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 Would you save me ?

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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Mar 28 Juin 2016 - 16:35

Selene tenta de se défendre suite aux accusations exagérées de l'instituteur. Après cette journée au musée, Emy et lui n'avaient plus reparlé de Selene. À vrai dire, elle lui était totalement sortie de la tête jusqu'à ce qu'il finisse par la retrouver. Il faut dire qu'il n'avait pas vraiment eu l'occasion d'en parler non plus. Sa sœur s'attelait à son travail, lui au sien et ils ne se déballaient pas les dossiers de leurs élèves à chaque repas.
« Non, elle ne m'en avait rien dit. Mais je le constate. »

Par la suite, l'aveu qu'elle lui fit le plongea dans une certaine perplexité. Il ne s'était douté de rien. Sans doute parce qu'elle n'était qu'une enfant à ses yeux. Mais aujourd'hui, alors qu'il avait son regard plongé dans celui si intense de la jeune femme, il sentit un véritable torrent d'émotions le submerger. Ne rétorquant rien, il se contenta de l'observer en silence, appréciant ce petit sourire qu'il avait réussi à faire naître sur son visage angélique.

Le bonbon qu'il lui avait tendu passait adroitement de l'une des ses mains à l'autre dans un jeu perpétuel. Se rendait t-elle compte à quel point ce qu'elle venait de dire l'avait perturbé ? Il ressentait une grande sympathie pour elle, et même un peu plus que ça. Après tout, elle était son dernier lien avec son passé. Mais plus le temps passait, et plus il se sentait proche d'elle. Alors qu'en réalité, il ne savait quasiment rien de son passé, ni même de ses expériences douloureuses. Pas plus qu'elle n'avait connaissance de ce que lui-même avait vécu. Pourtant, lorsqu'elle était là, il se sentait un peu plus joyeux. Chaque fois qu'il l’apercevait, il sentait poindre un radieux sourire aussi bien sur son visage que dans son esprit. Et il se rendit compte, à cet instant, qu'il n'aurait pas voulu être avec qui que ce soit d'autre dans cette forêt.

Tout à coup, un merveilleux rire s'éleva, emplissant l’atmosphère de son effervescence. Encore une allusion à sa vie sentimentale. Cherchait-elle à lui faire comprendre quelque chose ? Ou bien n'était-ce qu'une simple conversation tout à fait banale entre deux adultes suffisamment proches pour qu'il n'y ait aucun sous-entendu ? Bon sang qu'elle était belle quand elle souriait ainsi !

Le sortant de sa contemplation, un bruissement de feuille lui fit tourner la tête en même temps que Selene. Il regarda la jeune femme se relever, se préparant à bondir sur ses pieds à la moindre menace mais restant tout de même assis encore un instant. Encore un putréfié ! Ne pouvaient-ils donc jamais être tranquilles ? Claudiquant de son pas de cadavre, la monstruosité de la nature accéléra le pas en apercevant le buffet qui s'offrait à elle. Bras en avant, prête à mordre, un râle pitoyable s’échappant de ses lèvres décharnées, la charogne fut accueillie par un magnifique croche pied de la part de Selene, ce qui lui valut de s'étaler, ventre à terre, à quelques centimètres de Gabriel qui se releva aussi vite que si le sol avait été en feu. Puis un rapide coup de couteau termina de l'achever.
Selene proposa alors de bouger, sans pour autant manifester l'envie de rentrer tout de suite. Ça lui convenait. Il n'avait pas le moins du monde envie de retourner s'enfermer dans la morosité qui régnait chez eux.

« Je te suis. » rétorqua t-il simplement.
Ils se mirent donc à marcher côte à côte, d'un pas relativement lent, histoire de pouvoir continuer de discuter calmement. Mais sur l'instant, et après cette petite frayeur, il ne trouva pas vraiment de sujet de conversation qui convienne. Quant à revenir là où ils l'avaient laissée... Il ne se voyait pas vraiment lui demander 'Donc... tu disais aimer les hommes plus âgés ?'... Non, ce serait vraiment trop bizarre et hyper gênant. Il laissa donc le silence s'installer, se concentrant sur les bruissements alentours. Dans les hauteurs, des kyrielles d'oiseaux s'égosillaient, construisant leur avenir sans se soucier du triste sort qui avait touché les êtres humains. Au moins, le virus n'avait pas touché les animaux. S'ils avaient dû affronter des hordes de chiens mort-vivants ou des nuées d'oiseaux cadavériques mangeurs de chair... il frissonna rien que d'y penser.  

