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 De retour en enfer...

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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: De retour en enfer...   Ven 19 Aoû 2016 - 15:07

Les pieds chaussés de vieux souliers de course de la goule rebondissent trois fois sur les marches menant à la salle de torture exigüe. Le géant transportait la dépouille corrompue et putride de l’abomination par le collet de son chandail de laine. L’odeur était insoutenable, même pour Robert qui devenait de plus en plus habitué à la pestilence des nouveaux prédateurs de la terre. Souvent par la brise entre les branches dans la forêt une odeur écœurante venait chatouiller les narines frémissantes du golem de chair, l’avertissant du danger imminent aussi surement que le silence total de la faune à proximité. Mais dans ce lieu sous terre, n’ayant aucune circulation d’air réel, la puanteur saisissait et le mineur à la gorge comme deux mains froides et dotées d’ergots tranchants comme des rasoirs d’un pantin de la Faucheuse. Mais il oublia à l’instant ce malaise grandissant en constatant un manque dans ce tableau sordide. Une lueur d’innocence et de pureté qui souriait en grand à chaque fois que le monstre de foire. Des étoiles scintillantes dans de magnifiques yeux bleus comme un ciel d’été manquèrent à l’instant à la créature qui regarda pathétique de droite à gauche. Laissant tomber le corps gorgé de virus mutagène, les fluides noirâtres qui coulaient maintenant dans les veines de la goule se répandirent sur la terre de la salle des horreurs. La flasque forma un dessin abstrait et entra en contact avec l’acolyte saucissonné. La matière gluante effleura la plaie sur le front de Jeff, le condamnant par le fait même à la longue déchéance de cette maladie foudroyante.

Mais la bête tourmentée par la disparition de l’adolescente n’en avait pas conscience. Plissant son regard océanique où l’inquiétude et le désarroi se mélangeaient dans une valse qui pouvait se comparer à un tsunami, le phénomène de foire demanda d’une voix rauque, mais d’où perçait un début de panique, à l’être chétif devant lui.

Robert- Elle est où Malou?

L’homme à la voix de castra fit un sourire édenté et se dandina un peu sur ses pieds. La lueur de sa torche faiblissante faisait jouer des jeux d’ombres abominables et monstrueux sur les engins de tortures tout autour de lui. Tout devenait diabolique, effrayant et ayant une essence malsaine aux yeux du goliath des temps moderne. D’instinct il referma son poing immense et la circulation sanguine vers les phalanges en fut totalement coupée. Une blancheur spectrale s’amorça au rythme que l’inquiétude gagnait le cœur torturé et couvert de cicatrice de Robert.

Séraphin- Ma sœur a pris le chemin secret que Séraphin à creuser. Elle va ramener un camion pour prendre le trésor enfoui sous la terre.

Bobby soupira de soulagement. Ses yeux si démonstratifs ne pouvaient cacher un retour d’une inquiétude poignante, mais le géant avait foi en les capacités de la jeune femme. De celle qui commençait à… aimer. Secouant la tête pour essayer de se ressaisir, la voix du martyr le surprit.

Séraphin- Tu l’aimes, pas vrai?

Un sous-entendu lourd de sens jaillit du regard de merlan frit de l’ancien supplié. Rougissant et baissant les yeux de honte, un murmure s’échappa de ses lèvres exsangues pour virevolter librement dans les airs.

Robert- Oui… Euh… C’est pas bien de lui dire car elle n’a pas 18 ans tu sais… Euh… Veux pas la blessée.

Un petit rire haut penché s’échappa alors de la gorge torturée de l’homme à la torche presque morte.

Séraphin- Juste attendre sa majorité mon grand.

Alors sans crier gare, l’ancien prisonnier de la secte d’illuminer prit quelques cartons et les voulut sortir de la salle des supplices. Devant l’expression inquisitrice du colosse balafré, l’homme au corps martyrisé par la démence d’un démagogue fou s’expliqua en vitesse.

Séraphin- Le temps passe et elle va revenir vite.


Comprenant enfin ce que l’homme à la voix d’enfant de chœur voulait dire. Aussitôt le géant agrippa l’infecté en a devenir et escalada les trois marches. En courant presque, il ne remarqua par le sang coagulé noirâtre jumelé au fluide vital cramoisi de la plaie de la tête de Jeff. Un ton menaçant, lourd de conséquences s’échappa de la gorge monstrueuse de l’homme aux muscles disproportionné. Des braises ardentes s’étaient allumées dans les eaux habituellement calmes des iris du géant difforme.

Robert- Tu vas tout faire pour les méchants qui mordent soient concentrer sur toi OK? On finit de charger le camion et si tout va bien on va revenir te chercher. T’as compris enculé?

Un petit « OUI » effrayé et étranglé s’éleva de l’illuminé qui tout à coup devient repentant. Se faisait trimballer douloureusement d’un côté et de l’autre comme un vulgaire sac à patates, des larmes commencèrent à couler à flots. Les cristaux salés glissèrent sur le cuir renforcé du géant qui ne s’en souci aucunement. Jeff avait torturé un homme gentil pour son seul plaisir pervers. Il avait tué et mutilé surement des dizaines d’âmes innocentes qui n’avaient cherché qu’un refuge contre ce monde sordide qui était devenu le pain quotidien de tous. Rendu au sommet de la flèche qui représentait l’élévation de la foi d’une communauté dirigé par un démagogue certes charismatique, mais complètement fou, le colosse balafré prit son couteau et coupa la corde de chanvre de l’immense cloche en bronze. Attachant un bout à la solide rambarde de chêne, le mineur fit des nœuds dans le dos de l’homme qui hurlait des prières à un Dieu maintenant sourd aux supplications de ses fidèles. Maintenant, usant de toute la force qu’il avait dans ses muscles puissants et disproportionnés pour basculez le leurre hurlant vers le vide au-devant du clocher. Les zombies levèrent immédiatement les mains pour essayer de saisir l’homme ficeler comme un saucisson des plus appétissants, Jeff gesticulait et se fit dessus de peur et les goules qui avait débordé sur les côtés du bâtiment en virent le tour pour s’agglomérer en dessous comme un essaim de guêpes sur un pauvre hère qui venait de piller par accident sur leur ruche.

