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 We could be like Ernest and Célestine

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Josh Harper
WALKING WITH THE DEADS
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MessageSujet: We could be like Ernest and Célestine   Lun 20 Juin 2016 - 19:21

/** Début mai **/

Combien de temps depuis mon retour à Seattle ? Quinze jours ? Un mois ? J'ai perdu la notion du temps. Je n'ai pas de calendrier pour faire une petite croix chaque jour et comme je ne fais pas entièrement confiance à ma mémoire hé bien je reste incertain. Je n'ai pas non plus la moindre idée de la date d'aujourd'hui. Je dirai entre avril et juin. Oui, c'est une très grosse fourchette. Mais quelle importance après tout ? Ce qui compte c'est retrouver ma famille. Ils n'étaient pas à la maison, ni à mon appartement. Il ne me reste plus qu'à errer dans Seattle à leur recherche. Enfin pas vraiment. J'ai essayé de réfléchir quant aux endroits où ils auraient pu se rendre. Et du coup je me dirige vers la boîte de mon père. Un bâtiment le long d'Aurora Avenue, entre la N 98th et la N 100th. Je remonte le long de Ashworth Avenue. Je viens tout juste de passer le Licton Springs Park. J'ai pris la N 97th vers l'ouest. Une dizaine de minutes encore et j'arriverai à l'embranchement d'Aurora Avenue. Ca peut paraître beaucoup dix minutes mais dans les conditions actuelles, faut faire attention où on marche, faut être aux aguets, avoir des yeux derrière la tête, faut parfois se confronter à l'une de ces choses, faut parfois retourner un cadavre pour vérifier que ce n'est pas Jenny ou mon père, ... Je ne me suis jamais posé la question de savoir quelle serait ma réaction si je les découvrais dans cet état. D'ailleurs je vais de suite arrêter de penser à ça. Ils sont quelque part, saufs, et ils m'attendent.

Je suis à la moitié de la rue, au niveau du garage de design. Ca n'a jamais été trop mon truc les bagnoles mais j'admets que celle exposée en vitrine est superbe. Je ne reconnais pas la marque cependant. Pas le temps de rêvasser, je continue mon chemin. J'entends du bruit à quelques mètres d'où je suis. Je repositionne correctement mon sac à dos et tiens fermement ma hache. J'approche doucement. Le bruit vient d'une ruelle adjacente. Arrivé au bâtiment qui fait le coin, je passe la tête discrètement pour y jeter un œil. J'aperçois un rôdeur au milieu de la route. A dix mètres. Il s'est pris les pieds dans une chaîne métallique. Ce qui cause du boucan. Il est de profil et n'est donc pas en mesure de me voir. Je regarde derrière moi. Rien. Furtivement je m'engage dans la ruelle. Le plus possible dans son angle mort. Je fais attention à ce qu'il n'y en ait pas d'autres qui se cachent dans un recoin. Ca m'est arrivé une fois et j'ai failli me faire mordre. J'approche. Et quand je suis suffisamment proche, je lève la hache et je la lui plante dans la tête. Le monstre s'écroule. Ce qui a pour effet de causer un peu de bruit. J'ôte la hache de son crâne, la frotte à la va-vite sur le pull de ma victime et je me remets en route.  

J'aurais très bien pu continuer mon trajet et ne pas perdre un peu de temps pour le tuer. Le laisser là. Mais ces monstres sont dangereux. Je préfère les abattre quand j'en ai l'occasion. Cela en fait un de moins qui parcourt Seattle. Un de moins qui pourrait me surprendre. Un de moins qui pourrait faire du mal à ma famille. Je fais peut-être deux mètres pour plus de cent kilos mais je ne suis pas une brute. J'aime la nature, les animaux. Je n'ai jamais fait de mal à quelqu'un par gratuité. Il m'est arrivé de cogner deux trois types mais ils l'avaient tous mérité. Alors ce n'est pas par gaieté de cœur que je plante ma hache dans la caboche de ces choses mais c'est une nécessité. Un peu comme si c'était moi ou eux.

Heureusement le bruit ne semble pas en avoir attiré d'autres. Je déteste courir pour échapper à un groupe de ces choses. Surtout quand le sac à dos est chargé. Même si je suis bien content d'avoir un stock de nourriture et d'eau potable. Il doit rester de quoi m'alimenter pour une bonne semaine environ. Evidemment ce ne seront pas des petits plats préparés et succulents mais je suis satisfait de mon dernier ravitaillement. Pour la boisson par contre, je tiendrais au maximum trois jours. Je chercherai à en récupérer demain. Ou après-demain ça dépend. Et si je ne trouve rien il ne me restera qu'à espérer qu'il pleuve. J'ai réussi à confectionner un petit récolteur d'eau de pluie. Un truc que j'ai appris quand j'étais gamin chez les scouts. Moi qui était réfractaire à l'idée d'y aller au début. Finalement, tout ce qu'on nous y a enseigné se révèle être très efficace dans la situation du monde actuel.

Quelques minutes plus tard, je débouche sur l'Aurora Avenue. Le bâtiment se trouve à cinq cent mètres au nord. De l'autre coté de la rue. Extrêmement proche, incroyablement loin. Une bonne cinquantaine de ces choses errent en plein milieu de la route. Strictement impossible d'accéder à la porte d'entrée. Aucune envie de les attirer ailleurs non plus. Ils ne sont pas regroupés devant l'entreprise, non, ils sont situés à mi-chemin entre moi et mon but. Ils ne m'ont pas repérés. Il ne me reste plus qu'une chose à faire. Je vais les contourner et et entrer par la porte de derrière. En commençant par traverser la voie en espérant ne pas me faire voir ou entendre. Ce n'est pas la première fois que je fais ça. Les quelques voitures, camionnettes et autres pick-up m'aideront à me cacher. J'avance rapidement vers la première bagnole et me penche tant bien que mal. Je suis grand, j'ai un gros sac. Une personne attentive me remarquerait comme un éléphant dans une boutique de porcelaine. Je dépasse la tête pour voir s'ils regardent dans ma direction. Il y en a bien trois quatre qui ont le regard tourné vers où je suis. Mince. Impassible j'attends. Je m'assieds deux secondes, le temps de reprendre mes esprits. Dos contre la voiture. Et c'est à ce moment là que j'en vois deux marcher vers moi. J'avais pourtant bien vérifier qu'il n'y avait rien de ce coté. Leurs beuglements ne sont pas forts, cela ne devrait pas alerter les autres. Je ne sais pas quoi faire. Les affronter ou partir en courant ? Je risque de faire du bruit dans les deux cas. Je risque de me faire voir dans les deux cas. Tant pis. Je pars en courant. Non. Je les élimine. Je prends la hache, parcours les quelques mètres qui nous sépare très rapidement et envoie un coup vertical qui terrasse le premier monstre. Je déplante mon arme et swing horizontalement vers le deuxième. Le coup lui arrache la moitié de la tête. Le reste du corps s'envole sur quelques décimètres et vient percuter une voiture. BOUM. Merde. Je tourne la tête. Je suis repéré. Trois d'entre eux se sont déjà légèrement approché.

