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 Would you save me ?

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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Would you save me ?   Sam 25 Juin 2016 - 13:11

19 juin 2016


Elle se sentait vide. La mort soudaine de Flann l’avait replongée dans un Enfer qu’elle pensait avoir abandonné. Sur les routes, à Seattle, le Mal pouvait être partout, mais pas dans sa maison… pas pour violemment emporter sa « sœur ». Selene avait promis de la protéger, d’être toujours là, mais en dépit de ses belles paroles, la libraire était partie sous ses yeux. Par deux fois, la musicienne n’avait pu que la regarder souffrir, par deux fois… la rouquine avait endurée le martyr seule.

Les larmes roulèrent encore sur son visage pâle et terne, source intarissable depuis quelques jours. Elle n’avait même pas encore songé à réparer la serre, ou le 4x4, ou à réorganiser les défenses. La jeune femme ne mangeait presque plus et se réfugiait dans sa chambre, sévèrement blessée, ses émotions exacerbées déchirées et mise à nue. Des voix s’étaient élevées dans sa tête, contrairement aux incursions précédentes, c’était là des bruissements constants. Elles lui murmuraient des choses pour la plupart inintelligibles, mais certains mots sinistres ressortaient…

Breann l’avait mise en garde, au début de son séjour au chalet. Être meneuse, c’était aussi ça. Perdre, encaisser, mourir avec chacun de ses compagnons qui tombait en route. L’étudiante n’en pouvait plus de ces murs qui l’étouffaient, il fallait qu’elle sorte. Pourtant, elle avait encore le piano offert par Bobby. Fut un temps, courir sur les touches lui aurait fait du bien. Elle aurait déplié des cascades de notes des heures durant, puis en serait sortie apaisée d’un fardeau. Mais… elle sentait que ça ne suffirait pas ; elle n’avait jamais été si profondément touchée.

Comme un automate, Selene prit le couteau de chasse qu’elle avait l’habitude d’utiliser dans leur « armurerie », désormais quasiment à cours de munitions, et fila jusqu’à la porte. Le visage de Flann refusait de disparaître de son champ de vision. Elle revoyait encore et encore ses traits doux fanés par une tristesse constante ; et ce courage dont elle faisait preuve alors que le sort s’acharnait sur elle. Personne dans leur refuge ne méritait cette fin, mais la libraire certainement encore moins que les autres.

Dehors, le ciel se moquait de leur chagrin. Il faisait beau, presque chaud, le soleil rayonnait. La musicienne ne se retourna pas, pour ne pas voir les impacts de balles sur les murs en bois du chalet. Elle fila droit vers les arbres, ignorant un cadavre empalé sur la barrière de pieux qui tendait pitoyablement un bras décharné vers elle. Comme un fantôme, lente, absente et blafarde, l’étudiante se laissait aller machinalement. Elle ne savait pas ce qu’elle cherchait, mais vraisemblablement quelque chose qui n’était pas à l’intérieur.

Les voix murmuraient toujours. Elles parlaient de mort, de sang, de culpabilité, de perdition… alors ses larmes redoublèrent d’intensité. De rage, Selene tira brusquement sa lame de son étui et commença à lacérer le tronc d’arbre le plus proche. A chaque coup, des flashs s’imposaient, triés parmi les horreurs qu’elle avait traversées. L’écorce volait, l’arme frémissait dans son main, mais elle ne s’arrêta que quand, épuisée, elle tomba finalement à genoux.

