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 Priez ou mourrez

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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Sam 4 Juin 2016 - 13:00


Le corps mal en point du colosse s’assit lourdement dans le véhicule, faisant protester la suspension arrière. Le teint livide, les cernes autour de ses yeux océaniques quelque peu éteints et les gestes qui semblaient se mouvoir dans l’eau indiquaient clairement de l’état de faiblesse du goliath des temps modernes. Durant ces instants où la fatigue et la souffrance étaient rendues à un certain seuil chez la créature de cauchemar, celle-ci tombait littéralement dans un état second. Un peu comme si son corps disproportionné devenait une marionnette, un somnambule. Il continuait à marcher, à suivre le mouvement, à travailler de manière sèche et presque saccadée. Mais l’esprit lent de Robert s’était réfugié dans une crevasse de son subconscient, une zone où de très peu souvenirs heureux étaient enfouis. Si un danger survenait, le protecteur était déjà aux commandes pour défendre l’affreux réceptacle. Mais à cet instant des images tourbillonnaient avec douceur et tendresses devant les yeux dans la vague de Robert. Un peu comme si l’homme était seul dans une immense salle de cinéma et que seuls les instants heureux de sa vie passaient en boucle sur l’immense écran.

Des images de la naissance de Rosalie, sa sœur, lui fut montrer et les étapes heureuses de l’évolution de l’enfante intelligente vers le stade adulte. Une scène qui fit sourire tendrement le colosse dans le monde réel fut lorsqu’il revoyait le coucher de la petite fille de 6 ans. Le géant en a devenir la bordait et c’était elle qui lisait le conte dans le livre. Les dures années de travaux, Bobby avait dû avoir trois emplois à l’époque pour survenir au besoin de sa sœur et de sa mère dépendante des drogues et de l’alcool, passèrent en un éclair. Il avait réussi à envoyer son ange à l’université, l’aider à réaliser ses rêves de professionnelle de la santé. Elle avait eu un incident de parcours, enfin c’est ce que les gens appelaient cela. Pour le mineur, c’était juste des poussières d’ange qui s’était formé dans le ventre de Rosalie pour constituer celle qui serait sa raison de vivre durant les dix prochaines années. Snadra avait conquis le cœur et l’âme si humaine à la seconde qu'il l’avait eu dans ses bras. La petite lui avait saisi de sa petite main l’énorme index de la chose et depuis ce temps les deux ne s’étaient plus réellement lâchés. Lorsque la maladie avait failli emmener la petite fille si brillante de l’autre côté du Stynx, Robert avait passé ses journées à l’hôpital pour prier et la soutenir. Il chantait pour elle, lui caressait les cheveux pendant qu’elle se reposait. Il se cachait même sous le lit pour éviter de se faire conduire à la porte. La docteure Bennett n’avait pas pu manquer les pieds gigantismes dépassés du lit de souffrance de Sandra. Elle avait dit alors qu’il pouvait rester le temps qu’il voulait. Que le chant pur et merveilleux de l’homme semblait avoir un effet bénéfique sur les autres patients. Alors qu’il se revoyait chanter avec son ange souriant, il sentit une petite pression sur son flanc. Dur retour à la réalité pour un instant. Juste pour confirmer ce dont il se doutait déjà. C’était Malou qui venait de l’enserrer délicatement.


Sentir le corps gracieux qui se nichait sur le sien, affreux et déformé, était tout simplement impensable pour la créature. À part ses trois anges de sa vie, aucune personne n’avait voulu entrer en contact avec l’armure de chair lézardée de cicatrice de Robert. Et maintenant l’adolescente semblait apaisée par le balancement régulier du corps en mouvement et le battement hypnotique de l’immense cœur débordant de gentillesse. Ces sentiments que peu de gens cherchaient à découvrir, préférant s’arrêter au premier regard et classer l’erreur de la nature dans la catégorie des monstres. Le sosie de Frankenstein ne rêvait qu’à cet instant de transporter l’âme en perdition dans ses bras pour l’éternité. De se sentir de nouveau utile à quelqu’un remplit de fierté la lie de l’humanité. Tout en caressant machinalement, mais tendrement les cheveux de l’ange lové à lui, la voix du colosse poussait des petites paroles d’un chant. Aucunement ne dérangeant pour les adultes, qui n’entendait rien à cause de leur conversation. Les paroles douces étaient destinées à l’adolescente qui occupait une place importante dans le cœur saturé de cicatrices de l’homme. Une place égale à celle que Sandra détient toujours. Comme si Malorie devenait une nouvelle nièce pour le monstre de foire. Une rédemption d’avoir échouer à protéger ses anges du destin sanglant qu’il n’avait pas pu empêcher. Des tourments et des souffrances que le mineur aurait du endosser à leur place et leur laisser la chance de vire. Elles auraient été utiles pour le monde présent, avec leur intelligence et leur bonté. Lui ne servait à rien maintenant, juste à manger de la nourriture et embêter les gens. Même Breann devrait bientôt le laisser de côté, se demandant pourquoi elle à perdu autant de temps avec le golem de chair. Selene ne venait pas de le laisser tomber pour toujours demander l’avis à Gabriel ? Maintenant elle avait une autre personne intelligente à parler, pourquoi elle continuerait à frayer avec un substitut d’humanité…

Il ne vit aucunement la friandise offerte par Gabriel, Robert était de nouveau spectateur du film de sa vie devant ses yeux. Des instants présents, de sa famille et de sa rencontre avec des êtres merveilleux. Il n’entendit aucunement les explications de l’ange à la peau de porcelaine, il ne fit que suivre le mouvement vers la première maison à incendier. Il ressemblait presque à un bœuf docile, un bétail qu’on pouvait trimballer d’un vert pâturage à l’autre. Mais en vérité le subconscient de l’homme analysait les environs, à la recherche d’éventuelles menaces qui voudraient lui ravir sa famille. Il se laissa guider, enveloppe terrestre pitoyable, par une petite main. Un peu comme une enfant qui voulait aller voir les jouets en vente tirant un père éternuer de faire les magasins. Bientôt un premier incendie s’éleva dans la noirceur du ciel, les flammes essayaient de chatouiller les étoiles…

HRP:
 



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Dim 5 Juin 2016 - 17:39

Selene n'avait pas répondu à ses confidences et elle comprit très bien sa réaction.
Que dire de ces projets, de ces rêves quand on voyait le monde tel qu'il était devenu ?
Rien, c'était évident.
Malou sentit que son avenir était rayé de la carte tout comme celui de la jeune femme.
Il n'y aurait pas d'école d'arts plastiques, ni de toiles à exposer dans les galeries et le piano avait plaqué un dernier accord qui devait résonner en point d'orgue macabre dans le cerveau de la musicienne.
Il ne restait plus que cette odeur de mort qui s'insinuait au plus profond de tous les êtres.
Malgré une tristesse passagère, son visage s'éclaira face à la réaction de sa Muse à propos du poignard et s'empressa de le donner à Gabriel comme un herpétophobe tendrait un serpent à son voisin.