Satisfait que la diversion marche à merveille, le géant descendit et croisa le martyr qui peinait à assembler les objets de la réserve, le colosse balafré lui saisit le bras pour se poser sur l’épaule osseuse du petit être et lui dit dans un murmure compatissant.

Robert- Merci pour tout Sariphin… Euh… non Séraphin. Pas bon cerveau pour les noms. Tu peux aller en haut pour surveiller quand Chaton va arriver? Euh… Il y a trop de mordeurs devant, mais tu peux lui dire de passer par en arrière? Euh… Moi je me dépêche pour ramener le tout en vitesse en haut.

L’homme qui avait trop enduré de tortures de la main droite du Seigneur hocha la tête et grimpa prestement l’escalier menant vers la cloche et les hurlements de l’appât humain. Pour sa part, le colosse se transforma en ce qu’il a toujours été. Un être fait pour travailler rapidement, efficacement, et sans se poser de question. Telle une machine parfaitement huilée, un automate n’ayant qu’une programmation basique, le colosse balafré remonta tous les cartons, les armes et les outils entreposés dans ce lieu perverti par la démence d’un homme de foi qui n’avait entrainé que mort et dépravation. Quand tout fut là, le golem de chaire se plaça tout près de la porte arrière de l’endroit ou la consécration de la foi s’était transformée en fanatisme et insanité. Serrant sa hache à s’en faire blanchir les jointures, ayant libéré l’accès pour se mouvoir en vitesse et s’être assuré de l’absence des pantins de la Faucheuse dans la zone, l’esprit lent du géant difforme et affreux prit le relais. D’une manière simplette, décousue, le subconscient du mineur essaya de rattraper les pensées vagabondes de l’espace désertique associé à ce cerveau déficient sous bien des égards. Un plan s’était formé. Dès que Séraphin allait avertir de l’arrivée de celle qui prenait de plus en plus de place dans son cœur mis en charpie, le géant allait sortir pour la guider. Par le fait même, éliminer de la surface de la Terre quelques rapaces à proximité. Il allait ouvrir les portes du camion et l’ange de l’innocence pourrait se coller de manière hermétique au bâtiment. Ensuite les bras du géant pourraient enserrer avec tendresse le corps gracile de Malou pour lui permettre enfin de faire taire cette inquiétude, l’anxiété et l’effarement qui martyrisait son âme et grandissait de plus en plus dans tout son être. Il ne voulait pas perdre celle qui semblait tenir tellement à l’erreur de la nature, le moins que rien que Robert était. Son regard océanique voulait détailler chaque trait de son visage, de son sourire chaleureux et merveilleux, de ses yeux azures qui luisait comme des phares purs quittés son âme affligée par tant de peine. Sa chevelure dorée, comme ceux d’un ange, qui lissait si divinement entre ses doigts gourds et peu habiles en la matière. Secouant la tête, se rappelant de la différence d’âge et de l’époque où il se situait, le mastodonte se concentra. Une pensée pour la douleur reçue lors du refus de Breann le fit ciller. Il ne voulait aucunement infliger une telle détresse à Malorie comme lui-même avait expérimenté il y a peu…



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MessageSujet: Re: De retour en enfer...   Ven 19 Aoû 2016 - 23:37

Malou n'en menait pas large.
D'accord elle était sortie par derrière mais pour rejoindre l'ambulance, elle avait été obligée de bifurquer, se maudissant de l'avoir garée à cet endroit peu sûr, loin de l'église, certes, mais face à elle.
Elle décida alors de s'enfoncer dans la forêt plutôt que suivre les bosquets longeant la route; cela ferait un détour mais c'était plus prudent.
A l'intérieur du bois, tout était d'autant plus sombre que de lourds nuages s'amoncelaient voilant la lune d'un dais opaque.
Les bourrasques agitaient nerveusement les branches d'arbres qui craquaient ou se rompaient, tombant au sol lourdement. Tout était réuni pour lui offrir les plus mauvaises conditions de pérégrination discrète. Non loin, les mangeurs d'homme faisaient un tapage d'enfer à faire dresser les cheveux sur la tête; une chance, le vent soufflait dans le bon sens. Concentrés comme ils étaient sur la porte d'entrée du temple, ils ne la sentiraient pas.
Forte de cette constatation, elle accéléra le pas, buttant sur des racines, s'écorchant contre les muriers; qu'importe, elle avançait, tâtant régulièrement les clefs dans sa poche pour se donner du courage.

Mais à peine Avait-elle fait cent mètres que le vent s'était mit à tourner dans le mauvais sens et à moins de rebrousser chemin, son odeur irait directement vers le nez des monstruosités agglutinées. Et dieu seul savait comme ils pouvaient en avoir du pif pour flairer du vivant...
Fais chier ! Maugréa t-elle entre ses dents tout en scrutant le sol autour d'elle à la recherche d'un mort-vivant passé d'outre-tombe à trépas pour l'éternité.
Rien. Pas même le cadavre d'un mulot à mettre sous la lame du rasoir coupe-choux, c'était bien sa veine !
Continuant d'un pas soutenu mais sans courir afin de ne pas transpirer outre mesure, elle arriva enfin au terme de son parcours à travers bois; il fallait à nouveau se diriger sur le ruban d'asphalte pour rejoindre les véhicules; d'ailleurs, il lui semblait apercevoir la masse sombre de la moto de Nounours; son van n'était pas loin derrière.
Soulagée et anxieuse tout à la fois, elle continua.
Elle était en plein vent à présent; de cet air lourd et chargé d'humidité qui annonçait les orages, faisant remonter les odeurs de la terre, de la mousse, du bitume et... du corps. La total ! Pas même un buisson à raser de près histoire de la rassurer un peu.
Alors elle pensa à Nounours.