- Si tu ne veux pas que la peur du Mal…, murmura-t-elle, si tu ne veux pas…

Ses yeux bleus troublés par le désespoir se posèrent alors sur ses bras, ivoirins et intacts. Elle avait envie de se faire mal… de faire souffrir sa chair jusqu’à ce que la douleur soit expiée de son âme. S’évanouir, fermer enfin les yeux, oublier que plus rien ne tourne rond. Alors doucement, l’acier s’approchait dangereusement de sa peau…


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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Sam 25 Juin 2016 - 14:41

Combien de temps avait passé depuis la mort de Flann ? Gabriel n'aurait pas vraiment su le dire. Le temps semblait s’égrainer avec une lenteur déprimante et chacun semblait plongé dans une morosité à faire pleurer les pierres. C'était comme si la joie avait perdu tout droit de présence et que seuls le chagrin et la colère étaient encore capable de les faire avancer. Malgré tout, restant fidèle à lui-même, Gabriel essayait de penser au lendemain, de ne pas revenir sur ce qui ne pouvait plus être modifié. Il n'oubliait pas, mais ils étaient encore en vie et ils devaient se ressaisir. Dans ce monde ils n'avaient plus droit à l'erreur. Et si pleurer quelqu'un était quelque chose de parfaitement naturel, se laisser sombrer dans la déprime risquait d'être fatal au groupe tout entier.

Aussi, lorsqu'il vit Selene quitter la quiétude du chalet pour se rendre dehors, la mine plus abattue encore que ces derniers temps – si toutefois c'était possible – il lui emboîta le pas après avoir également prit de quoi se défendre. Elle avait quelques mètres d'avance mais il ne se pressa pas pour la rattraper. Comme pour se moquer de leur chagrin, ou pour les inciter à se sentir mieux, le soleil brillait de tout son éclat en ce jour bien morne. Tout en marchant, il leva les yeux au ciel, profitant des quelques rayons qui passaient la barrière des feuilles qui formaient une arche au dessus de sa tête à présent qu'il avait atteint les premiers arbres. Il ne put s'empêcher de sourire tristement. Oui, c'était une belle journée.

Ayant marché plus lentement qu'elle, il dut tendre l'oreille pour essayer de repérer dans quelle direction Selene s'était dirigée. Lorsqu'il capta des bruits secs frappés contre un tronc d'arbre, il ne put s'empêcher de ressentir une sorte de pincement au cœur. Elle était donc à ce point anéantie pour se défouler contre un arbre de la sorte ? Se dirigeant en direction du bruit, il eu tôt fait de l'apercevoir, déchargeant tout son chagrin et toute sa colère contre mère nature. N'osant pas interrompre, il se figea, presque gêné d'assister à ce moment de faiblesse. Mais d'un autre côté, comment aurait t-il put la laisser seule pour affronter cette peine ? Que n'aurait-il pas donné pour avoir une épaule sur laquelle pleurer lorsqu'il avait perdu sa sœur ! Et peu importe que quelqu'un le voit pleurer toutes les larmes de son corps et plus encore. Être seul dans ces circonstance était la pire chose qui puisse arriver. N'ayant pas connu Flan aussi longtemps que Selene, il ne pouvait que deviner les tourments qu'elle éprouvait en cet instant. Et son statut de chef ne devait que lui peser d'avantage sur la conscience en cet instant.

Gabriel ne comprit pas les phrases que la jeune femme se mit à murmurer une fois tombée à genou. S'adressait t-elle à Flann, espérant qu’elle capterait ses mots ? Ou alors priait t-elle un dieux quelconque ? Lui-même ne croyait pas en grand chose alors comment savoir ? Un reflet l'ébloui une fraction de seconde. Un des rayons qui parvenait à percer la frondaison venait de se refléter sur l'acier du couteau que la jeune femme tenait en main, très proche de sa peau si blanche. Beaucoup trop prêt. Avalant les derniers mètres qui le séparait d'elle, il s’accroupit puis lui saisit le poignet avec douceur, l'obligeant à finalement lâcher l'arme blanche. Posant une main sur sa joue détrempée de larmes, il lui adressa un sourire de réconfort, bien qu'emprunt de tristesse.