Enfin on leva le camps.
Nounours ne semblait pas davantage reposé pour autant, ses yeux étaient éteints, ses mouvements lents et plus lourds que d'habitude.
Malou se demanda ce que Selene attendait pour lui donner la boîte de viande réservée pour lui mais n'osa pas insister tant chacun semblait concentré sur la tâche future.
D'ailleurs la jeune femme dépliait un plan du secteur.
Malou tenta de suivre les explications mais les noms de lieux et de routes lui donnèrent rapidement le tournis; la carte déployée ne ressemblait à rien d'autre que des taches vertes et grises, sillonnées de traits en tous sens; tout était plat elle ne reconnaissait même pas la forêt !
Elle se concentra sur le doigt pointé qui suivait un tracé, faisait un cercle sur ce qui devait être l'emplacement de l'église puis se dirigeait vers un coin pour montrer les points d'incendies.
Perplexe, elle se gratta la tête avant d'arborer un visage de bonne élève qui a tout compris, ce qui était loin d'être le cas !
Qu'importe, elle se fierait à son instinct et puis, elle ne serait pas seule et n'avait pas peur de se perdre; cela lui était arrivé tellement souvent qu'elle était blindée à ce niveau là.

Décrochant des différentes mises au point théoriques, elle prit un réglisse que Gabriel lui tendait, se rapprocha de Nounours et se blottit contre lui non pour se laisser aller mais afin de lui insuffler un peu de son énergie, de le réchauffer de son amour.
Quand Bobby lui caressa les cheveux, aux anges, elle se serra encore plus contre lui et entendit la chanson qu'il fredonnait tout bas. Cet homme était tellement magique qu'elle aurait voulu l'embrasser mais n'osa pas; à la place elle reprit le refrain d'une petite voix cristalline et incertaine.

Quand la voiture ralentit, roulant sans phare elle se raidit et inspecta les alentours. Il faisait très noir, il n'y avait pas de Lune, il semblait faire froid, cela ne la rassura pas.
Elle entrevoyait un autre plan qui lui semblait plus efficace mais n'eut pas le temps de le communiquer: la voiture s'était garée, chacun avait sauté du véhicule, prit sa place dans le groupe et Nounours avait déjà balancé ses bombes artisanales sur la première bâtisse qui s'enflammait.
Zyva, et je fais quoi moi ?
Songea t-elle acerbe, je compte pour du beurre ?
Elle haussa les épaules et attrapa la main de Nounours qui semblait se diriger vers la deuxième maison à incendier.

Concentrée à marcher comme un Sioux, les oreilles au aguets du moindre bruit elle suivait le groupe jusqu'au moment où elle crut remarquer un léger bruissement suivi d'un déplacement feutré.
Ce n'était peut-être qu'un animal mais, la méfiance aiguisée à son paroxysme, elle lâcha la poigne chaude et rassurante du grand homme afin d'attraper son rouleau à pâtisserie et se dirigea très légèrement, sans quitter le chemin pour autant, vers le buisson dont le feuillage avait anormalement frémit.
Ce fut le pas de trop.
Elle se sentit happée vers le haut par un filet dont les mailles se refermèrent sur elle à la vitesse de l'éclair.
Elle venait de marcher sur un piège et se retrouva suspendue à la cime du gros arbre où le traquenard avait été posé.

De surprise, elle poussa un ah ! Pas très fort, peu sonore mais tout de même, elle venait de crever le silence épais qui les avaient protégés jusque là, signalant peut-être leur présence.
Accrochée tout là haut, entre ciel et terre, elle pleurait d'une rage silencieuse tant il aurait dû être évident de prévoir que ces gens, ces fous de dieu doublés d'assassins avaient forcément posés des embuscades le long de tous les chemins qui menaient jusqu'à eux.
Elle n'y avait pas pensé et s'en voulait au plus haut point: plutôt que réfléchir avec tout le monde sur les détails de leur périple elle avait préféré jouer les midinettes avec Bobby, se tracassant de son âge physique de ses nichons et de ses règles plutôt que d'évaluer les dangers potientiels, comme une bécasse, pire, comme une dinde qu'elle était !

Sans perdre de temps elle sortit le rasoir-coupe-choux de sa poche et lança au groupe:
ne m'attendez pas, poursuivez votre chemin, je saurai me débrouiller toute seule !
Elle faisait en sorte de ne pas parler trop fort; une chance, le vent était pour elle, le son de sa voix ne se propageait pas et descendait directe dans les oreilles de ses compagnons, aussi continua t-elle:
Dès que je serai descendue de ce putain d'arbre je vous rejoindrai, sinon je me cacherai, filez ! Ne vous faites pas avoir par ces cons !
Et sans perdre de temps elle commença à couper les premières mailles; c'était de la simple corde, épaisse mais facile à déchiqueter; bientôt sa petite taille lui permettrait de se faufiler par le trou, de se glisser jusqu'à une branche qui la conduirait près du tronc; il n'y aurait plus qu'à amorcer la descente à moins qu'une autre embûche ne l'attende à peine le pied posé à terre...
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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mar 7 Juin 2016 - 17:26

Gabriel écouta d'une oreille attentive le déroulement précis du plan de Selene. Il avait rangé les clés du camion de pompier dans sa poche en entendant qu'ils n'en auraient pas besoin. Mais au cas où, autant les avoir quand même sur soi. Il tenta, tant bien que mal, d'imprimer dans son esprit le tracé qu'ils auraient à parcourir. La zone était très boisée, ce serait une chance pour eux car ils pourraient plus facilement passer inaperçu au cas où il y aurait des sentinelles.
Alors que la pianiste faisait route vers leur destin, l'instituteur s'était emparé de la carte pour l'étudier encore quelques instants. Si les choses tournaient mal, ce ne serait pas mal de se souvenir de la configuration des lieux. Et rien ne valait un plan aérien. Ah ! La magie des satellites ! Il s'en passerait du temps avant que de nouveaux clichés ne soient prit de la haut... Sans trop savoir pourquoi, Gabriel se mit à penser à ces machines en orbites qui continuaient de tourner inlassablement autour de la planète, sans plus personne pour les entretenir. Finiraient t-elle par s'écraser un jour ? Ou bien tourneraient t-elles indéfiniment, encore bien des siècles après que le dernier être humain ait rendu l'âme ? Et les astronautes abandonnés dans leurs capsules... Étaient t-il déjà morts ? Le seraient t-il bientôt ? Avaient t-ils seulement comprit ce qui était arrivé sur terre ?

