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 Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde

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MessageSujet: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Sam 25 Juin 2016 - 14:59

Malou stoppa sec et se gara n'importe comment le long du trottoir.
Merde ! Lança t-elle en attrapant la carte routière.
Cela faisait deux heures maintenant qu'elle tournait et virait dans cette ville tout ça parce qu'elle avait raté un embranchement et avait quitté la route 101 sans s'en rendre compte.
Furieuse elle obliqua un regard dubitatif sur le dépliant avant de le jeter rageusement au sol. Elle ne savait pas lire les plans et n'y avait vu que des taches vertes, marron et bleues striées de lignes incongrues; autant regarder une toile abstraite dans un musée à la con, dont un prof tout aussi débile vantait la qualité chromatique et la notoriété mondiale du-dit peintre de ses fesses pendant que toute la classe baillait, regrettant de ne pas pouvoir jouer aux glissades sur le parquet ciré. Fais chier !
Conclut-elle en boudant, le poing enfoncé dans son menton.

Pourquoi fallait-il qu'elle revienne toujours vers cette route maudite, attirée comme un aimant, pire comme un papillon vers une source de lumière à s'en brûler les ailes ?
Elle poussa un soupir exaspéré.
Elle aurait voulu contempler l'océan - elle ne l'avait jamais vu - esquisser un dessin du soleil couchant assise sur la plage mais voilà, il était déjà 19h00 et même si en juin la nuit arrivait tard, à ce rythme là elle serait bonne pour dormir au milieu des buildings à moitié en ruine !
A cette idée, un frisson d'angoisse lui parcourut l'échine: Malou avait peur du noir et des cités où tout pouvait arriver; elle préférait être seule, bien planquée dans la nature.
Mûe comme par un ressort elle prit son courage à deux mains et redémarra: elle finirait bien par la trouver cette putain de flotte !

Comment Malou avait-elle réussit à retrouver enfin la bonne direction ? elle ne le sut jamais et s'en fichait complètement. Avançant au ralenti elle n'avait d'yeux que pour cette étendue d'un bleu intense aux crêtes étincelantes à perte de vue.
Le long de la route des petites maisons s'entassaient les unes à côté des autres comme sur les cartes postales. La seule différence étaient les fenêtres brisées et les portes enfoncées qui donnait un air de désolation à ce paysage jadis paradisiaque.
Elle avança jusqu'au bout de l'artère là où les bâtisses s'espaçaient et jeta son dévolu sur la dernière, un peu en retrait et qui offrait un espace de verdure pour se garer.

A peine le van fut-il posé qu'elle sauta hors du véhicule.
L'odeur d'iode emplit ses narines, elle huma l'air encore doux avec ravissement, leva la tête pour admirer un ballet de mouettes qui piaillaient comme des chats et esquissa un sourire de bonheur tant elle se sentait soudain émoustillée.

Si le monde avait pu tourner comme avant... Elle aurait eu un maillot de bain et aurait couru jusqu'aux premières vaguelettes en criant de bonheur, elle aurait posé une serviette sur le sable et laissé le soleil dorer sa peau, elle aurait gaspillé son argent de poche dans l'achat d'un cornet de glace dégoulinant dont elle aurait choisi les couleurs les plus chimiques pour le plaisir des yeux, elle aurait maté les jeunes garçons et laissé ses cheveux blonds jouer avec la brise...
A la place, elle examina les alentours avec angoisse, fit le tour de la baraque à pas de loup comme elle en avait l'habitude, jaugea du regard le jardinet abandonné à l'arrière et s'arrêta brusquement, interdite: une trace de pas encore assez fraîche, se dessinait sur le sable mêlé d'herbes sèches.
Elle s'accroupit et observa; c'était une vague marque de chaussure, d'homme probablement, vu la grandeur puis rien d'autre que des contours diffus; le sol était trop sec pour garder en mémoire des empreintes.
Effrayée, elle se réfugia rapidement dans son véhicule et attendit, planquée dans l'habitacle, son rouleau à pâtisserie à portée de main.
Par la petite fenêtre au-dessus de l'évier elle guetta le moindre mouvement pendant un bon moment puis, comme rien ne bougeait et que le soleil se couchait, elle haussa les épaules, attrapa son sac, son arme de bois et ressortit subrepticement pour prendre la direction de la plage: elle visiterait cette maison demain matin, pour le moment, rien ni personne ne l'empêcherait de faire son dessin !

Un peu sur le qui-vive, elle s'assit sur le sable face à l'immensité, sortit une feuille, un crayon et une gomme de son sac et esquissa la ligne d'horizon.