Sortant de sa poche une nouvelle friandise, au citron cette fois-ci, il s'avisa que Selene n'avait pas encore mangé le sien. Il le déballa donc avec minutie, toujours sans abîmer le papier qu'il rangea bien à plat dans la poche d'où il l'avait tiré, puis il le porta à sa bouche. Il cherchait un moyen de meubler le silence, mais rien d'intelligent ne lui venait. Il se contenta donc de jeter un regard en coin à Selene, se demandant à quoi elle pouvait bien songer en cet instant. Repensait-elle à la mort de Flann ? Ou bien ce maudit épisode lui était-il sortit de la tête, au moins pour quelques instants ? Repensait-elle à ses anciennes relations comme elle disait, ou bien à sa vie d'étudiante désormais reléguée à un passé révolu ? Il ne parvenait pas à détacher le regard de son visage, se sentant envahi par une douce chaleur. Et lorsqu'elle tourna le regard vers lui, il se sentit rougir et se remit à regarder fixement devant lui.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Mar 28 Juin 2016 - 19:11

Elle n’avait pas envie de rentrer. Elle avait envie que ce moment s’éternise, loin des larmes, de la folie, de la douleur ambiante. Le couteau ayant retrouvé son étui, Selene s’occupait à nouveau les mains avec le bonbon qu’elle ne mangerait pas. Instinctivement, elle allait vers une petite clairière, découverte à force d’explorer les alentours du chalet. Pourvu que les morts ne se soient pas concertés pour gâcher son plaisir : quelques minutes de solitude avec Gabriel. Le silence les accompagna un moment, mais ça ne la dérangeait pas. La musicienne songeait à eux, leur rencontre, leur retrouvaille, leur avenir ?

L’amour ne lui avait jamais sourit, encore moins les derniers mois, mais il était inutile de nier que le professeur était pour elle comme Harold, Breann ou Aori. Il y avait ce petit truc, ce frisson qui avait effleuré son cœur, avant leur attaque de Brinnon. Le brun tenait à elle… elle n’avait pas oublié ses paroles, au contraire, c’était un peu sa berceuse quand les cauchemars devenaient trop noirs. Bien entendu, la pianiste savait que Bobby se tuerait pour elle ou que sa complicité avec Abigail était intense, mais… la manière dont Gabriel tenait à elle, c’était différent. Elle le sentait ; c’était beau. Selene eut alors une mimique de fille un peu timide, calant derrière ses oreilles une mèche de cheveux châtain, puis demanda avec un naturel désarmant :

- Tu avais quelqu’un dans ta vie, avant ?

Ça lui était venu comme ça. L’envie de le connaître, autrement qu’en partageant des peurs, de la sueur et des boîtes de haricot. Lui-même la relançait fréquemment sur leur souvenir commun, signe qu’il ne voulait pas s’en détacher, alors la jeune femme voulait explorer cette brèche. C’était étonnant de se dire qu’elle ne tenait pas tant que ça à connaître la vie des autres avant l’épidémie, mais le professeur… elle voulait être capable de dire qu’elle savait qui il était ; avant et après.

- J’espère que je ressasse rien…, dit-elle avec précaution, mais… ça m’intéresse sincèrement. J’ai l’impression de te connaître vraiment alors que… on ne s’est vus qu’une journée, c’est ta sœur que j’ai fréquenté un moment. Tu avais peut-être une femme, une famille, des enfants, et j’en sais rien…

Plus ils marchaient côte-à-côte, plus un sentiment étrange se développait dans sa poitrine fragile. Le désir, le besoin, d’un peu de rêve dans ce monde de monstres. Apprécier quelqu’un, l’enlacer, l’embrasser, partager quelque chose… ils n’avaient pas besoin d’être amoureux, pas au début, simplement de se donner une chance. L’idée que le fantôme d’une compagne défunte puisse encore le hanter ne la dérangeait pas, la vie était devenue bien trop courte. Son entourage s’était drastiquement réduit depuis l’automne passé et de tous les hommes qu’elle avait rencontré, Selene sentait que Gabriel était celui qui pourrait rallumer cette flamme. Celle de la jeune femme, de la petite amie, … la partie d’elle-même oubliée depuis trop longtemps.