Les yeux rivés sur les nuages qui masquaient le ciel, ses pensées avaient dérivé à des milliers d'années lumières de là. Il ne revint à la réalité que lorsque le moteur cessa de vrombir, signalant qu'ils étaient arrivés à destination. La carte toujours sur les genoux, il la replia habilement et la glissa dans la boite à gant alors que Selene lui demandait de surveiller leurs arrières. Ça lui convenait. Il acquiesça mais s'avisant que dans l'obscurité elle n'avait pas dû le voir, il ajouta :
« Ça marche. »

Sur la recommandation de la jeune femme, il voulu prendre son canif mais le poignard que Malou lui avait donné quelques instants plutôt serait sans doute plus efficace. La lame était plus longue et le manche plus épais. Il ne pourrait pas le replier celui-là mais il pourrait lui sauver la vie. Laissant son canif bien au chaud dans sa poche, il sortit le poignard de Malou qu'il avait glissé dans son sac en prenant soin de ne rien transpercer avec. Tâtant la lame dans le noir pour en juger le tranchant, il fut satisfait. S'assurant que son flingue était à portée de main, il le glissa dans sa poche gauche de sorte qu'il pourrait s'en saisir facilement, la sécurité enclenchée. Il ne devrait pas oublier de la retirer s'il devait tirer.

Dans l'obscurité, la silhouette de Bobby était encore plus effrayante qu'en plein jour. Marchant le dos un peu voûté, il avait l'air abattu. À moins que ce ne soit sa démarche habituelle ? Quoi qu'il en soit, l'état du géant l'inquiétait.

« Ça va aller Bobby ? » murmura t-il tout en guettant les alentours.
Il n'avait pas dû l'entendre car il n'obtint aucune réponse. À moins que le colosse n'ai parlé trop bas ? Il fermait la marche mais il aurait bien voulu demander à Selene si le comportement de son ami était normal ou au contraire préoccupant. Elle-même était en tête et lorsqu'ils arrivèrent devant la première maison à faire cramer, il resta simplement à faire le guet pendant que le feu fut allumé. Guettant la pénombre avec toute l'attention dont il était capable, il sentait son cœur battre à tout rompre dès qu'il croyait percevoir un mouvement. Il avait dégainé son flingue des deux mains, tenant son poignard de sa main droite tout contre la crosse de l'arme à feu, lame vers le sol.

Lorsque la chaleur et la lumière de l'incendie commencèrent à s'élever, ils filèrent directement vers la deuxième. Pour le moment, tout se passait comme prévu et Gabriel se rasséréna un peu, restant tout de même aux aguets. Fermant toujours la marche, il marchait parfois de biais pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis. Soudain, il vit que Malou commençait à s'éloigner du groupe. Continuant d'avancer, il ne voulu pas l’appeler, de peur de briser le silence qui les entourait. Il émit un petit 'tssst' histoire de prévenir les autres pour qu'ils n'aillent pas trop loin et qu'ils se retournent.
Mais à peine une seconde après, Malou se retrouva aux prises d'un filet, suspendue dans l'arbre comme un sac de pomme de terre, se balançant légèrement aux rythme de son élan.

Replaçant rapidement son arme à feu dans sa poche, il ignora superbement les recommandations de la gamine et chercha à tâtons la corde qui retenait le filet et qui, logiquement, devait se trouver quelque par accrochée au tronc. Apercevant les silhouette de Selene et de Bobby, il leur murmura le plus doucement possible :

« Allez incendier la deuxième, si tout se passe bien on se rejoint à la voiture et on file à l'église. Pas la peine de perdre plus de temps. »

Même si Selene n'avait pas forcement envie de les laisser en arrière, c'était le choix le plus logique. Plus ils mettraient de temps à incendier la deuxième maison et à filer vers leur butin, et plus ils avaient de chance de rencontrer de très gros ennuis.

« Vite ! » Ajouta t-il à la silhouette la plus fine qui lui faisait face.

Continuant de chercher la corde qui retenait le filet, il entendit que Malou avait commencé à couper les liens de son propre côté. Mais voilà qu'il mit enfin la main sur un épais nœuds qu'il suivit du bout des doigts jusqu'à la corde tendue qui retenait le filet. Elle était beaucoup trop épaisse. Jamais il ne pourrait la couper rapidement, même avec son poignard. 'Fais chier !'

Mais Malou, débrouillarde, était déjà en train de se glisser hors des mailles, s’accrochant à la branche pour rejoindre le tronc. Il suivit sa progression et l'aida à descendre les derniers mètres jusqu'au sol. Alors qu'elle posait les pieds à terre, Gabriel crut entendre des murmures. Cela aurait tout aussi bien put être le vent, mais il était à ce point tendu, qu'il ne prit aucun risque. Posant sur la bouche de la jeune fille sa main qui ne tenait pas le poignard, il se plaqua dos au tronc d'arbre après en avoir fait le tour pour ne pas être face au chemin. Des bruits de pas retentirent, précédent les murmures. Respirant à peine, il relâcha un peu la pression exercée sur la bouche de Malou pour qu'elle puisse mieux respirer, il lui enserrait la taille de sorte qu'ils soient tous les deux le plus possible plaqués au tronc d'arbre. Ainsi, dans la pénombre, personne ne pourrait les voir depuis le chemin. Respirant le plus doucement possible, il sentait battre son cœur contre sa poitrine avec une telle violence qu'il craignait qu'il ne finisse par en sortir. Contre son ventre, le dos de Malou lui semblait bien frêle.