Elle ne vit pas l'ombre glisser derrière elle mais la sentit d'instinct.
Dans un mouvement d'une lenteur à toute épreuve, sa main se rapprocha du rouleau à pâtisserie jusqu'à le tenir fermement.
Raide, immobile, aux aguets du moindre bruit, du moindre mouvement elle était prête au volte-face avec une rapidité fulgurante malgré sa grande maigreur et sa petite taille.
Comme pour les bêtes sauvages, la peur, l'instinct de survie faisaient naître en elle des pulsions d'agressivité primitives capables de décupler des forces insoupçonnables.
Tel un félin, muscles atrophiés bandés à leur paroxysme, elle attendait l'hypothétique agresseur.
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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Dim 26 Juin 2016 - 17:16



❝Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde❞
Malorie & Alan

    Tout cela n'avait finalement servit à rien. A part mettre nos vies en dangers et nous confronter bien trop brutalement à ce monde dans lequel plus aucun être humain ne semblait avoir sa place. Je ne pouvait être certain quant au temps qui s'était écouté depuis notre départ du chalet ; des semaines ? Des mois ? Le dernier souvenir heureux qui me venait à l'esprit était cette soirée pour l'anniversaire de Christy à la mi-avril. Et le lendemain nous partions, gonflés d'espoirs pourtant vains. Une petite voix au fond de moi m'avait pourtant mise en garde, cette petite voix fataliste qui me persuadait qu'il n'y avait plus rien là dehors, que James n'avait pas survécu. Mais comment laisser son enfant là-dehors tout en dormant tranquillement à l'abri ?

    Tous les jours avaient été identiques, nous avancions sans grand but, nous persuadant d'abord que James serait à la maison, puis au chalet que j'avais construit il y a quelques années, mais rien. Aucun signe de notre plus grand. Christina avait insisté pour laisser des mots, au cas où il viendrait... mais je doutais fort qu'il ait seulement réussit à quitter San Francisco. J'avais fait de mon mieux pour garder espoir, ou du moins envers elle, contrairement à Sven qui semblait penser l'idée mauvaise dès le départ. Peut-être aurions-nous mieux fait de ne jamais partir de ce chalet en montagne où tous ceux qui étaient devenus comme des membres de la familles attendaient. Ou peut-être n'attendaient-ils plus ? Ils nous croyaient certainement morts depuis le temps. Comment allaient-ils ? Est-ce qu'ils étaient toujours en sécurité là-haut malgré la neige qui avait fondue ?

    J'avais finalement finit par perdre espoir et ne plus m'en cacher. J'ai été ce genre de personne relativement fataliste, à voir le négatif partout, mais je trouvais toujours le moyen de ne pas trop m'en faire, passer outre, et j'y parvenais surtout grâce à ma femme. Mais là... tout ce que nous avons eut à endurer et le fait de ne pas retrouver James m'a tiré bien plus bas que ce que je l'imaginais ; à quoi bon se dire que nous serons un jour sauvés ? Nous sommes tous destinés à mourir, seul l'échéance diffère pour chacun d'entre nous.

    Épuisés et à bout de force, nous avions prit la décision de nous établir pour la nuit dans cette maison au bord de l'eau à Olympia. Nos relations avec Sven semblaient encore tendues suite à la fugue qu'il avait faite pour tenter de retrouver sa petite amie, et je remarquais bien que Christina s'était remise à le materner trop ; n'ayant cependant pas la force de dire quoi que ce soit, nos discussion s'étaient faite plus diminuée depuis quelques temps. Mais comme avant, comme les semaines qui avaient suivies notre départ forcé du stade, mes nuits étaient pleines de cauchemars, et même si je m'efforçais de ne pas y accorder pour d'importance que cela, ils n'avaient de cesse de se rejouer dans ma mémoire chaque jour. Ils étaient à chaque fois plus présents, plus réels, commençant presque à me rendre fous ; tous ces Coyotes... à chaque fois le schéma était le même : nous nous retrouvions prit dans une horde, de plus en plus grande chaque nuit, sans moyen d'en réchapper... et je finissais par me retrouver seul, ne trouvant plus Sven et Christina, comme s'ils avaient été emporté par une vague et disparut à jamais. Il y avait cette fillette aussi, avec ses yeux laiteux et son visage décharné, elle apparaissait partout, suivant la scène du regard.

