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 Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde

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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Ven 1 Juil 2016 - 18:06



❝Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde❞
Malorie & Alan

    J'avais choisi la franchise plutôt qu'une réponse bercée d'illusion, mieux valait pour Malou qu'elle sache dans quel état était notre monde. J'avais longtemps essayé moi aussi de me laisser porter par l'espoir d'un avenir meilleur, la croyance que quelqu'un peut-être veillait sur nous et trouverait une solution. Mais il n'y avait rien, aucun dieu n'allait venir d'Ásgard pour rétablir le pseudo-équilibre que le monde avait auparavant.

    Attardant un instant mon regard sur l'air pensif de la jeune, je me demandais ce à quoi elle pouvait bien penser, qu'elle tempête se déroulait sous ces yeux déjà marqués par l'atrocité du monde ? J'aurai pu lui dire à quel point ç'avait été difficile d'être confronté à une telle réalité si vite, comme je m'étais instantanément transformé en monstre au point de me craindre même, comme j'avais eu à couper le bras d'une jeune femme qui s'était faite mordre pour qu'elle finisse quand même par mourir... Ce souvenir amer se rappelant à ma mémoire me noua l'estomac ; combien de temps avais-je mis pour m'en remettre ? Pour supporter les regards craintifs de ma femme et mon fils ? Ou ne serait-ce que pour tolérer mon reflet dans le miroir ?

    Nous nous étions promis que tout ça, tuer les Coyotes, ne deviendrait pas une habitude, mais malheureusement la conjoncture actuelle ne nous laissait pas le choix ; c'était eux ou nous. Tant pis s'il faudrait repasser par la colère envers soi-même, la peur, le dégoût ; nous étions en vie et j'étais près à toutes les horreurs pour que ça reste ainsi.

    Je reporte toute mon attention sur ma jeune rencontre, voyant qu'elle s'apprêtait à reprendre la parole Sa première phrase m'interpella et je penchais légèrement la tête vers elle, attendant une potentielle explication qui ne tarda pas à venir. Instantanément ses paroles me firent presque oublier ce qui était arrivé, tout ces poids que je portais sur mes épaules et qui m'écrasaient un peu plus chaque jour ? Elle narrait une vérité à laquelle je n'avais jamais réellement pensé jusqu'à présent ; ses mots étaient un mélange de sagesse pure et d'une naïveté déconcertante. Elle se contentait d'énoncer les faits comme ils étaient, durs et sans couleurs, mais elle le faisait avec une telle profondeur que c'était comme si les images de ce qu'elle racontait se dessinaient devant mes yeux.

    Hochant la tête pour valider ses propos, montrant par la même occasion que j'entendais où elle voulait en venir, sa phrases concernant le fait de tout reconstruire me fit réfléchir une nouvelle fois. Elle n'avait pas tord au fond, personne qu'autre que nous ne pourrait remettre sur pied ce monde, et peut-être que ce n'est qu'un mal pour un bien quand on voit tous les points soulevés par la jeune femme sur les horreurs des Hommes. Posant mon regard au loin d'un air songeur, je lui répond d'une voix relativement neutre.

« Je n'avais pas encore envisagé les choses comme cela mais c'est vrai que ça y ressemble bien... A la différence près qu'à l'époque des Hommes préhistoriques, ils n'avaient pas à leurs trousses un tel fléau. »

Arrêtant ma phrase sur ce fait peu glorieux, je lui adresse un coup d’œil compréhensif ; nous étions tous dans le même bateau désormais, et tous ses propos montraient bien qu'elle n'avait pas grandit trop qu'à cause de l'apocalypse.

    Malou souleva un nouveau point me concernant alors directement, établissant ce à quoi ressemblait selon elle notre vie ; elle était bien proche de la réalité, petite famille lambda ni trop riche ni dans le besoin, nous vivions même assez bien dans notre petite maison victorienne. La vie de la jeune femme semblait avoir été bien moins joyeuse, j'avais presque l'impression de m'y reconnaître ; à son âge je n'en menais pas large non plus, traînant derrière moi une amertume que je n'avais jamais réellement réussit à quitter.

    Quand elle insinua que je ne l'aurais même pas remarqué avant, je me contentais de hausser les épaules ; bien sûr qu'elle avait raison, les êtres humains malgré leurs efforts à faire attention aux autres, n'avaient finalement tendance qu'à considérer ceux qui leurs étaient proches. Elle et moi vivions dans des mondes biens trop différents apparemment pour qu'il y ait à l'époque une discussion possible, lui affirme le contraire ne serait pas correct. Alors oui, cette situation mettait tout le monde au même niveau, plus de rang social, plus de préjugés ou d'à priori. Un léger sourire presque triste habilla mon visage alors qu'elle parlait de faire une guerre aux Coyotes en s'alliant tous, et c'est sur un ton calme mais amer que je lui répondis.

« Peut-être que nous ferons ça un jour, mais pour le moment les Hommes sont bien trop individualistes pour s'allier ainsi. Les pillards en sont un bon exemple. »

    Peut-être avait-elle eut la chance de ne pas en croiser, ou peut-être que si, mais il n'empêchait qu'ils étaient une vraie preuve du caractère profond des êtres humains, cet instinct de survie qui refaisait surface dans les pires moments : sauver sa peau plutôt que de s'entêter à essayer de sauver l'humanité.

    Réfléchissant un peu à tout ça pendant un court instant, mon air se déconfit légèrement quand Malou me demanda si je cherchais quelqu'un. Déglutissant avec peine, je ferme rapidement les yeux pour chasser cette douleur et arborer un air indifférent.