Il aurait voulu trouver quelque chose à lui dire, des mots réconfortants, une phrase toute faite que tout le monde dit en temps de deuil. N'importe quoi pourvu que cela lui mettait du baume au cœur. Mais il resta silencieux, plongeant son regard dans celui de la musicienne totalement perdue. Sa vision se troubla soudain et il se rendit compte que ses propres yeux commençaient à s'embuer, sans pour autant que ses larmes ne coulent. Lui lâchant le poignet, il tomba à son tour à genou et lui enserra les épaules, l'attirant à lui dans une puissante étreinte. Finalement, la méthode 'Bobby' était encore la plus simple et sans doute la meilleure qui soit contre le chagrin. Posant sa main qui était jusqu'alors sur sa joue, dans les cheveux de la jeune femme, il se laissa aller quelques instants à pleurer en silence, la berçant doucement pour qu'elle puisse évacuer tout ce qui ne demandait qu'à sortir.
Encore une fois, il voulu lui dire quelques mots, mais rien ne lui vint à l'esprit. Mais à quoi bon parler de toute façon. Pour dire des choses qu'elle avait certainement déjà entendu ? Ou alors qui sonneraient creux à ses oreilles et dans son cœur ? Il était là pour elle et le meilleur moyen qu'il avait trouvé pour le lui faire comprendre... c'était d'être là, tout simplement. Elle qui lui avait permis de se souvenir de sa sœur autrement qu'en la pleurant sans cesse, ranimant des souvenirs qu'il avait cru perdu à jamais... Elle qui lui avait offert un toit, une communauté, des amis à protéger et sur qui compter ! Comment aurait-il put ne pas être là pour elle alors qu'elle en avait tant besoin ?
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Sam 25 Juin 2016 - 20:00

… Coupable…
…les tuer…
…tous…
…regarde, regarde…
…tu ne l’as pas sauvée…
…coupable…
…ta faute…
…ils savent tous…
…ta faute…


La main qui se referma sur son poignet la fit émerger de ce nuage de voix. Dans sa tête. Lancinantes, acérées, déchirant minutieusement le tissu de sa raison. On effleurait sa joue, mais elle restait inexpressive, comme une poupée de cire. Elle voyait le sourire réconfortant de Gabriel mais était bien incapable de l’interpréter. Venait-il lui reprocher ? C’était la deuxième fois…

- La deuxième fois, avait-elle murmuré, la deuxième fois…

Des bras l’enlacèrent, elle était attirée contre son aîné. Son odeur l’enivra, combattant les démons logés dans son cœur glacé. Incapable de lutter, Selene se laissa aller à sangloter, sans retenue, sans pudeur, sans rien. Doucement, l’ancien professeur l’accompagnait. La main dans ses cheveux réussissait à l’apaiser. Elle avait toujours aimé ce genre de geste, l’effet était inévitable. Ça faisait si mal. Pourtant, elle était seule depuis le départ : elle avait perdu ses amis, son père… mais c’était la disparition de Flann qui lui donnait l’impression d’être brûlée vive et de ne pas pouvoir mourir.

- C’est ma faute, dit-elle enfin, ma faute… je l’ai pas protégée…

Tu ne l’as pas protégé…
… ta faute…
…tu aurais du le savoir…


- TAISEZ-VOUS !

La jeune femme s’était brusquement écartée de Gabriel, hurlant sur les voix qui grinçaient dans son esprit. Sa voix. Elle prit alors son crâne entre ses yeux, appuyant à s’en rougir les tempes, secouant la tête de droite à gauche. Ses paupières se pressèrent l’une contre l’autre, écrasant les larmes qui continuaient de couler, ses lèvres bougeaient alors qu’aucun son de sortait de sa bouche.

- Elles n’arrêtent pas, expliqua difficilement Selene, elles disent que c’est moi… je peux pas… ne plus les entendre…

Brusquement, la musicienne cessa de bouger et plongea ses orbes glaciers dans ceux de son aîné. Désarmantes, sa silhouette fragile prise de tremblements. Pour la première fois, on pouvait lire ce qui se passait sur le miroir de ses grands yeux, parce qu’il n’y avait aucun doute sur sa détresse. Du bout des doigts, elle effleura une joue de Gabriel, comme si c’était la première fois qu’elle ne voyait.