    Ce soir là n'avait pas dérogé à la règle ; ma femme et mon fils s'étaient déjà retirés pour se reposer, tandis que je m'étais installé sur le canapé, m'assoupissant un instant... grave erreur. J'étais alors sorti, allumant une cigarette sur le perron ; j'en avait trouvé quelques paquets, suffisamment, et ne pouvait m'empêcher à chaque fois de repenser à cette barrette de nicotine partagée tantôt avec Arthur, Gary, ou Rose... Tout ça me semblait tellement loin et ne pouvait empêcher mon cœur de se serrer. Les reverraient-ont vraiment un jour ?

    Traînant des pieds autour de la bicoque, je remarquais le van garé non loin ; était-il déjà là avant ? Il ne me semblait pas... Etais-je à ce point épuisé pour ne même plus prêter attention aux bruits extérieurs ? Les sourcils froncés, mon couteau calé à la ceinture, je m'avance lentement avant d'apercevoir ce qui ressemble à des pas dans le sable. Tirant sur ma cigarette nerveusement, je passe mes doigts autour de mon arme blanche et m'approche de la silhouette assise un peu plus en avant. Un Coyote ? Probablement pas, les Coyotes ça ne dessine pas... Mais alors que je ne suis plus qu'à quelques pas, la silhouette se retourne vivement. Une jeune fille, amaigrie par toute cette horreur et armée d'un simple rouleau à pâtisserie... Méfie-toi de tout, avait dit Rose, même de ce qui te paraît inoffensif ! Les sourcils toujours froncés, je me sens loin d'être l'homme que j'étais en partant, les doigts toujours ficelés autour de mon arme, la cigarette bientôt consumée aux lèvres.

« Qu'est-ce que tu fais là dehors ? »

    Mon ton n'est pas spécialement calme mais pas non plus nerveux, il est simplement vide de toute émotion. N'est-elle pas conscience du danger que représente le monde désormais ?


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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Dim 26 Juin 2016 - 22:17

Malou crevait de trouille mais pas seulement; une rage contre elle-même bouillonnait dans ses tripes.
Comment avait-elle pu être inconsciente au point de dessiner dos tourné aux mille dangers qui pouvaient la guetter?
Elle avait tellement été envahie par cette joie caractéristique, presque enfantine qui étreint le coeur de la majorité des humains grands ou petits à la vue des longues plages de sable et de la mer qu'elle en avait oublié cette élémentaire consigne de sécurité.
Si c'était un mangeur d'homme elle était fichue, elle le savait. Le rouleau à pâtisserie ne la protègerait pas et sa petite taille l'empêcherait d'atteindre le crâne à moins que ce fut un enfant.

La panique suivit d'une poussée d'adrénaline la fit bondir sur ses pieds.
Arme de bois brandie au-dessus de sa tête, elle fit volte-face et se retrouva nez à nez avec un homme vivant.
Vieux, clope  au bec, main à peine agitée sur une légère protubérance sur le côté du pantalon qui signalait la présence d'un couteau, il avait une drôle de tête et surtout semblait avoir l'air sombre.
Un adulte, quoi; tout ce qu'il y avait de plus lamentablement banale et affligeant.

Rouleau encore en l'air mais muscles plus amollis, elle le regarda un instant avec surprise teintée de méfiance.
C'est alors qu'il lui balança la phrase courue d'avance, sur le ton pile poil ce qu'il fallait pour la foutre en rogne.
Elle venait de tomber sur le mec accomplit, raisonnable, modèle standard en promo sur toutes les consoles de la vie, le gus aux neurones indécrassables de connerie qui dans trois secondes allait lui faire la morale, haut perché sur sa prétention de merde avant de finir sur des trémolos de bon papa !!!
La réponse ne se fit pas attendre et claqua comme un coup de fouet.
J'ten pose ?!
Elle laissa planer un temps au milieu duquel un ange n'aurait même pas osé passer et ajouta:
je pourrai te renvoyer le même problème tu crois pas ?

A qui croyait-il s'adresser ? À une enfant de cinq ans ?
Bras croisés, elle le toisa de bas en haut pleine de défi et arrêta brusquement son regard bleu, coléreux mais pétillant – trop peut-être, presque fiévreux – dans le lac noir, obscurcit - si cela pouvait encore être possible - par la tristesse effrayante du sien.