« Je suis là avec ma femme et notre plus jeune fils. Nous n'avons aucune nouvelle de notre plus grand depuis le début de tout cela. Une pause, inutile de préciser que je n'étais que le beau-père de James, c'était vraiment le dernier de mes soucis. On a quitté notre camp il y a quelques mois pour le chercher, sans succès. »

    J'avais prononcé mes derniers mots dans un souffle, emportés par le vent. Nous aurions encore pu chercher, aller jusqu'à San Francisco, faire le tour du pays même s'il le fallait... Mais à quoi bon ? Nous n'avions pas trouvé le moindre signe de lui que ce soit à la maison ou dans ce chalet en forêt ; il ne servait plus à rien de se leurrer. J'avais en tous cas décidé d'arrêter de me bercer d'illusions quant à son sort et la pilule s'avérait bien plus difficile à avaler que prévu. Faisant un petit signe du menton vers ma nouvelle camarade, je lui retournais la question.

« Et toi ? Comment se fait-il que tu sois seule comme ça sur les routes ? »

    Je me sentais comme impressionné, admiratif de la voir là, fragile et forte à la fois ; survivre seule dans ce monde horrible qu'était devenu le notre n'avait rien d'aisé.


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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Dim 3 Juil 2016 - 20:11

Nous n'en étions plus au prologue, l'oeil de l'homme s'était ouvert et devenait presque pétillant.
Un vrai dialogue avait commencé et Malou n'était pas prête à laisser le feu de l'espoir s'éteindre ne fut-il qu'une flammèche sur une brindille.

Le vieux sage au cerveau universel tant il avait vécu, appris, aimé, désespéré aussi, avait capté le message brut de l'adolescente; il avait même semblé y tenir un instant, y croire.
Il avait compris ce que la jeune fille n'avait pu mettre en mots érudits à savoir qu'il faut parfois accepter de faire un grand bond en arrière avant de prétendre avancer à nouveau.
Ceci était d'ailleurs le principe même de toute révolution tant il est vrai que ce mot signifie littéralement faire un tour, une rotation complète sur soi avant de tenter d'instaurer quelque chose de nouveau.

L'oeil vif, concentrée sur la moindre syllabe prononcée elle avait l'intention de rebondir sur chaque argumentation tant elle était sûre qu'Alan deviendrait à ses yeux pleins d'une jeunesse passionnée, non pas forcément l'acteur mais l'instigateur, l'inspirateur de cette révolution; le Zarathoustra du grand chaos qui après méditation redescendrait vers le peuple annoncer la nouvelle.
Et si Malou avait eu la chance de voir traîner chez elle quelques bouquins, elle aurait saisi un vulgaire livre de poche dont l'illustration sur la première de couverture l'aurait interpelée par son étrangeté, en aurait lu le résumé et serait tombée sur la leçon essentielle du prophète: « Vouloir libère ».
Curieuse d'en savoir plus, son regard se serait porté sur quelques lignes plus loin et aurait pu découvrir: « Rejette ce qui n'est pas voulu, conquis comme tel, tout ce qui est subi. Deviens qui tu es ».

C'est pourtant cela qu'il y avait en filigrane quand elle répondit du tac au tac à sa réflexion:
Ouais mais les hommes préhistoriques, ils avaient plein de prédateurs à leur époque; en plus ils n'avaient pas de fusils, même pas un couteau, juste des silex et ils luttaient avec ça pour survivre alors c'est kif-kif.
D'ailleurs, tu vois bien qu'ils ont gagnés puisqu'on est là, alors... Qu'est-ce qui nous empêche de faire pareil ?


Malou avait parlé d'instinct et attendait que l'éminent professeur d'université propose la maîtrise aussi quand il prononça le mot de « pillards » elle baissa le nez comme honteuse avant de relever un peu la tête pour annoncer:
quand j'étais encore à la maison mon père et mon frère ont été des pillards parce qu'il n'y avait plus rien à manger et aussi... Pour des trucs pour ma mère.
La jeune fille laissa un temps. Orgueilleuse, elle n'avait pas envie de dévoiler à un tel homme l'alcoolisme de sa mère alors elle ajouta: ils avaient même un grand couteau, celui qui me faisait toujours si peur...
Puis, comme pour les excuser elle continua:
il fallait bien manger... Et puis ils ne savaient pas quoi faire d'autre non plus; mon père ne sait pas lire et mon frère n'est pas allé très longtemps à l'école... Pourtant ils étaient gentils. Si quelqu'un de fort serait allé les voir et leur aurait annoncé: venez, on va se défendre et on va se construire une vie meilleure, ils l'auraient suivi, j'en suis sûre !
À la place ils étaient seuls, alors...
Elle laissa un temps et enchaîna:
Bien sûr, dans le monde il y a des méchants, on ne peut rien y faire mais les autres, ils sont individualistes comme tu dis parce qu'ils sont comme mes parents: ils sont tout seuls et ne savent pas quoi faire.
Il faudrait quelqu'un de fort et de gentil pour rassembler tout le monde pour cette guerre comme dans certains films que j'ai vu, je ne sais plus le titre; un mec tout seul et même pas riche qui avait soulevé une armée de gens comme lui pour les libérer d'un tyran; et ils avaient gagnés eux aussi.
Dès fois, la vie c'est un peu comme un film si on veut...


Un long silence plana avant la fameuse question.
L'homme à nouveau s'était enfermé dans sa tristesse infinie au point qu'elle regretta sa curiosité.
N'ayant pas appris à s'excuser elle ne dit rien jusqu'à la question suivante où elle lui avoua qu'elle cherchait son frère.
Sortant de la poche intérieure de son blouson noir une photo froissée aux couleurs pâlies, elle la présenta sous le nez d'Alan et demanda anxieusement:
tu ne l'aurais pas vu par hasard ?