- Tu n’es pas obligé si tu veux pas, affirma finalement la musicienne en secouant la tête, je peux commencer si tu veux. Euh… j’avais personne quand ça a commencé. J’étais célibataire depuis un moment en fait. J’étais devenue assez sélective je crois, admit-elle en riant, je vivais encore avec mon père en attendant de pouvoir me payer mon propre appart'.

Ses yeux bleus pétillaient de vie, rare moment où ils n’étaient pas assombris par l’inquiétude ou la détresse. Elle omettait volontairement Ziggy. Ça aurait pu marcher… peut-être, mais le destin en avait décidé autrement. Ils étaient trop différents au fond, et puis il avait rencontré cette « Juliane ». Alors inutile d’inclure un élément compliqué dans l’équation pour pas grand-chose. Ils n’avaient échangé qu’un baiser tous les deux, court, pudique. Une promesse d’un après qui n’avait pas pu exister. Une illusion, digne d'un magicien.


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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Mar 28 Juin 2016 - 21:02

Cette fois-ci, ça ne pouvait pas être juste une question anodine. Surprit par la question, et complètement prit au dépourvu, il fronça les sourcils et ouvrit la bouche comme une poisson qui cherche une bouffée d'oxygène. Mais aucune réponse ne lui vint. Ou voulait-elle en venir ? Refermant finalement la bouche, il tenta de sonder son regard pour tenter de savoir ce qu'elle avait derrière la tête. Mais il fut bien incapable de trouver la réponse qu'il cherchait.
« Hum... et bien... » commença t-il.

Devant son hésitation, elle cru peut-être avoir ranimé de vieux démons. Ce n'était nullement le cas puisque sa vie amoureuse avait été aussi épanouie qu'une méduse échouée sur la plage. Une femme ? Des enfants ? À l'époque, cette question l'avait préoccupé un certain temps. Puis il s'était vite rendu compte qu'il n'arriverait jamais à rien côté cœur et avait laissé tomber l'affaire. Trop fragile sentimentalement, il ne ressortait jamais indemne des ruptures, qu'elles soient brutales ou non. Alors à quoi bon se torturer ainsi. Il avait un métier qui le passionnait, une famille de laquelle il était très proche et qu'il aimait plus que tout, de même que des amis avec lesquels il faisait allégrement la fête. Alors pourquoi aurait-il voulu plus ?

Un évidence le frappa alors. Malgré ses airs sérieux et sa maturité acquise par la force des choses, Selene n'avait pas vraiment vécu. Elle avait été jetée toute entière dans un monde de chaos avant même d'avoir apprit de la vie. Une décennie les séparait. Ça ne semblait presque rien. Pourtant, en dix ans, il avait aimé plus d'une fois, et s'était fait rejeter tout autant, il avait connu le bonheur et  il avait souffert, il avait rit et pleuré, il avait tellement vécu... Assez pour savoir ce qu'il désirait et s'en contenter. Non il n'avait pas de femme. Non il n'avait pas d'enfant. Mais malgré tout, il était un homme comblé par la vie... Il l'était...

Perdu dans ses pensées, il ne s'était pas rendu compte que sa mine s'était renfrognée. Ses sourcils s'étaient un peu plus froncés et il fixait le sol droit devant lui avec une intensité particulière.
« J'avais une famille, laissa t-il échapper dans un souffle. Comme la plupart d'entre nous. »

Se rendant compte qu'il avait du mal, elle vint à son secours et commença à lui parler d'elle. Étrangement, à l'évocation du fait qu'elle était célibataire au moment de l'apocalypse le rassura. Pour la seule et unique raison qu'il était heureux qu'elle n'ait pas eu à pleurer la mort de celui qui aurait put être l'homme de sa vie. C'était un poids en moins à supporter. Ils en avaient bien assez comme ça. Un sourire triste se dessina sur ses lèvres lorsqu'elle parla de son père.