Nounours était fort, elle devait l'être aussi; il fallait qu'elle soit digne de lui, qu'il soit fier de son courage sinon, il ne l'aimerait plus.
Afin de chasser l'angoisse qui montait elle se répétait inlassablement cette phrase, ponctuée par des « je t'aime » comme qui réciterait un chapelet ardemment, avec dévotion.
Malheureusement le bon dieu devait être sourd comme un pot ou alors il avait éjecté ce monde pourri d'une pichenette avant d'aller boire un coup avec Zeus et toute sa clique à moins qu'il n'ait été bouffé lui aussi par un mangeur de divinités qui savait ?

Dans le bois encore proche une branche craqua.
Pas à cause d'une rafale, elle en était sûr; c'était autre chose.
La peur vrillée au ventre, elle n'osa pas se retourner; aux aguets, elle constata avec horreur que non seulement les grognements ne s'étaient pas éloignés mais ils se rapprochaient; c'était tout à fait anormal
Elle allait attraper son rouleau à pâtisserie quand une douleur subite lui rappela sa blessure, pas tout à fait refermée, au bras gauche. Il ne restait donc plus que le fouet, moins lourd mais beaucoup moins efficace.
Un deuxième craquement la fit sursauter.
Elle se retourna et les vit: un en tête, trois ou quatre derrière qui suivaient en claudiquant puis trois encore, plus loin, qui se traînaient; elle était repérée !

Paniquée, elle se mit à courir comme une dératée; la camionnette n'était pas loin, elle avait encore toutes ses chances ou presque car le mangeur d'homme en tête,encore jeune, infesté depuis peu si l'on se référait à son allure se rapprochait d'elle dangereusement, bras en avant.
Complètement affolée elle se mit à hurler: NOUNOURS !!!

Ce ne fut pas un râle qu'elle entendit en écho à son appel ni même la voix rassurante de l'amour de sa vie mais un autre cri, masculin, vivant et plein de terreur.
Derrière elle, le silence se fit comme des points de suspension puis elle entendit des piétinements incertains.
Venant de l'église, un homme, Jeff ? Continuait de hurler tandis qu'elle était enfin à hauteur du van, derrière lequel elle se cacha, clefs en main.

Tout à coup, ce fut comme si les grognements faisaient demi-tour et s'éloignaient.
N'en croyant pas ses oreilles, elle avança tout doucement la tête et vit le groupe se diriger à nouveau vers le lieu de culte sans plus se soucier d'elle.
Tremblante, hagarde, elle resta quelques instants plaquée contre le flanc du véhicule afin de reprendre son souffle; puis, d'un bond, elle se dirigea vers la portière avant, l'ouvrit et s'installa au volant; elle était sauvée.
Merci Nounours, merci mon amour !!! cria t-elle entre rires et larmes tandis qu'elle démarrait.

Rouler jusqu'à l'église fut un jeu d'enfant.
Elle s'apprêtait à passer par devant quand elle vit la silhouette de Séraphin tout en haut dans le clocher, faire de grands mouvements de bras avant de lui indiquer d'aller par derrière.
Sans réfléchir elle obéit; elle avait toute confiance en cet homme qui avait dû subir mille supplices.
Elle braqua sur les chapeaux de roue et fit le tour.
Et là, dehors, beau comme un Dieu flamboyant, sous la pluie qui commençait à tomber, le tonnerre qui claquait et l'éclair qui zébrait le ciel, son Héros, son Bobby, son Nounours, faisait des signes pour la guider dans sa manoeuvre.
Avec un immense sourire qui lui fendit le visage, elle passa la marche arrière et se gara le plus près possible de l'endroit indiqué.
Afin d'aller ouvrir les battants arrières avant de se coller au bâtiment, elle serra le frein à main et sauta du van pour rejoindre l'espace de quelques secondes les bras tant aimés dans une étreinte follement désirée, oubliant par là même toute notion de danger.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: De retour en enfer...   Mar 23 Aoû 2016 - 8:19

Même les cieux semblaient pester contre le comportement des plus discutables des apôtres du faux prophètes. Les nuages noirs se massèrent pour cacher la lune et les étoiles et des trombes d'eau commencèrent à tomber pour essayer de purifier une terre souillés par la barbarie des hommes. Seul le géant balafré, véritable roc dans la tourmente du réveil soudain des éléments, restait dans le sillage du véhicule qui reculait. Le sourire à la dentition mal aligné scintillait dans la blancheur des feux de reculons de la bête de métal. Il leva la main haute, dégoulinante de l'eau de l'averse soudaine, pour signaler l'arrêt de l'ambulance. Des lumières rouges signalèrent au monstre de foire que la manœuvre de Malorie était une réussite. Mais son sourire, déjà grand, s'élargit juste au niveau de ses oreilles quand une petite fusée à la chevelure de blé le prit comme cible. Il n'eut que le temps d'écarter ses bars immenses et réconfortants pour accueillir l'ange de l'innocence qui s'y réfugia.

Malgré les éclairs qui illuminaient la démarche incertaine des troupes de la Faucheuse qui se dirigeaient vers eux, malgré la froideur de la pluie qui semblaient purifier cette retrouvailles, les deux êtres semblaient ne se soucier que l'un de l'autre. Que de leur cœur qui battaient à l'unisson, de leurs regards qui se cherchaient avec tendresse et affection, de lèvres qui étaient figés dans une expression de bienfaisance et de chaleur humaine. La main immense et rugueuse de l'homme difforme se posa alors sur la joue de la jeune femme et avec la délicatesse de l'eau qui roulait sur la peau de pèche de l'ange. Une chaleur douce et agréable semblait réchauffé l'âme et le cœur des deux êtres si différent, mais si semblable. Deux papillons de nuit qui venaient de découvrir ensemble la luminosité de doux sentiments juste alors inconnu. Les yeux océaniques du mineur n'étaient qu'un tsunamis de douces émotions. Tendresse, affection, amativité, bienveillance, épanchement et attendrissement. Les yeux azures de Chaton se jumelèrent à la perfection pour l'océan du regard du mastodonte. La voix rauque, essouffler par les pensées qui semblaient se bousculer dans sa tête qui se combattaient pour placer leurs mots dans la bouche immonde, s'éleva dans les airs saturés d'électricité statique.