- Tu crois que c’est de ma faute ? J’aurais dû être plus prudente… on aurait dû les traquer. Pas vrai ? Le jour où Hope m’a ramenée, blessée, je suis sûre que c’était à cause de mêmes mecs… j’aurais dû faire en sorte qu’on les trouve…

L’accès de lucidité de la pianiste était encore plus déchirant que lorsqu’elle était perdue dans les voiles de la démence. Sa douleur était plus visible, plus palpable, plus réelle. C’était certain, elle n’avait pas fait ce qu’il fallait. On l’avait attaquée quand les bois, mais elle n’avait pas eu le cran de prendre les bonnes décisions – celles qui permettraient de sauver sa communauté. Non, à la place elle avait la tête pleine par ses envies de grandeur, son pacte avec le groupe de la ferme… la réalité l’avait violemment rattrapée. Aujourd’hui, les amis étaient rares… l’oublier un seul instant, c’était condamner les siens à mort.


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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Sam 25 Juin 2016 - 22:45

Blottie dans les bras de Gabriel, Selene déballa enfin ce qu'elle avait sur le cœur. Elle se sentait donc responsable ? Comme si elle avait put s'interposer telle wonder woman entre Flann et la balle qui lui était destinée !
« Eh ! Arrête ! T'as rien à te reprocher. »

La violence de la phrase qui suivit le fit brusquement sursauter. Elle était au bord de la folie furieuse. Pour ne pas dire en plein dedans. Mais qu'avait t-elle donc enduré pour en arriver là ? Il se souvint de la période qu'il avait traversé, juste après la mort de sa sœur. Il aurait fait peur à n'importe qui avec ses phases tantôt dépressives tantôt meurtrières. Un épisode en particulier lui revint en mémoire. Il avait trouvé un putréfié embroché sur une branche basse, incapable de se dépêtrer. Il avait passé plus d'une heure à le contempler, laissant gonfler en lui la haine qui le rongeait. Puis il avait sortit son canif et avait commencé à larder le cadavre de coups tous plus violents les uns que les autres. Il avait frappé, encore et encore à tel point que sa main, puis son poignet, s'étaient imbibés de sang noir et puant à moitié coagulé. Visant le dos, les flans, les bras, le cou.... tout sauf la tête. Il s'était ainsi déchaîné jusqu'à se mettre à hurler de rage à chaque coup donné. D'autres monstres avaient alors surgit et il avait enfin prit conscience de ce qu'il était en train de faire. Mais sur l'instant, toute personne qui l'aurait aperçu en aurait eu la chair de poule.

Plongeant son regard dans celui de Selene, il y distingua le même genre de folie qui s'était emparé de lui. Et le pire dans tout ça, c'était qu'il ignorait complètement comment la soulager de sa démence. Alors qu'elle se prenait la tête entre les mains, serrant si fort que sa peau en blanchissait, il lui saisi doucement les bras, non pas pour lui faire lâcher prise, mais simplement pour qu'elle ressente sa présence.
« Selene, ce n'était pas ta faute. »

Les yeux clos elle tenta de s'expliquer. Mais il ne comprit pas tout de suite de quoi elle voulait parler. Ce ne fut que lorsqu'elle rouvrit les yeux, venant passer une main tremblante sur sa joue, qu'il comprit où elle voulait en venir. Sa conscience la tourmentait au point qu'elle s'auto-flagellait sans même s'en rendre vraiment compte. On en avait enfermé dans des asiles pour moins que ça à une époque. Perdue dans ses regrets et dans sa culpabilité, elle cherchait tous les moyens possibles de se rendre responsable des événements qui avaient coûté la vie à Flann. Elle avait beau le regarder dans les yeux, elle ne semblait pas le voir. Il la secoua doucement.
« Selene. » D'un ton ferme mais néanmoins doux, il tenta de la faire revenir au présent.
« Selene écoute-moi ! »

