seront pas à l'abri toute notre existence. Quand il repris cependant, acceptant ma demande, je reposais sur lui un regard reconnaissant.

    Prenant la cigarette que Gary me tendait, je lui adressais un rapide remerciement avant d'attendre qu'il ne continue dans sa lancée. Allumant la barrette de nicotine, je me promis de me rappeler de lui apporter un de ces paquets que j'avais trouvé pendant notre route ; j'en avais fumé plus que prévu, et je ne parviendrais probablement pas à arrêter, mais j'en avais encore suffisamment et de toute façon, Rose n'en aurait plus besoin.

    Levant les yeux vers lui tout en recrachant lentement la fumée de mes poumons, je devais avoir un air légèrement étonnée dans le regard. Gary ne parlait que très peu de lui, de ses ressentiments, alors qu'il aborde d'un coup le sujet était presque bizarre ; certes, au début quand ça n'allait pas nous avons été là, l'avons écouté, mais depuis le retour de Rose il n'avait pas réabordé le sujet, préférant certainement laisser derrière lui ce moment. Mais Gary ne parlait jamais ''pour ne rien dire'', il y avait toujours un but précis à ses paroles, il savait où il allait et où il voulait en venir, et je compris finalement que ses mots étaient fais pour me rassurer, me montrer que, comme lui après avoir fuit le stade, je n'étais pas seul. Aucun de nous n'était seul depuis le début de l'apocalypse, et certainement l'une des raisons qui faisaient que nous étions encore là et, plus ou moins, saint d'esprit. Alors même si peinais encore à entrevoir une quelconque lumière au bout du tunnel, je savais que ma place n'était nulle part ailleurs qu'ici. Souriant d'un air sincère en posant mes yeux sur mon partenaire, je repris.

« Merci Gary, pour tout. Je sais que... que nous avons l'air assez distants distants depuis notre retour, mais... »

    Marquant une pause pour chercher mes mots, je me passais une main sur le menton, tirant une nouvelle bouffée sur ma cigarette de l'autre. Mais quoi ? Soupirant légèrement, je poursuivis.

« Si je ne m'étais pas raccroché à l'idée que vous étiez tous ici, que peut-être vous nous attendiez... je pense qu'on ne serait jamais rentrés Christy et moi. »

    C'était des paroles dures, lourdes d'une vérité que personne ne voulait entendre, celle qui régissait ce monde désormais : sans attache, sans pilier, survivre était impossible. Je ne doutais pas une seconde que Gary comprendrait, comme il l'avait si bien soulevé, lui aussi avait cru avoir tout perdu, et s'il avait été seul tout aurait été différent. Alors oui, je m'étais fait violence, j'avais pensé à eux et avais uni mes dernières forces pour nous ramener, mon épouse et moi, à la maison.

« Quoi qu'il en soit tu peux compter sur moi, quand je me sentirais prêt je ne reculerais pas devant cette responsabilité au contraire. Je ne te ferais pas attendre trop. »

    Un hochement de tête pour appuyer mes dires sans le quitter des yeux afin qu'il puisse y voir toute la sincérité et la reconnaissance que j'avais pour lui. Il me fallait du temps oui, pour me recentrer, essayer de vivre avec le poids qui s'était immiscé dans mon cœur, mais je n'avais pas l'intention d'attendre trop : plus vite je me rendrais utile, et plus vite je me raccrocherais à tout cela.


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MessageSujet: Re: Quelque chose à quoi se raccrocher   Aujourd'hui à 7:01

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Quelque chose à quoi se raccrocher

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