« Ne te moques pas de moi mais... moi aussi je vivais encore chez mon père. »
Il se tourna vers elle et la regarda enfin. Il se sentit soudain emprunt d'une profonde nostalgie. Laissant échapper un long soupir, il poursuivit, à présent qu'il était lancé.
« Pour tout te dire, je n'ai pas été des plus chanceux dans ma vie amoureuse. Et les rares fois où je trouvais une femme suffisamment intéressante pour envisager une vie commune... comment dire... »
Il se passa une main derrière la tête, se grattant le haut de la nuque tout en cherchant ses mots.
« Je ne suis pas... quelqu'un de très éloquent. Tu as dû t'en rendre compte. Enfin bref. J'étais seul depuis un moment lorsque tout est partit de travers. Je vivais avec Emy et avec mon père. J'avais également deux frères. Seth vivait à Seattle et travaillait avec notre père. Quant à Ethan... bon sang je ne sais même pas s'il n'est pas encore en vie quelque part dans les coins de New York à se demander si sa famille est encore de ce monde... »

Marquant une pause, il glissa ses mains dans ses poches, tentant de refouler les larmes qu'il sentait poindre. C'était pas le moment de penser à ça. Il avait l'impression de ne faire que pleurer depuis quelques jours. Il imagina un instant son père en train de le sermonner. 'Tu crois que tu vas plaire à une dame si tu te mets à chialer toutes les trente secondes ? Soit un homme bon sang de bon soir !'
Oui, c'était son père tout craché. Cette image lui redonna un demi sourire.

À force de marcher, il débouchèrent sur une petite clairière baignée de soleil. Quittant le couvert des arbres, il s'y engagèrent et Gabriel avisa deux pierres affleurantes, suffisamment plates pour pouvoir s'y asseoir sans s'esquinter les fesses. Se mettant à l'aise, il appuya ses avant-bras sur ses genoux, levant un instant la tête vers le ciel tout en fermant les yeux, savourant la douce chaleur prodiguée par les rayons de l'astre solaire. Lorsqu'il rouvrit les paupières, la vision qu'il eut de Selene lui coupa un instant le souffle. Elle était auréolée de lumière, le soleil jouant dans ses cheveux, les parant de diamants, et ses yeux soudain si clairs qu'on eut dit qu'ils étaient fait de glace. Sa peau, si pâle, avait soudain une teinte dorée si chaleureuse qu'il aurait voulu pouvoir la toucher. Subjugué par cette vision merveilleuse, il ne parvint pas à détacher son regard d'elle.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Mer 29 Juin 2016 - 19:10

Alors qu’il commençait à se livrer un peu, la jeune femme l’encouragea d’un sourire. Ce n’était pas facile au début de délier les souvenirs, mais après… ils sortaient tout seul. Ainsi il n’était pas chanceux en amour ? Bien la preuve que l’apparence ne faisait pas tout. Une part de Selene devait certainement l’avoir imaginé avec une épouse parfaite et deux enfants bien élevés, parce qu’elle avait du mal à réaliser qu’il n’était lié à personne. Du moins, personne d’autre que sa famille. Était-ce vraiment parce que le professeur n’était pas très loquace que ses conquêtes se s'étaient découragées ? Ce n’était pourtant pas dramatique… à côté de ça, il était d’une douceur rare.

La tristesse sembla ponctuer la fin de son discours, alors elle n’osa rien ajouter, ni insister. Ce n’était pas son truc les faux espoirs, mais elle espérait sincèrement que son frère soit en vie, quelque part. Elle réalisait que chaque fois qu’elle visualisait son ami, elle le voyait malheureux. Pourtant, c’était lui qui cherchait à la dérider, lui qui savait évoquer quelques souvenirs bien placés pour la faire rire mais… il était comme entouré d’une aura grise qu’elle rêvait de rendre rayonnante. Un peu de bonheur pour Gabriel, ce serait un super cadeau.

Pudiquement, la pianiste détourna les yeux, avisant la clairière qu’ils venaient de rejoindre. Le soleil l’illuminait de toute sa grâce, indifférent à ce qui se passait sur terre. Cette simple vision était belle, chaleureuse. Suivant son aînée, elle s’assit sur une pierre plate et tourna immédiatement son visage ivoirin vers l’astre flamboyant. Comme un tournesol, elle avait l’impression de se nourrir de ses rayons. L’été devait être arrivé… enfin.