Malou connaissait très bien l'ombre funeste capable de voiler l'iris le plus brillant de vie d'un individu.
Elle avait vu la peine immense qui s'abattait sur les yeux de Gabriel quand il parlait de sa soeur, la froideur glaciale de ceux de Selene où la folie dansait déjà et même le raz-de-marée qui agitait soudain les eaux sereines de ceux de Nounours quand il pensait à sa famille mais jamais au grand jamais elle n'avait constaté une telle opacité; comme si une gangrène rongeait à ce point l'âme de ce type qu'elle lui aurait gommé toute lumière; comme s'il était mort de l'intérieur.
Ce constat lui fit baisser les yeux et c'est d'une voix un peu plus douce qu'elle murmura:
Bonjour en tout premier lieu peut-être, non ? Ou... Bonsoir, plutôt...

Il n'était plus temps de dessiner; le dernier rayon de soleil venait d'être englouti par l'horizon.
Attendant une réaction de l'homme elle se baissa, rangea ses affaires dans son sac, en ressortit le paquet de cigarette qu'elle avait pris dans la petite maison de Brinnon et silencieusement lui en offrit une en signe d'ouverture vers une quelconque communication à condition qu'il ne lui prenne pas le chou avec les fadaises habituelles, bien évidemment.
Elle n'avait pas de feu dans son sac, la boite d'allumettes étant à côté du réchaud dans sa camionnette  mais elle ne s'en soucia pas: en tant que fumeur, il avait probablement ce qu'il fallait sur lui.
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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Lun 27 Juin 2016 - 14:49



❝Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde❞
Malorie & Alan

    Je ne quittais pas des yeux le regard bleu de la jeune fille qui me faisait face, où était mêlé à la fois l'agacement et la peur. Et au vu de sa réponse, il semblait qu'elle n'avait pas apprécié mon questionnement ; à croire qu'avec tout ce que nous avions traversé, et tout ce qui nous attendait potentiellement encore, j'en avait presque oublié comment converser avec un être humain, comme établir le contact et ne pas le braquer. Ne retenant pas un soupir, je me contentais d'expirer la fumée de ma cigarette en me demandant si je n'aurais pas mieux fait au final de la laisser tranquille et de rester sur le perron du la bicoque. Mais son visage semble se détendre, son regard aussi, et elle finit par baisser les yeux, semblant mettre un peu de côté son agressivité passagère. Me détendant à mon tour, j'ôte ma main de mon couteau et la glisse dans ma poche en haussant les épaules, me sentant un peu coupable malgré tout de l'avoir effrayé de la sorte.

« Oui, bonsoir. Marquant une pause, j'ajoutais : Désolé d'être venu comme ça, je ne voulais pas te faire peur. »

    J'avais tenté un sourire rassurant, comme ils m'étaient si habituels avant, mais je craignais que mon visage ne fut que déformé par un rictus bien trop marqué par le temps et les intempéries. Posant un regard vers l'horizon, je reporte toutefois mon attention sur elle d'un air un peu étonné quand elle me tend une cigarette ; je la prend entre mes doigts, la gardant ainsi. Rien ne servait de la ranger dans mon paquet, elle sera de toute façon consumée bien assez vite. Tirant une dernière fois sur celle que j'ai encore entre les lèvres, j'expire vers le ciel avant de l'écraser un peu plus loin pour finalement reporter mon attention sur l'inconnue qui me fait face.

« Merci. »

    Un léger sourire un peu moins crispé avant de m'asseoir dans le sable, je relève mes genoux pour y posé mes coudes, soupirant légèrement en regardant un peu plus loin ; le ciel s'assombrit de plus en plus, et il devient difficile de voir à quel endroit s'arrête l'eau et où commence le ciel. Je sens la présence de la jeune fille à côté de moi et me demande un instant ce que je pourrais bien dire, pourquoi je reste là dehors plutôt que de rentrer... Peut-être que je devrais me méfier d'elle ? Que ses parents ou pire, son groupe de pillards, ne sont pas loin... Mais à ce moment précis j'ai simplement besoin de relâcher un peu la pression. Faisant tourner la cigarette qui m'a été offerte entre mes doigts, je prend la parole d'un ton presque las sans quitter l'horizon des yeux.

