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 Abel to Cain

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Abel Underwood
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MessageSujet: Abel to Cain   Ven 17 Juin 2016 - 17:40

Il pleuvait. Ça faisait des heures qu’il était là, planté devant sa fenêtre, à regarder le ciel cracher toute sa tristesse sur le monde. Il n’avait pas dormi de la nuit, de grandes cernes noires marquaient son visage, ses cheveux était en bataille, il était pâle. Les images défilaient à toute allure, le son des armes à feux renaissaient du néant, les odeurs de poudre et de mort revenaient le hanter. Si Abel fumait, il en serait très certainement à son troisième paquet de la matinée, mais ce n’était pas le cas, il regardait l’horizon. Ses ongles étaient déjà rongés plus loin que le raisonnable, ses lèvres lui faisaient mal à force d’être mordillées.

Il avait envoyé Victoria s’amuser avec Norman, ça devrait lui prendre plusieurs heures. Le temps qu’il arrive à avaler la pilule de la veille. Il ne savait même pas : regardait-il dans la bonne direction ? Vers ces gens qu’il avait très certainement tués. Directement ou indirectement, ce n’était pas le souci. « Eux ou nous » cette ritournelle sonnait comme une excuse mais en vérité, les premiers à avoir été ouvertement hostiles, ce furent lui et Tamara. Malgré les apparences, ces gens étaient peut-être de bonnes personnes et même s’ils ne l’étaient pas… il y aurait eu des issues moins sanglantes, non ?

Bon, après : ces types avaient rameuté les rôdeurs, sans doute pour les piéger ou les repousser comme à une battue. Il ne savait plus. Au-delà de la culpabilité de l’acte, le cinquantenaire ne pouvait nier qu’il était content d’avoir « gagné ». On lui avait cherché des problèmes, il s’en était tiré. On ne changeait pas un gagnant, même dans un hors contexte. Mais cette satisfaction nourrissait son conflit intérieur. Sa victoire renvoyait à une fin tragique mais cette fin tragique renvoyait à sa victoire…

Et Tamara dans tout ça ? Il ne l’avait pas revue depuis la veille. A peine au dîner, mais ils ne s’étaient pas parlé. Elle était sa plus fidèle alliée dans ce chalet où brusquement, tous lui apparaissaient plus que jamais comme des inconnus. Abel avait l’impression quand sans le savoir, chacun d'eux était au courant et le regardait de biais. C’était bien évidemment dans sa tête mais… c’était comme ça. Et si un jour on lui retirait sa fille parce qu’on le considérait comme trop violent ? Mince ! Victoria, où elle était ? Ah oui… avec Norman.

La vue sur le crachin l’ennuyait désormais. Il s’assit sur son lit, les coudes sur ses cuisses et enfouit sa tête dans ses mains. Mon dieu, est-ce qu’il était vraiment comme ça ? C’était comme si la certitude que sa vie ne changerait pas en mal justifiait ses actes. Ses pensées s’embrouillaient, il ne savait pas ce qu’il ressentait en fait. Simplement cette sensation d’être différent. En mieux ? En Pire ? Et Lily, s’il la revoyait après tout ça, que dirait-elle si son ex-mari était devenu un criminel ? Le féliciterait-elle d’avoir payé de son âme la protection de leur fille ou bien le blâmerait-elle ?

Lily… il rêvait d’elle brusquement, aux souvenirs qui lui restaient. L’écho de sa peau contre la sienne, son sourire doux quand elle partait travailler, ses yeux angéliques, son parfum. On frappait à la porte. Ça y est, quelqu’un avait appris, on allait le jeter dehors, c’était sûr. Avant même de se lever, l’ancien agent cherchait ses mots : que pourraient-ils dire pour sa défense ? Plaider la survie de Victoria ? Promettre de ne plus sortir ? Oui, c’était un bon début, promettre de faire uniquement la vaisselle pendant un mois et rendre son couteau. Rendre tout ce qui pouvait l’affilier à un assassin.

Il ouvrit, c’était Tamara. Interloqué, il la regardait quelques secondes sans rien dire. Abel était persuadé qu’elle ne voudrait plus l’approcher, sans trop savoir d’où lui venait cette idée. Elle était belle. Ça, il le savait déjà, mais ça lui sautait aux yeux là, peut-être parce qu’il avait cru la perdre quand ils étaient de sortie. Balbutiant légèrement, il lui dit :

- C’est… euh… salut… tu… Victoria n’est pas là en fait. Elle est avec Norman. Tu voulais… l’emmener faire quelque chose ?