Donc je cours. Et je déteste courir. Je m'engouffre vers 'l'ouest dans la  N 97th. Je remarque de suite une petite ruelle sur la droite. Juste derrière le Gold's Gym. Je suis plus qu'à dix mètres quand je vois une tête dépassée de l'endroit. Et merde. Ils sont partout ces trucs. Sauf qu'après une seconde et demie, je me rends compte que ce visage ne ressemble pas à un visage de monstre. Il y a de la lucidité dans le regard. Un visage de jeune fille !

« Reste pas plantée là. Cours. Il y a tout un groupe qui arrive. Faut les semer ! »

J'espère ne pas lui apporter trop de problèmes à cette gamine. Elle est juste au mauvais endroit, au mauvais moment.
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MessageSujet: Re: We could be like Ernest and Célestine   Mar 21 Juin 2016 - 9:54

Hagarde, des larmes plein les yeux à l'idée d'avoir perdu Nounours à tout jamais, Malou avait suivi tant bien que mal la route 101, avant de s'enfoncer dans un sentier forestier; elle avait besoin de dormir, d'oublier cette journée et cette nuit exécrable.
Sachant à peine conduire, elle s'était garée n'importe comment et avait le coupé le moteur.
Un silence à peine ponctué de hululements envahit l'habitacle. Prenant sa tête entre ses mains, elle se laissa aller à son chagrin et sanglota.
Non seulement son héros, l'Amour de sa vie n'avait rien compris mais en plus, elle avait été obligée d'abandonner son sac à dos et son blouson, à l'intérieur duquel se trouvait le trésor le plus précieux à ses yeux: la photo de son frère.
En cet instant elle maudissait Selene, cette dictatrice qui croyait tout savoir mais qui ne faisait que des conneries.
Merde ! Salope ! Lança t-elle rageusement entre deux sanglots avant de se diriger vers le brancard qui lui servirait de lit.

En jetant un coup d'oeil à la ronde, elle ne put s'empêcher d'être fière; elle avait dégoté un sacré véhicule !
Le van qui avait servi d'ambulance à Brinnon était semi-blindé; la jauge d'essence avait à peine été entamée et l'intérieur était presque aussi bien équipé qu'un camping-car; elle avait eu du bol dans son malheur.
Fouillant dans un compartiment, elle trouva une couverture de survie, se déshabilla et s'endormit sur le champs.

Elle resta deux jours à cet endroit à ne savoir que faire ni où aller.
En ouvrant un autre compartiment elle avait trouvé des tablettes de céréales et des jus de fruits vitaminés; les mêmes que Nounours s'était procuré sous le hangar des pompiers; les mêmes qu'il lui avait si tendrement offerts... la gorge serrée, elle croqua dans la friandise sans appétit et passa le reste de son temps dans l'oisiveté la plus complète.
Mais au matin du troisième jour, sa décision était prise. Elle n'allait pas rester là à végéter, au risque de se retrouver devant une horde de mangeurs d'hommes !
Elle tourna la clef dans le contact, fit vrombir le moteur et se dirigea à nouveau vers le village; elle irait rechercher son sac, au risque de sa vie.

Arrivée à l'entrée de Brinnon, elle fut surprise par le silence de mort qui y régnait. Tous les gens de la secte avaient dû être mangés par les dévoreurs ambulants; tous étaient certainement devenus infestés aussi... Etaient-ils encore là ?
La trouille au ventre, elle arrêta le moteur aux abords du chemin où elle s'était débarrassée de ses affaires, juste à côté d'un cadavre ambulant gisant dans ses liquides post-mortem.
Se glissant dans l'habitacle elle attrapa la paire de ciseaux, des gants, ouvrit doucement la portière et sauta au sol aussi silencieusement qu'un chat.

Elle avait l'habitude maintenant; c'était la troisième fois qu'elle faisait cela.
Au loin, elle entendait des grognements et des craquements de branches; elle se dépêcha.
Quand elle fut entièrement enduite, elle avança comme elle avait vu faire Mani l'Indien et eut tôt fait de repérer l'arbre.
Son sac y était encore adossé, le rouleau à pâtisserie dépassait, le blouson avait glissé au sol.
Vive comme l'éclair, l'oreille aux aguets, elle attrapa le tout, courut jusqu'au camion, s'y enferma et démarra.
Dans le rétroviseur elle vit arriver une vingtaine de monstres titubants mais peu lui importait à présent; elle passa nerveusement les vitesse en les faisant craquer et disparut.

Quand elle fut suffisamment loin de cet enfer, elle fit une pause devant un petit étang, s'y lava rapidement et attrapa la carte routière sur le tableau de bord.
Peine perdue; l'adolescente ne savait pas lire ce genre de truc. Elle passa néanmoins son index sur une route: elle venait de comprendre qu'elle n'était pas très loin du nord de Seattle; c'est là qu'elle irait. Fini les zones industrielles à perte de vue et les bleds paumés, c'est en ville qu'elle irait chercher Erik !
Ragaillardie, elle appuya sur la pédale d'accélération et se dirigea tant bien que mal vers sa nouvelle destination.
Elle aurait dû mettre très exactement deux heures et huit minutes pour arriver jusque là; il lui fallut plus de trois heures à force de se perdre et faire demi-tour.

Arrivée en ville, elle ne savait trop où, elle ralentit. Un spectacle d'une désolation absolue s'offrait à elle.
A peut-près épargnée jusque là, les horreurs de l'apocalypse lui sautèrent aux yeux:
les rues étaient désertes, les maisons éventrées ou barricadées, les portes d'immeubles enfoncées.
Les trottoirs étaient souillés de taches de sang, de chairs en lambeaux, de cadavres en putréfaction.
Des insectes de toutes sortes grouillaient; les cafards surtout... Et puis des rats, gros comme des chats qui se faufilaient entre deux véhicules abandonnés, sur cale ou fracassés.
Les yeux écarquillés d'horreur, les mains crispées sur le volant elle examinait en détail ce qui restait de ce monde, ce qu'était devenu sa vie et une vague de déprime l'envahit; si son frère avait atterrit là...

Et ce silence.
Insoutenable silence macabre ponctué par intermittence de grognements ou de râles lugubres et rauques. Plus un moineau, pas même un pigeon; à la place une volée de corbeaux noirs s'abattait sur un corps, tirant de leurs becs sur un morceau de chair avant de repartir sur un autre plus frais en un froissement d'ailes ou un croassement funeste.