Quand Selene baissa les yeux, elle croisa le regard de Gabriel. Sublimé de cette façon, il pouvait prétendre à une représentation de l’ange Michael : maître du feu et de la justice. Il ne semblait pas décider à cesser de la contempler. De longues secondes, ils furent liés par cet échange silencieux, hors du temps, puis la jeune femme détourna ses orbes glaciers en jouant timidement dans ses cheveux. Le rouge embrasait ses joues pâles.

- Monsieur Fowler, je vais être sincèrement mal à l’aise si vous continuer à me regarder comme ça.

Elle laissa libre court à un petit rire taquin et bouscula doucement du poing l’épaule de Gabriel en signe de complicité. Machinalement, elle arracha un brin d’herbe qu’elle commença à enrouler autour de ce bonbon qu’elle n’était décidément pas décidée à avaler. A la dérobée, elle jeta des regards à son ami, mi-espiègle, mi-réservée. Ses sourcils se soulevèrent et elle inspira profondément avant d’avouer sur le ton de la conversation :

- Je n’ai jamais été amoureuse moi… je veux dire, j’ai eu de l’affection, beaucoup parfois, j’ai eu des crushs, mais… pas « l’amour » comme les gens ont l’air d’en parler, elle hocha la tête avec une moue désolée, j’ai jamais eu l’envie de faire une famille non plus… mais je voulais devenir pianiste professionnelle alors…, elle haussa les épaules, c’était un milieu déjà tellement difficile pour une femme qu’il fallait généralement faire une croix sur la famille pour y arriver. Je pensais vraiment finir comme ça : une de ces stars du clavier romantique qui vont de concerts en concerts mais qui, entre deux tournées, vivent seules dans une grande maison à… New York, ou Los Angeles.

Selene rit encore brièvement, amusée par cette image qui n’avait absolument rien à voir avec la réalité. Pourrait-elle l’accomplir un jour ? Elle en doutait. Désormais, il y avait de fortes chances pour que les seuls qui puissent l’entendre jouer soient ses compagnons actuels. Même si en vérité, le feu sacré semblait s’être refroidi au fil des mois. Elle avait été musicienne, un jour, mais aujourd’hui… elle était quelqu’un d’autre. De plus fort, mais de plus dangereux aussi. Le monstre qu’elle avait su voir en elle dès les premiers mois.

Cette fois, elle n’osa rien demander. Elle laissa le silence revenir. Aux côtés de Gabriel, cette absence de mot ne lui paraissait ni embarrassante, ni inutile. Parce que tout ce qu’elle voulait lui confier, tout ce qu’elle ressentait, se passait du moindre son. C’était le hurlement muet de son âme qui lui était destiné : le cri de la jeune femme qu’elle n’était plus. Celle qui voulait encore essayer de vivre normalement, celle qui avait de l’espoir, celle qui se voulait capable de construire quelque chose… celle qui avait peur du noir.


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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Ven 1 Juil 2016 - 14:50

Baissant vivement les yeux sur ses genoux comme si ceux-ci avaient soudain un intérêt certain, il sentit le rouge lui monter aux joues à l'idée de l'avoir ainsi fixée. Pourtant elle semblait avoir prit ça à la rigolade. Se déridant un peu à la bousculade amicale que lui envoya la jeune femme, il s'autorisa de nouveaux regards, plus discrets et moins appuyés cette fois. Il n'aurait pas dû se sentir aussi gêné. Pourtant, il y avait cette petite boule qui se formait au creux de son estomac à chaque fois qu'il prolongeait le contact visuel. C'était inexplicable et ça le rendait nerveux.

Et voilà qu'elle repartait avec ses histoires d'amour. Se rendait-elle compte qu'elle n'avait que vingt ans ?! À cet âge là, on commence seulement à planifier sa vie. Ce n'est qu'à cet âge qu'on entre vraiment dans le monde cruel et asphyxiant de la réalité. Avant ça, tout n'est que gaminerie et jeux puérils, rien n'a vraiment d’importance et on ne pense ni à la famille ni à l'avenir. Du moins pas de façon très sérieuse. Tout n'est que projets et perspectives possibles, le monde entier devient une scène de théâtre sur laquelle on a enfin le droit de paraître. Mais cette scène était désormais tapissée d'un décor putride et nauséabond, le sol devenu un marécage glissant dans lequel toute chute conduisait irrémédiablement à la mort et la désolation...