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Tamara C. Kroeger
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MessageSujet: Re: Abel to Cain   Ven 17 Juin 2016 - 22:38

Le chemin du retour s’était fait dans le silence le plus total. Pour une fois, la vie m’avait cloué le bec. Je ne pouvais rien dire ni faire qui ferait évoluer la situation. Je m’en voulais de nous avoir entrainés dans ce merdier, j’étais désabusé et j’avais besoin d’en parler. Je devais attendre d’avoir un peu de temps seul à seul avec Dante, pour le moment je devais m’occuper du repas et aider dans la cuisine de manière générale. J’étais plutôt contente de pouvoir m’éclipser de la compagnie d’Abel, je n’avais pas la force de l’affronter pour le moment, non pas qu’il me faisait peur, mais simplement que je n’étais pas prête à affronter la réalité.

Le repas s’était passé sans vraiment que je m’en rende compte. Je n’avais pas mangé grand-chose, j’avais l’appétit coupé par les derniers événements. J’avais adressé quelques regards en coin à Abel, sans pour autant lui parler. J’avais besoin de temps et de me confier a quelqu’un avant d’avoir assez de force. Je m’étais vaguement tourné vers Dante à un moment donné, lui disant que j’avais tué des gens sans vraiment être sûr de sa réaction. Je lui ai expliqué tout le problème, que c’était des pillards, qu’on n’avait pas le choix. Comme je m’y attendais, il c’était montré plutôt compréhensif, il m’avait posé plein de questions et m’avais pris dans ses bras quand j’avais fini par craqué devant lui. Ça m’avait fait du bien, mais ça n’avait pas aidé pour autant à trouver le sommeil.

J’avais passé du temps à tourner dans mon lit. Un coup à droite le suivant à gauche. J’étais bien contente de ne pas avoir de réveil qui me rappellerait à chaque fois que je ne dormais pas. J’étais assez grande pour savoir que les minutes défilaient. Lorsque je fermais les yeux, je me sentais à nouveau enfoncer doucement la lame dans le cou de la fille du groupe. Je ne comprenais même pas pourquoi j’avais fait ça. Peut-être la peur de perdre Abel. J’avais du mal à me rendre compte quel type de relation je pouvais imaginer avec lui. Certainement aucune, mais je le trouvais charmant, que ce soit grâce à son rôle de père ou son âge. J’ai toujours été attiré par les hommes ayant dépassé la quarantaine.

J’y ai réfléchi une bonne partie de la nuit et quand le matin à pointer le bout de son nez, j’avais de magnifiques cernes. Aujourd’hui, je ferais une exception à la règle et utiliserais du maquillage pour camoufler mes cernes. Je n’avais pas envie d’avoir une tête de trois pieds de long toute la journée. Je n’avais pas envie d’avoir un tas de questions. Anticernes, fond de teint, fard à paupière, crayon. Je venais de me faire la totale. Je n’avais pas été maquillé comme ça depuis des lustres maintenant, mais je n’avais pas perdu le coup de main pour autant. Pendant que je passais une heure devant le miroir, j’avais décidé d’aller parler à Abel. Il était temps de mettre les choses aux clairs.

Après avoir pris une grande inspiration, j’ai frappé à la porte. J’étais restée au moins cinq bonnes minutes devant avant de prendre son courage à deux mains. Heureusement qu’il n’avait pas pris la décision de sortie sinon j’aurais eu l’air bien ridicule à attendre devant la porte sans bouger. Finalement, c’est lui qui ouvrit la porte. Il avait l’air un peu étonné de me voir et certainement chamboulé lui aussi par ce qui venait de se passer. Alors qu’il était en train de m’expliquer que sa fille n’était pas là, je rentrais dans sa chambre et fermer la porte derrière moi.

- Calme-toi, je ne suis pas venue voir Victoria, c’est pour toi que je suis ici. Je pense que l’un comme l’autre, on a besoin d’en parler.

J’affichais un sourire un peu timide par rapport à d’habitude, je n’avais pas vraiment la force de sourire avec les derniers événements cumulés au manque de sommeil. Cependant, j’avais envie de le rassurer.