Parcourant ainsi les rues, elle arriva par hasard sur Aurora Avenue et là les choses se gâtèrent rapidement.
A peine avait elle parcouru cent mètres qu'elle se trouva nez à nez avec une cinquantaine de morts-vivants.
Paniquée, la trouille au ventre, la façon qu'avait Selene de dégommer ces horreurs lui traversa l'esprit. L'adrénaline monta d'un cran; elle passa la marche arrière puis avant, accéléra un bon coup faisant crisser et fumer les pneus avant de foncer dans le tas.
Plusieurs d'entre eux furent touchés, lambeaux de peaux et éclats de cervelles s'envolant avant de s'abattre sur le capot, le pare-brise, au sol, contre les murs; une vraie boucherie.
Malou réitéra sans mot dire l'action cauchemardesque autant de fois qu'il le fallu pour en venir à bout et c'est à ce moment qu'elle le vit.

Il courrait et venait juste de tourner dans une petite rue; sur ses talons trois monstres sanguinolents claudiquaient en claquant des mâchoires. Il ne les avait certainement pas vu puisqu'il ne s'était pas retourné.
NOUNOURS !!!!
hurla t-elle.
Folle d'inquiétude, éperdue, elle lança à fond le moteur qui hurla sa rage mécanique et envoya valdinguer les abominations.
Tout en actionnant les essuies-glaces afin d'y voir un peu quelque chose parmi les miasmes rougeoyantes étalées par paquets sur la vitre, elle tourna sec en direction de l'homme, SON homme qu'elle venait de sauver d'une mort affreuse.

Arrivée à sa hauteur, elle s'apprêtait à ouvrir la portière afin de sauter dans ses bras quand il se retourna.
Figée, elle resta ainsi quelques secondes, bouche-bée: ce n'était pas Nounours, c'était un autre qui lui ressemblait tellement...

Après examen rapide, elle prit conscience de sa bévue: il était moins grand, moins fort, moins beau et certainement moins intelligent que Bobby; pour preuve: il lui intimait l'ordre de fuir à elle alors que c'était lui qui était en danger !
La rétorque ne tarda à fuser:
t'es con toi ou quoi ? C'est plutôt toi qui craint d'être tout seul à pieds dans un endroit pareil !
L'homme semblant un peu interloqué ou déstabilisé, elle se radoucit un peu:
il n'y a plus de morts-vivants, je les ai tous écrabouillés, dit-elle en lui montrant l'état de son van.
Monte. Ajouta t-elle en ouvrant la portière passager, tu seras plus en sécurité et tu pourras me raconter ce que tu fous ici.
Elle laissa un temps afin que le gaillard prenne sa décision et précisa dans un souffle:
moi je cherche mon frère... Tu veux que je t'emmène quelque part ? Je ne suis pas si pressée...

Habituellement sauvage et rétive, Malou se sentait d'instinct en sécurité avec l'individu. Etait-ce parce qu'il ressemblait à Nounours ?
Peut-être mais pas seulement. Quelque chose dans sa voix, dans son regard chaleureux lui indiquait qu'elle pourrait lui faire confiance.
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Josh Harper
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MessageSujet: Re: We could be like Ernest and Célestine   Mar 21 Juin 2016 - 21:51

Je ne me suis pas vraiment rendu compte de la situation. J'ai le cerveau retourné par toute cette agitation. Je vais m'engager dans la ruelle quand j'entends un boucan du tonnerre. Le bruit d'un moteur sans doute mais sans savoir pourquoi, je ne me retourne pas. C'est lorsque le van arrive à côté de moi que je reprends un tant soit peu mes esprits. Une petite voix féminine me parvient de l'intérieur du véhicule. Je rêve où cette petite me traite de con ? Qu'est-ce que je pouvais bien faire d'autre ? Je ne suis pas assez fou pour me battre contre une cinquante de ces machins. A pieds ? Bien sûr que je me trimbale à pieds. L'objectif est de retrouver ma famille. Fouiller les bâtiments. Une voiture me servirait à rien si c'est pour faire trois cents mètres, s'arrêter, fouiller, refaire trois cent mètres, ... Si un jour je décide de partir pour Olympia là oui, évidemment que j'essaierai de me dégoter une voiture mais pour ce qui est de rester dans Seattle, je n'en vois pas du tout l'utilité. Une moto à la limite je pourrais comprendre mais je n'ai jamais essayé. Et je n'ai pas envie de me retrouver projeter un travers une vitrine d'un magasin car j'ai dérapé, perdu le contrôle ou voulu éviter un obstacle.

Encore abasourdi par la remarque, qu'elle me notifie de ses exploits. Je tourne la tête et effectivement, il n'y a plus de monstres. Enfin, ils sont plutôt écrasés, sur le sol. Des traces de sang mi-rouge mi-brun sur une bonne partie de la route. Traces de sang qui recouvrent également une bonne partie du van. Bien plus efficace que mes bras et ma hache. Elle ouvre alors la porte et m'invite gentiment à monter avec elle. Son langage est plutôt cru mais il va de pair avec son attitude, sa physionomie. Elle n'a pas l'air très méchante mais son visage n'inspire pas vraiment l'amabilité. La porte ouverte devant moi, ma main qui la retient, j'hésite à monter à bord. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'elle m'a sauvé la vie mais je lui en dois une. Sauf que maintenant que l'entrée du bâtiment est dégagée, je pourrais m'y rendre de suite. Pas besoin d'y aller en van, je suis capable d'utiliser mes jambes. Voyant que je ne dis rien, ne fais rien, elle ajoute quelques mots. Elle cherche son frère. Ce qui me rappelle que je peux lui montrer la photo de ma famille. Peut-être les a-t-elle aperçus ? A nouveau elle fait preuve de gentillesse en me demandant si elle doit me déposer quelque part. Je ne monte pas encore dans la camionnette.

« Ah. Oui. Je cherche ma famille moi aussi ! Tu les a peut-être vu non ? »

Je mets la main dans ma poche et en ressors ma photo de famille. Nous sommes tous les six dessus. De gauche à droite. Les jumelles et Jenny au premier plan. Ma mère, mon père et moi derrière eux. Je les dépasse tous d'une bonne tête. La photo date de quelques mois avant que tout cela ne commence. C'était lors d'une représentation des jumelles. Du coup on est tous très bien habillé. Et on a tous le sourire. Qu'il me tarde de les revoir. Je lui tends pour qu'elle puisse y jeter un œil. C'est mon rituel lorsque je rencontre quelqu'un.