« Tiens, regarde ! » entendit t-il murmurer sur le chemin. Gabriel sentit son cœur louper un battement. « Ce foutu piège s'est encore enclenché pour rien ! J'avais dit à Tony que c'était de la merde son truc. Le moindre lapin qui passe et 'TAC' »
Soudain, les deux interlocuteurs se figèrent.
« Tu sens rien ? » demanda l'un des deux.
À cet instant, les flammes du premier incendie atteignirent une telle hauteur que leur lumière s'étendait jusque sur le chemin.
« Putain de merde ! » s'exclama le premier des deux hommes, alors que tous deux commençaient à courir vers le lieu de l'incendie. Le reste de leurs paroles furent emportées avec eux et Gabriel relâcha Malou, restant quelques secondes encore adossé contre le tronc d'arbre. Se passant une main sur le visage, il se rendit compte qu'il tremblait.

« Désolé, je t'ai pas fais mal j'espère ? » demanda t-il tout bas à la petite silhouette qu'il distinguait de mieux en mieux à mesure que les flammes gagnaient en intensité. De l'autre côté du chemin, il n'y avait toujours pas le moindre signe de flammes à l'horizon. Gabriel avait dit à Selene qu'ils se rejoindraient à la voiture mais si les choses avaient mal tourné pour eux...
« Allons voir comment ils s'en sortent. » suggéra t-il à Malou, toujours en murmurant.
Puis ils commencèrent à se diriger avec prudence vers le lieu du deuxième incendie prévu.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mar 7 Juin 2016 - 19:26

Incendier la première bâtisse, ça c’était la partie facile. Aucun obstacle ne se dressa sur leur route et bientôt, les premières flammes léchèrent les fondations de bois de la maison pittoresque. Bobby n’avait pas l’air dans son assiette, Selene le sentait. Muré dans son mutisme, sa grande silhouette se déplaçait comme un robot, mécanique. Il devait toujours être affaibli, mais il était désormais trop tard pour faire marche arrière.

Les yeux bleus se la musicienne scrutèrent une zone boisé. La traverser devrait être plus court pour rejoindre la prochaine zone de leur méfait, mais l’obscurité épaisse empêchait de voir ce qui s’y trouvait. Il y avait peu de chances que les fanatiques les y attendent, couteaux en mains, mais il y avait un risque de se perdre ou de faire du bruit. Il faudrait la contourner. Elle fit signe à ses comparses qu’ils repartaient au moment où l’ombre maigrelette de Malorie s’élevait, happée par un filet.

La pianiste se tendit brusquement, craignant que quelqu’un n’ait entendu son cri étouffé. Bien sûr. On recommandait de rester groupé et que faisait l’adolescente ? Elle s’éloignait seule sans les prévenir. Cette dernière leur recommandait de poursuivre et réellement, Selene fut traversée par l’idée d’en profiter pour la semer. Les flammes continuaient à monter, se répandant lentement le long des poutres et sur l’herbe sèche du jardin. D’un instant à l’autre, quelqu’un pourrait venir.

Gabriel fit hésiter l’étudiante. Chevalier au grand cœur, encore une fois, il décida de rester aider la sauvageonne. La musicienne était tiraillée entre la force de la logique et sa promesse de le sortir d’ici vivant. Elle ne se pardonnerait jamais qu’il arrive quelque chose au professeur alors qu’elle avait cessé de le surveiller. Un frisson glacé la traversa, mauvais présage, et elle céda en lui murmurant :

- Faites attention.

En compagnie de Bobby, elle s’éclipsa le plus vite possible. Même si elle avait une bonne mémoire, ce n’était pas la même chose de se souvenir des tracés du plan vu du ciel que de se trouvée en plein milieux de ces rues inconnues. Lesquelles seraient idéales ? Quel chemin emprunter ? Était-il arrivé quelque chose à Gabriel ? Cette pensée refusait de s’extirper de son cerveau. Bien ancrée, comme une maladie.

Selene découvrit finalement le lieu idéal : une espèce de grange, sans doute abandonnée depuis bien longtemps. Les nuages s’étaient légèrement écartés et le mince croissant de lune qui trônait dans le ciel noir éclairait ses contours massifs. Ça ferait un superbe feu de joie. Brusquement, elle s’agrippa au manteau du géant et le tira – tant bien que mal – à l’abri d’un des arbres qui longeaient la rue. Il y avait deux personnes devant leur objectif. A voit l’embout incandescent qui éclairait leurs visages d’une lueur orangée, ils étaient en train de fumer. Seul l’un des deux avait une carabine en bandoulière, l’autre n’était pas armé. Impossible d’entendre ce qu’ils se disaient, ni de savoir s’ils partiraient bientôt.

Le temps filait, glaçant plus encore la peau de la jeune femme à chaque instant. Elle songea à trouver un autre spot, mais le premier incendie devait être bien engagé désormais, ils ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps. Néanmoins, plus ils traînaient ici, plus ils risquaient d’être bloqués ou découverts.

- AU FEU !

Concert de voix. Leur premier délit venait d’être découvert, plusieurs personnes criaient pour alerter leurs comparses. Le défilé allait commencer, il fallait que tout soit réglé avant que les fanatiques triomphent mais surtout, avant que les morts débarquent, attirés par la fournaise. L’alerte avait affolé les deux veilleurs de la grange, ils écrasèrent vivement leurs clopes et coururent dans la direction du halo flamboyant qui s’élevait dans le ciel.

- Allez viens, vite !

Pressant Bobby, Selene se précipita vers le lieu où ils allaient lancer leur cocktail molotov. Au moment où le verre se brisa et que le feu jaillit instantanément, la lumière éclaira une silhouette féminine, vêtue d’un poncho marron. Elle était en retard sur ses acolytes mais comme elle ne fumait pas, la musicienne ne l’avait pas vue. Les deux jeunes femmes se dévisagèrent une seconde qui parut durer une éternité, puis la pianiste agit instinctivement. Ne laissant pas le temps à l’inconnue de sortir de quoi se défendre, elle se jeta rageusement sur elle pour l’envoyer au sol. Elles roulèrent dans l’herbe, luttant comme des chats de gouttière, l’étudiante prit le dessus et balança violemment un coup de crosse dans la figure de la fanatique. Celle-ci tenta de crier, un second choc avorta son exclamation, un troisième la sonna à moitié. Elle se débattait maladroitement, cherchant une prise sur le corps gracile de Selene qui frappa encore une fois, si fort que sa mâchoire se déboîta.    