Lorsqu'elle eut terminé de lui exposé les rêves de sa vie révolue, il l'observa en silence. Il aurait voulu lui dire qu'elle n'avait pas eu de chance. Qu'elle avait été tirée de force dans une mascarade morbide avant même d'avoir eut la chance d'accomplir ses rêves. Mais à quoi bon l'enfoncer encore plus dans sa nostalgie et sa peine ? Affichant un pauvre sourire de compassion, il se mit à regarder une nouvelle fois le ciel, si clair et si bleu qu'il en était éblouissant. Les mains appuyées sur la pierre, les bras tendus, il laissa son regard se perdre dans le vide, songeant à ce qu'il avait lui-même perdu... Que lui restait-il aujourd'hui de son ancienne existence ? Des souvenirs et rien d'autre. Plus jamais il ne verrait l'air renfrogné de son père qui s'attelait sur un ouvrage trop complexe. Plus jamais il ne subirait les plaisanteries de Seth ou les boutades d'Ethan. Plus jamais il n'entendrait le doux rire de sa sœur qui lui réchauffait le cœur même lorsqu'il était au plus mal. Ses amis, ses collègues, sa famille... cette vie appartenait à un univers parallèle désormais, comme si un autre que lui avait vécu tout ces souvenirs. Non... c'était faux. Telle une ancre, Selene était la preuve incarnée que cette existence avait bel et bien eu lieu. Elle rendait ses souvenirs réels et insufflait une étincelle de vie à cette existence passée.

Abaissant le regard, il s'avisa que sa main était à seulement quelques centimètres de celle de Selene. Il avait envie de rapprocher ses doigts, de la frôler, de sentir sa peau contre la sienne, ne serait-ce qu'une fraction de seconde. Il s'imagina la scène et la façon dont elle risquait de le prendre et oublia rapidement l'idée. Au lieu de ça, il brisa le silence, revenant à des choses plus terre à terre.
« J'aimerais beaucoup t'entendre jouer. »
La regardant à nouveau dans les yeux, il ajouta :
« La musique me manque. Parfois, lorsque les choses vont mal, la musique nous met du baume au cœur. Je suis sûr que jouer un morceau entraînant te ferait du bien. Dans tous les cas, ça ne te ferait pas de mal. »
Regardant à nouveau dans le vague, droit devant lui, il essaya de ne plus penser à cette main si proche de la sienne. De ne plus imaginer ses doigts combler les espaces entre les siens. Il ne voulait pas reconnaître ce sentiment pourtant aussi évident qu'un chat blanc au milieu de la nuit. Parce que s'il en venait à l'admettre, alors il ne pourrait plus regarder la musicienne sans se mettre à rougir et à bafouiller bêtement. Et pour rien au monde il n'aurait voulu perdre son amitié. Il était plus simple de refouler cette idée que d'imaginer ce qui se passerait s'il la laissait éclater au grand jour.

« Et puis, ajouta t-il, j'ai toujours aimé le piano. Tu pourrais peut-être m'apprendre à jouer un morceau facile ? »
L'idée lui était venue comme ça. Mais après tout pourquoi pas. Ce serait l'occasion de passer du temps avec elle. Car il ne désirait rien d'autre. Il n'était pas obligé de lui faire part de ses sentiments à son égard. Elle n'était pas obligée de savoir. Tout ce qu'il voulait, c'était être avec elle, et peut importait la façon dont elle le percevait. Elle semblait apprécier sa compagnie et c'était le principal.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Ven 1 Juil 2016 - 17:15

Selene eut une petite moue qui voulait dire « c’est nul, mais c’est la vie » quand son ami lui sourit. Ça faisait déjà assez longtemps que l’épidémie avait ravagé leur espèce désormais. Elle avait cessé de se morfondre sur le passé, sur les rêves perdus, sur un mode de vie oublié. Peut-être que rien ne reviendrait jamais à la normale, ou en tout cas, pas avant un moment. Autant se tourner vers l’avenir. Mine de rien, il restait des opportunités ! La jeune femme l’avait compris quand elle avait émit, avec Hope, l’idée que leurs communautés travaillent ensemble. La mort ne devait pas les empêcher de vivre mais au contraire, les motiver à faire preuve d’ingéniosité. Les formes avaient changé, mais pas tellement les règles : trouver à manger, se défendre, faire vivre les siens. Dans un sens… la musicienne avait plus d’importance aujourd’hui qu’elle n’en aurait eut en tant que pianiste.