L'homme pouvait deviner sur le cliché un peu flou le visage doux et souriant d'un jeune homme d'une vingtaine d'année, aux cheveux châtain, boucles tombantes sur son cou.
Tandis qu'il regardait, Malou guettait ses réactions, le corps tendu d'appréhension.
Quand la réponse tomba enfin, son visage à elle aussi se ferma sur le même air déconfit que le vieil homme auparavant.

Cherchant des yeux la ligne d'horizon invisible tant la nuit était noire, elle sortit à nouveau le paquet de cigarettes et en tendit une à Alan sans le regarder afin de faire diversion car en réalité, gorge serrée à ne plus pouvoir prononcer un son, elle pleurait doucement.

Quand enfin elle pu reprendre la parole elle lui dit: Josh, un ami m'a affirmé que si nous avons réussi à survivre, il n'y a aucune raison pour qu'ils n'y soient pas arrivés eux aussi et que peut-être ils font comme nous, ils nous cherchent mais ne nous trouvent pas.
Lui aussi a perdu sa famille.
Malou cacha sciemment au vieil homme le nombre infini de gens qu'elle avait croisé, fous de douleur parce qu'ils avaient retrouvés l'être aimé mort ou pire, transformés en mangeurs d'homme.

Si tu veux avec ma camionnette je peux t'emmener pour le chercher encore mais on ne pourra pas y aller avec toute ta famille, mon van est petit...
Et puis sinon, il y encore une solution: vous retournez dans votre camp et vous l'attendez; il finira bien par arriver un jour qui sait ?
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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Mer 6 Juil 2016 - 15:52



❝Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde❞
Malorie & Alan

    Les arguments de la jeune fille étaient fondés, certes à l'époque ils n'avaient pas de fléau de ce type à fuir, mais ils avaient réussit à s'en sortir malgré tout... Alors qui sait, peut-être que quelques un d'entre nous parviendront à tout recommencer un jour à zéro ? La théorie était une chose cependant bien différente que la pratique et même si tout ça semblait potentiellement possible, je ne me hasardais pas à y croire dur comme fer. Me contentant de hausser les épaules en lui souriant légèrement malgré mes yeux tristes, je fronçais un peu les sourcils en remarquant que son regard aussi s'assombrissait.

    Le ton gêné avec lequel elle se mit à me raconter un bout de ce qu'elle avait vécu, de ce qu'étaient les siens, me fit presque mal au cœur. Ce n'était pas de la pitié ni ce genre de ressenti plein de dédain, uniquement une compassion profonde ; en effet, la vie de Malou n'avait pas l'air d'avoir été des plus simples et je comprenais un peu mieux ce qu'elle m'avait dit auparavant, que ce monde n'était pas tant différent de celui dans lequel elle évoluait auparavant. Hochant la tête, je lui donnait mon point de vue.

« Je comprend, ton frère et ton père n'avaient pas vraiment le choix pour continuer, pour vous nourrir. Quand on y pense c'est semblable à maintenant oui, à la différence près que les pillards d'aujourd'hui ne sont pas perdus comme l'ont pu l'être les tiens, ils sont mauvais... et je ne suis pas certain qu'ils accepteraient d'écouter quelqu'un qui essaierait de leur montrer le bon chemin. »

    Lui adressant un petit sourire presque désolé, j'espérais qu'elle n'ait pas mal prit mes paroles. Son père devait être un homme perdu, et oui s'il avait trouvé de l'aide ils auraient pu s'en sortir, mais les pillards de ce nouveau monde n'étaient que les plus cruels de l'ancien ; rien ne les ferait entendre raison et certainement qu'ils préféreraient mettre une balle dans la tête du premier qui essayerait de les ''aider'' plutôt que de mener une vie plus difficile, d'entraide et de compréhension. La blonde avait pourtant cet enthousiasme communicatif quant au fait que tout ça pourrait peut-être un jour être sauvé, que nous pourrions tous nous allier pour combattre la même chose, atteindre le même but.

    Alors que j'avais parlé de James, son air gêné et désolé refit surface ; pouvais-je seulement lui en vouloir d'avoir voulu en savoir plus sur moi ? C'était humain, et j'avais le sentiment qu'elle demandait cela avec une naïveté pure, sans arrières pensées ni jugement. Elle me sorti alors un cliché un peu abîmé d'un homme un peu plus âgé qu'elle, son frère peut-être ? M'approchant un peu de la photo, je regardais le visage avec attention... mais il ne me rappelait rien ; j'aurai aimé lui dire le contraire, que je l'avais vu, mais mentir n'était pas une option. Secouant la tête négativement, je lui répondis d'un air désolé.

« Je suis désolé, il ne me dit vraiment rien. »

    Elle baissa immédiatement le visage même si j’eus le temps d'apercevoir la douleur et la peine dans son regard. Ça aussi, c'était un attrait difficilement gérable dans ce nouveau monde : voir toute la souffrance des gens et ne rien pouvoir y faire. Auparavant les moments de joie étaient bien souvent les plus présents, et chaque problème pouvait avoir une solution quelque part, mais là... il n'y avait plus rien à faire. Prenant machinalement la nouvelle cigarette qu'elle me tendait, je l'allumais en attendant qu'elle retrouve la force de parler à nouveau, ne souhaitant pas la brusquer. Combien de fois avait-elle eut à encaisser une telle réponse ?

