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 Priez ou mourrez

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Gabriel Fowler
Messiah
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Ven 27 Mai 2016 - 16:43

Une chose était certaine ; il se retrouvait seul contre tous. Il n'avait qu'un seul désir. Filer d'ici ventre à terre et ne surtout pas se retourner. Plus qu'un désir, c'était une véritable pulsion. S'il avait écouté son instinct, il serait déjà en train de faire chauffer le moteur. Quelque chose au fond de lui, un peu comme un sixième sens, le pressait à partir. Il ressentait comme une urgence alors que tout était calme autour de la maison. Mais ce calme sonnait comme une accalmie avant la tempête du siècle. De celles qui déracinent les arbres et qui emportent tout sur leur passage. Et cette sensation commençait à se muer en panique dans la mesure où il restait planté là alors que tous dans la pièce étaient en train de se monter le bourrichon.

Le regard doux et calme de Bobby ne changea rien à son sentiment de panique qu'il cachait pourtant superbement. N'en laissant rien paraître, il sourit même au géant lorsque celui-ci lui fit remarquer qu'il était un homme bien. Il n'était pas le premier à lui faire la remarque. Certains disaient même de lui qu'il était trop gentil, et qu'un jour, cela finirait par lui causer du tort. Trop bon trop con... c'est bien ça ? Un peu comme Bobby avec sa gentillesse et sa naïveté d'enfant.

« Pour le repos on verra peut-être plus tard. » répondit t-il simplement en se relevant, trop paniqué pour ne serait-ce que penser à se reposer. Il tapota amicalement l'épaule du gaillard puis se dirigea vers la jeune femme qui lui faisait face.
Pour ce qui était de parler à Selene, il y avait effectivement urgence. Elle était à ce point campée sur ses positions qu'il avait bien peu de chances de la faire revenir en arrière. Et tout ça c'était sa faute. Il l'avait encouragée, lui laissant entendre qu'il la soutiendrait pour peu qu'elle ait un plan qui tienne la route. Il était vrai que son plan n'était pas trop mal fagoté... Mais de là à le réussir sans accrochage …

Alors que Bobby chantait à nouveau, Gabriel réfléchissait à la façon d'expliquer à Selene qu'ils feraient mieux d'en rester là. Bon sang ! Ce qu'il détestait devoir dire à quelqu'un qu'il avait eut tort ! Par moment, il se disait qu'il préférait mieux crever que de revenir sur une parole ou une décision. Plutôt mourir que de passer pour un idiot... Mais tout comptes fais … Mourir pour ça n'était peut-être pas une idée si brillante. Ravalant sa fierté, il ouvrit la bouche mais rien ne lui vint. Se passant une main dans les cheveux pour se donner un peu de contenance, il referma la bouche de sorte qu'on aurait dit un poisson qui tentait de respirer sur une berge sèche.
'Écoute, tout bien réfléchit, il vaudrait mieux abandonner ton idée et s'en aller.' C'était pas dur à articuler ! Merde !
Mais il avait les yeux rivés dans ceux de Selene et les mots le fuyaient, comme si son cerveaux avait soudain décidé qu'il était temps de se mettre sur pause. Il lui sembla qu'une éternité venait de s'écouler lorsqu'il parvint enfin à parler, se noyant à moitié dans le regard de la pianiste.
« Hum... Selene je… tu sais pour ton plan... »
'Mais allez ! Dis lui que c'est de la merde et qu'il faut que vous filiez d'ici illico presto !'
« Ce serait bien... qu'on revoit les détails à fond… juste pour être sûr qu'on ne laisse rien de côté. »
'Blaireau ! T'es qu'un putain de blaireau ! Même pas fichu de taper du poing sur la table pour faire valoir tes opinions.' Il logea ses mains dans ses poches pour éviter de se mettre à jouer avec ses doigts tant il était affolé.

Et Malou qui en rajouta une couche une fois que le chant de Bobby mourut ! La détermination se lisait clairement sur son visage émacié. Rien ne pourrait la faire changer d'avis. Et il était clair que c'était également le cas de Selene. Essayer de jouer les gardes fou était inutile. Autant raisonner un arbre. Il n'avait que deux options ; se joindre à eux ou les abandonner et continuer sa route comme s'il ne les avait jamais croisés.
Seulement voilà, il les avait croisés. Et si la gamine et le géants étaient des inconnus à ses yeux, aussi sympathiques soient t-ils, ce n'était pas les cas de Selene qui avait éveillé en lui des sentiments qu'il pensait disparus à jamais. Comment pourrait t-il les laisser en plan et se regarder à nouveau dans une glace ? Les abandonner à une mort presque certaines sans même avoir essayé de les aider ? C'était hors de question.

Un véritable orage se déchaînait sous son crâne et un air soucieux s'affichait sur son visage, tout sourire envolé. La mâchoire crispée, il laissa Selene s'exprimer. Il n'avait rien à ajouter de toute façon. Il était totalement opposé à ce plan mais il s'y joindrait. Et il ferait tout son possible pour éviter le pire.
'Faire de ton mieux pour éviter le pire… Pour ça il aurait fallu les convaincre de renoncer ! Et là c'est foiré !'

Il avait envie de se mettre des claques ! Pourquoi fallait t-il qu'il soit comme ça ? Il se mettrait le groupe à dos mais au moins il parviendrait peut-être à les faire changer d'avis et à les sauver de façon certaine. Au lieu de ça, il sentait une boule de nerf lui comprimer l'estomac.