Il capta son regard et espéra qu'elle l'entendait bel et bien. Parlant avec douceur, il tenta de lui faire entendre raison, ses mains enserrant toujours ses bras.
« Ce n'était pas ta faute. Cette balle que Flann a prise, elle aurait très bien put être pour toi ou pour Aori. Ou pour n'importe lequel d'entre nous qui se serait trouvé dehors à cet instant. Tu n'es en rien responsable tu entends ! Ces types dont tu me parles, même si tu les avait traqués, ça aurait put tout aussi mal tourner. Et à la place de Flann c'en est peut-être un autre du groupe qui y aurait laissé la vie. On ne sait pas ce qui serait arrivé alors. Ça aurait put être mille fois pire. »
Passant le dos de ses doigts sur sa joue blafarde pour en essuyer une larme, il poursuivit, toujours avec tendresse.
« Ce n'est pas ta faute. Ce n'est la faute d'aucun d'entre nous. Le monde est devenu ce qu'il est, et nous, on fait ce qu'on peut pour rester qui on est. Certains se sont perdus en chemin, ou on laissé s'exprimer leurs côtés les plus sombres pour devenir des pillards et des violeurs. Des tueurs de sang froid. Et les gens, comme nous, qui luttons pour survivre et ne pas sombrer de cette folie meurtrière, avons besoin de personnes comme toi pour nous guider. »
Lui lâchant les bras, il prit ses mains dans les siennes.
« Selene, sans toi je ne serais sans doute même plus de ce monde ! Lorsqu'on s'est rencontré à Brinnon, je fonçais tête baissée sans le savoir dans un nid de vipères. Et c'est toi qui nous en a sorti. Alors ne crois pas ce que te dit ta conscience ou je ne sais quelle voix dans ta tête. Je sais de quoi je parle... je l'ai déjà vécu. »

Sa voix mourut dans sa gorge avec cette dernière réplique. Il ferma les yeux quelques secondes pour essayer de repousser cette sensation qui commençait à l'envahir. Celle-là même qui l'avait rendu fou à la mort de sa sœur. Combien de fois s'était t-il répété que c'était sa faute ? Au point qu'il se l'entendait dire même lorsqu'il ne voulait plus y penser. Se repassant en boucle la scène de la morsure puis de la balle en pleine tête. À genou face à Selene, sentant toujours les mains de la pianiste dans les siennes, cette horrible sensation laissa place au souvenir d'une radieuse journée dans un musée et un timide sourire apparut au coin de ses lèvres. Rouvrant les yeux, il s'attendait presque à la revoir, arrogante et provocatrice, jouant avec une mèche de ses cheveux appuyée contre la vitre de l'autocar. Mais la personne qui lui faisait face n'était plus ni une enfant, ni insouciante. C'était une femme tourmentée par le chagrin, le regret et la culpabilité.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Dim 26 Juin 2016 - 11:16

Les paroles de Gabriel avaient un sens. Elle le savait, elle le sentait, mais son inconscient résistait. Peut-être parce que la culpabilité était, au fond, plus facile à supporter que la fatalité. Se dire que « quelqu’un devait mourir » et qu’elle n’y pouvait rien, c’était admettre qu’elle était dépassée, fragile, impuissante. Depuis des mois qu’elle faisait de son mieux, le destin était toujours le plus fort. C’était inadmissible ! Non, ça devait être à cause d’elle. Si elle avait fait les bons choix, si seulement…

Selene était au bord du gouffre, elle allait replonger dans la folie quand son aîné dit quelque chose qui la raccrocha au présente : « ils avaient besoin de personne comme elle ». Vraiment ? Ses yeux bleus embrassèrent l’ancien professeur, l’enveloppaient tout entier. Ses mains lovées dans les siennes, elle avait envie d’y croire. Mais Gabriel était trop pur, trop gentil, pour voir le monstre caché dans ses entrailles. Celui qui la poussait à tuer, à se transformer, à se transcender. La jeune femme n’était pas digne, mais elle pouvait endosser ce rôle… elle le voulait ; une forme de rédemption.