« Ce sont mes parents, Jared et Lisa, et mes trois sœurs, Amy, Lucy et Jenny. La boîte de mon père est là cinq cents mètres plus loin. En montrant vaguement l'endroit de la main. On peut aller se garer devant si tu as écrasé tous les monstres. Tu peux faire marche arrière pour revenir dans l'avenue, je te montrerai le bâtiment. Enfin si ça ne te dérange pas bien sûr ? »

Je défais mon sac et monte dans le van. Je le pose à coté de moi avant de récupérer la photo que je replace dans ma poche. J'ai machinalement employé le 'On'. Faire un bout de chemin en compagnie d'une tierce personne deviendrait presque une habitude. Et puis elle a l'air serviable et m'a demandé ça de bon cœur alors si on peut s'entraider. Je lui demande quand même pour être sûr. Je ne veux pas m'imposer à elle.

« Et ton frère à quoi il ressemble ? T'es ... Tu traînes toute seule ? T'es sûr que je te dérange pas ? »

Je ne suis pas de nature très bavarde ou curieuse mais qu'une ado dans son genre soit capable de s'en sortir seule dans ce monde me surprend, m'intrigue. Elle est très mince, toute menue, parait très fragile. Et pourtant elle se tient fièrement devant moi, à bord de son van. Elle est un peu mon antipode. Même si je ne suis plus aussi musclé qu'avant, j'ai toujours une carrure assez imposante. Il est vrai qu'à bien y réfléchir, son physique lui permet sans doute de s'enfuir, se faufiler, se faire discrète sans trop de soucis. Encore une fois, un peu mon antipode. Et pourtant nous sommes ici, tous les deux. Je n'ai jamais fait de rencontres aussi surprenantes que ces deux derniers mois. Il faut dire que je suis pas le premier pour aller vers les autres. Ca s'améliore un peu mais c'est pas exceptionnel. C'est vrai que je suis peut-être un peu moins sur la réserve avec elle. C'est surtout avec les femmes, de mon âge ou un peu plus âgées, ou les hommes au visage antipathique que ça coince.

« Ah mais je suis bête. J'oubliais. Je m'appelle Josh et toi ? Je te remercie en tout cas. Je déteste courir avec mon sac qui bringuebale dans tous les sens. »

Il ne nous reste plus qu'à nous diriger vers mon objectif et fouiller la bâtisse. S'il y avait autant de ces choses c'est peut-être parce qu'il y a des réfugiés dans le coin ? Et si nous faisons chou blanc nous aviserons pour la suite. Si nous recherchons tous les deux notre famille dans le même coin de la ville, autant le faire ensemble. Surtout que nous venons tout juste de croiser un groupe de monstres plus ou moins conséquent. Il y en a peut-être d'autres qui se cachent dans le coin. Enfin, on verra bien. Si ça se trouve, elle va me dire que finalement elle me laisse ici et qu'elle part son coin ...
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MessageSujet: Re: We could be like Ernest and Célestine   Mer 22 Juin 2016 - 13:50

L'homme hésitait et semblait réfléchir.
Malou commençait à s'impatienter; pour une fois qu'elle était aimable le gus faisait la fine bouche ? Qu'il aille se faire voir !
Elle n'eut pas le temps de laisser aller son mauvais caractère qu'il lui avoua chercher sa famille lui aussi.
Dans un soupir triste elle baissa les yeux.
Combien comme eux deux avait-elle croisé dans la même situation ? Et surtout, combien avaient retrouvés les être chers, morts ou transformés en mangeurs d'hommes à abattre avant de continuer cette vie de merde dans la plus grande désespérance ?
Offrant un regard plein de compassion à cet homme qui semblait doux et aimant, n'osant surtout pas lancer une réflexion accablante, elle se pencha pour examiner la photo qu'il lui tendait et ce qu'elle y vit lui donna presque envie de pleurer: une vraie famille, souriante, bien habillée, posait là sur ce vulgaire bout de papier qui avait immortalisé un instant de bonheur; qu'en restait-il aujourd'hui ?

Elle écouta avidement les descriptions, tentant de mémoriser le prénom qui allait avec la silhouette de chacun. Elle aurait adoré lui répondre: "mais oui, je les ai croisés, ils vont tous bien !"
Hélas, l'adolescente fut bien obligée de secouer négativement la tête avant de bredouiller: non.... Je ne les ai jamais vus... Mais afin de laisser un lueur d'espoir dans le coeur de l'homme elle s'empressa d'ajouter: il faut dire qu'avant j'étais dans les montagnes, il n'y a pas grand monde là-haut à part quelques camps de réfugiés; mais je n'y ai pas mis les pieds, je ne sais même pas s'ils sont nombreux.

Elle acquiessa à sa demande de retourner dans l'avenue en disant: bien sûr, allons-y cela ne me dérange pas, cela me donnera l'occasion de montrer à ton père la photo de mon frère...
Fouillant dans la poche intérieure de son blouson elle extirpa un vieux cliché froissé dont la couleur était passée et la tendit en ajoutant: je fais comme toi, je la montre à tout le monde. Il s'appelle Erik, tu l'as vu ?
Et tandis que le nouveau coéquipier posait les yeux sur le visage un peu flou d'un jeune homme de 22 ans, mince, élancé, souriant, à l'air doux et débonnaire, Malou attendait avec anxiété une réponse qu'elle espérait positive tout en démarrant.

La marche-arrière fut un peu scabreuse: la jeune fille avait réellement appris à conduire dans ce véhicule et quand elle put enfin s'engager dans l'avenue à présent déserte, elle roula un peu et stoppa devant le bâtiment indiqué.
Moi c'est Malou, répondit-elle le temps que Josh récupère son sac à dos.
Passant dans l'habitacle, elle prit le sien, vérifia s'il contenait bien le rouleau à pâtisserie, tata la poche de son pantalon, y sentit la bosse que faisait le rasoir coupe-choux à l'intérieur, se pencha pour récupérer le pied de biche qui dépassait de la sacoche d'outils pour pompiers et déclara: je suis prête !

Tout en verrouillant les portières, elle jeta autour d'elle un oeil anxieux et murmura: oui, je suis seule, je préfère.
Malou n'avait pas envie d'avouer qu'elle n'était pas sociable, qu'elle ne faisait aucune confiance aux adultes, pire, qu'elle les trouvait stupides et inconséquents.
Pour l'instant, Josh semblait plein de prévenance, ne lançait pas d'ordres autoritaires, ne faisait pas de leçons de morale et surtout, ne la regardait pas avec cet air suffisant, prétentieux caractéristique de bon nombre de ses congénères.
Elle se sentait plutôt à l'aise avec lui mais l'avait quand-même à l'oeil, on ne sait jamais: les adultes avaient une telle faculté de retourner leur veste au dernier moment !