Trente-six chandelle devant les yeux, handicapée par la douleur, l’inconnue ne put empêcher la pianiste de tirer son couteau de chasse de sa ceinture. Elle ne se contrôlait plus, poussée par l'adrénaline et un embryon de folie. Sans réfléchir, elle lui planta sa lame profondément dans la gorge. Le sang gicla, chaud, éclaboussant les traits ivoirins de la musicienne qui se redressa. Les yeux froidement posés sur son œuvre, ses cheveux en bataille, elle avait l’impression de s’éveiller d’un rêve. Cette femme qui s’étranglait dans son sang, le visage tuméfié, ce n’était pas de sa faute…

Il lui fallut toute la force de sa volonté pour s’extirper de cette contemplation morbide. Les flammes s’élevaient vite, engloutissant la grande avec avidité. Le plan n’était pas terminé, ce n’était que la première étape. Ses mains couvertes de sang frais tremblaient quand elle rangea son arme luisante, des spasmes trop difficiles à retenir.

- On retourne à la voiture ! Commanda-t-elle d’une voix blanche.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mer 8 Juin 2016 - 8:09

La pathétique créature affaibli ne pouvait que traîner ses bottes sur le bitume fatiguer de la municipalité. Il ressemblait de plus en plus à l’ombre de lui-même, le dos massif voûté et la tête entrer dans les épaules. Le teint livide rajoutait une once de désespoir à la démarche chancelante du mineur. Un inconnu aurait cru que l’homme difforme avait rejoint les légions des damnés qui parcourait la terre des hommes. L’ange déchu menait le groupe, ne se souciant aucunement de celui qui aurait pu tout faire pour elle. Empathique, Robert avait surpris les regards en coins entre elle et le professeur. Les sourires tendres et complices que les deux êtres s’échangeaient. La simpliste créature avait compris à la seconde. Il venait de subir de nouveau ce qu’il avait subi toute sa vie. Bobby sentit son cœur immense et parsemer de cicatrices se tordre, se rompre et se faire déchiqueter par les griffes de la réalité. Sa sœur d’âme, sa première confidente dans ce monde immonde et gris venait de le rejeter à causes des fautes qu’il venait de commettre. Maintenant elle n’avait plus besoin du monstre de foire, la pianiste avait rencontrer Gabriel. Pourquoi maintenant la musicienne allait se compromettre avec le géant repoussant et si peu intelligent. Bientôt elle allait surement le chasser du chalet, comprenant qu’il ne servait plus à rien. Le regard des autres allaient changer, considérant maintenant le substitut d’humanité comme un rejet de la société, un parias immonde. Breann n’allait plus l’aimer c’est sûr. La mince confiance en lui qu’il avait peiner à construire depuis les derniers mois s’effondra comme un château de cartes. Balayer par le mépris soudain de l’ange de porcelaine. Le mastodonte aurait pu tout faire pour l’être divin, mais il se mourrait à petit feu à cet instant. Son sang qui circulait dans son corps phénoménale s’était tari, ses forces s’amenuisaient. Au lieu de se préoccuper du golem mal en point, Selene continuait de foncer droit devant sans se préoccuper de l’être indigne qu’il était. Sans un regard pour l’adolescente si gentille qui guidait l’erreur de la nature par la main. L’artiste de la symphonie semblait ne s’intéresser au bel homme avenant qui venait d’apparaitre. Même si Robert aurait voulu, il ne pourrait pas en vouloir à l’ange déchu. Il ne valait pas la peine qu’on s’occupe de lui.

Les flammes qui dansaient ne réchauffaient aucunement le cœur pulvériser du mineur. Ce n’était qu’un aperçu de sa vie qui venait de prendre un tournant. De passer d’un état de grâce divin, de s’épanouir peu à peu juste au moment où le sol s’ouvrait brusquement sous les pieds pour plonger l’homme abasourdit dans les tourments des sept cercle infernaux. La seule stabilité dans cet univers chaotiques ou la violence et la traitrise semblaient se complaindre ce fut la main angélique dans la grosse paluche couverte de cicatrice du mineur. Serrant tendrement la petite poigne dans la sienne, Robert s’accrocha à la présence de l’ange de l’innocence comme un naufragé à sa bouée. À cet instant précis, l’univers de l’homme n’était rattacher qu’à cet petite femme en devenir, cet étincelle humanité dans ce monde de ténèbres. Il se sentait de nouveau utile, prenant pied sur la pente glissante de sa propre déchéance. Se laissant guider par Malorie, faisant preuve d’une confiance aveugle envers l’adolescente, la bête repris le chemin. Bobby ne pouvait s’empêcher de songer à sa nièce adoré, à la seule personne omis sa sœur qui ne lui avait jamais fait de mal. Avançant d’un pas de plus en plus incertain, puisant dans des réserves d’énergies de plus en plus maigre, l’esprit de l’homme vagabondait dans les plaines stériles de son subconscient. Il voulait tant revenir à la maison. Serrer son ange au regard de saphir dans ses bras et se faire murmurer des paroles réconfortantes. Présenter l’adolescente à sa famille d’adoption et jouer avec Frost. Chanter des chansons douces et si apaisantes à tous ceux qu’il aimait.

Les doigts effilés de l’adolescente se glissa hors de l’emprise de la paume du géant. Pathétiquement les phalanges de l’homme se referma sous le vide de la présence réconfortante de ce contact humain. Une détresse tangible se propagea sur le visage aux traits grossier du mineur. Un cri étouffer fit arrêter de battre le cœur de l’homme, congeler son sang dans ses veines et glacer son échine. Voyant le piège qui avait capturer la jeune femme, tel un filet d’un collectionneur qui avait capturer un papillon d’une rare beauté, une colère sourde envahit l’âme du colosse. Un tsunami de colère déferla sur sa fatigue, ses doutes et ses reproches. N’étant pas un homme de violence, la paisible créature laissait soit couler ou bien fuyait les confrontations. Mais les habitants déjanté de Brionn, ces fanatiques qui semblaient croire être la volonté divine, venaient de transformer le géant si calme en le monstre qu’il croyait. Il ne voulait qu’à cet instant écraser avec ses mains immenses chaque crâne de ces supposé humains. Arrêter leurs transition vers le mal et la souffrance d’autrui de manière définitive et expéditive. Le regard océanique rencontra alors celui de la sauvageonne. Des éclairs d’affections, d’inquiétudes et surtout de sollicitudes zébraient le ciel bleuté si pur de ses iris. Il allait se proposer pour attendre Malorie, la protéger et se racheter de son imbécilité, mais Gabriel fut plus rompre. Aussitôt Selene entraîna la créature hagard qui ne put que souffler quelques mots qui témoignait de son trouble.