Robert- Je savais que tu allais réussir mon ange… Je…

Des gémissements de faim tirèrent alors le colosse de la compensation de l'être magnifique qu'il tenait dans ses bras disproportionnés. Un seul instant et le cœur prit le relais du corps répugnant de l'être difforme. Le golem de chair fit alors un acte insensé, proscrit dans une autre époque par la mentalité de la bienséance. Ses lèvres exsangues, gauche, se déposèrent brièvement, un centième de seconde, sur celles de l'ange adoré. Comme si les puissants sentiments qui naissaient dans tout le corps musclé et monstrueux voulaient terminer la phrase écourté par l'arrivée implacable des goules jalouses de ce bonheur partagé. Ce baiser avait la légèreté d'un papillon se posant sur une fleur rare et précieuse. La chaleur de mille soleils se transmit entre les deux âmes par ce contact privilégier. La séparation des deux corps fut douloureux pour l'erreur de la nature, mais l'urgence et la dangerosité augmentait de seconde en seconde sous ce ciel en colère.

Une rougeur se manifesta alors sur les joues mal rasées de l'homme. Ouvrant les portes arrières de l'ambulance, le géant dit alors avec un sourire à la fois merveilleux et débordant de chaleur.

Robert- Recule Chaton et je te dis quand arrêter ok?

Il grimpa alors dans la boite blindé et aussitôt le moteur continua sa progression arrière. Quand la carrosserie fut presque hermétique avec l'église aux milles douleurs, le géant fit stopper l'ange et le chargement commença aussitôt. Tout fut emballé en vitesse, mais la belle et la bête ne cessèrent de se sourire, s'effleurer. Séraphin dis alors qu'il irait chercher l'appât à l'extérieur. Robert voulut lui dire de l'attendre, que c'était très lourd de tirer cette corde avec un poids mort. Mais le vieil homme se déplaçait avec la célérité de la gazelle. Un hurlement quelques secondes plus tard. Des râles victorieux et des bruits de mastications s'infiltrèrent malgré les murs de l'église. Le dernier illuminé de la secte de Brionn n'était plus. Le supplicié réapparut avec une fausse grimace d'horreur.

Séraphin- La corde m'a glissé des mains…

Bobby souleva ses épaules massives en signe d'impuissance et chargea la dernière caisse. Il parla alors de son ton calme, apaisant et d'une douceur qui symbolisait toute la pureté de son âme.

Robert- On doit partir… Euh… Chaton je vais prendre ma moto et on va s'arrêter un peu avant ou j'habite avec ma famille… Euh… Séparer avec Séraphin ok?

Les deux complices s'infiltrèrent dans l'habitacle de l'ambulance au son des cognements pathétiques des aberrations qui voulaient pénétrer dans le lourd véhicule. à la seconde que les portes arrières purent être fermé, le colosse balafré referma pour empêcher des mains putrides de s'immiscer dans l'ambulance de Malorie. La voix cristalline annonça très tôt la moto et aussitôt le golem de chair sauta du camion des urgences et enfourcha sa monture d'acier. Ouvrant la voie vers la sortie du village, Bobby reçut une douche froide littéralement. Il venait de laisser ses sentiments empiéter sur la logique. Il n'avait pas le droit de faire ça à l'ange de l'innocence. De l'aimer malgré la différence d'âge. De vivre une romance dans ce monde où on pouvait mourir à chaque instant. De laisser une chance à la jeune femme de connaître un véritable homme non la lie de l'humanité. Le cœur qui venait de réapprendre à battre avec passion s'immobilisa et les larmes de désespoir de l'homme se mélangèrent avec la pluie diluvienne qui tombaient de plus en plus fort. Comme pour châtier l'imprudent de sa maladresse impardonnable. Bientôt l'homme terrassé par la honte indiqua une maison cachée et sûre qu'il avait nettoyé pour en faire une halte sécuritaire…



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MessageSujet: Re: De retour en enfer...   Mar 23 Aoû 2016 - 15:36

La pluie tombait à seau tandis que Malou se jetait littéralement dans les bras de l'homme de sa vie.
Elle était certainement trempée mais ne le sentait pas, elle s'en fichait; mieux, elle adorait cela.
Non seulement la scène pouvait être digne d'un des plus beaux films d'amour qui aurait pu passer au cinéma mais cette atmosphère apocalyptique, ponctuée par les grognements des mangeurs d'hommes avait quelque chose de magique, de romantique qui réchauffait davantage encore le corps et l'âme de l'adolescente déjà en ébullition.
Elle se cala quelques secondes contre ce corps puissant qu'elle désirait ardemment, enfouissant une fois de plus son visage dans cette poitrine chaude, si douce, qu'elle en perdait toute notion de réalité.
Puis, lentement, comme si elle avait voulu que le rêve s'étire à l'infini, elle avait levé la tête afin de plonger son regard dans celui de Nounours.
L'azur serein, pour une fois, ponctué de petites étoiles scintillantes d'amour contemplait l'océan calme et bienfaisant jusqu'à ce point l'horizon où les nuances se marièrent dans une harmonie parfaite.

Nounours arborait un sourire resplendissant quand sa main se posa tendrement en une longue caresse sur le visage enfantin de la jeune fille en fleur.
Souffle court, elle se laissait envahir par les vagues déferlantes de sensations tour à tour douces et violentes, visage tendu vers ce Soleil que le monde obscur lui offrait.
Puis il s'était penché vers elle.
Le coeur cognait furieusement dans sa poitrine tel un grand oiseau contre une cage trop étroite, implorant la liberté, criant son désir d'envolées dans le firmament limpide.