Nez en l'air, elle admira la grande bâtisse un peu cossue.
« Sa famille doit être riche, il a de la chance... », ne put-elle s'empêcher de penser.
Que dirait-il s'il apprenait qu'elle venait du fond d'une des cités les plus pauvres des quartiers pauvres, que sa mère était obèse et alcoolique, qu'ils n'avaient pas un sou et qu'ils avaient bouffé du rat ?

Face à la lourde porte elle se tourna vers lui et demanda: que fait-on ?
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Josh Harper
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MessageSujet: Re: We could be like Ernest and Célestine   Jeu 23 Juin 2016 - 21:35

La réponse est toujours la même. « Je ne les ai pas croisés », « Je ne les ai pas vus ». Parfois agrémenté d'un « Désolé », d'un « Je suis sûr qu'ils sont là quelque part » ou d'un « Ils doivent être mort à l'heure qu'il est ». Alors je vais devoir continuer à les chercher. Elle précise tout de même qu'elle n'est à Seattle que depuis peu et qu'il y a un camp de réfugiés là-bas, dans les montagnes. L'information est bonne à prendre. Lorsque j'aurai complètement sillonné les rues de la ville, je pourrais toujours aller y jeter un coup d’œil. Au cas où. Même si je doute qu'ils soient partis dans cette direction. Même si nous aimons tous la nature, je les vois plus rester dans un immeuble qu'ils ont barricadé. Sa première réponse négative laisse place à une seconde. Affirmative cette fois-ci. Nous irons donc bien fouiller l'endroit tous les deux. La suite de ses paroles me rendent confus, dubitatif. J'espère que mon père, ma mère, mes sœurs sont dans le bâtiment mais rien n'est moins sûr. Alors quant à lui montrer la photo de son frère c'est très optimiste. Peut-être a-t-elle mal interprétée mes propos. Ou alors je me suis mal exprimé. Toujours est-il que je ne soulève pas de suite la remarque pour observer la photo qu'elle me tend. Erik. Il me semble ne jamais l'avoir croisé. Ils ont un petit air de famille sans plus. Un peu comme moi et les jumelles. Cote à cote on voit quelques ressemblances mais ce n'est pas si flagrant que ça.

« Désolé je ne l'ai jamais vu. Ce qui peut-être pris comme une presque bonne nouvelle. Je me dis souvent que certes je ne les ai pas encore retrouvé mais au moins je ne les ai pas retrouvés morts. Ou pire. Il faut voir le bon coté des choses. Et peut-être m'as-tu mal compris mais je ne suis pas certain que ma famille est dans ce bâtiment. C'est juste que mon père travaillait là. Je me suis dis qu'ils s'étaient peut-être réfugié là-bas. »

Ce après quoi je lui rends sa photo. La voiture démarrée, elle recule un peu en saccadé. Ce qui me fait penser qu'elle ne doit pas être une grande pilote. En même temps à son âge, je ne savais pas non plus conduire. Après être revenu sur Aurora Avenue, maintenant désertique, elle repasse la première et nous avançons. Nous ne roulons que quelques secondes  quand je lui prie de s'arrêter.

« C'est ce bâtiment là à un étage. 'SmarTech'. Pas celui juste à coté de la sandwicherie celui juste au dessus. »

Aurora Avenue est un axe très connu de la ville. Elle s'étend sur plus d'une dizaine de miles. Il y a donc pas mal de boutiques, restaurants, compagnies et autres lieux de loisirs, de culture, ... J'ai regardé un peu partout afin de voir s'il n'y a pas de monstres qui se cachent. Rien. A priori ils étaient tous rassemblés au milieu de la route. Rassemblés et maintenant écrasés. Elle arrête le van. Je peux maintenant mettre un nom sur cette fille. Malou. J'ai rarement entendu mais ça lui va plutôt bien. Nous nous munissons chacun de notre sac à dos. Elle vérifie quelque chose et s'équipe d'un pied de biche pouvant faire office d'arme. Elle me dit que nous pouvons y aller. Je ne lui réponds pas par des mots mais par un sourire et un hochement de tête. Alors allons-y.  Je sors du van, empoigne ma hache et claque la portière sans trop faire de bruit. C'est calme. Cette rue sur laquelle circulait des milliers d'automobilistes, de piétons. Le silence. Brisé par quelques mots de Malou. Etre seul a ses avantages mais si je n'avais rencontré personne lors de mon vagabondage de ces deux derniers mois, j'aurais probablement perdu la tête. Même si certains moments étaient très silencieux, compte tenu de mon caractère. Mais il est vrai que tout seul, l'on peut faire ce que l'on souhaite. On est pas contraint de s'arrêter de fouiller parce que la personne qui nous tient compagnie a besoin d'une pause. Et puis mieux vaut être seul que mal accompagné. Je suis certain qu'elle aussi a du tomber sur certains individus étranges ou mal lunés. A nouveau je ne lui réponds rien d'autre que par un sourire. Nous marchons cote à cote en direction de la porte d'entrée. Une grande porte en verre. Du double ou triple vitrage. Le genre de carreau qui résiste à des impacts de balles. Des armatures très solides et bien verrouillées. Il me semble impossible de passer par ici. Malou se disant certainement la même chose me demande ce qu'on fait pour la suite.

« Humm. La porte est trop résistante je pense. Comme les vitres des fenêtres. Il y a une entrée par derrière, ça sera plus facile. »

Je me suis approché de la porte pour jeter un coup d’œil à l'intérieur. L'endroit semble poussiéreux. La petite étagère qui contient quelques brochures est étalée sur le sol. Les chaises pour faire patienter les personnes sont jetés comme ça et là. La plante doit être morte depuis plusieurs mois. Pas de monstres. Pas de cadavres. Pourtant ce remue-ménage ne s'est pas fait tout seul ...

« On dirait que quelqu'un est déjà passé par là. Soyons prudent. Viens. »

J'accompagne mes paroles d’un petit signe de tête lui disant de me suivre. Je regarde une dernière fois les environs pour n'y constater que le néant. Je m'engage dans la petite allée sur le coté du bâtiment. Evidemment j'ouvre la marche. Si l'une de ces choses se pointe, je l'accueillerai d'un coup de hache dans le crâne. Je me retourne tous les deux mètres pour vérifier que Malou me suit bel et bien. J'ai légèrement honte mais à chaque fois que je la regarde je me dis qu'elle n'a pas forcément été gâtée par la nature. Je ne lui en dis rien, j'essaye de ne pas le montrer mais je prends un peu pitié d'elle. Sa vie antérieure comme sa vie présente n'a pas due être très facile.  Lorsque je repense et que je revois le visage de Jenny ou des jumelles à son âge, voir des filles avec qui je suis sorti, je me rends compte de la chance, en quelque sorte, qu'elles ont eue d'être belle. Bien que je ne sache toujours pas exactement quel âge à Malou. Elle a du en subir des moqueries. Venant de ce genre de gamins avec qui j'évitais de traîner étant petit. Mais derrière ce visage semble se cacher une fille forte. Qui forcément s'est endurcie ces derniers mois mais qui devait déjà être forte avant.