Robert- Euh… On se retrouve à l’auto… Chaton fais attention à toi ok? Gaby aussi attention…

La suite des événements se déroula comme un cauchemar pour la bête grotesque. Un peu comme si son âme était rester auprès de celle qui lui faisait tant penser à sa nièce adorée. Les gardes, le feu, l’impuissance de l’homme face à la violence de la lutte de la survie des deux femmes. Il ne put qu’assister à la victoire sanglante de Selene sur son adversaire et de son ordre sèche de revenir à la voiture. Mais une ombre gémissantes de propos sacrés ,se détailla dans le brasier, se plaça dans le dos de l’ange de porcelaine. Sans aucun ménagement, la bête poussa la belle de la trajectoire de la lame sifflante qui entama la manche de la chemise du golem de chaire. Même si il savait qu’il ne méritait aucune attention de la jeune femme, il devait la protéger quitte en à mourir. La pianiste servait à la famille avec ses décisions et sa présence charismatique. Lui ne servait qu’à manger de la nourriture qui pouvait servir aux autres. Le choix serait facile à faire. Il était d’une nullité sans borne et n’était utile que comme garde du corps. Donc sans aucune hésitation, le mastodonte balafré se jeta dans la mêlée. L’homme de foi n’était d’un ouragan de violence et de haine, proférant des menaces pour eux qui lui avait enlever sa raison de vivre. Sans aucune passion, ni de sentiments, le géant désarma l’homme en bloquant son bras armé et en appuyant sur le point de pression à la base du poignet de son agresseur. C’était celui armé d’une carabine qui n’avait pas vu la femme revenir qui avait décider de venir enquêter. Et maintenant la douleur de voir celle qui aimait s’étouffer à cause de la plaie sanglante à sa gorge venait de perdre la raison. Agissant comme une bête, il mordit la main du géant juste au sang. Celui-ci ne put réprimer un élancement de douleur et de souffrance sur son faciès monstrueux. Repoussant l’homme qui était devenu sauvage, le colosse ne put ressentir une peine affreuse serpenter dans son être. En tombant au sol, l’homme avait ramper les quelques mètres pour rejoindre la mourante et il lui avait pris la main pour l’accompagner dans son trépas. Avant que les deux survivants aient pu faire un geste, le fanatique dégaina une lame à sa ceinture et se la planta sous la mâchoire pour perforer son cerveau. Un dernier acte d’amour dans ce monde de folie, là où la détresse de l’homme avait agi pour l’empêcher d’affronter la vie sans sa raison de vivre.

Voyant le visage blanchâtre de l’ange déchu le regarder, Robert se pencha un peu vers l’avant, réprimant la souffrance dans son regard océanique. Elle ne voulait plus qu’il la touche, Robert fit de même. Sortant le ruban gris de sa poche, il fit un signe de négation à Selene en chuchotant, la tristesse dévastant sa voix rauque.

Robert- Non c’est ok je m’occupe de moi… Euh… Pour le sang sur toi, je dis rien. Pour les autres juste à dire que c’est moi qui a merder encore et qui s’est blessé… Euh… On part…

Il pansa maladroitement sa main mordu par l'homme dément. Même encore avec toute la traîtrise et le rejet qu’il avait endurer, le géant essayait de protéger l’ange de porcelaine. Il fera tout pour sa famille et son amie juste à son dernier souffle. Stupide animal loyal qu’il était. Sans un regard en arrière, laissant les deux victimes de l’amour agonisant sur le bitume, la bête de foire ne put s’empêcher d’avoir une pensée. Même au-delà de la mort, les deux êtres était réunis et même leurs sang s’entremêlaient pour profiter d’une dernière caresse. Les pas chalouper de l’homme difforme semblait avoir gagner de la vigueur, un brin d’espoir guidait sa démarche gauche. Dans l’esprit de l’homme qui voyait le Land Rover au loin, il ne voulait que Malou et Gaby aillent bien…

HRP:
 



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mer 8 Juin 2016 - 17:29

Du haut de son arbre, Malou avait très bien lu le regard muet de reproche et de dédain de la pianiste mais elle s'en fichait; cette femme était décevante; non seulement elle n'avait aucune sensibilité mais en plus elle maniait à merveille l'égoïsme des chefs, de ceux qui aiment commander et détenir le pouvoir.
Amère, perdant d'un coup l'espoir d'avoir une soeur de coeur, Malou était à deux doigts de lui balancer: « allez, casses-toi ! Dégage et oublies-moi » mais se tut; elle avait fait assez de bruit comme cela.
Elle entendit Gabriel annoncer qu'il resterait avec elle. Elle n'avait pas besoin d'un baby sitter mais s'abstint là aussi de commentaire car elle venait de croiser le regard inquiet mêlé de tendresse de Nounours; du coup elle lui envoya un maigre sourire de réconfort.
Elle n'avait rien à faire dans ce groupe et rêvait de retrouver sa solitude; elle restait là juste pour lui, son grand géant, cet homme tout droit sorti des contes de fée les plus fous où la fin, invariablement annonçait: «...Et ils vécurent heureux jusqu'à la fin de leurs jours... »; elle y croyait dur comme fer, elle ne connaîtrait pas d'autre amour et donnerait sa vie pour lui.

Emplie d'un nouveau courage, elle s'acharna sur les mailles tandis que Gabriel tentait vainement de couper l'énorme corde qui retenait le filet.
Elle fut surprise de constater à quel point le rasoir coupait bien; en quelques minutes elle fut libre et descendit de l'arbre tel un singe mais à peine eut-elle posée le pied au sol que l'homme aux beaux yeux la plaqua contre lui, main sur la bouche.
Une envie irrésistible de lui balancer un coup de latte l'assaillit: elle n'était plus une gamine, merde ! Elle les avait entendu les bruits de pas !
Le premier mot fut à peine sortit de la bouche de l'inconnu que silencieusement, en un geste très lent, elle sortit son rouleau à pâtisserie et se raidit, prête à l'affrontement. Elle avait une confiance très moyenne dans les capacités de défenses de Gabriel, il était trop doux, trop pacifique; en cas d'attaque ses hésitations pourraient leur être fatales.

D'un coup le vent tourna.
Durant un quart de seconde Malou blêmit d'angoisse, ils allaient être repérés !
mais au lieu de leur odeur, c'est l'effluve âcre de fumée qui emplit leurs narines. Figée, elle attendit que les deux hommes s'éloignent au pas de course avant de répondre: non, tu ne m'as pas fait mal mais j'aurai pu me débrouiller toute seule !
Elle leva la tête afin de contempler l'oeuvre de son héros. Sans lui, Selene n'était rien; sans lui elle n'aurait jamais pu aller voler les réserves de la secte; s'en rendait-elle au moins compte ?