A ce sujet d’ailleurs, l’ancien professeur lui suggérait de s’évader un peu par la musique. Selene ne croyait plus tellement en cette catharsis, mais les beaux yeux de Gabriel plantés dans les siens suffirent à lui redonner un peu d’espoir à ce sujet. Elle hocha légèrement la tête, baissant son regard quand celui de son interlocuteur s’échappa à nouveau vers le néant. Leurs doigts étaient si proches… était-ce une métaphore de leur véritable état ? Si près et pourtant… ne se toucheraient-ils jamais ?

Sans que l’étudiante ne sache vraiment pourquoi, le déclic lui vint quand son aîné lui demanda de lui apprendre à jouer. Ou plutôt… elle avait enfin trouvé une résolution à cette hésitation qui la troublait : ils n’avaient pas le temps pour des jeux. Se courir après, jouer au chat et à la souris, laisser « les choses venir ». Qui sait s’ils seraient tous les deux vivants demain ? Au diner ? Ou même dans une heure ? Tout était enfin clair dans son esprit confus : c’était décidé, elle voulait leur donner une chance – se donner une chance – et ne pas attendre qu’il soit trop tard.

Doucement, le visage de Selene s’était approché. Ses yeux pétillaient d’une fraicheur ravivée, le soleil couronnait ses cheveux d’or, sa peau renvoyait la lumière éclatante. Ses doigts fins franchirent le fossé, s’entrelaçant à ceux de Gabriel, et ses lèvres rencontrèrent enfin les siennes. Une vague de sa chaleur se répandit dans sa poitrine, un frisson tourbillonna dans son ventre. C’était drôle… comme ils s’étaient rencontrés, là où ils en étaient arrivés… la musicienne ne pariait pas que c’était le début d’une histoire transcendante ; mais elle était sûr d’une chose : grâce à lui, son cœur n’était plus seulement un bloc de glace.

La jeune femme se détacha aussi lentement qu’elle s’était approchée, mordant légèrement sa lèvre inférieure, l’air timide et surprise de sa propre audace. Puis finalement, elle rit. Un rire de libération, léger, une mélodie qui n’attendait que l’occasion de quitter sa prison de chair. Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas éprouvée cette allégresse, la sensation d’être un peu ivre sans avoir bu une goutte d’alcool. La pianiste était « bien », mieux que jamais depuis le début de l’épidémie. L’ancien professeur ne l’avait pas repoussé, mais il ne semblait pas vraiment à l’aise, alors elle le taquina en souriant :

- C’était une manière de dire que j’acceptais de t’apprendre à jouer du piano.

Pouvait-elle rester comme ça ? Ne plus perdre la tête, ne plus avoir à se battre, ne plus avoir de sang sur les mains. Cet instant devrait être le dernier de tous. Sans pillards, sans rôdeurs, sans famine, sans froid. Ses doigts étaient toujours entremêlés à ceux de Gabriel, prisonniers absolument consentant. Pour essayer de détendre son (petit ?) ami, Selene eut l’air légèrement plus sérieuse quand elle précisa, non sans avoir pris une grande inspiration :

- Je voulais aussi que tu saches ce que je ressens avant que… avant qu’il soit trop tard, elle haussa les épaules avant d’ajouter dans un éclat de rire, c’est pas une demande en mariage, juste savoir si toi et moi…

Que dire ? « On pourrait sortir ensemble ? » cette demande n’était plus tellement adaptée au contexte et pourtant, c’était l’idée.


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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Ven 1 Juil 2016 - 20:57

Sans vraiment comprendre ce qui était en train de se passer, Gabriel vit le visage de Selene se rapprocher lentement du sien. Ses yeux plongés dans ceux de la pianiste, il sentit cette boule au creux de son estomac fondre comme neige au soleil. À la place, une douce chaleur l'envahissait alors qu'il se sentait subjugué par ce si doux visage. Ses traits si fins et si graciles étaient baignés de lumière et il fut soudain éprit d'une furieuse envie de l'embrasser, sans pour autant oser.
Puis il sentit la main de la jeune femme entrelacer la sienne et accueillit ses lèvres avec délice. Lui rendant son baiser avec douceur, appuyant un peu plus l'étreinte de ses doigts entre les siens, il ferma les yeux, cessant de réfléchir et savourant simplement la ferveur de ce moment fugace.