    Malou reprit finalement alors que je tirais une grande bouffée sur la barrette de nicotine. Une fois encore, j'aurais aimé la croire ; oui, peut-être qu'ils avaient survécus, que James avait survécu... mais le nombre de pertes était tellement important qu'il y avait plus de chance qu'il ne s'en soit pas sorti. Me faisant cette réflexion, je me rendit compte que c'était ça le pire au fond : ne pas savoir. Si nous l'avions retrouvé, même mort, tourner la page aurait certainement été bien plus simple ; au lieu de ça j'avais dû me contenter de l'espoir que je tentais tant bien que mal de garder depuis tout ce temps, mais l'espérance était friable, et plus le temps passait plus elle se fragilisait. Soupirant légèrement, je répondis d'un ton à la fois las mais reconnaissant à sa proposition.

« Je te remercie, vraiment, mais je ne peux les laisser derrière moi. Nous allons allez encore un peu plus au Sud, et si nous ne le trouvons pas nous rentrerons au camp. »

    Christina avait en effet insisté pour que nous prenions la direction de San Francisco, au moins sur plusieurs kilomètres ; peut-être que nous aurions de la chance ? Qu'il attendait pas loin ou était en route vers nous ? Malgré mes doutes j'avais accepté, parce-que je savais qu'elle ne pourrait se faire une raison, elle devait en avoir le cœur net... et je savais que je ne pourrais plus me regarder en face si je rentrais sans avoir tout essayé. Posant mes yeux pleins de sentiments lourds à porter, je posais ma main libre qui se voulait rassurante sur la tête de ma jeune nouvelle rencontre.

« Si je vois le garçon de ta photo, je lui dirai que je t'ai vue. »

    C'était une maigre consolation, mais je n'avais pas grand chose de plus à lui offrir, rien d'autre qu'une simple promesse. Elles étaient tout ce qu'il nous restait, la promesse de ne pas lâcher prise, celle de faire tout son possible pour arriver à un objectif fixée, celle de ne jamais se quitter. Tous ces mots finiraient un jour dans le vent, mais je n'étais pas le genre d'homme à les lâcher, pas sans y être obligé. Laissant retomber ma main, je tapotais de l'autre la cigarette avec le bout de mon index, faisant tomber les cendres dans le sable à côté de moi, avant de pencher ma tête sur le côté en haussant un sourcil interrogateur.

« Pourquoi n'as-tu qu'un rouleau à pâtisserie pour te défendre ? »

    Et surtout, comment avait-elle fait pour survivre avec seulement ça ? Croyait-elle comme beaucoup de gens, comme Christy, que les Coyotes ne méritaient pas le sort qui leur était réservé ? Qu'il y avait encore quelque chose au fond de ces enveloppes animées par un souffle de vie étrange ?


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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Ven 22 Juil 2016 - 12:22

Malou n'avait pas pensé un instant au genre de pillards dont parlait l'homme; les brutes, les cruels de l'ancien monde qui avaient désormais les pleines capacité pour donner libre court à leurs penchants obscurs.
C'est à ce moment précis qu'elle se rendit compte à quel point elle avait été épargnée jusqu'ici mais pour combien de temps ?
Elle regarda Alan avec effroi et commença à comprendre la tristesse implacable qui se lisait dans son regard: il savait des choses qu'elle ignorait encore.

Elle avait imaginé un monde où tous les savants s'étaient réunis à l'abri d'un bâtiment afin de chercher un vaccin, où tous les soldats attendait sur le pied de guerre les ordres futurs lancés par des hauts gradés qui eux aussi réfléchissaient dans des bureaux mais il n'en était rien.
Elle avait rêvé que tous les survivants se soulèveraient comme un seul homme face à l'ennemi afin de le combattre avant de remettre sur pied une société digne de ce nom mais là aussi elle avait rêvé.
Que restait-il alors s'il n'y avait plus aucun espoir ?
Pourquoi continuer à vivre dans un tel monde ? Pour quoi faire ?

La réponse du vieil homme concernant son frère fut le dernier coup de marteau enfonçant le clou dans son coeur déjà bien lourd.
D'ailleurs, à quoi bon chercher un frère, un fils, une famille si tout était perdu d'avance ?

Tout portait à croire que le pessimisme du vieux sage était en train de déteindre sur Malou.
Sans s'en rendre compte son dos se vouta légèrement sous le poids car chacun de ses arguments d'espoir étaient contrés par une réponse négative. L'homme était en train de lui prouver par A+B qu'il n'y avait plus rien à faire d'autre que subir et attendre passivement la mort, pire l'extinction de l'espèce humaine. En un temps record il était en train de balayer par ses propos morbides la rage de vivre de la jeune fille.
C'est ça, lui lança t-elle finalement d'un ton maussade, tu lui diras que tu m'as vue... Je ne compte plus le nombre de personne qui m'a fait la même réponse. Finalement il vaudrait mieux qu'il soit mort pour ne plus voir tout cela, tu ne crois pas ?

Le simple fait d'avoir parlé la secoua tout à coup de sa torpeur, de cette descente aux enfers.
L'adolescente n'avait pas un caractère à se laisser aller longtemps dans les états dépressifs. Certes sa santé était fragile, son corps était faible mais l'instinct de survie était bien ancré, l'esprit était combatif et surtout elle portait en elle une force intérieure telle qu'elle finissait par gommer les tares physiques.
Alors la colère monta en elle, parce qu'elle avait peur; parce que ce qu'elle entrevoyait dans les yeux sombres de l'individu assis à ses côtés la dérangeait, la terrorisait.
Il émanait de lui un tel fatalisme, qu'il ressemblait à un cauchemar, un mal dont il fallait qu'elle s'exorcise. Finalement Alan était dangereux, toxique.