- Tout ira bien pour nous deux j’en suis sûre ! Allez, viens-là. Je suis persuadé que tu as besoin de lâcher la pression aussi.

Sans vraiment lui laisser le choix, je l’attrapais dans mes bras. J’aimais particulièrement les câlins et j’estimais qu’après avoir passé presque une journée à s’éviter, il était temps de se rapprocher un peu. Je ne savais pas vraiment comment engager la conversation, mais j’espérais sincèrement que ça aiderait.



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Abel Underwood
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MessageSujet: Re: Abel to Cain   Ven 17 Juin 2016 - 23:19

La jeune femme ne lui laissa même pas le temps de s’y opposer qu’elle s’invitait déjà dans la pièce et fermait la porte. De toutes les façons, c’était lui qu’elle venait voir, et il aurait été incapable de la repousser. Abel tenta de sourire, mais ça ressemblait plutôt à une grimace. Il s’en voulait un peu de la recevoir comme ça, les cheveux en batailles, cernés. Cherchant encore à se punir, le cinquantenaire essayait de se persuader que la vendeuse était là pour lui demander de rester en dehors de sa vie. Il attendait, les sourcils légèrement froncé, comme si une claque arrivait, mais à la place… elle l’enlaça.

L’agent réalisait que la dernière femme qu’il avait serrée contre lui, c’était cette fille dont il ne se rappelait toujours pas le nom. Molly, Salty, Milly... un truc comme ça. Tamara chassa son image, bien réelle, bien plus forte encore. Au début, Abel n’osa pas lui rendre son étreinte. Il ne pouvait pas décrire ce qu’il ressentait pour elle, mais il avait peur que ça lui échappe. Sa liberté, son insouciance, sa lumière… un mélange d’admiration et d’affection. Finalement, les bras du cinquantenaire s'enroulèrent sur la silhouette de Tam.

Ses doutes s’estompaient. Un à un. C’était pour ça qu’il avait fait ça… pour avoir l’occasion de se sentir à nouveau vivant. Il enfouit son visage dans la chevelure noire de la jeune femme, respira son odeur en fermant les yeux et soupira. Les mots n’auraient aucun sens, il le savait. La vendeuse était bien plus faite pour l’action que pour les longs discours mielleux. Pourtant il devait essayer. Juste quelque chose. Juste…

- Je suis un peu bloqué entre deux états…, sa voix était un mince filait que seule la concernée pouvait entendre, d’un côté, je me dis que je n’ai peut-être pas fait mon maximum pour que ça se finisse mieux. Mais de l’autre… y’a une part de moi qui se dit que ce n’est pas si grave, tant que tu es rentrée saine et sauve.

Abel s’écarta légèrement pour pouvoir la regarder dans les yeux. Le désir s’alluma instantanément, ou peut-être était-il là sous forme latente. Encore un paradoxe. Il se sentait fébrile et en même temps, éprouvait cette témérité de l’homme qui voulait posséder l’amazone. Quelques heures ; quelques instants. Pour fuir ce feu brûlant qui l’empêchait d’aligner ce qu’il pensait, l’ancien agent rompit l’étreinte à contrecœur et se plongea machinalement dans la contemplation du ciel gris. Il pleuvait toujours.

- Je ne sais pas encore si je me sens coupable de ce qui s’est passé, ou bien coupable de ne pas me sentir coupable, tu vois ? Est-ce que je serai différent si ça arrivait encore ?

Comme toujours lorsqu’il était nerveux, plusieurs petits tics le trahissaient. Sa tête qui penchaient légèrement d’un côté, ses lèvres qui se pinçaient ou s’étiraient, son pouce qui grattait son menton… l’odeur de Tamara le poursuivait encore, véritablement entêtante. On disait que le sexe avait des vertus cathartiques et apaisantes. Tamara avait une aura tellement sulfureuse que ce serait certainement vrai, mais Abel n’osait pas, il ne s’imaginait pas faire le premier pas. L’espace d’un instant, il se souvenait ce la jeune femme lui avait dit à propos d’elle et Dante : ils étaient juste amis. Et lui, saurait-il être juste « ami » avec l'ex-vendeuse ?

- Qu’est-ce que tu en penses toi, sincèrement ? Tu penses qu’on a foiré et qu’on aurait dû… essayer d’ouvrir le dialogue ? Ou les ramener ici et laisser Gary décider ?