Lorsqu'elle s'éloigna, il garda les yeux fermés quelques secondes, comme pour faire durer encore un peu cet instant. Son cerveau avait rendu son tablier, l'abandonnant à une douce quiétude. Souriant béatement, il rouvrit enfin les paupières alors que Selene emplissait l'air de son rire cristallin. Son cerveau choisit cet instant pour se remettre en marche et son sourire se crispa quelque peu alors qu'il commençait à se poser un milliard de question en même temps. Était-ce un jeu pour elle ? Était-ce juste une façon de le tester, pour voir comment il allait réagir ? Ou bien partageait-elle ses sentiments ? Avait-elle réussi à lire dans son regard à quel point elle le fascinait ou bien avait-elle prit l'initiative sans savoir dans quoi elle se lançait ? Que devait-il faire à présent ? Que devait-il dire ? Que devait-il penser ?

La phrase d'explication que la jeune femme balança ne fit qu'accentuer son trouble. Une manière de quoi ? Quand on voulait apprendre à quelqu'un à jouer du piano on ne se mettait pas à l'embrasser comme ça ! Cherchant à savoir si elle plaisantait ou si elle se moquait de lui, il tenta de sonder son regard. Mais la main de la pianiste toujours accrochée à la sienne l'empêchait de penser correctement. Sa capacité à réfléchir de façon normale et rationnelle était partie en vacance pour durée indéterminée et il ne put que la fixer en quête d'une réponse plus claire. Et la réponse vint.

Elle ne jouait pas. Elle était sérieuse. Aussi sérieuse qu'on pouvait l'être. Mais ses motivations semblaient précipitées par le chaos qui les entourait. Dans ces conditions, comment être certain de ce qu'elle ressentait vraiment ? Lui-même était persuadé d'une chose ; il mourrait pour elle. Parce qu'il préférait mourir que de supporter sa perte. Il le savait au fond de lui depuis un moment déjà mais ce ne fut qu'à cet instant qu'il en fut véritablement conscient. Il l'aimait, c'était aussi simple que ça. Chaque instant passé à la voir sourire était une bénédiction et si en plus de tout elle lui rendait son amour, même aussi faiblement soit-il, alors pourquoi hésiter encore ?

La mine partagée entre un air grave et un bonheur difficile à dissimuler, il porta sa main libre contre la joue de Selene, glissant ses doigts dans ses cheveux, soutenant son regard. Il comprenait son empressement. La mort de Flann leur avait prouvé au moins une chose ; même ici ils n'étaient pas à l’abri d'une mort brusque et violente. Le monde était redevenu primitif et bestial. La loi du plus fort était plus que jamais la seule loi en vigueur désormais.
« J'aimerais pouvoir te promettre qu'on a le temps et que rien ne peut nous arriver. Mais ce serait un mensonge. »
Cherchant ses mots, il marqua un temps d'arrêt, se laissant noyer dans la profondeur du regard de la pianiste. Il aurait voulu pouvoir lui promettre que tout irait bien, trouver un endroit où ils auraient put être en sécurité pour recommencer à vivre comme avant. Mais il ne pouvait lui promettre qu'une seule chose.
« Je ferais n'importe quoi pour toi. »

Lui caressant la joue du bout des doigts, il s'approcha à son tour pour lui donner un nouveau baiser. Plus long, et beaucoup moins timide que le premier. Son cerveau refusait toujours de réfléchir posément et il se laissa envahir par une soudaine euphorie. Le monde était mort de même que tous ceux qu'il avait put aimer, et il était là, embrassant la seule fille pour laquelle son cœur battait encore. Avant de la retrouver, il n'avait été qu'un mort ambulant parmi tant d'autres. Mais à présent il vivait. Mieux encore, il était heureux. À cet instant, une horde de putréfié aurait put débouler dans la clairière que ça n'aurait pas suffit à faire disparaître sa joie.


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