Ses mains se posèrent sur les siennes, soie contre soie, chaleur contre chaleur.
L'amour au bout des doigts, au bord des yeux, jusqu'au dedans du ventre l'assaillit tel un souffle dévastateur. Des ondes invisibles se dégagèrent telles les notes sereines, nostalgiques du piano d'Erik Satie, artiste d'un autre monde à jamais anéanti.

Les lèvres étaient proches. Malou suffoquait presque. Le contact était palpable mais encore incertain.
Oserait-elle à nouveau faire le premier pas au risque de recevoir un baiser sur le front et la douleur de le savoir animé d'élans paternels dont elle n'avait nul besoin ? lui, l'amant tant rêvé, qu'elle brûlait de chérir de toute la flamme de sa jeunesse ?

Les morts vivants se rapprochaient; les râles étaient d'autant plus forts que leur amour naissant était silencieux pourtant Malou ne les entendaient pas.
Elle avait tout oublié, ce monde n'existait pas.
Il n'y avait plus de sang ni de morts; plus aucune arme à portée de main. Plus un brin d'herbe cachant un embryon de chair putréfiée en son sein, juste elle et lui sous cette pluie battante avec la folie d'un orage pour tout témoin.

Un éclair zébra le ciel. Dieu parlait enfin, réécrivant son Livre comme il aurait dû l'être, sans combats, sans meurtres, sans esclaves, la grande main divine remodelant Adam et Eve à son image, l'un avec l'autre puis l'un dans l'autre sans pomme, sans serpent, sans inégalités.
L'appel avait crevé les nuages, s'était propagé dans les galaxies puis avait suivi le chemin secret de l'univers pour tomber dans l'oreille du grand homme étrange assis sur son trône par delà les frontières de la compréhension humaine.
L'immense Yhwh, celui dont on ne peut prononcer le nom avait entendu le voeu le plus chère de la minuscule Malou, habitante de la planète Terre en perdition diabolique et l'avait exhaussé.

Le danger allait secouer leurs vêtements dans la seconde qui allait suivre. C'est à cet instant précis que le miracle se produisit.
Sans même un sursaut le Grand Homme, son Dieu, s'était penché plus encore et se lèvres avaient déposées un baiser sur les siennes, furtif. Tellement qu'elle aurait cru rêver.
Son coeur s'arrêta de battre et quelque chose explosa dans sa tête avant d'être inondée de tous les sentiments les plus fous, les plus forts, les plus merveilleux qu'elle ai jamais connu.
Son corps chétif contre le sien solide comme un roc, allait se dérober, son âme allait garder l'emprunte de cette sensation pour l'éternité
Savourant le bonheur absolu qui lui était offert par le seul, l'unique digne de lui faire un tel cadeau elle ferma les yeux s'apprêtant à rendre au centuple ce pacte d'amour quand sa bouche embrassa le vide. Nounours s'était écarté; ce monde ne voulait pas accepter une telle douceur en son sein de malheurs !

Sur le coup, elle regarda Bobby avec de grands yeux horrifié: avait-il changé d'avis ?
Non, il avait même eu l'air de souffrir quand il avait dû s'écarter; alors quoi ? Elle n'avait même pas eu l'occasion de lui dire « je t'aime » !
Suivant des yeux ce que son Héros contemplait avec effroi, elle comprit très vite: il fallait agir, il n'y avait plus une seconde à perdre.
Elle sauta dans la camionnette, mit le contact et fit ce que Nounours demandait.
Une fois le véhicule collé au mur de l'église, elle se hissa dans l'habitacle et sauta dans le temple.

Le chargement fut rapide. Elle remplissait les caisses, Nounours chargeait ne ratant pas une occasion de le contempler, de lui sourire, de frôler son corps plein de promesses de tendresse et d'ardeurs.
Séraphin non plus ne chômait pas. Il se proposait pour sortir l'otage alors que... Trop tard; l'adolescente eut à peine le temps de jeter un regard anxieux vers l'aimé qu'il était déjà parti, son corps meurtri et ses jambes déformées par les sévices, bondissant comme un chevreuil.
Cela lui donna une idée.
Elle avait beau être amoureuse, son esprit pratique ne l'avait pas quitté.
Traînant une caisse à l'écart, elle entassa des vivres, un fusil, des balles et quelques outils en lançant à Nounours:
ça c'est pour Séraphin !

Les dernières provisions avaient pris place tant bien que mal dans le van; il était temps de partir mais Malou traînait l'air angoissé: le vieux fou n'était pas là...
Elle allait annoncer qu'elle ne partirait pas sans le revoir quand surgissant de son trou secret, il lança:
la voie est libre mais pas pour longtemps, dépêchez-vous !
Mais...Et toi ? Demanda l'adolescente le coeur serré.
Ne vous inquiétez pas, rassura t-il, j'ai ma planque ici, je suis trop vieux pour sillonner les routes et puis... J'aime ce village; je ne voudrais pas le quitter.
Se tournant vers la caisse pleine, il ajouta: merci d'avoir pensé à moi, c'est gentil.
Il se pencha à nouveau afin de reprendre le chemin emprunté quelques minutes plus tôt, les regarda une dernière fois avec ses yeux malicieux et plein de tendresse avant de murmurer avec sincérité: shalom aleichem, mon frère, ma soeur. Que la paix soit avec vous...
Au revoir Séraphin, bredouilla Malou les larmes aux yeux.

Il était temps de partir.
Malou s'installa au volant tandis que l'aimé prenait place à côté jusqu'au moment où la moto fut en vue.
Elle stoppa à sa hauteur, bien décidée à rendre langoureusement le baiser trop furtif mais, à peine avait-elle appuyé sur la pédale de freins que Bobby s'était éjecté en toute hâte avec un drôle d'air.
Ne l'aimait déjà t-il plus ? Regrettait-il son geste ?