Instinctivement elle s'écarta légèrement de lui comme pour se couper des énergies négatives qui commençaient à l'influencer avant de répondre fraîchement à sa question:
le rouleau à pâtisserie, c'est tout ce que j'ai trouvé chez moi. Il y avait bien le grand couteau mais j'ai peur des armes blanches, je n'aurais pas réussi à m'en servir. Quant aux armes à feu... Je ne sais pas tirer et je suis maladroite, alors...
Pourtant tu vois, je suis encore en vie !

Lança t-elle agressivement, cela t'étonne, hein ? Continua t-elle.
Ton problème c'est que t'as pas encore compris qu'il n'y avait pas que les balèzes et les mauvais qui s'en tiraient parce que t'es un looser, tu parles comme une victime !
Tes pensées sont tellement noires que tu es devenu un stagnant; t'es pas infesté par le virus mais tu es presque aussi pire car tu t'es embourbé dans ta propre bouillasse puante à force de penser comme ça et du coup tu fais tout pour éloigner la chance sans le savoir !

Furieuse, Malou s'était levée comme pour partir, fuir cet individu oiseau de mauvais augure, pourtant un flot de paroles continua de se déverser dans l'oreille de l'ancien professeur: elle ne lèverait pas le camp avant de lui avoir claqué sa vérité à la figure !

A force d'imaginer que plus rien n'est possible tu n'agis pas, tu te laisse aller comme un gros tas de morve alors qu'en réalité tout est faire.
Finalement tu es aussi pire que les pillards méchants car tu n'envisage rien pour reconstruire quelque chose, pour lutter donc c'est ta faute aussi si tout va mal; tu es aussi responsable qu'eux de l'état de notre monde, tu me dégoute !
Pourquoi tu vis encore alors ? Pourquoi continuer à trainer ta carcasse ? Suicide toi !

Elle laissa un temps et continua:
Avec toute l'intelligence et la culture que tu as la chance de posséder tu ne bouges pas le petit doigt ? Mais t'es une honte ambulante !
Moi, je me dirai « c'est foutu, je ne peux plus rien faire » le jour où je serai tombée prête à mourir et encore, avec le dernier souffle qui me restera je continuerai à affirmer qu'il y a de l'espoir que rien n'est un échec, qu'au contraire il n'y a que des succès au bout du chemin si on veut bien se donner la peine.
Mais pour ça il faut avoir le courage de relever ses manches. La position de l'avachi ça n'a jamais rien donné d'efficace.
Et puis, il n'y a pas que des mauvais; t'attends quoi pour t'entourer de gens qui y croient encore ?
Ton problème c'est que tu as abandonné et moi je te dis que tu n'en as pas le droit; c'est dégueulasse ce que tu fais: tu t'assois, t'attends, tu chiales, tu déprimes tout le monde et tu dis « démerdez-vous sans moi », merde, tu fais chier !
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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Lun 25 Juil 2016 - 21:53



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Malorie & Alan

    Après tant de temps à errer sur les routes, à ne croiser que quelques survivants parmi toute cette masse de morts qui nous menaçaient jour après jour, j'en venais à apprécier la présence de la jeune fille. Elle était bien différente de toutes ces personnes que j'avais été amené à croiser depuis le début de l'apocalypse, elle avait sa propre vision des choses et une naïveté quant à cela qui la rendait presque attachante ; probablement que si tout le monde avait eu le même esprit que la blonde, les choses auraient été différentes, mais ça, personne ne le saurait jamais.

    J'avais fait de mon mieux pour répondre à ses questions, le plus platement possible, établissant les choses comme elles étaient, sans fioritures ni omissions. Mais il était évident que la situation allait peu à peu en s'amenuisant, et quand nous avions abordé le sujet de son frère qu'elle recherchait ç'avait été la goutte de trop, celle qui aurait fait déborder les océans de l'univers entier, allant noyer jusqu'à Ásgard. Le regard de Malou, jusqu'alors si pétillant, s'était vidé de tout rêve, ne laissant place qu'à une certaine incompréhension amère que je ne connaissais que trop bien.

    Mais tout cela changea rapidement, et l'adolescente pleine d'illusions et de rêves laissa à nouveau place à celle pleine de rage ; celle-là même qui l'habitait au moment où j'étais arrivé sur cette plage et où la méfiance était de mise. Mais il n'y avait plus de place pour la méfiance désormais, seule la haine et le dégoût sortaient de la bouche de la blonde. Elle ne mâchait pas ses mots, déversant sur moi tout un flot de paroles que je peinais à suivre, mais j'avais le sentiment que chacun de ses mots cognait un peu plus fort que le précédent dans mon esprit et mon âme. Oui, elle n'avait pas entièrement tort, quitte à se traîner comme ça autant mourir, autant finir par tout abandonner et laisser derrière soi tout ce fardeau et toutes ces peines... Mais je tenais bien plus à ma famille qu'à ma propre vie, et pour rien au monde je ne prendrais cette décision lâche de les laisser derrière moi.

    Regardant la jeune fille en restant pantois, je ne me sentais qu'un peu plus accablé par le poids de tout ce fatalisme ; si j'avais pu réagir autrement je l'aurais fait, si j'avais pu laisser de côté cette négativité je l'aurais fait, mais on ne tire pas un trait sur tant d'années passées à nous forger tels que nous sommes. Malou avait de la chance que je ne sois pas un de ces types violents, parce-que si tel avait été le cas elle aurait probablement rejoint le rang des Coyotes à l'heure qu'il est. Mais non, la seule chose qui me faisait perdre mes moyens était la peur, et en ce moment précis je n'éprouvais qu'une colère sourde, puisée dans la sienne, et qu'une profonde peine quant à ses mots ô combien violents.