Silencieusement nous parvenons à l'arrière de la bâtisse. Le petit terrain de verdure ressemble plus à une jungle qu'autre chose. La nature a repris ses droits. Mon regard se dirige presque immédiatement sur la porte. Grande ouverte. Je regarde ma partenaire et lui fais signe de faire silence en posant l'index sur ma bouche. J'approche doucement, tendant l'oreille, guettant le moindre bruit, le moindre mouvement. Je n'entends rien alors je passe la tête pour examiner l'endroit. La luminosité pénétrant de l'extérieur m'aide à y voir. L'odeur est forte. Une odeur de pourri, de moisi, de décomposition. Nous commençons à être habitué à ce genre de senteurs. Même si cela ne rend toujours la chose moins désagréable. Je distingue une poubelle renversée, des déchets étalés sur le sol. La porte pour accéder aux autres pièces du rez-de-chaussée est entrouverte. Un escalier mène à l'étage. J'examine un peu plus la pièce. Je découvre un demi-corps à moitié caché derrière la poubelle. La chose s'est faite découper au niveau du bassin. Aucune trace de ses jambes. Je ne parviens pas à voir sa tête pour le moment.  Il ne bouge pas mais ce n'est pas pour autant qu'il est exterminé pour de bon. Je tape légèrement la hache contre la charnière métallique pour faire un peu de bruit. Aucune réaction. J'avance de deux pas. Je comprends pourquoi il ne bouge pas. Sa tête aussi est coupée en deux. La moitié du crâne gisant à coté de son corps. Je murmure.

« Y'a un de ces trucs mais il est mort. Pour de bon je veux dire. C'est pas beau à voir. »

Je la regarde en lui faisant un visage de léger dégoût. Comme pour appuyer mes propos. Nous en avons vu d'autres oui mais je ne me suis pas totalement habitué à ce spectacle. Surtout d'aussi répugnant. Quelques mouchettes volent. Il n'y en a pas tant que ça. Le corps doit être ici depuis quelque temps déjà. Hésitant je regarde à nouveau Malou.

« Par où ? Par là ? Pointant la porte de la hache. Par là ? Pointant cette fois-ci les escaliers. »

Je ne sais pas par où attaquer. C'est pour cela que je lui pose la question. On finira bien par tout explorer de toute façon. Et puis elle m'aide. Elle aurait pu partir, on aurait fait notre chemin chacun de notre coté mais elle m'a suivi jusqu'ici. Alors j'aimerais bien avoir son avis. J'ai toujours suivi ce que me disais les collègues. Depuis notre attente dans ce petit village, jusqu'à notre retour à Seattle. Je n'ai jamais trop eu mon mot à dire ou ils ont toujours su me faire changer d'avis. C'est aussi un peu pour ça que je lui demande. Pour ne pas lui infliger une dictature. Je pousse la situation à l'extrême évidemment. Je n'ai pas été dirigé, manipulé ou que sais-je par les collègues. Mais oui, j'étais plus suiveur. J'étais suiveur tout court même. Et puis j'ai l'impression que si je lui rabâche sans cesse des ordres, elle n'hésitera pas un seul instant avant de faire demi-tour et de remonter dans son van à la recherche de son frère. Comme elle l'a dit elle-même, elle préfère être seule. Alors j'attends sa réponse. Oreilles ouvertes au moindre grincement, grognement ou appel à l'aide.
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MessageSujet: Re: We could be like Ernest and Célestine   Ven 24 Juin 2016 - 18:12

Malou soupira et baissa les yeux. L'angoisse lui montait à la gorge; le chagrin aussi.
Non. Le fait que Josh n'ai pas croisé Erik n'était pas signe de bonne nouvelle comme il voulait tenter de le lui laisser croire.
Cela faisait plus de cinq mois à présent qu'il avait quitté le domicile familiale avec la ferme intention d'aider les autres, de leur apporter soutien et consolation. Cela signifiait qu'il n'avait pas choisi comme elle, de voyager seul, qu'il avait dû côtoyer des gens, des familles, des groupes, lier des amitiés...
Elle haussa les épaules; après tout, l'homme avait raison: tant qu'elle ne se retrouverait pas nez à nez avec son cadavre, tout espoir était permis.
Elle rempocha le cliché du frère adoré en levant un sourcil de surprise: Josh avait rebondit sur le fait qu'elle montrerait la photo au père seulement. Déroutée elle bredouilla: si, j'avais bien compris...Je... Je présenterai la photo à tous les membres de ta famille, s'ils sont là... Evidemment.

Evidemment...
A condition qu'ils soient présents; or, devant cette grande porte vitrée et blindée au travers de laquelle elle pouvait contempler avec effarement l'étagère décrochée gisant au sol au milieu de brochures pêles-mêles et les chaises renversées, le doute l'assaillit.
Elle regarda son compagnon de route et opina du chef à sa proposition de passer par derrière.

Le silence était redoutable pour une artère aussi grande et autrefois commerçante.
L'adolescente jeta un coup d'oeil sur les devantures de restaurants et autres magasins se disant qu'ils pourraient peut-être, après, aller voir s'il ne restait pas quelques victuailles, vêtements ou objets quelconques à récupérer.
Sur un dernier regard inquisiteur, elle suivit Josh dans la ruelle.
C'est fou comme ce type ressemblait à Nounours avec sa hache; du coup elle se sentait en sécurité avec cet homme peu bavard. Comme avec Bobby elle ne ressentait pas le besoin d'être sur ses gardes ou agressive à son contact; tout coulait de source, comme s'ils étaient déjà plein de complicité.

Malou ne s'attarda pas sur le terrain en friche; l'esprit en alerte elle constata d'emblée que la porte de service avait été fracturée.
De même, elle n'avait pas attendu l'ordre de Josh qui, index sur la bouche lui intimait le silence absolu; elle avait l'habitude, à ce niveau là elle savait comment faire.
Son allure de jeune fille immature laissa place à ce qu'elle était au fond: un animal et plus précisément un félin.
Souple, vive, mue par l'instinct sauvage de survie, elle cachait sa peur et glissait à présent sur le sol plus qu'elle ne marchait. Le nez en l'air elle humait la direction du vent, les oreilles aux aguets cherchaient à capter le moindre son, le moindre craquement, le moindre murmure; elle était comme métamorphosée. L'oeil n'avait presque plus rien d'humain; fixe, pétillant, il avait pris un aspect aussi intraitable que celui d'un carnassier guettant sa proie.
Doucement, elle tira sur le rouleau à pâtisserie qui dépassait de son sac à dos.
Elle ne se servirait pas du pied de biche comme arme: il était beaucoup trop lourd pour ses muscles chétifs; l'outil serait davantage utilisé pour soulever une porte ou un obstacle.
D'un bond ouaté, l'arme de bois brandit au-dessus de la tête elle se plaqua contre le mur afin de protéger les arrières de son nouvel ami.