« On pourrait presque croire que rien n'a changé vu comme ça hein. »

    Si seulement c'était le cas, si seulement je pouvais me réveiller le lendemain, dans ma petite maison aux côté de ma femme, et prendre la voiture pour aller à l'université, retrouver mes élèves, rire avec mon fils... Je m'assombris un peu plus en repensant à ces moments, ayant presque l'impression qu'ils appartiennent à un autre, ou à une autre vie. Mais c'est un peu le cas n'est-ce pas ? Je ne suis plus le même que lorsque nous avons tourné pour la dernière la clé dans la porte de notre chez nous, plus aucun de nous n'est la personne qu'il était avant. Et même si nous avons toujours cette possibilité de nous créer de nouveau souvenirs, je ne me rappelle même pas la dernière fois que j'ai vu un sourire sur le visage de ma famille. N'y tenant finalement plus, je calais la nouvelle barrette de nicotine entre mes lèvres et l'allumais, avant de poser mes doigts dans le sable froid et de jeter un regard à la jeune fille. Ne pouvant m'empêcher de ressentir un léger pincement au cœur, je serre un peu les dents ; comment a-t-elle fait pour survivre jusqu'à présent avec ce rouleau à pâtisserie ? Pour ne pas se laisser happer et écraser par le poids de ce monde ? Lui tendant la main droite, comme si cela avait l'air d'une vieille habitude qui me semble pourtant tellement risible, je reprends la parole.

« Je m'appelle Alan. Et toi ? »

    Pas vraiment certain de réellement vouloir papoter, une part de moi me pousse néanmoins à engager une conversation ; depuis quand n'ai-je pas eut l'occasion de parler avec quelqu'un d'autre qu'avec les miens ?


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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Mar 28 Juin 2016 - 13:14

Malou était mal à l'aise à présent; elle s'était trompée et s'était énervée trop rapidement comme toujours.
Non; l'homme n'était pas comme les autres adultes, il était même très différent, d'abord à cause de son accent étrange qu'elle n'arrivait pas à définir, aussi par rapport à sa réaction.
Il n'avait pas surenchérit, ne l'avait pas traité d'ignorante immature et malpolie, il avait soupiré en lançant vers le ciel une volute de fumée avant de s'excuser avec sa voix grave, un peu sourde; une voix qui trahissait tous les malheurs de ce monde mais qui proposait également autre chose, un au-delà auquel elle n'avait jamais eu la chance d'avoir accès, quelque chose qui la déstabilisait au point qu'elle perdait pied.

C'était comme si ce regard sombre perçait un mystère tapit loin derrière l'animalité qu'elle avait entretenue jour après jour afin de survivre, afin de passer entre les mailles du filet de la haine et de la mort, quelque chose qui s'appelait peut-être humanité ou intelligence mais ça, elle ne le savait pas; on ne le lui jamais vraiment appris.

Il parlait lentement comme si le temps s'arrêtait tout à coup pour l'écouter, comme si plus aucun mort vivant ne débarqueraient en grognant dans une hâte claudiquante, comme s'il n'y aurait plus jamais besoin de fouiller des maisons vides en quête d'une boîte de conserve périmée.
C'est rien... bredouilla t-elle en entendant qu'il était désolé.
Elle se sentait stupide, aussi ne put-elle s'empêcher d'ajouter une précision:
il faut bien être sur ses gardes si on veut vivre encore un peu...
Elle avait baissé la tête et n'osait rien regarder d'autre que le sable depuis qu'il avait tenté un vague sourire qui l'illuminait de l'intérieur.
Malou non plus ne souriait plus; depuis peut-être plus longtemps que lui. Son visage à elle s'était obscurcit quand sa mère avait grossi, alignant les bouteilles de vin bon marché à côté du canapé devant lequel trônait une télévision éternellement allumée et encore un peu plus quand son père avait déclaré forfait en silence, s'éloignant de toute implication sur la pointe des pieds.

L'homme s'était assis face à l'océan indiquant peut-être une intention de rester quelques minutes avec elle.
Indécise, ne croyant pas un instant qu'un type tel que lui pourrait s'intéresser à une gamine ignorante et laide, elle resta debout à danser d'un pied sur l'autre.
Elle s'apprêtait à lui dire: « bon ben...Salut » quand il lui fit la remarque à propos du paysage.
Bêtement elle répondit « oui, c'est beau... » et resta plantée quelques instants à admirer le panorama désormais entre chien et loup pour lequel une main peut-être céleste touillait les différentes nuances de gris avant de finir sur le noir d'encre.

Au milieu de cette immensité désertique l'individu ressemblait à gros oiseau sombre posé sur le sable.
Si elle avait su, elle aurait pu faire la comparaison avec L'Albatros de Baudelaire mais Malou n'était pas Française et encore moins lettrée.
Voyant qu'il lui tendait la main en se présentant, elle se glissa furtivement à ses côtés, lui rendit son salut et s'assit avant de lancer:
Moi c'est Malou et quand je suis trop triste, je regarde la nature autour de moi et je me dis pareil !
Je me dit aussi que... Disons qu'un jour tout ça se terminera...