    Au fond, peut-être que je l'enviais cette petite. Malgré l'atrocité des paroles qu'elle me débitait à la figure, elle les prononçait avec une telle croyance profonde, une persuasion que j'avais définitivement perdu depuis que nous nous en étions rendus à l'évidence que James n'était certainement plus de ce monde. Une partie de moi jalousait la blonde, parce-qu'elle était tellement certaine de ses convictions qu'on aurait cru que rien jamais ne pourrait l'atteindre, que même la mort passerait à côté d'elle sans oser la toucher ; une telle innocence que je n'avais pas souvenir d'avoir connu, d'aussi loin que je m'en souvienne. Elle était tellement pleine d'espoir qu'elle pouvait bien croire pour le monde entier, s'il n'y avait ne serait-ce qu'une personne comme elle sur Terre, alors peut-être que quelque part quelque chose se reconstruirait. Ou peut-être se rendrait-elle un jour compte que les illusions n'ont plus raison d'être dans ce monde de désolation. Soupirant légèrement, je posais sur elle un regard à la foi las et légèrement empreint de colère, restant toujours assis au sol pour ne pas m'emporter trop.

« Ça y est ? Tu as fini ? »

    Mes mots avaient été froids et concis malgré la compréhension qu'on pouvait percevoir sans grande difficulté dans ma voix. Je ne lui en voulais pas, pas directement ; ce qu'elle avait dit, malgré ses mots bien trop crus, n'était au fond que la triste vérité. Oui, j'étais bien conscient de ne pas être le genre de personne à tirer les autres par le haut, surtout pas maintenant. Mais après avoir nourri l'espoir pendant des mois aux côtés de mon épouse que tout était encore possible, après avoir fait mon maximum pour la pousser vers le haut, ne pas baisser les bras, tout s'était quand même avéré n'être que d'une inutilité absurde ; et la claque avait été terrible, bien plus que tous les mots que pourraient déblatérer la jeune fille qui me faisait face. Captant une nouvelle fois son regard, je repris.

« Je n'ai aucun compte à rendre à personne Malou. Tu m'as demandé mon avis, je te le donne, si la réponse ne te convient pas je ne peux rien y faire. Marquant une pause, j'ajoutais : Gardes l'espoir tant que tu le peux encore, c'est là ta plus grande force. »

    Bien sûr, elle n'en aurait rien à faire des mes mots encourageants. L'étaient-ils réellement ? Ils sous-entendaient bien une fin potentielle, mais tout le monde devait s'y préparer, qu'elle survienne demain ou dans des milliers d'années. J'avais néanmoins été sincère, si elle était arrivée jusqu'ici avec une telle force, un tel mental, ce n'était pas pour rien : croire en quelque chose menait loin. Nous avions juste des manières différentes d'avancer et il semblait qu'elle n'était pas prête au fond à entendre mes arguments. Pouvait-ce seulement lui être reproché ? Elle se ferait elle-même son propre avis sur tout cela bien assez tôt, si ce n'était pas déjà réellement fait.


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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Jeu 28 Juil 2016 - 15:49

Qui était cette jeune fille qui avait osé souffler la Tempête dans la Mare du Vieux Sage anéantit par le poids de ce monde ?
Des Neuf Vagues qui vinrent ainsi assaillir les pieds usés du vieil homme, laquelle était-elle ?
Je suis Hefring, aurait-elle répondu si elle avait su; je suis Celle qui se Soulève.
Je viens mettre le Bateau du Naufrage dans ta Bouche.
Je viens t'apporter l'Or et le Feu.


Après avoir laissé plané la mélancolie poignante dont on retrouvait les traces dans « Shadows magnet » de Lisa gerrard in « Duality » à propos du frère tant aimé, introuvable et communiqué cette tristesse incommensurable de la perte à son interlocuteur, l'ouragan s'était levé pour proclamer la rebellion. Il s'était levé en juge contre ceux qui se prétendaient accomplis, raisonnables, responsables face à son immaturité, ceux qu'elle nommait « les adultes ».

A la question « Tu as fini ? » Malou se détourna de l'homme.
Dans sa grande ignorance qui possédait pourtant les germes des légendes ancestrales, elle ne savait que répondre à une telle remarque puisqu'en réalité rien n'était fait.
Ses yeux se mirent à errer sur l'océan noir à peine agité en cette heure tardive du début de l'été. Bientôt, la puanteur des miasmes et du sang versé s'élèveraient sous le soleil accablant, sous le ciel orageux du mois d'août de la longue métropole; elle le sentait déjà.
Pourquoi parler à cet homme là ? Se demanda t-elle.
Qu'avait-elle vu dans ce faciès particulier pour croire à ce point qu'il serait capable de changer le cours des choses ?

Au bout d'un long moment de silence oppressant, elle regarda de biais l'ancien professeur qui profita de la brèche pour approfondir sa pensée concernant les accusations.
La réponse, articulée avec lenteur, ne se fit pas attendre:
personne ne veut avoir de comptes à rendre à personne, c'est pour cela que tout va mal et que rien n'avance...
Dans un soupir elle se rassit à côté d'Alan, ramassa nonchalamment un morceau de bois flotté et s'amusa à graver des signes quelconques avec un caillou pointu tout en encaissant les paroles de son voisin d'infortune.

Je suis Urd, Verdandi et Skuld...

Le problème est que je veux vivre, finit t-elle par dire.
Je ne veux pas seulement survivre; c'est trop injuste...l'espoir c'est bien beau mais cela ne me fera pas tenir éternellement et je ne veux pas finir malheureuse comme toi; je voudrais lutter mais je ne sais pas comment ni avec qui...