Elle n'avait plus qu'une hâte à présent c'était de rejoindre le grand homme aussi acquiessa t-elle d'un signe de tête, les yeux pleins de reconnaissance à la proposition de Gabriel.
Ils marchèrent quelques temps en silence et au croisement entre route et forêt, l'adolescente pointa du doigt le mince ruban de bitume qui menait au village.
Autant elle ou Nounours auraient pu le faire, autant Selene n'aurait pas pris le risque de se perdre dans les bois, elle en était sûre.
Ils ont prit par là, murmura t-elle, viens ! Mais à peine avait-elle fini sa phrase qu'elle entendit un hululement de hibou.
Elle stoppa nette et d'un geste autoritaire arrêta l'élan de Gabriel: ce n'était pas le rapace qui avait émit ce cri, c'était un humain, elle aurait mis sa main à couper.

Elle s'apprêtait à cogner ferme quand, jaillissant d'un buisson, un individu des plus étranges se posta devant eux.
Petit, hideux, maigre, en haillons, l'homme était complètement difforme et bossu; un de ses yeux était crevé tandis que l'autre reflétait la folie.
Paradoxalement, à peine Malou eut-elle jaugé la malheureuse erreur de la nature, qu'elle rangea son rouleau à pâtisserie et baissa la garde.
Le regard du dément ne reflétait pas l'agressivité mais la perdition.
D'un geste mal habile, tordant sa silhouette, l'homme les invita à se cacher derrière le bosquet qu'il indiquait.
Tout dans son attitude montrait qu'il voulait communiquer quelque chose.
Confiante, Malou le suivit tout en lançant à Gabriel qui semblait indécis: fais comme tu veux moi je reste.
L'idiot s'assit sur une pierre qui avait l'air d'avoir été posée la exprès puis ses yeux se perdirent dans un autre monde.
L'adolescente s'accroupit et attendit qu'il prenne la parole.
C'est avec une voix de fausset, haute contre, comme s'il avait été châtré qu'il s'exprima en dodelinant de la tête:

Hérétique !
Dieu n'offre pas son pardon à qui s'égare de son chemin
Il vous avale dans ses entrailles et vous enferme dans sa cage.
Ö inhumaine férocité cachée sous les pauvres atours,
Berceau sanglant de l'agneau immolé par la puissance ténébreuse,
Méfie-toi étranger qui pénètre sur ses terres.


Hérétique !
Tel sera ton nom gravé au fer rouge en ton sein.
Fuit l'arène sanglante Séraphin
Fuit la dent aiguisé du monstre féroce...


Puis, prenant tout à coup une autre voix il ajouta:
oui, oui, pardon Seigneur,
Séraphin est hérétique,
Il mérite les châtiments extrêmes imposés au corps impur.
Chasse Satan de cette âme mon Seigneur.


Non, termina t-il en changeant encore de voix
Séraphin n'est pas mauvais homme
Il grattera la terre, fera un trou.
Alors le sol se dérobera en un boyau jonché de multitudes jusqu'au Nadir.
Mais le Sage contemplant le Zenith
Soulèvera la voûte céleste noyée dans le labyrinthe Sacré
Qui le conduira jusqu'à l'église vidée de ses joyaux.


Enfin, se levant, toujours en état second, il murmura plusieurs fois en s'éloignant:
Malheur à qui tombe dans leurs griffes.
Celles du Démon ne sont pas tant aiguisées.
Malheur à Séraphin, malheur à l'Hérétique.
Les entrailles de Dieu vous-dis, malheur !


Le nain bossu avait disparu dans la forêt. Le silence de Malou tomba comme un chape de plomb.
Abasourdit, elle se releva en murmurant:
on dirait qu'il a voulu communiquer un message...
Et sans même voir si Gabriel était resté ou non, elle prit ses jambes à son cou, se dirigea vers le deuxième incendie qui illuminait les alentours, passa devant les deux cadavres et arriva au moment où Selene ordonnait: « on retourne à la voiture ! »

Suivant le groupe, Malou regarda Nounours avec de grands yeux effrayés.
A qui pouvait-elle confier ce qu'elle venait d'entendre si ce n'était à lui qui saurait l'écouter et la croire sur parole ?
Selene n'entendrait rien et la prendrait pour une cinglée; à moins que Gabriel appuie ses dires mais avait-il été présent ? Subjuguée par Séraphin, elle n'y avait pas prêté attention.
Se rapprochant de Bobby elle lui raconta tout. Seul une âme comme la sienne pourrait décrypter ce qu'elle avait cru comprendre mais il lui fallait une certitude.
S'il pensait comme elle, elle aviserait.
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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Jeu 9 Juin 2016 - 15:22

Lorsque Malou voulu l’entraîner à travers les arbres pour couper court, il hésita franchement. La nuit était sombre, pour ne pas dire complètement obscure. Et ce n'étaient pas les quelques flammes qui commençaient de s'élever vers le firmament qui les éclaireraient une fois qu'il s'y seraient enfoncés. Malgré tout, il ne pouvait pas laisser la gamine toute seule en plein territoire ennemi alors que leur groupe venait déjà d'être scindé en deux. À contre cœur, il la suivit mais elle sembla se figer aussitôt. Elle avait dû entendre quelque chose qui lui avait échappé car à part les bruits naturels de la nuit et de sa faune locale, rien ne l'avait alarmé.
Silencieux et à l'écoute du moindre bruit qui trahirait la présence d'une quelconque menace, Gabriel venait de poser la main sur la crosse de son flingue qui était toujours logé dans la poche de son pantalon. Son poignard était également prêt au cas où il ne s'agirait que d'un putréfié solitaire.

Lorsque ce drôle de type leur fit soudain face, Gabriel n'hésita plus et dégaina son arme à feu d'une seule main, son poignard brandit de façon menaçante dans l'autre. Au moindre geste suspect, au moindre cri d'alerte pour attirer ses compagnons, il l’abattrait sans le moindre état d'âme. C'était la vie de son groupe contre celle de ces cinglés. Et même si tuer était quelque chose qu'il avait en horreur, il aurait bien le temps de se molester plus tard pour ses mauvaises actions. Pour l'heure, il devait protéger Malou, quoi qu'elle en dise, et rejoindre Selene et Bobby.
Mais étrangement, la gamine sembla se rasséréner rapidement, rangeant même son arme de fortune.