Pendant tout le reste du discours de son aîné, elle hocha faiblement la tête. Oui elle avait sauvé des gens aussi… les voix s’amenuisèrent et se turent. Libérant son crâne de l’étau qui l’oppressait, pour la première fois depuis le jour tragique. Désormais, c’était la honte qui faisait ployer ses épaules graciles. S’être montrée aussi vulnérable, aussi blessée… que devait penser l’instituteur d’avoir été témoin de sa crise ? Ce n’était plus un secret maintenant : elle pétait les plombs.

- Désolée… des fois c’est… embrouillé… dans ma tête, articula-t-elle lentement, c’est vraiment…

Elle poussa un soupir. Son cœur lui fit mal, cette douleur émotionnelle si forte qu’elle se répercutait somatiquement. Libérant doucement une main de l’emprise de Gabriel, Selene essuya ses joues blafardes et ses yeux rougis. Le flot s’arrêtait enfin. Elle réalisait que c’était ce qu’elle attendait : que quelqu’un parvienne à la sortir du tourment dans laquelle elle sombrait. Ou non… que « lui » vienne l’en sortir. Lui seul pouvait le faire…

- Flann ne méritait pas, dit soudainement la musicienne, elle méritait… un peu de bonheur, tu vois ? Après ce qu’on lui avait fait… je sais, ajouta-t-elle faiblement, on a tous vécu des choses mais… pour « nous », c’est pire que mourir.

Comprendrait-il ? La pianiste ne savait plus si elle avait expliqué à son aîné la raison pour laquelle la libraire était enceinte. Est-ce qu’un homme pouvait saisir toute l’intensité de ce qu’elle pouvait ressentir en cet instant ? Vivre souillée, c’était effectivement pour beaucoup de femmes, pire que de simplement disparaître. Malgré ça, la rouquine voulait vivre, elle voulait de son enfant… mais aucun des deux n’avait eu leur chance. Selene voulait se promettre que ça n’arriverait plus…

Déjà, ils devaient partir d’ici. C’était dur à admettre, mais chaque jour dans ce chalet, c’était cohabiter avec le spectre de Flann. Et puis… elle réalisait maintenant que la forêt qui les isolait les rendait aussi trop facile à approcher. Ils auraient dû raser les arbres, installer des postes de surveillance, prendre bien plus de percutions contre les vivants que les stop sticks sur la voie. La libraire avait payé pour leur inexpérience. Une accalmie ; enfin, l’orage de ses émotions se calmait. Elle put alors ébaucher un sourire malheureux sur ses lèvres décolorées.

- Au musée aussi, tu étais venu me voir quand j’étais toute seule…

A l’époque, il l’avait déjà incitée à sortir d’un cercle vicieux. C’était grâce à lui, en partie, qu’elle était devenue autre chose qu’une peste libertine et épicurienne. Chaque fois que les ténèbres devenaient trop épaisse, Gabriel était là…


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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Dim 26 Juin 2016 - 21:16

Rassuré de la voir ainsi revenir doucement à la raison, il se tut et la laissa s'exprimer à son tour. Alors qu'elle essuyait ses larmes, il tenta de décrypter ce qu'elle venait de lui dire. Il ne doutait pas que Flann aurait mérité un peu de bonheur, mais où voulait-elle en venir avec son discours voilé ? Les sourcils légèrement froncés, marquant ainsi son incompréhension, il chercha désespérément un moyen de ne pas passer pour un idiot en osant lui demander plus d'éclaircissement.
Puis une phrase lui revint en tête. Que Selene avait prononcé alors qu'ils étaient dans cette maisons aux abords de Brinnon. Elle avait laissé échappé que l'une de ses amies avait été violée. À sa grande honte, il n'avait pas le moins du monde fait le rapprochement avec la grossesse de Flann. Il n'avait jamais vraiment demandé des informations sur le père non plus, se disant que s'il n'était pas dans le groupe c'était qu'il était soit mort, soit aux abonnés absents. Dans tous les cas, en parler n'aurait put que faire souffrir la futur maman et il avait préféré éluder la question.