Il attendait une réponse sincère sans être certain de pouvoir y prêter une oreille objective. Si Tamriel disait qu’ils avaient fait au mieux, cette sensation de se voiler la face subsisterait certainement ; mais si elle disait qu’ils auraient effectivement dû être plus pacifistes, Abel douterait toujours que révéler l’existence de leur refuge à de parfait inconnus était risqué. Le fond de ce dilemme restait inextricable…


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Tamara C. Kroeger
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MessageSujet: Re: Abel to Cain   Sam 18 Juin 2016 - 16:26

Je ne saurais pas dire combien de temps, je le tenais dans mes bras. Au début, j’avais eu un peu peur qu’il me repousse, mais au final il a glissé ses bras autour de moi pour me rendre cette accolade. J’étais heureuse, d’un coup j’avais l’impression que tout ce qui s’était passé hier n’était qu’un lointain souvenir. J’avais toujours une impression similaire dans les bras de quelqu’un que j’appréciais sincèrement. J’aurais pensé qu’il s’agissait uniquement d’un simple câlin, mais Abel s’est montré un peu plus réceptif. J’étais un peu flatté, pour beaucoup, j’étais seulement une fille extravagante qui parlait beaucoup de tout et de rien, mais là j’avais l’impression de compter plus que ça pour quelqu’un. J’étais vraiment très heureuse, parce qu’en réalité, je ne m’étais rapproché de personne depuis que j’étais ici.

Alors qu’il était collé contre moi, il prit la parole, sa voix était faible, mais parfaitement audible. J’étais un peu troublé de savoir sa bouche si proche de mon oreille. L’apocalypse m’avait rendu prude d’une certaine façon. Je souriais en repensant à ma débilité avant de faire de mon mieux pour lui répondre.

- Tu sais, personne n’est tout blanc, on regrette tous certains choix qu’on a faits dans nos vies et celui-ci risque de nous hanter un moment, je reste persuadé qu’on a fait pour le mieux. Comme tu le dis, on est en vie et c’est certainement le plus important.

J’avais parlé sur le même ton qu’Abel, pour une fois je baissais un peu le volume sonore. Ce devait être quelques choses vu que j’avais l’habitude d’exploser ma joie de vivre sur les autres. Il retira sa tête de mes cheveux pour me regarder. J’avais l’impression de lire une étincelle dans son regard. Celle qui me faisait penser à certains hommes avec qui j’ai partagé la nuit. Celle qui me faisait comprendre que j’aurais un paquet de fric le lendemain matin. Je me mordais la lèvre incapable de faire quoi que ce soit d’autre. C’est lui qui rompit le contact pour aller regarder par la fenêtre, je me sentais soulagé de ne plus voir ses yeux briller ainsi.

- Dans la vie, on n’est pas toujours responsable de ce qu’on fait. Par moment, on fait des choix parce que justement on n’a pas le choix d’en faire autrement. Évidemment, c’est mal de tuer quelqu’un, mais pour le coup, c’est la vie qui nous a forcés à faire ça. Quoi qu’il arrive, tu restes Abel, le père de Victoria et celui qui habite avec nous dans ce chalet.

Je sentais mes jambes faiblir, je n’assumais plus le poids de mon ancienne vie. Chacune de ses questions, me ramener inlassablement au Canada. Je n’avais pas été présente physiquement, mais j’étais complice, il m’avait raconté comment il avait tué cet homme. Est-ce que je devais le dire à Abel ? Je savais que cela ne serait certainement pas facile à comprendre. Peut-être que cela l’aiderait à aller mieux. Il voulait mon avis, je n’avais jamais vraiment été doué. Je préférais largement suivre les indications qu’on me donnait plutôt que de me faire ma propre opinion.

- Des gens comme eux, j’en ai déjà rencontré avant l’épidémie et je suis persuadé qu’on a fait le bon choix. Tu aurais préféré qu’on les amène chez nous ? Alors qu’ils étaient prêts à te tuer ? Tu crois qu’on aurait pu s’en sortir comment ? Ce n’est pas une erreur qui fait ce que nous sommes, du moins, ça fait des années que j’essaye de me convaincre.