L'adolescente avait du mal à s'exprimer, elle manquait de vocabulaire; elle n'avait pas l'habitude de converser. Des milliers d'images se cognaient sous son crâne, une belle musique tentait de les accompagner mais elle était dans l'incapacité d'y mettre des mots aussi continua t-elle dans ce registre pauvre mais sincère; terriblement naïf mais également teinté d'une insoutenable espérance.

Un jour, les savants qui sont en train de travailler dur jour et nuit, vont trouver le médicament qu'il faut pour soigner l'épidémie et alors après tout redeviendra comme avant, peut-être même encore mieux.
A ce moment là, je chercherai un job et je m'inscrirai dans une école de dessin pour être artiste.


Elle laissa couler un temps indéfini à rêver de cet avenir, à écouter les paroles du vieux sage s'il en avait à prononcer et si c'était le cas, elle y répondrait plus tard car elle avait une question à poser; quelque chose qui la taraudait depuis longtemps. Il lui fallait une réponse ce soir avec cet homme là.

Alan... Commença t-elle, Pourquoi les soldats du monde entier ne déclarent-ils pas la guerre aux mangeurs d'hommes ?
ce serait facile pour eux avec toutes les armes qu'ils ont et leurs combinaisons spéciales, plutôt que nous...
Moi avec mon van blindé j'ai écrabouillé une cinquantaine de morts vivants en m'y reprenant plein de fois. Eux, avec leurs chars et leurs tanks, ils pourraient en envoyer valdinguer beaucoup plus, d'autant qu'ils ont des canons et des têtes chercheuses, et des... Pourquoi ne font-ils rien ?
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Alan S. Karlson
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Mar 28 Juin 2016 - 20:17



❝Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde❞
Malorie & Alan

    Mon regard perdu ainsi dans la noirceur de l'horizon, bercé par le son ravageur des vagues et par cette légère brise qui caressait mon visage, je ne pouvais être certain de ce que représentait cette grandeur. Est-ce que je me sentais apaisé, à regarder ainsi au loin, pensant à de jours meilleurs, ou est-ce que cette obscurité grandissante n'était que le reflet de ce qu'il se déroulait en moi ? Tirant sur la cigarette, j'écoute la jeune fille me parler d'elle, de ce qu'elle fait quand ça ne va pas et de ses croyances. Soupirant légèrement, j'essaye de comprendre ce qu'elle me dit quand elle parle de savants qui cherchent une solution à ce fléau, du monde qui deviendrait même mieux. J'essaye vraiment... mais mon cerveau réfute immédiatement toutes ces possibilités, parce-que le monde en est arrivé à un stade ou plus rien n'est possible. Plus jamais nous n'aurons l'occasion de sortir le dimanche pour aller voir un match de baseball, ou pour faire un barbecue chez des amis. Oh nous nous adapterons sans doute à ce nouveau mode de vie, l'être humain fait de son mieux pour s'adapter à presque tout, mais à quel prix ? Tout cela vaut-il vraiment le coup ? Je m'efforce néanmoins de ne pas briser les rêves de Malou en hochant légèrement la tête ; pourquoi ? Mieux vaut qu'elle déchante maintenant... mais cette part d'innocence, trop de personne l'ont perdu bien trop vite.

« C'est important de faire des projets, se donner un but dans la vie. J'espère de tout cœur que tu vas y arriver. »

    Je lui adresse un léger sourire encourageant, ayant comme l'impression de parler à James lorsqu'il était adolescent et ne savait pas vraiment quoi faire de sa vie. James... Je ne me demandais désormais plus où il était, Christina nourrissait-elle encore une espoir infime concernant son fils ? Nous ne l'avions pas retrouvé, ni mort ni vivant, mais je n'en pouvais plus d'espérer. L'espoir fait vivre, mais j'étais désormais arrivé à bout de toute cette espérance, à bout de cette vie où les lendemains semblaient encore plus sombres que la veille.

    La voix de Malou, désormais moins agressive et plus sincère, me sorti une nouvelle fois de mes pensées. Cette innocence dont elle faisait preuve me faisait à la fois de la peine, me serrait le cœur, personne n'aurait eut à grandir ainsi trop vite, et me faisait à la fois envie ; où était donc passées ces années de naïveté ? Elles m'avaient aussi été enlevée trop vite lorsque j'étais enfant. Peut-être était-ce pour cette raison que je n'avais jamais su être réellement positif ? Qu'il y avait toujours eut une petite ombre dans chaque circonstance ? Je fronce les sourcils un instant, réfléchissant aux mots de ma nouvelle rencontre. Elle attend indéniablement une réponse franche, et même si je n'ai moi-même jamais eu de réponse précise, l'issue me paraît inévitable après tous ces mois qui se sont écoulés. Affichant un air sérieux, je reprend d'une vois calme.