Ses sourcils se relevèrent un peu lorsqu'il fit la lumière sur le 'nous' dont parlait Selene. Il avait peine à s'imaginer ce que l'on pouvait éprouver dans ce genre de situation. Effectivement, la mort à côté devait être plus douce. N’émettant aucun commentaire, il se contenta d'afficher une mine affligée, lui laissant ainsi entendre qu'il avait compris. Et encore heureux car si elle avait dut entrer dans les détails pour lui expliquer... ça l'aurait peut-être brisée plus encore.

Finalement, un sourire discret vint illuminer son doux visage. C'était une petite victoire de la voir sourire ainsi. Et la remarque qui l'accompagna réveilla en lui de bien lointains souvenirs. Effectivement, déjà à l'époque il l'avait aperçue, seule dans son coin, absorbée devant une vitrine. Il ne se souvenait plus vraiment de ce qui s'y trouvait. Mais peu importe. Il se souvint s'être demandé pourquoi elle restait ainsi isolée. Il était donc allé tout naturellement vers elle, sortant comme à son habitude une blague bien nulle pour amorcer un début de conversation.
Il laissa échapper un petit rire en se souvenant tout à coup. C'étaient des masques qu'il y avait dans la vitrine. Et il avait fait une blague nulle à ce propos. Impossible de se rappeler quelle bêtise il avait sortit exactement mais cela éveilla en lui une sorte de douce nostalgie. Son petit rire devint un peu triste avant de s'éteindre. L'image de sa sœur lui était revenu.

Repoussant cette image, de peur de se retrouver avec des trémolos dans la voix, il laissa ses jambes basculer d'un côté pour poser ses fesses sur le sol de terre battue recouverte de feuilles, d'un peu de mousse et d'herbe. Se mettant en tailleur, il farfouilla dans les poches de son pantalon et en sortit, avec la plus grande difficulté, des petits bonbons aux fruits emballés individuellement. Ne sachant jamais vraiment se qui risquait d'arriver, c'était judicieux de toujours avoir un peu de sucre sur soi. En tout cas, il essayait de s'arranger pour toujours avoir des trucs plein les poches. Il en tendit un à Selene tout en lui répondant.
« La solitude... c'était quelque chose que je ne concevais même pas à cette époque. Alors... te voir ainsi, isolée... ça m'avait un peu dérouté. Par la suite ma sœur... » il marqua une pause, se rendant compte qu'il était en train de rappeler à lui cette image qu'il avait pourtant repoussé. Poursuivant avec un peu moins d'aplomb, il tenta de ne pas laisser trembler sa voix.
« Elle m'a expliqué pourquoi tu ne te joignais pas aux autres. Que tes amis t'avaient posé un lapin. »

Il déballa méthodiquement son bonbon pour ne pas déchirer le papier. Puis il enfourna la sucrerie qu'il mâcha lentement. C'étaient des bonbons mous et le fait de rester ainsi dans sa poche les avait encore plus ramolli. Lançant un regard espiègle à la jeune femme, il ajouta d'un air moqueur :
« Et oui, j'ai parlé de toi avec ta prof ! Je n'oserais même pas répéter tout ce qu'elle m'a raconté à ton sujet. Un dossier long comme le bras ! Même la pire des racailles n'aurait jamais eu un tel casier judiciaire. »

Il avait terminé en parlant de façon exagérée, comme s'il était affreusement outré de ce comportement indigne de la part d'une jeune fille. Puis il ne put se retenir de rire. C'était bon d'oublier un peu la peine et le chagrin. De se laisser aller à plaisanter. Le rire était le meilleur des remèdes qu'il connaissait. Et même s'il n'était pas facile de le susciter en ces temps troublés, lorsqu'il y arrivait il se sentait un peu plus léger.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Would you save me ?   Lun 27 Juin 2016 - 17:29