Ma voix tremblait un peu alors que je regardais mes deux mains posées sur mes cuisses. J’avais le cœur lourd, je savais que les deux situations n’étaient pas vraiment comparables, mais j’avais le besoin de faire le rapprochement. S’il voulait poser des questions et creuser un peu, il le pouvait. Sinon, je ne savais pas quoi ajouter d’autres concernant ce qu’il s’était passé. Oui des personnes étaient mortes à cause de nous, mais ils étaient prêts à tuer Abel ou moi. Je ne voulais même pas l’imaginer.



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MessageSujet: Re: Abel to Cain   Sam 18 Juin 2016 - 19:19

Abel s’était appuyé contre le mur, à côté de la fenêtre, et regardait Tamara. Les bras croisés, la tête légèrement penchée sur le côté. Son discours était un peu confus mais globalement, elle disait qu’ils n’avaient pas eu le choix. Pourtant, sa voix frémissait, ses jambes faiblirent tant qu’elle s’assit, ses yeux fuyaient. Plus il l’écoutait, plus le cinquantenaire avait l’impression que les paroles de la jeune femme étaient à double sens ; elle parlait de la veille, et d’autre chose. Un épisode plus enfoui, plus lointain. L’une de ses nombreuses vies ?

Pour l’instant, son désir soudain s’était envolé en même temps que les doutes qui subsistaient. En fin de compte, la bénédiction de la vendeuse lui suffisait : ce qui s’était passé ne changeait pas ce qu’il était. Il avait agi pour protéger les siens. Désormais, il était intrigué. C’était la première fois qu’il voyait Tamara aussi fragilisée, aussi… désarmée. Jusqu’à maintenant, elle était cette guerrière solaire avec une armure à toute épreuve pour protéger ses émotions. Mais en fait, derrière l’acier, c’était une femme. Rien qu’une femme.

- Et toi, quelles erreurs sont supposées ne pas t’avoir changée ?

La question était sortie plus vite qu’il ne l’aurait voulu. La fatigue. Ses mots devenaient plus vivaces que ses pensées, alors ils en profitaient pour s’échapper. Abel ne revint pas en arrière pourtant. Il se redressa et passa négligemment une main dans ses cheveux désordonnés. Voir au-delà de la façade assurée de la vendeuse lui faisait comprendre que le rapport pouvait s’inverser. Elle aussi pouvait avoir besoin qu’on lui tende une main, parce qu’elle avait vraiment l’air de quelqu’un rongé par des souvenirs.

- Tu oublies peut-être de temps en temps, mais j’ai 53 ans en fait. Du coup tu peux me raconter pas mal de trucs sans que je sois choqué, il souleva un sourcil entendu mais précisa, tu as aussi parlé de « mec comme ça » que tu as connu avant l’épidémie. J’ai jamais fréquenté de boutique geek, mais je croyais que tu m’avais dit que ta clientèle c’était plutôt des puceaux qui venaient mater tes seins, pas des gangs de brutes.

La question l’intéressait vraiment en vérité. Et puis, il commençait à avoir envie d’un peu plus que simplement la voir comme une nounou ou une alliée. Certes, elle s’occupait de Victoria, elle lui avait remonté le moral, ils avaient fait une sortie ensemble… mais ils ne se « connaissaient » pas. N’était-ce pas pourtant la base de la société ? N’était-ce pas ce qu’ils essayaient tous de reconstruire – ou de préserver – dans un camp comme celui-ci ? Abel ne voulait pas seulement que la jeune femme l’accompagne pour chercher des babioles dans les boutiques – babioles comme cette horloge qu’il n’avait toujours pas mise à l’heure. Non, il voulait qu’elle puisse compter sur lui, pour tout, et que ce soit réciproque.

- La politesse m’oblige à dire que tu n’es pas forcée d’en parler, ajouta-t-il en soupirant, mais ce serait un honneur d’en savoir plus sur une autre de tes « vies ».

Il sourit franchement cette fois, rit brièvement même. Encourageant. Lui qui n’avait pas sa langue dans sa poche avant, il devenait encore plus direct au contact de Tamara. Il la fréquentait trop, sans doute. Le cinquantenaire ne voulait pas l’oppresser, alors il conserva la distance et se rappuya contre le mur. Elle pouvait refuser, elle pouvait même s’enfuir et passer la porte avant qu’il ne la rattrape – bien qu’il espérait que ça ne soit pas son choix. La jeune femme lui avait dit qu’une erreur ne changeait pas ce qu’on était, alors elle ne devrait pas changer sa manière de la percevoir, quelle qu’elle soit.