Le trajet ressembla plus à un chemin de croix qu'autre chose tant les questions plus anxieuses les unes que les autres envahissaient son cerveau à propos de la réaction de Nounours.
C'est presque en larme qu'elle tira nerveusement sur le frein à main après s'être garée à côté d'une maison inconnue.
Le moteur était à peine éteint qu'elle avait bondi du véhicule, courant comme une folle vers celui sans qui elle ne pourrait plus vivre.
Arrivé à sa hauteur, elle leva vers lui un regard suppliant, baigné de larmes.
Jamais Malou n'avait regardé quelqu'un comme cela, jamais son caractère ne lui aurait dicté cet élan de soumission absolue comme un vulgaire chien quémandant une caresse avant cette nuit merveilleuse et fatidique tout à la fois.
Nounours était devenu sans le savoir ni le vouloir la condition sine qua non de sa raison.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: De retour en enfer...   Mer 24 Aoû 2016 - 15:31

Le phare halogène de la Harley éclaira brièvement les fenêtres de la maison cachée de la route, assez isolé pour que les gens passent devant sans s’en apercevoir. Il pleuvait des hallebardes et le géant stationna sa moto sous l’abri près de la résidence qu’il avait fait son poste avancé pour les explorations vers Seattle. L’ambulance de celle qui avait réussi à reconstruire le cœur vacillant de l’être indigne se gara. Aussitôt le corps gracile et superbe de l’ange de l’innocence se propulsa littéralement hors de l’habitacle du monstre métallique. En voyant les traits harmonieux et féériques de Malorie complètement dévasté fut un coup de poignard vicieux dans le cœur si pur du géant difforme. Quand le ciel d’azure de l’âme de la jeune femme percuta l’océan paisible qui des yeux de Robert, celui-ci ne put que sentir une chaleur naitre dans for intérieur. Aussitôt les grosses mains rugueuses et lézardées de cicatrices de la bête se déposèrent sur les joues à la douceur de pêche de la belle. Ses pouces essuyèrent sans peine les flots qui avaient cédé les digues des paupières de l’être le plus magnifique qui avait autorisé le monstre de foire à la toucher. Ensuite les paluches aussi grosses des boulets de canon organiques glissèrent dans le dos de la poupée frêle, englobant totalement le corps chétif de Chaton dans une étreinte projective et douce. Ils restèrent dans cette position, permettant à leur en pleines ébullitions de se réchauffer mutuellement. De chasser la tiédeur de la pluie, de la gêne et de permettre à un début de passion de faire son nid entre les deux cœurs qui semblaient en symbioses et sur le point de se fusionner l’un dans l’autre pour ne former qu’une seule entité. De trouver un réconfort commun, se transformant à tour de rôle en phare pour guider l’autre sur la mer houleuse des sentiments naissants. Ils étaient un couple hors normes, trop différent pour leur écart d’âges et n’ayant aucune similitude de par leur passé. Mais leurs âmes se complétaient au même titre que l’air qui nourrissait le feu, le yin et le yang qui symbolisait la paix intérieure. Les lèvres du colosse balafré effleurèrent celle de l’ange, promettant amour et tendresse. Il ne voulait pas cesser cette étreinte, cette pression douceâtre qui apportait un réconfort, une promesse d’un Éden. Quelques mots jaillissent alors de la gorge immonde de la lie de l’humanité, caressant l’ouïe de Malorie aussi surement que la caresse d’un amant envers son aimée.

Robert- Nous allons entrer et nous réchauffer… Euh… Mangez un peu et j’ai un truc à te dire.

Déposant l’être fragile et céleste au sol, se pouvant s’empêcher de caresser une dernière fois la splendeur divine du visage de l’ange avec la répugnance de sa main gauche et maladroite, Bobby sorti de son manteau un petit trousseau de clefs. Il en défit une et la tendit, comme une offrande à une déesse magnifique d’un âge révolu, en expliquant son geste.

Robert- Il n’y a que deux clefs pour cette maison… Euh… Notre refuge si tu veux juste à toi et moi.

Le golem de chair sanctifié ouvrit la porte et laissa entrer la jeune femme en lui conseillant d’utiliser sa lampe de poche pour percer la pénombre des lieux. Refermant derrière lui, le gargouille au visage à peine sculpté et balafré d’une horrible cicatrice sur la joue droite retira son encombrant sac à dos et enleva son manteau de cuir renforcé. Les trompes d’eau s’étaient infiltrées entre la protection de cuir et le coton de la chemise qui était humide. Les muscles disproportionnés, qui rendaient fous de jalousies les haltérophiles, se dessinèrent et roulèrent aisément au travers du vêtement qui collait à la peau. Un sourire embellissait son visage aux traits atypiques et grossiers. Une tendresse sans borne, une affection presque surnaturelle luisaient de son regard bleuté si pur. Levant un index vers une porte tout près.

Robert- Tu veux te changer pour ne pas avoir froid? Euh… Il y a beaucoup de vêtements, dans la chambre tu sais. Moi je vais faire chauffer une conserve. Ravioli ou bien ragout irlandais?

La main du mastodonte effleura l’épaule de l’ange de l’innocence, l’encouragea à cette séparation momentanée pour mieux se retrouver. Farfouillant dans sa besace pour y pêcher son poêle individuel et la pitance du soir, le colosse balafré chantonna tout doucement. Laissant la nourriture choisie par la jeune femme qui faisait battre le cœur saturé de cicatrice de l’homme difforme, Robert découvrit des chandelles qu’il alluma pour faire un peu de clarté et économiser les piles des lampes portatives. Des tourbillons de vapeur, la chaleur excessive de son corps phénoménale venait de s’éveiller abruptement, s’élevèrent de la chemise qui séchait doucement. Un doux arôme envahit la résidence et bientôt deux bols se trouvèrent pleins de nourriture qui ferait saliver n'importe quelle personne sensée. L’ange sorti enfin de la chambre et Robert fit un sourire sublime et débordant de bienveillance. Voyant la mine déconfite de la jeune femme qui s’assit devant le bol fumant, le géant au cœur d’or murmura un supplice.

Robert- J’aimerais que tu sois en santé et forte Malou… Euh… Tu devrais bien manger pour être capable de survivre avec tous les dangers… Tu es forte et courageuse, mais fais-le pour moi OK? 