« Malou... qu'est-ce que tu fais ? » Murmura le professeur à l'adresse de la petite furie qui ne semblait pas l'écouter, toute absorbée qu’elle était par la présence de cette nouvelle erreur de la nature.
Visant toujours le nouveau venu, il le suivit du regard, méfiant, qui indiquait les buissons comme pour les inviter à l'y suivre. Était-ce une ruse pour les attirer dans une embuscade ? Et voilà que Malou le suivait ! Mais à quoi pensait t-elle ?

« Reviens là ! On a pas le temps pour ces conneries ! » Bon sang, elle n'en faisait vraiment qu'à sa tête celle-là !
Le plus simple serait de l'attraper, de la flanquer sur son épaule et de filer rejoindre Selene, qu'elle le veuille ou non. Mais la connaissant, elle se débattrait certainement et finirait par les faire repérer. À moins que le petit monstres aux airs de Golum ne change brusquement d'attitude et ne s'en prenne à eux. Il aurait l'air fin pour se défendre avec la gamine en travers des épaules ! Prudemment, il rangea son flingue pour avoir une meilleure prise sur son poignard au cas ou.
Lorsque le petit bonhomme prit la parole, Gabriel sursauta tant c'était inattendu et perturbant. Se lançant dans une tirade divine, il ne fit que confirmer les craintes de l'instituteur. Il était dans le camp de ces fanatiques. N'étant pas catholique pour un sou, il ne comprit rien à la tirade à moitié schizophrène qui semblait impliquer deux protagonistes. Pour lui, ce n'était qu'un charabia qu'il n'essaya même pas de décrypter. Mais Malou, elle, semblait boire ses paroles avec passion.

Lorsqu'ils se retrouvèrent à nouveau seuls tous les deux, Gabriel, toujours immobile, debout dans un coin qui lui permettait de surveiller les alentours au cas où quelqu'un s’approcherait, vit Malou se redresser, complètement subjuguée. Elle n'avait pas dû l'apercevoir dans son coin car elle fila ventre à terre sans demander son reste.
« Nan mais elle se fiche de moi celle-là ! »
Sa patience commençant à arriver à son terme, il hésita entre rattraper le nain qui risquait de les faire repérer ou suivre la gamine. Finalement, il se lança à la suite de Malou, déterminé à rester calme malgré tout. Ce n'était pas comme si elle avait failli les faire repérer en tombant dans un piège ! Ce n'était pas comme si elle l'avait complètement ignoré pour écouter avec passion un cinglé déblatérer des conneries religieuses ! Et ce n'était pas comme si elle venait de se barrer en l'ignorant superbement, sans même se soucier une seule seconde de savoir s'il ne s'était pas fait tuer par un de ces cinglés pendant qu'elle écoutait la merveilleuse histoire d'un schizophrène !!!!

En fait, non, il n'avait pas du tout envie de rester calme. D'ordinaire si gentil et si doux, elle avait pourtant réussi à le faire sortir de ses gonds. Il était capable de supporter bien des choses. Mais qu'on le prenne à ce point pour un con, c'était au dessus de ses forces. Ajoutez à cela le stress de la situation et la perspective d'une mort imminente au moindre faux pas... Il n'avait qu'une seule envie, c'était de la prendre par les épaules et de la secouer pour ensuite la balancer sur son dos et la séquestrer ensuite dans le coffre de la voiture pour qu'elle ne leur pose plus de problèmes.

Lorsqu'il se retrouva devant Selene et Bobby, il avait le visage froid et dur, la colère se lisant clairement dans son regard d'habitude si enjoué. La mâchoire crispée, le poing serré sur le manche de son poignard au point que ses phalanges se mirent à blanchir, il écouta la gamine raconter à Bobby avec passion ce qu'il venait de lui arriver. Lorsqu'elle eut fini, il ne laissa pas le temps au géant de s'exprimer, il enchaîna aussitôt, complètement hors de lui.

« Et tu lui as parlé du moment où tu t'es barrée sans moi ? Où encore de la facilité avec laquelle un cinglé peu te conduire derrière des buissons alors qu'on est en pleine mission ? Sans même parler du fait que tu pourrais bien finir par tous nous faire tuer avec tes conneries ! »
Il leva en l'air sa main qui tenait son poignard pour couper la parole à quiconque aurait voulu débattre.
« Maintenant c'est fini ! » Le regard noir, fixé droit dans celui de l'adolescente, il la pointa du bout de son arme blanche. « À partir de maintenant, quand on te dis quelque chose, tu arrêtes de faire ta petite effarouchée indépendante et tu écoutes. Tu as le droit de ne pas être d'accord mais tu n'as, EN AUCUN CAS, le droit de tous nous mettre dans le jus ! Et si ça ne te conviens pas, tu peux tout aussi bien rejoindre le groupe de ce schizophrène qui te passionne tant ! La prochaine fois que tu me fais un coup comme ça, je t'abandonne sur place c'est compris ? »

Oh il savait très bien ce qu'elle devait en penser. Ça venait certainement de lui glisser dessus comme de l'eau sur le plumage d'un colvert. Mais il fallait que ça sorte. Il fallait qu'il laisse sortir cette colère si inhabituelle pour lui. Et peut importe que Malou se fiche de tout ça comme d'une guigne. Si elle recommençait, il ne s'attarderait pas sur son sort. C'était du moins ce dont il voulait se convaincre. Mais au plus profond de lui, il savait pertinemment que ce n'était pas dans sa nature d'abandonner qui que ce soit à son sort, qu'il l'ai mérité ou non.

Laissant échapper un soupir d'exaspération, il sentit sa colère le quitter lorsqu'il croisa le regard de Selene dans lequel les flammes du nouvel incendie commençaient à se refléter. Il s'avisa alors qu'ils perdaient un temps précieux.

« Filon d'ici. Avant que d'autres ne débarquent encore. »

Quelque chose lui disait que si Bobby n'avait pas fait partie de leur groupe, Malou serait déjà partie bien loin. La laissant au soin du géant, il ne posa même pas le regard sur elle, préférant ignorer les éventuels piques qu'elle pourrait lui envoyer. Au lieu de ça, il reprit sa place à l'arrière du groupe alors qu'ils retournaient d'un pas rapide vers leur véhicule pour exécuter la dernière partie de leur plan. Il préféra également ne pas demander pourquoi il y avait eu deux cadavres devant le bâtiment en feu. Ce qui importait, c'était qu'ils étaient encore tous en vie et que pour le moment, tout se déroulait à peu près comme prévu.
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