- Je ne cherche pas à te juger, je t'assure.


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Tamara C. Kroeger
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MessageSujet: Re: Abel to Cain   Dim 19 Juin 2016 - 11:36

Je savais au fond de moins qu’il méritait de le savoir. J’étais quelqu’un de haut en couleur et qui faisait toujours ce qui me semblait juste, mais des fois, il en était autrement. C’est rare exception, me trottais dans la tête depuis des années. Je ne savais pas vraiment comment aborder le sujet, mais Abel faisait de son mieux pour me rassurer. Je savais que je pouvais compter sur lui. Alors qu’il me rappelait son âge, je souris. Il ne m’avait encore jamais dit l’âge qu’il avait. Je savais qu’il y avait une différence d’âge plutôt conséquente, mais en réalité je n’aurais jamais pensé autant.

- Je t’aurais facilement dix ans de moins, tu sais ? J’étais parti du principe que tu étais plus jeune à cause de l’âge de Victoria. Mais c’est vrai que tu as certainement vécu bien plus de choses que moi.

Il n’était pas bête, il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre que les mecs louches que j’avais rencontrés ne dataient pas vraiment de mes derniers moments passés à Seattle. J’étais contente d’avoir récupéré un style de vie bien plus sain et tranquille pour pouvoir enfin me poser sans avoir peur du lendemain. J’avais peur qu’il ne me juge trop vite et ne comprenne pas tout. Cependant, je devais ouvrir ma bouche et le plus vite serait sans doute le mieux. Je levais mon regard pour le regarder droit dans les yeux.

- Dante, n’a pas toujours été mon meilleur ami. Avant ça, on avait une relation un peu plus professionnelle qui nous liait. Si je suis venue avec lui à Seattle, ce n’était pas parce que la ville nous plaisait, mais parce que c’était suffisamment loin de Toronto pour être tranquille. Je suis complice du meurtre qu’il a commis sur un homme qui n’avait pas payé.

Je savais parfaitement que la prochaine question serait certainement qui n’a pas payé quoi ? Est-ce qu’il était prêt à entendre les prochains mots ? Je ne savais pas du tout. Déjà, digéré que j’avais déjà aidé quelqu’un qui fuyait un meurtre c’était quelques choses. Dante semblait bien plutôt un gars relativement simple quand on le voyait dans le camp. J’avais peur qu’Abel prenne peur de me mette à la porte. Qu’il aille tout raconter à Gary, que je me retrouve dehors sans rien. Il voulait savoir alors autant tout lui dire maintenant que j’avais commencé, il était dommage de se taire. J’inspirais une nouvelle fois alors que je continuais à la fixer.

- Dante, c’était mon mac.

C’était sans doute plus facile à dire dans ce sens-là. Pas la peine d’être con pour faire le rapprochement. Je n’avais pas honte de ce que j’avais fait, je ne m’en étais jamais vraiment caché durant ma vie au Canada, j’avais uniquement préféré ne pas en parler à tout le monde maintenant que j’avais l’occasion de tout recommencer. S’il avait envie de me connaitre, il allait être servi. Il avait dit qu’il ne souhaitait pas me juger, mais est-ce que ce serait toujours véridique après avoir appris de telle nouvelle ?

- Si tu veux me juger, me demandait de ne plus m’approcher de toi ou de ta fille, je comprendrais parfaitement, tu sais. Je t’en ai parlé parce que j’ai confiance en toi. Si je ne cherche pas à connaitre le passé des gens, c’est que je n’ai pas envie de dévoiler le mien. Personne ici, n’est au courant de cette histoire en dehors de Dante évidemment.

Je reprenais mes esprits doucement, je m’étais libéré d’un poids qui m’étouffait doucement. J’avais maintenant peur de sa réaction. Qu’est-ce qu’un homme comme lui pourrait penser d’une fille comme moi ? Il semblait avoir eu une vie bien plus rangée comparée à la mienne. J’étais fière de ce que j’avais accompli, mais ce n’était sans doute pas vraiment compréhensif pour lui. Je le regardais toujours, dans l’espoir de traduire ses expressions. J’en étais simplement incapable. Il était vraiment bien trop doué à ce petit jeu comparé à moi.