La fourchette du chainon manquant plongea dans la nourriture en rythme et une bouteille d’eau agrémenta le repas. Bientôt le bol fut nettoyé et la main rugueuse de l’être indigne se déposa sur celle gracile et menue de l’être divin. Une douce chaleur se propagea entre eux. Quand le repas frugal fut terminé, Bobby escorta la jeune femme vers le sofa dans le salon désuet. Enveloppant les épaules frêles de son bras immense et ayant la circonférence d’une branche d’arbre vénérable. Robert demanda alors avec douceur, un peu comme si la puissance des mots pouvait faire peur à la magnifique dame qui se lovait contre son torse large comme une barrique.

Robert- Tu m’aimes pour de vrai Chaton? Ou c’est moi qui ai rêvé tout ça?

Tout en caressant le dos de l’ange de l’innocence, le regard océanique se transforma en mélancolie et tristesse. Il écouta la réponse de l’être divin et son sourire embellit la pièce. Mais il devait parler de son inquiétude, de son regret. La gorge soudainement sèche pour l’air d’une forge, la voix cassée et blanche par une émotion trop vive, le golem de chair parla avec les accents du cœur.

Robert- Au début je t’aimais comme une amie, mais je sens autre chose… Euh… Très puissant et superbe comme un soleil durant un jour d’été… Euh… Tu es la première qui me dit ça et c’est si beau. Mais tu es sûre? J’ai l’air d’un monstre et je n’ai pas le meilleur cerveau au monde… Euh… Tu pourrais avoir un homme cent fois mieux que moi.

Écoutant les douces paroles de la jeune femme, des larmes coulèrent doucement sur les joues mal rasées de l’être repoussant.

Robert-Je t’aime Malorie. Mais…

La voix devint alors chancelante, les yeux fuyant, car la vérité devenait trop dure à dire. Prenant son courage à deux mains, la bête se lança à l’eau.

Robert- Mais tu es trop jeune… Euh… Même pas majeur, car tu as bien 17 ans? Tu es un peu plus âgé que ma nièce Sandra… Euh… Ce n’est pas bien ça, tu sais… Euh… Je ne suis pas à l’aise… Euh… Si tu étais majeur, ce serait parfait…



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: De retour en enfer...   Jeu 25 Aoû 2016 - 16:47

Envahie par la terreur à l'idée de perdre à nouveau Nounours, elle ne s'était pas inquiétée du faisceau lumineux projeté par un phare sur le mur ni n'avait porté d'attention à l'architecture de la maison, encore moins au paysage environnant.
La pluie frappait son visage, l'eau se mêlait aux larmes mais elle n'en avait cure; si Nounours la laissait filer une seconde fois, elle ne le supporterait pas et se livrerait dès le lendemain aux mangeurs d'hommes.

C'était cet état d'esprit que Bobby tentait de faire disparaître de son pouce démesuré et ô combien teinté de tendresse sur les joues trempées de l'adolescente en pleine crise d'hystérie amoureuse.
Hagarde, ne sachant plus qu'en penser, elle continua de fixer de son regard électrique l'océan de plénitude au fond duquel brillait un feu intérieur jusqu'au moment où il glissa sa grande main dans son dos.
Frissonnante de désir soudain, elle ferma les yeux afin de graver à jamais dans son coeur l'offrande voluptueuse.
Tout était oublié: Son drôle d'air en quittant l'ambulance, sa résignation face à sa fuite devant Selene. Il ne restait plus en face d'elle qu'un homme d'âge mûr, fort comme un chêne, fragile comme du cristal, doux comme un velours où se lover, solide comme un roc où s'amarrer avec une voix grave comme les tambours du Bronx et un visage sculpté par la serpe d'airain d'un dieu inconnu passé maître dans l'art des beautés étranges, fulgurantes dont la lourdeur côtoyait la finesse d'une plume duveteuse en un paradoxe insoutenable de sensualité.

Comme un tout petit oiseau couvé par l'immense Phénix elle se laissa envelopper ainsi, immobile, offerte et tendue à la fois, écoutant le coeur de l'être adulé rythmer ses tous premiers émois.
Alors, tout doucement, il avait avancé ses lèvres vers les siennes, les y avait posées comme on offre un fruit des Mille et unes nuits et les y avait laissées afin qu'elle en goûte la saveur exquise.
Au bord de l'évanouissement, elle se laissa envahir par la suave et délicate chaleur, rendant les effleurements par touches légères puis, entourant son cou des deux bras, elle l'embrassa avec fougue, croquant passionnément dans le fruit défendu, bouche contre bouche, langue contre langue, enroulant, enveloppant, titillant l'organe sensible et souple avec sensualité.

C'est dans un état second qu'elle entendit Nounours l'inciter à entrer pour se réchauffer. Bouillonnante, elle en avait oublié le vent à présent hostile et la pluie diluvienne.
Se détachant à regret de l'amant de ses rêves les plus fous, elle reçut dans sa main une petite clé juste pour elle et lui, incroyable Sésame de leur nid, de son coeur, du bonheur, de leurs promesses amours.
Emue, Malou ne sut que répondre. Contemplant le morceau de métal comme qui se serait extasié sur un joyau précieux, elle resta silencieuse tant l'émotion nouait sa gorge.

Quand il ôta son manteau, laissant apparaître son éternelle chemise beige toute mouillée, moulant son corps sculptural, l'adolescente blêmit du désir de le toucher mais l'esprit de Bobby était pragmatique avant tout. Chassant calmement les élans romanesques de la jeune fille, il l'encouragea gentiment à aller se changer dans la pièce à côté.
Jaugeant son état, elle acquiessa en souriant: elle était trempée comme une soupe !
Et comme un fait exprès, la liaison entre potage et nourriture se fit naturellement dans la bouche de l'aimé.
Manger ? Elle n'y pensait même pas !
Sur un geste vague elle répondit « ravioli » simplement parce que le mot « ragout », s'approchant dangereusement du mot « dégoût » lui donnait la nausée.