Josh devait être surpris à la vue d'un tel moyen de défense; peut-être même riait-il intérieurement de ce vulgaire manche de bois alors que la majorité des personnes possédait armes à feu, couteaux, haches ou autres arbalètes.
C'est qu'il n'avait pas été témoin de ce qu'elle avait fait dans le petit chalet caché dans la forêt de la route 101; avec quelle rage froide elle avait cogné, cogné et cogné encore, jusqu'à massacrer la femme qui avait trahit la bonté de Nounours.
Ici, elle ferait pareil, elle le sentait jusqu'au fond de ses tripes.

Ultra concentrée elle ne se soucia pas non plus du cadavre en morceaux ni même de la grimace de dégoût de l'homme car à cet instant, elle savait qu'il allait subir bien pire; qu'à la vue de ce quelle s'apprêtait à faire il aurait peut-être des nausées. Peut-être même qu'elle lui ferait horreur et qu'il prendrait ses jambes à son cou.
Mais qu'est-ce qui était le plus abominable au fond, ce quelle allait réaliser ou ce monde tel qu'il était devenu et qui l'obligeait à de tels actes ?

Quand l'homme lui demanda s'il valait mieux commencer les recherches par la porte du rez-de-chaussée ou prendre la volée d'escalier, elle fit un geste avec la main signifiant: « ne bouge pas et attends ».
Les cinquante morts-vivants écrasés par les roues, la dépouille à leurs pieds et le calme qui régnait dans le bâtiment n'étaient pas forcément des signes de sécurité. Ils n'étaient pas à l'abri d'un corps dont le crâne mal fendu se redresserait ou d'un humain récemment tué se relevant brusquement d'entre les morts pour les manger.

Alors, avec un calme méthodique à toute épreuve, Malou commença le rituel.
Lentement elle sortit le rasoir coupe-choux de sa poche de pantalon, l'ouvrit ets'accroupit face à la dépouille puante.
Tout en incisant l'abdomen verdâtre, elle expliqua à voix basse:
les morts vivants ne nous voient pas vraiment, il nous sentent; ils détectent notre odeur corporelle et sa chaleur, c'est leur indice le plus fiable.
Elle se tut le temps d'écarter la chair putréfiée laissant apparaître les entrailles immondes.
J'ai déjà fait ça, continua t-elle sur le même ton. La première fois un mangeur d'homme est passé devant moi sans me remarquer et a continué son chemin, c'est pour cela que je me dis que c'est peut-être une bonne arme de camouflage.
Là dessus elle prit des gants rangés dans son sac, plongea les mains dans les miasmes de la panse et se badigeonna intégralement avec.
Quand tout fut terminé elle se tourna vers Josh et lança:
tu peux faire la même chose si le coeur t'en dit.

Malou n'attendit pas de voir si l'homme s'exécuterait ou non; elle voulait le laisser réfléchir. Elle comprenait très bien que le premier pas vers ce genre d'abjection ne serait pas aisé.
Elle se tourna vers la porte et remarqua qu'elle n'était pas verrouillée; pénétrer dans la pièce serait relativement facile, à condition...

A nouveau elle regarda son compagnon d'infortune et lui annonça: je suis trop petite pour atteindre la cervelle de ces « trucs » comme tu dis; je vais donc passer devant. Si on fait une mauvaise rencontre, je frapperai les tibias et les chevilles du crevard avec mon rouleau à pâtisserie, cela le déstabilisera suffisament pour que tu puisses fendre le crâne avec ta hache.
Craignant qu'il hésite, elle affirma: ne t'inquiète pas, fais-moi confiance.
De toutes façons, Malou n'avait pas pour habitude de demander l'avis aux gens concernant ce qu'elle désirait faire; il n'y avait eu aucune interrogation dans sa phrase.
Sans même attendre le moindre mouvement de dénégation, elle se dirigea vers la porte et l'ouvrit sans effort.
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Josh Harper
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MessageSujet: Re: We could be like Ernest and Célestine   Sam 25 Juin 2016 - 12:07

Il n'y a pas à dire, cette Malou est une vraie survivante. La façon dont elle se déplace. La façon qu'elle a de tenir son « arme ». Arme dont je doute un peu de l'efficacité. Peut-être pas une si grande survivante dans ce cas. Le mieux pour exterminer ces choses ça reste une lame, couteau ou hache. Ou quelque chose de perforant. Comme une lance, une rapière. Alors oui nous ne sommes pas des guerriers médiévaux mais je prends ça pour l'exemple. Les armes contondantes ne sont pas idéales dans la mesure où il faut potentiellement plusieurs coups pour venir à bout des monstres. A moins d'avoir suffisamment de force pour broyer le crâne d'un puissant coup. Pour le cas de cette gamine, je doute qu'elle arrive à tuer un de ces trucs avec un simple coup de rouleau à pâtisserie. N'a-t-elle jamais eu l'occasion de trouver d'autres armes ? Des armes bien plus « armes ». Même le pied de biche serait plus utile. Quoiqu'elle pourrait avoir un peu de mal pour ôter le coté courbé s'il venait à trop s'enfoncer dans la tête. Dans tous les cas, si elle se bat à l'aide de cet outil, elle ne doit pas souvent se battre. Utilisant plus sa souplesse et sa vivacité pour se sortir des situations dangereuses que pour les affronter. Ce qui constitue une très bonne tactique. Utiliser ses capacités, ses avantages et faire ce qu'on sait faire.