« Voyez, notre trame est tendue pour les guerriers qui vont tomber. Nos fils sont comme une nuée d'où il pleut du sang. Nos trames grisâtres sont tendues comme des javelots qu'on lance; nous, les amies d'Odin le tueur d'hommes, nous y ferons passer un fil rouge.
Notre trame est faite de boyaux humains, et nos poids sont des têtes d'hommes. Des lances arrosées de sang forment notre métier, nos navettes sont des flèches, et nous tissons avec des épées la toile des combats.
Voici Hild qui vient pour tisser, et Hjörthrimul, Sangrid et Svipul; comme leur métier va résonner quand les épées seront tirées! Les boucliers craqueront, et l'arme qui brise les casques entrera en danse.

Tissons, tissons la toile des combats. Tissons-la pour le jeune roi. Nous irons de l'avant, et nous entrerons dans la mêlée quand viendront nos amis, pour frapper de grands coups.
Tissons, tissons la toile des combats. Combattons aux côtés du roi. Les guerriers verront des boucliers sanglants, quand Gunn et Göndul viendront pour le protéger.
Tissons, tissons la toile des combats, là où flotte la bannière des braves »


Alors je pensais que toi, tu aurais pu, peut-être... Continua t-elle sans finir sa phrase.
Malou était mal à l'aise. Elle avait conscience d'avoir agressé cet inconnu et d'y avoir pris un plaisir malsain; cependant elle ne regrettait pas; quelque chose en lui frémissait encore; autre chose que la quête dérisoire de boîtes de conserves dans les maisons vides; seulement, un poids gigantesque pesait sur ses épaules et l'empêchait de s'envoler tel Jonathan Livingston le Goéland.

Te sens-tu trop vieux pour tenter quelque chose ? Demanda t-elle à brûle pourpoint.
Et le fils qui est encore avec toi qu'en pense t-il ? Insista t-elle; il doit être jeune; lui aussi voudrait vivre je suppose ?

Elle avait la sensation d'avoir tapé dans le mille; le vieux sage ne manquerait pas de rebondir sur de tels propos aussi, tandis qu'il formulait ses réponses, elle écouta et réfléchit.
La lune traversait le ciel qu'aucun nuage n'encombrait plus. Des myriades d'étoiles dont elle ne connaissait pas les nom scintillaient; il leur suffisait de lever les yeux pour voir à quel point l'univers s'ouvrait encore à eux.
Baissant la tête, l'adolescente lui fit part de ses observations:
j'ai énormément regardé les morts-vivants; ils ont beaucoup de points faibles.
Ils se déplacent lentement et ils sont mille fois plus stupides que nous. Je suis sûre qu'il serait possible d'en venir à bout.

Elle laissa un temps et ajouta:
Du coup, j'ai pensé à un truc: s'il n'avaient plus la possibilité de nous manger, ils mourraient de faim et tomberaient d'eux-même comme des mouches tu ne crois pas ?
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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Ven 5 Aoû 2016 - 16:23



❝Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde❞
Malorie & Alan

    L'ambiance était encore tendue, comme lors de ces soirées d'été où l'orage menaçait de gronder à n'importe quel moment et ne venait finalement que lorsque nous nous y attendions le moins. Mais le premier éclair qui avait tonné semblait nous avoir fait réfléchir l'un comme l'autre sur la situation et les points de vue de chacun. Alors malgré les tensions encore relativement palpables, la jeune fille semblait à nouveau de calmer un peu, ayant toujours l'air cependant de faire face à la tempête qui se déroulait en elle et lui intimait certainement de s'en retourner dans son van, loin des énergies négatives qui émanaient apparemment de ma personne. J'en était venu à me demander moi-même pourquoi je ne m'étais pas simplement relevé pour rentrer dans notre maison du jour, rejoindre Sven et Christina et reprendre le court de ce quotidien si sombre. Peut-être qu'au fond, j'avais simplement besoin de découvrir autre chose que le cercle familial, avoir d'autres impressions sur le monde ; Le soucis était peut-être là. Alors que je n'aspirais qu'à connaître les à priori de chacun sur cette nouvelle vie, les manières d'avancer, je me retrouvais face à Malou qui, elle, ne se contentait pas d'énoncer les faits : elle rêvait d'un monde meilleur, d'un futur qui nous offrirait à tous la chance de repartir de zéro, tous ensemble et plus forts. Étais-je seulement prêt à entendre cela ?

    Je m'étais contenté de hausser les épaules d'un air un peu indifférent à sa première réponse ; tout cela m'avait peut-être bien rendu égoïste et je pensais à l'avancée des miens avant d'imaginer celle du monde. Qui pouvait faire autrement ? Ne disait-on pas ''aime toi avant d'aimer les autres'' ? Au fond tout se rejoignait : il était impossible de porter quoi que ce soit sur ses épaules si l'on était pas capable de porter notre propre fardeau. Mais au fond, sûrement que j'avais peu à peu arrêté d'y travailler sans même réellement m'en rendre compte. Fixant sur l'horizon mon regard triste et fatigué, je penchais légèrement la tête sur le côté, interpellé par ses paroles. ''Malheureuse comme toi'' avait-elle dit... L'étais-je, malheureux ? Je ne pouvais le dire. Je m'étais senti bien au chalet, entouré de toutes ces personnes qui étaient devenus comme une famille, et depuis que nous en étions partis j'avais le sentiment de vivre dans un état second, d'avoir mis en suspens une vie, une part de moi, que je ne retrouverais qu'à notre retour. Mais pouvais-je me qualifier de malheureux ? Si c'était là l'opinion que la blonde avait de moi, ce n'était peut-être pas tant éloigné de la réalité que cela.