Selene attrapa le bonbon qu’on lui tendait mais ne le déballa pas. Son estomac était noué, elle ne pourrait pas l’avaler. Elle joua avec, le passant d’une main à l’autre, en écoutant son aîné remuer de vieux souvenirs. Images d’une époque révolue qui les liaient pourtant intimement. Le rire de Gabriel, si pur, diffusa une vague de chaleur dans son corps triste et la dérida. Ses lèvres illuminèrent son visage, ses traits retrouvèrent leur légèreté de jeune femme. Suivant des yeux la sucrerie qu’elle lançait de plus en plus haut avant de la rattraper, la musicienne rétorqua d’un air faussement boudeur :

- Mais j’ai changé après ! Je te l’avais dit. Elle ne t’en a pas parlé de ça ?!

Elle leva enfin vers lui ses orbes bleus avec ce petit air mutin qui lui rendait ses 20 ans. Ce n’était que 3 ans en arrière, mais la pianiste avait l’impression que ça faisait une éternité. A cette époque, elle était une gamine, désormais, elle était une adulte. Mûrit par les études supérieures, endurcie par la vie post-épidémie, affirmée par ses responsabilités. La Selene Sweetnam que le professeur avait connu n’avait rien à voir avec celle qu’il côtoyait désormais. Ce fut sans doute pour ça qu’elle put avouer sans complexe, non sans toutefois le quitter du regard :

- La première fois que je t’ai vu, au début, je m’étais dit que j’allais te draguer, le bonbon décrivit un arc dans les airs et retomba dans sa main gauche, c’était un jeu pour moi à l’époque. Attirer les mecs plus âgés. Et t’étais plutôt mignon, j’étais sûre de rendre pas mal de filles jalouses.

Il l’était toujours d’ailleurs, mais c’était un détail qui avait moins d’effet sur elle au jour d’aujourd’hui. Ses pensées la retenait ailleurs, loin des considérations charnelles, encore moins amoureuses. En fin de compte, son aventure avec Harold n’avait duré qu’une nuit, et c’était certainement mieux comme ça. Avant, la musicienne admirait Flann et Aori, pour trouver encore la force de s’aimer dans un monde qui tombait en morceau. Avant… la tentative de Bobby avait été adorable aussi, même si Breann n’avait finalement pas cédé à ses avances. Selene la comprenait. S’engager restait difficile… peut-être même l’était-ce plus.

- Ça m’est passé après. Enfin…, elle éclata d’un rire cristallin après avoir croisé les yeux de Gabriel, je me suis rangée. J’ai eu des relations plus stables, plus saines aussi, mais… toujours avec des gars plus vieux. Ça doit être mon truc.

Elle le dévora une fraction de seconde de ses prunelles glaciers, comme pour envoyer un message subliminal, et tourna brusquement la tête. Elle avait entendu un frottement dans les bruissons et maintenant que le bruit se répétait, le professeur devrait l’entendre aussi. Certainement un rôdeur qui progressait difficilement, empêtré dans les branches basses et le feuillage. L’étudiante poussa un soupir et se releva souplement après avoir ramassé son couteau.

C’était effectivement un cadavre. Une femme qui avait dû être plutôt élégante, tailleur et chemisier noirs de crasse. Ses pieds étaient en sang, l’un de ses bras décrivait un angle bizarre, ses cheveux autrefois blond étaient devenus ternes et filasse. Dès qu’elle aperçut Selene, elle se rua sur elle, ongles en avant, bestialement stupide. La musicienne l’esquiva tout en laissant traîner un pied pour la faire trébucher. La charogne tomba au sol, un peu trop près de Gabriel – désolé. La pianiste s’accroupit alors, appuyant un genou dans le dos de la chimère pour l’empêcher de bouger, et planta sèchement sa lame dans son crâne.

- Depuis l’attaque, il y en a vraiment plus qui traîne dans le coin, observa-t-elle en essuyant son couteau sur la jupe sale de la morte, on va ailleurs ?

Parce que discuter aux côtés d’un corps en putréfaction, ce n’était pas son truc.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Would you save me ?

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