Ma question posée, elle n'y réponds pas de suite. Me signalant plutôt de rester là, de ne pas bouger. Mais pourquoi faire ? Visiblement pas dégoûtée par cette chose, elle s'approche du cadavre, rasoir droit en main. Elle lui taille le ventre. Je reste là à l'observer. Ne sachant pas vraiment de quoi il est question. Puis elle m'explique. Je suis plutôt de l'avis contraire. Ces choses nous voient. J'en ai eu suffisamment la preuve. Et j'ai bien plus le sentiment qu'ils nous voient avec leurs yeux qu'avec leur nez. Même si je n'ai pas de réelles preuves. Elle poursuit me disant qu'elle n'en ai pas à son coup d'essai. Cette Malou est une vraie survivante donc. Un camouflage ? Devenir comme eux en quelque sorte. Si elle a déjà fait ça et que cela marche, alors ses explications tiennent la route. Si cela marche, je serai extrêmement content de connaître le tuyau. Auquel cas je ne m'en verrai pas déçu pour autant. J'ai vécu plusieurs mois sans connaître cette astuce. Je pourrais continuer à faire sans. Elle se munit de gant et s'étale les tripes sur le corps. Un peu comme si on se savonnait sous la douche. En bien plus répugnant. Je la crois. Quand elle dit qu'elle a déjà fait ça. Elle le fait sans broncher, sans rechigner, comme une routine. Elle me surprend. Lorsque je l'ai aperçue pour la première fois dans le van, je me suis dit que si une fille comme elle pouvait survivre, n'importe qui pouvait le faire. Visiblement j'avais tord. Elle n'est pas la plus redoutable des personnes que j'ai croisé, loin de là, mais elle doit être très débrouillarde, très forte mentalement.

Elle se retourne, toute recouverte de sang, d'intestin, de pus, de chair en décomposition. Elle me dit de faire pareil. Enfin ce n'est pas un ordre direct mais plus un conseil ? Je n'ai jamais mis les mains à l'intérieur d'un mangeur d'homme comme elle dit. Mais si ça peut me sauver la vie ou me la rendre un peu plus facile alors pourquoi pas. Et puis cela permettra de confirmer ses dires. Que « devenir » comme eux nous fait passer inaperçu. C'est assez perplexe et à moitié en faisant la grimace que je plonge les mains dans les intestins de cette chose. Je n'y vais pas à mains nues. Elle a pris des gants, au sens premier du terme, pas au sens figuré. Alors je l'imite. Je me saisis de la paire en cuir qui traîne toujours dans mon sac et j'exécute les mêmes mouvements qu'elle. Cela me prend un peu plus de temps car j'ai bien plus de surface à couvrir qu'elle. Même si mes mains font le double des siennes. Je ne le fais pas de gaieté de cœur. Heureusement que je ne porte pas ma belle, anciennement belle parce qu'un peu usé à présent, chemise à carreaux rouges. J'aurais été déçu de la dégueulasser autant. A la place j'ai un sweat noir. Que je pourrais probablement jeté la première occasion venue. Je me relève et elle se retourne. Elle me dicte la marche à suivre. Ce qui a le don de me faire sourire. Une gamine vraiment très courageuse. Qui a conscience de ses faiblesses, comme sa taille. Il est vrai qu'elle m'arrive tout juste au milieu des pectoraux. Elle termine son petit discours me demandant de lui faire confiance. Je lui souris et acquiesce avant d'ajouter :

« Ca marche. »

Nous avançons vers la porte qu'elle ouvre sans difficulté. Si l'entrée principale et la façade, toujours intactes, me laissait présager que l'endroit aurait pu ne pas être visité, la facilité avec laquelle nous pénétrons les lieux me rend un peu moins optimiste. L'endroit n'a jamais été barricadé. C'est une évidence. Ni la porte de derrière, ni cette porte. Et je doute que l'étage le soit. La porte ne grince pas et nous marchons silencieusement. Il fait assez clair. La pièce est parsemée de grandes vitres laissant entrer quantité de rayon lumineux. Large open space classique pour une entreprise de ce genre. Quelques bureaux individuels sur notre gauche. Open space « social » si je puis dire. Les bureaux ne sont pas cloisonnées comme des cages à poules. Organisé pour contenir une dizaine de bureaux de travail. Certains contiennent encore des écrans, des ordinateurs portables, des téléphones, … Je ne remarque rien d'anormal. Jusqu'à ce mon regard se porte vers le deuxième bureau sur la gauche. L'un des bureaux individuels. Porte grande ouverte. Mangeur d'homme traînant en son milieu. Je tapote sur l'épaule de Malou et lui montre en chuchotant.

« Là. Je … Ca va marcher ? … Le … Ce qu'on s'est mis sur les vêtements ? »

C'était une occasion en or. Sans vraiment entendre ce qu'elle me dit je me dirige vers l'entrée du bureau. Hache en main. J'essaye de me déplacer comme eux le font. Bras qui pendent le long du corps. Démarche claudicante. J'observe où je mets les pieds. Un clavier traîne au sol. « Ils voient avec leur nez, notre odeur. Pas leurs yeux. ». J'écrase l'accessoire. Ce qui fait un peu de bruit. Attire l'attention du monstre. J'ai le cœur qui bat. Je pourrais l'anéantir en un swing. Comme j'ai anéanti nombreux de ses camarades. Mais je veux tester notre camouflage. Et puis il est tout seul, visiblement, la situation ne peut pas mal tournée.  Il me regarde. Mais ne me voit pas vraiment. Malou avait raison. Malou a raison. Je continue à faire deux pas dans la direction du machin. Ses yeux se plantent dans les miens et puis il détourne le regard. Je retourne la tête vers ma partenaire. Juste pour lui faire un signe du pouce et un hochement de tête. « Ok. Ca marche ». Ca marche parce que jusqu'ici, tous les monstres que j'ai rencontré se sont jetés sur moi lorsqu'ils m'ont « vu ». Je m'approche pour n'être plus qu'à un mètre. Il m'a regardé une nouvelle fois encore. Mais sans vouloir me mordre ou me manger tout cru. Mon cœur cogne contre ma poitrine. Je n'ai jamais été aussi proche d'un monstre en étant aussi « serein ». Oui j'ai peur. Mais pas autant que lorsqu'ils essayent de vous arracher la moitié de la joue. Je ne suis pas prêt d'oublier cette ruse de si tôt. Je lève la hache et l'abat sur son crâne. Le monstre s'écroule sous le coup. Causant un peu de grabuge. Je me demande tout de même quelles sont les limites de cette astuce. Il ne faudrait pas qu'il m'arrive une catastrophe si je me « déguise » de la sorte et que j'essaye de traverser un groupe d'une centaine de ces choses.

Un bruit provenant certainement du bureau d'à coté, celui pour lequel nous n'avons pas pu voir l'intérieur m'interpelle. Ce bureau ou celui d'après encore. Celui de mon père. Le plus grand du rez-de-chaussée. Même si cela reste une pièce assez standard. Nous ne sommes pas dans les luxueux offices des multinationales et autres très grosses compagnies. Je regarde Malou. L'air interrogateur, inquiet et je ressors de bureau. Silencieusement mais plutôt rapidement. A quoi devons-nous donc nous attendre ? Le corps du monstre chutant lourdement sur le sol a-t-il attiré l'attention de ses copains ? Notre accoutrement fonctionnera-t-il encore aussi bien ?
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