Elle entra rapidement dans la chambre, décidée à y rester le moins longtemps possible, dénicha des vêtements à sa taille et se déshabilla.
Quand elle fut nue, redressant à la tête à la recherche d'une paire de chaussettes, elle tomba nez à nez avec elle-même: un miroir était placé juste devant elle.
Elle allait baisser les yeux tant elle ne se regardait jamais dans ce genre de truc fait pour les bonnes femmes mais quelque chose l'en empêcha et elle resta prostrée devant son image.
Elle se regarda avec attention et eut honte de qu'elle découvrit. Elle avait perdu son pari...
Non, elle ne ressemblait pas à une enfant; le corps juvénile démontrait tant bien que mal qu'il avait dépassé ce stade et les jeûnes pathologiques qu'elle s'était imposés n'avaient servi à rien; le temps avait quand même posé ses marques indélébiles.
A la place elle ressemblait à une adolescente atteinte d'un cancer au stade ultime. Squelettique, elle pouvait être comparée à un Biafrais, ventre proéminent en moins, c'est tout ce qu'elle avait gagné et se trouva hideuse.
Non décidément son corps n'avait rien des petites rondeurs enfantines aux muscles tendres d'où les os ne percent pas tant ils sont encore délicats.
Le sien à elle était sec, décharné, de la forme d'un manche à balais. Les côtes se dessinaient agressivement comme prêtes à trouer la peau ultra tendue et diaphane; le bassin anguleux se terminait par deux baguettes de tambour qui se nommaient « jambes ». Pas de seins, pas de poils au pubis, rien qu'une ombre spectrale prête à s'envoler au moins souffle.
Etait-cela qu'elle allait offrir à l'homme qui avait dû avoir l'occasion de contempler les plus belles femmes du monde ?
Effrayée et dépitée, elle tourna la tête vivement, fouilla dans les fringues à la recherche d'un pantalon trop grand et d'un pull ultra ample afin de cacher la misère avant de pénétrer à nouveau dans la pièce principale.

Osant à peine regarder celui dont les yeux brillaient d'une splendeur toute nouvelle, elle s'assit au bord de la chaise placé en face de son bol fumant.
L'odeur était infecte...
Prenant sa fourchette du bout des doigts, elle touilla mollement dans ce qui lui apparaissait comme des immondices: des trucs, de la forme de petits oreillers dodus, gluants, gélatineux, baignaient dans un brouet liquide et rouge sang aux vagues relents de tomates pourries et de viandes avariées.
Au bord de la nausée, elle repoussa le récipient; s'en était trop; encore un peu et elle tournerait de l'oeil.

Quand Nounours lui demanda si tendrement de « faire ça pour lui », elle crut qu'elle allait pleurer: elle en était incapable.
Voulant à toute force lui faire plaisir, elle tenta de porter à sa bouche l'ignominie molle et blanchâtre, dégoulinante d'hémoglobine, eut un haut-le coeur et se sauva en courant dehors pour vomir le verre d'eau qu'elle avait ingurgité avant cet acte de bravoure.

Quand elle revint, Nounours avait terminé son repas et l'invitait sur le sofa.
Elle se laissa entraîner avec bonheur et une fois assise, se plaça tout contre l'amour de sa vie puis, passant furtivement sa main sous la chemise de coton, caressa son torse avec volupté sans le laisser toutefois faire de même. Elle avait trop honte, il ne fallait pas qu'il découvre à quel point elle était maigre.

Non, tu n'as pas rêvé tout ça, Nounours
répondit-elle à sa question; je t'aime au point que je ne pourrais pas vivre sans toi.
Elle aurait aimer lui avouer qu'elle désirait également faire l'amour avec lui, qu'il initie à tout ce qu'elle avait vu et appris par coeur dans le livre étrange qu'elle avait trouvé dans le garage de la maison où Josh et elle s'étaient réfugiés mais ne dit rien; ce n'était pas possible, Bobby n'aurait sûrement pas envie de jouer aux osselets.

Se pelotonnant encore davantage, caressant toujours le torse velu avec amour, elle se laissait bercer par les douces paroles de son Dieu Sacré jusqu'au moment où elle sursauta: ne venait-il pas de dire qu'il était un monstre, lui ? Le chef-d'oeuvre des hommes ?
Aucun homme ne sera mieux que toi à mes yeux lui murmura t-elle; je te trouve beau comme un Dieu, fort comme un héros et tendre comme... un shamallow ! Conclut-elle en éclatant de rire.

Puis ce fut la douche froide.
Bobby avait retrouvé son visage bizarre et ne la regardait plus; il n'était pas l'aise avec elle...
Elle s'en doutait !
Abominablement maigre comme elle était, il avait deviné sa silhouette morbide et lui faisait comprendre qu'il ne pourrait jamais toucher un corps pareil.
Enfermée dans ses certitudes, elle n'entendit qu'à demi la raison exacte de cette fraîcheur soudaine et surtout ne la compris pas.
Pas assez éduquée pour faire la différence entre une fille mineure se fourvoyant avec un homme d'âge mûr et une femme majeure, choisissant un amant dans la force de l'âge, elle répondit évasivement et au hasard:
j'aurai 18 ans le 31 juillet.

Elle ne vit pas l'éclair d'espoir qui sembla allumer les yeux qu'elle rêvait d'embrasser et se jura qu'elle essaierait de grossir en attendant cette date car c'était bien ce qu'il attendait, non ?
Il voulait dans son lit une femme avec des seins et des poils sur le sexe pas une horreur digne des camps de concentrations !

Mal à l'aise, elle se leva et annonça: il faudrait décharger l'ambulance à présent... Et puis... Je vais partir...
En disant cela Malou avait presque envie de fondre en larmes mais gardant contenance elle ajouta: on se reverra ici pour mon anniversaire, tu veux bien ?
On pourrait même organiser une petite fête, j'ai un lecteur CD et de quoi écouter de la musique...

Oui, ce jour à marquer d'une pierre blanche serait la fête; la fête des sens, elle se le jura.
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