« Je me suis longtemps posé cette question aussi, mais tu sais... Je pense que le monde entier a été dépassé par tout ça. Tu les appelles les mangeurs d'hommes, je les appelle les Coyotes. »

    Une information pas des plus utiles, mais elle permet de voir comment chaque personne perçoit ces êtres. Ce qu'ils représentent. Prenant une inspiration plus profonde, je tente de justifier mes paroles en prenant pour exemple ma propre expérience.

« Quand ça a commencé, nous nous sommes réfugiés avec ma famille dans le stade de Seattle. C'était un endroit bien gardé, par des militaires justement. Tout était mis en place pour assurer notre sécurité. Ma gorge se serre au point que je me tais quelques secondes avant de reprendre. Quelqu'un est tombé malade et est décédé naturellement, pour finalement se réveiller en Coyote... Ça a été le début d'une grande panique, et au bout du compte, les militaires ont été les premiers à fuir. »

    Mon regard était à la fois triste et désolé au souvenir de tout ce que nous avions vécu, toute cette peur, ces cri, les pertes aussi. Peut-être n'était-ce pas la réponse que la jeune femme voulait entendre, mais à quoi bon la baigner d'illusions ? Nous ne pouvions plus compter que sur nous-mêmes désormais. J'achevais finalement mes propos d'un ton un peu plus morose, regardant d'un air vide ce ciel sans étoiles.

« Si tu veux mon avis, il n'y a plus nulle part d'organisme prêt à nous sauver. »

    Marquant une nouvelle pause, je prend une nouvelle bouffée de cigarette -est-ce que ça me calme vraiment ? Peut-être pas- laissant le temps à la blondinette de digérer mes paroles.

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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Jeu 30 Juin 2016 - 16:15

Malou opina d'un simple hochement de tête aux voeux d'une hypothétique réussite professionnelle dans un avenir incertain, utopique même et quand elle leva la tête pour croiser le sourire de l'homme, elle lui rendit le sien, pâle, à peine esquissé sur les lèvres, crispé.

En échec scolaire, elle n'avait pas de bagage intellectuel mais n'était pas stupide pour autant.
Grâce ou à cause de ses conditions de vie cela faisait belle lurette qu'elle avait appris à lire sur les visages, à deviner les intentions enfouies dans l'éclat d'un regard, dans une intonation particulière de la voix, un geste ou un rictus.
Or, Alan n'avait pas relevé cette histoire de savants qui travaillent pour sauver l'humanité, il avait même semblé plonger encore plus profondément dans ses pensées tandis qu'il articulait cette phrase pleine d'espoir de réussite.

A cet instant précis, il ressemblait à un vieux poète qui égrenait un à un des mots d'une beauté amère afin de cacher le fiel de l'existence, afin que la jeune fille qu'il avait à ses côtés ne boive pas la lie au fond de la coupe; du moins pas encore.
Avec son visage ridé, il ressemblait à un palimpseste, ces fameux parchemins en peau de mouton sur lesquels avait été écrit un texte originel, consciencieusement effacé et remplacé par un autre, par souci d'économie ou pour cacher une vérité, un secret.
Le fragment apparent était beau mais celui du dessous semblait laisser deviner un toute autre récit...

Il avait suffi d'une simple question pour que la tragédie première tracée en lettres de sang apparaisse enfin sous l'oeil ébahit de l'archéologue aux gestes d'une lenteur et d'une préciosité infinies.
Le vieil homme avait le codex en main et en feuilletait doucement les pages avant d'en donner lecture.
Les yeux exhorbités, plantés dans ceux d'Alan, Malou n'en perdait pas une goutte.
Une à une, telles des larmes, elles tombaient dans le vase à peine néolithique, encore poreux de l'adolescente.
En silence, elle accusa le coup de la finale qui chutait comme une épée de Damoclès: « Et au bout du compte, les militaires ont été les premiers à fuir... ». Cela ressemblait à s'y méprendre à la fin d'un conte triste.