« Tu peux vivre plutôt que survivre, mais avant cela il te faut accepter ce nouveau monde. Seul ceux qui s'y complaisent parviennent à réellement vivre. »

    J'avais accentué un peu mon derniers mot, tentant de bien exprimer la différence entre les deux aspects que Malou avait soulevé. Je n'avais jusqu'alors pas eu l'occasion de rencontrer quelqu'un qui se complaisait réellement dans cette nouvelle situation, mais nul doute que certains s'en étaient accommodés sans grand souci.

    Voyant la blonde en pleine réflexion, je choisi le silence, préférant ne pas réengager une conversation qui relancerait les hostilités ; le monde était déjà suffisamment plein d'horreur pour que nous ne nous déchirions pas entre vivants. Et ce qu'elle sous-entendit me fit froncer les sourcils.  Que j'aurais pu... ? Toute once de colère me quitta en cet instant. Malou, elle était forte et pleine de ce caractère qui lui permettait de ne pas plonger dans les méandres de ce nouveau monde, mais au fond, ce n'était encore qu'une enfant qui recherchait à quoi s'accrocher ; tout comme Sven au début. Un sourire engageant naquit sur mes lèvres alors que je reportais mon attention sur elle.

« Tu pourrais faire un bout de trajet avec nous si tu veux. Je ne sais pas jusqu'où nous irons, peut-être que nous rentrerons bientôt dans notre groupe en montagne, mais on peut le faire ensemble. »

    Christina n'y verrait probablement pas de soucis, et je n'avais nul doute que si la jeune fille mettait un instant de côté ses réactions un peu excessives et méfiantes, son espoir ne pourrait que faire du bien à mon épouse et mon fils. Nous pourrions le lendemain faire un petit tour dans le coin pour trouver quelques réserves avant de nous remettre en route, trouver une voiture pour qu'elle puisse nous accompagner avec son van. Sa question me fit rire un peu, secouant la tête d'un air à la fois amusé et résigné.

« Je ne me sens pas trop vieux, ce n'est pas le mot, c'est juste que ce qui arrive est tellement grand qu'un seul Homme n'y peut rien. »

    Mes mots laissaient sous-entendre que oui, il y avait un espoir, mais qu'il ne fallait pas pour cela que compter sur soi-même ; au fond, peut-être que si tous les vivants se mettaient ensemble, quelque chose pouvait être sauvé, mais j'omis bien d'ajouter que je n'y croyais pas vraiment, me contentant de répondre à son espoir comme s'il était un instant mien. Marquant une pause, l'écoutant attentivement, je repris.

« Mon fils a vingt ans, il était comme toi au début, plein d'espoir, mais il faut croire que les circonstances n'ont pas arrangé les choses. Il peine à accepter le fait que nous n'ayons pu retrouver son grand frère. Quand on était à Seattle, nous avons essayé de retrouver sa petite amie sans succès non plus. »

    Inutile d'ajouter que Sven ne croyait plus en rien, tout comme nous. Mais j'avais le sentiment qu'il s'accrochait tout de même à ce monde, qu'il avait appris à s'en accommoder malgré les horreurs ; accepter la fatalité. Cette fatalité représentée d'ailleurs par les Coyotes, sujet sur lequel embraya la blonde, me faisant part de ce qu'elle avait aperçu depuis tous ces mois. Me mettant à réfléchir à sa question, je passais une main sur mon menton barbu d'un air pensif, avant de hocher la tête.

« S'ils ne pouvaient plus manger j'imagine qu'ils finiraient par se décomposer et probablement mourir oui. Peut-être qu'ils se mettraient dans une sorte d'état de repos, jusqu'à ce qu'ils se désintègrent définitivement. »

    Je n'étais pas médecin et n'étais pas vraiment certain de ce que j'avançais, mais c'était ce qui me semblait le plus plausible. Aucun d'eux ne pouvait se régénérer, et s'attaquer à de nouveaux humains ne faisait qu’agrandir leur nombre, ça ne semblait pas stopper la décomposition, alors certainement que s'ils n'avaient plus la possibilité de tourner d'autres vivants, ils finiraient pas disparaître. Haussant un sourcil intéressé, je poursuivis.

« Il faudrait cependant trouver un moyen pour que nous soyons tous hors de portée... Si tout le monde s'entraidait et qu'un camp immense et hautement protégé était créé peut-être que ça marcherait, mais il faudrait beaucoup de temps, et j'imagine que des personnes ne souhaiteraient pas quitter les endroits qu'ils occupaient. »

    Laisser derrière-soi tous ses souvenirs, sa vie, ou même une personne, ce n'était pas facile, et beaucoup de survivants n'avaient pas réellement dû s'éloigner de chez eux. Quoi de plus normal ? Nous-même alors que nous étions revenus à Seattle avions immédiatement prit la direction de notre maison, comme si elle pourrait nous offrir un apaisement pourtant inexistant. Haussant les épaules, je repensais à cet hiver au chalet, semblable à certains de ceux que j'avais connu en Suède.

« Si nous allions tous au Nord, bien au Nord, la neige pourrait être un avantage pour nous, il me semble que les Coyotes supporte mal le froid et, pour ceux qui ne gèlent pas, il leur ait difficile de se déplacer convenablement. »

    Évidemment, nous avions nous-même des difficultés à évoluer correctement dans un tel environnement devenu peu engageant avec le manque de conforts tels que le chauffage, ou les supermarchés, mais ce pourrait être une piste envisageable si tout était bien organisé.


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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Aujourd'hui à 11:38

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