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MessageSujet: Re: Abel to Cain   Lun 20 Juin 2016 - 8:37

Il ne s’était pas vraiment attendu à ce qu’elle lui révèle tout comme ça. Sans doute le cinquantenaire pensait se heurter à plus de réticence, mais non. Tamara s’était confiée, comme si c’était quelque chose qu’elle souhaitait secrètement faire depuis longtemps. Certains mots résonnèrent longtemps dans son crâne même quand elle eut fini de parler : « complice », « meurtre », « mac »…

Pourtant, Abel n’était pas vraiment surpris, mais ne comprenait pas pourquoi. Ce serait un horrible amalgame de dire que c’était à cause de son apparence ou de ses origines. C’était peut-être simplement sa liberté qui l’avait aiguillé ? Sans connaître son secret, il supposait que la jeune femme avait traversé des vies… « extrêmes ». Maintenant, il n’était plus question d’un peu excentrisme ; on parlait de meurtre, de prostitution, d’illégalité. Ses yeux se posèrent sur Tamara, dévoilée, vulnérable.

Il avait beau cherché, il n’arrivait pas à la considérer comme une criminelle. Depuis son arrivée au camp, l’agent n’avait connu qu’une personne lumineuse, positive, qui cherchait à apporter de la bonne humeur à tout le monde. C’était elle qui l’avait sorti du tunnel noir dans lequel il sombrait lentement. L’épidémie avait remis toutes les pendules à 0, pas vrai ? Ce serait hypocrite de faire le procès de quelqu’un pour des faits déjà enterrés dans son passé. Hypocrite et injuste.

Lentement, Abel s’était approché pour s’assoir à côté d’elle. Pas trop près, il ne voulait pas être intrusif, mais suffisamment pour qu’elle comprenne qu’il ne la jugeait pas. Le désir était vraiment muet désormais. C’était l’unique chose qui le mettait mal à l’aise : vouloir toujours coucher avec elle, ne serait-ce pas comme profiter de son statut « d’ancienne prostituée » ? Mais refuser de le faire, ce serait comme dire qu’elle n’était toujours qu’une catin. Dilemme. Alors il ne faisait rien.

- Dans mon ancien travail… j’ai connu plusieurs actrices qui avaient « commencé » leur carrière en tournant des sextapes amateurs. Je ne dis pas que c’est comparable à ce que tu as vécu, s’empressa-t-il d’ajouter, mais parfois ce n’était pas loin… c’était compliqué pour ces filles-là de faire oublier ce qu’elles avaient fait ; c’était encore plus dur pour elles d’oublier l’image qu’elles avaient d’elles-mêmes.

Car soyons honnêtes, beaucoup des filles de l’industrie pornographiques n’étaient pas forcément heureuses – surtout les amatrices. Parce qu’elles étaient mal rémunérées, mal considérée, voire malmenées pendant les tournages. L’ancien agent avait appris à ne pas juger ces actrices quand il venait à les recruter, parce que pour celles qu’il avait prises sous son aile, ça ne changeait rien à leur talent. C’était ce qu’il voulait que les gens voient.

- Je cherche juste à te faire comprendre que je ne suis pas « choqué », rassura Abel, et ça ne change pas la façon avec laquelle je te vois. Merci de m’avoir fait confiance.

Il occultait la complicité d’homicide parce qu’il ne savait pas quoi en dire. Pour le coup, c’était de Dante qu’il pensait se méfier. S’il avait déjà tué avant que l’épidémie ne balaye les codes humains, il serait parfaitement capable de le faire encore. Oui mais… cette pensée fut tranchée par un constat indiscutable : entre eux deux, la dernière personne à avoir eu le sang d’un vivant sur les mains, c’était le cinquantenaire.

- Tu peux être sûre que je garderai ton secret, affirma l’agent avec un léger sourire, vraiment. Et pour revenir sur ce que tu as dit de mon âge, 10 ans de moins, c’est très flatteur ! Il rit brièvement, j’ai eu Victoria tard comme on dit. Je n’ai pas eu le temps de m’y consacrer avant… et mon ex-femme était beaucoup plus jeune.

Il la revoyait, stagiaire, si belle, si fraîche. Son sourire était magnifique, ses dents bien alignées, des fossettes d’enfant au coin des joues. A l’époque, elle avait toujours le même parfum… le BlackXS pour homme. Elle lui avait expliqué qu’elle préférait celui-là, alors elle se fichait de l’étiquette. Lily…


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