En cette époque très reculée que représentait le cerveau encore reptilien de la jeune fille, on ne lisait pas; on n'écrivait non plus; tout juste parlait-on.
On taillait le silex, on modelait sommairement, on lissait la porosité au galet, on peignait avec les doigts sur les murs des cavernes à tel point que ce n'était pas deux générations qui s'affrontaient là, assises sur ce sable plus que millénaire en cet an de disgrâce 2016 mais deux périodes historiques tellement éloignées l'une de l'autre qu'elles en semblait incompatibles.
Les pages enfermées dans le livre au cuir passé, frotté, élimé, piqué au vers par les décennies s'étaient-elles mélangées ?
Malou allait tenter un rapprochement et tendre une main grossière aux ongles crasseux, vers celle, fine, longue et délicate du scribe.


Alors on est donc presque redevenu comme avant... Faut tout recommencer...
Lui répondit-elle simplement tandis qu'elle même partait dans ses rêves.
Puis, se secouant un peu, elle observa encore le visage mélancolique de l'homme et déclara d'emblée:
tu sais notre monde n'était pas beau non plus; on ne s 'en rendait pas compte c'est tout.
Surtout les riches, les gens aisés...
Ajouta t-elle.
Endormis dans leur beau confort, ils ne voyaient pas les pauvres qui n'avaient rien; même, ils les méprisaient.
Ils ne se rendaient pas compte que nous étions toujours en guerre partout parce que c'était loin, ça passait à télé pendant qu'on mange, et puis on oubliait.
Qui s'inquiétait des gens qui mourraient de faim dans l'Afrique ou je ne sais où ?

La seule chose qu'on ait jamais fait si on regarde bien, c'est détruire avec toute cette pollution qu'on a mis partout jusque dans le ciel et sous les mers pour avoir plus, pour avoir mieux que son voisin. Tous ces trous qu'on a fait dans la terre pour avoir des diamants, du pétrole, du gaz, tous les singes qu'on a tué pour avoir des meubles en beau bois...

Malou ne s'arrêtait plus. Les yeux brillants levés dans les nuages nocturnes elle revoyait toutes les horreurs happées à l'état brut sur l'écran que sa maman laissait allumé jours et nuits; ces crimes, ces violences, ces inégalités honteuses, le brouillard Chinois, la catastrophe de Fukushima, les films de guerre, les reportages, les séries B où les gens passaient leur temps à se crêper le chignon, tout se mélangeait; fictions et réalités n'avaient plus de frontière car à l'aboutissant, les unes n'étaient guère que le reflet des autres; il y était toujours question des mêmes choses, de l'homme loup pour l'homme, de pouvoir et d'argent pour les uns au détriment des autres.

Ce n'était plus un mince parchemin qu'elle avait dans les mains à présent mais un livre de plomb.
Et si elle avait fait l'effort d'écouter les cours d'histoire et de feuilleter des documents, elle se serait aperçue qu'au travers des siècles il était là aussi toujours question de ces mêmes choses; qu'il suffisait juste de changer des noms de personnes ou de lieux et l'on avait le même récit.

Incapable d'avoir ce genre de conversation, encore moins de l'approfondir, elle conclut à sa façon:
tu vois, c'est comme si maintenant on redevenait comme les hommes préhistoriques... Il faut se battre et reconstruire, presque à armes égales.

Elle l'examina et poursuivit lancée comme elle l'était dans l'embryon de réflexion qui jaillissait de son cerveau ignorant comme une lumière encore très pâle qui s'allumait grâce au contact de cet individu mystérieux, dépressif à qui elle avait envie de redonner des forces, un but.

Dans l'autre vie toi et ta famille aviez sûrement une jolie maison avec des meubles et plein d'objets... Vous deviez avoir des habits neufs, des bonnes choses à manger, un téléphone portable comme tout le monde et peut-être même un ordinateur, du coup d'être devenu comme ça, ça te fais drôle et tu as l'impression d'avoir tout perdu.
Pour moi tu vois, y a pas grand chose qui change; j'ai même plus qu'avant puisque j'ai un van et qu'il m'est même arrivé de manger des trucs qu'il n'y avait jamais eu chez moi !

On est égaux maintenant parce qu'avant, je suis sûre que tu ne te serais jamais assis à côté de moi; tu ne m'aurais même pas remarqué, hein ?

Il faudrait faire une vraie guerre aux mangeurs d'hommes, la dernière pour toujours, tous ensembles puis il faudrait retrouver ceux qu'on aime qui sont perdus quelque part ou bien les enterrer pour reconstruire un autre monde tout propre, tout neuf comme un paradis...

Malou songea un moment à ce nouvel âge d'or, futur Eden d'une humanité enfin réconciliée puis demanda:
tu cherches quelqu'un toi ?
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MessageSujet: Re: Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde   Aujourd'hui à 5:17

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Codex Regius. Le Chant du Vieux Scalde

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