Plus muet qu'à l'accoutumé, il fini tout de même par fermer les yeux pour se donner du courage et à annoncer doucement :
« Je suppose qu'il n'y a rien que je puisse faire pour tous vous faire changer d'avis ? »

Voila c'était sortit ! Pas vraiment bien tourné pour être efficace mais au moins c'était fait. Il rouvrit les yeux, prêt à faire face aux regards accusateurs. Il était évident à présent, aux yeux des autres, qu'il n'était pas du tout à 100% pour cette idée démente. Néanmoins, pour dissiper tout malentendu il ajouta maladroitement :
« Ne vous méprenez pas ! Je reste avec vous quoi que vous fassiez. C'est juste que... Nan, rien, laissez tomber. »

Il mourait de trouille. Mourir ne lui faisait pas plus peur que ça. Encore que... Mais ce qui lui nouait les entrailles à cet instant, c'était l'idée de voir l'un de ses trois nouveaux compagnons se faire tuer. Ce serait comme un cauchemar qui se répète. Encore et encore. Et lorsque son regard se planta à nouveau dans celui de la jeune femme, il comprit que la voir mourir, elle, le rendrait fou.
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Selene Sweetnam
leader | Messiah
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Ven 27 Mai 2016 - 18:02

- Ça va, ça va, répondit Selene en aidant à appliquer les agrafes que son ami avait préféré aux soins d’Aori, ils n’ont rien.

Il ouvrit alors ses bras pour l’enlacer et, en poussant un petit soupir, elle se laissera prendre au jeu. Un jour, elle devrait expliquer à Bobby que tous les instants n’étaient pas propices aux embrassades fraternelles. Ils venaient d’assister à un lynchage en règle, la question cruciale était de savoir ce qu’ils feraient des prochaines heures ; elle n’avait pas la tête à se demander si Breann trouverait toujours le géant à son goût quand il rentrerait balafré. Son esprit était tiraillé entre les promesses de la protéger, la dangereuse dévotion du colosse, et la précédente suggestion de Gabriel qui laissait entendre qu’il revenait sur son choix. La musicienne voulait une réponse ferme, pas un câlin, mais son ami semblait déjà avoir oublié. Elle sourit machinalement quand il l’embrassa sur le front et entreprit de ranger le matériel de soin qui pourrait être réutilisé.

Selene croisa le regard de son ancien professeur. Il mit un certain temps à ouvrir la bouche pour proposer d’une voix hésitante de revoir les détails de son plan. Au diable les belles paroles ! Il ne semblait visiblement plus si certain de croire en leurs chances. La pianiste haussa les épaules. Ils préféraient battre en retraite qu’admettre qu’elle avait raison ! C’était pourtant simple à dire : « excuse-nous de t’avoir prise pour une folle psychotique, c’est vrai qu’ils méritent de crever la bouche ouverte ». C’était ce qu’elle avait envie d’entendre ; pas le chant de son ami qui, aussi doux fut-il, ne pouvait apaiser les milles angoisses qui la dévoraient continuellement.

Pour occuper ses mains, l’étudiante prit le temps de recharger son glock. Ensuite, elle fouilla dans ce que Bobby avait trouvé et découvrit le Sig-Sauer. Le pistolet était plein et il y avait suffisamment de munitions. Elle enclencha la sécurité et le coinça dans sa ceinture : on était jamais trop équipé. Quelque soit leur décision, Selene ne se sentait pas en sécurité en dehors des murs du chalet. Elle passa alors une main dans ses cheveux et suspendit son geste en soupirant, ses yeux bleus figés dans le néant. Que devait-elle décider, …

Ce fut Malou qui lui servit la réponse sur un plateau d’argent. C’était si spontané qu’entre le fait qu’elle lui piqua une réplique, et les qualités qu’elle énumérait comme si elle passait un entretien, la musicienne ne put s’empêcher de rire. Une hilarité brève et sans joie qui lui fit oublier que quelques instants auparavant, l’adolescente l’avait encore insultée. Sur le coup, l’étudiante ne sut pas quoi dire. Elle restait muette, admirant le feu glacé dans les yeux de sa cadette. Cette dernière était sincère. C’était une lame à double tranchant, mais Selene prenait le risque, parce qu’elle aussi était décidée.

- Ça me va, dit-elle simplement.

Gabriel intervint, clamant qu’il ne pourrait pas leur faire changer d’avis. Ce serait difficile en effet. Rien n’avait changé : ces pseudos croyants étaient des criminels. Ils avaient dérobé tout leur butin aux cadavres encore chauds de leur victime. C’était des foutaises les théories philanthropes comme quoi « chaque vie était précieuse » ; jamais un assassin ne vaudrait mieux qu’un enfant et qu’une femme enceinte. La musicienne se lia aux yeux de son aîné et vit qu’il avait peur. Elle n’était pas suffisamment attentive pour voir qu’il tenait à elle mais ça ne changeait rien : elle ne voulait pas le voir disparaître, alors elle le ramènerait en vie, c’était une promesse.

- L’absence d’otage rend les choses plus simples, expliqua-t-elle enfin, on n’a pas de livraison à organiser. On va trouver une petite route qui va à Brinnon en quittant la 101 le plus tôt possible. Ensuite on attend la nuit, ça tardera plus trop maintenant, elle croisa les bras et les regardait tous tour à tour, comme un chef de guerre qui dévoile le plan de bataille à ses soldats, comme je te disais Gabriel, je ne pense pas qu’ils aient de matériel de pointe. Ça veut dire pas de vision infrarouge. Du coup ils seront incapables de nous voir de nuit, même du haut du clocher de l’église. S’ils font des patrouilles aux entrées d la ville, ce sera pareil : on verra leurs torches et on pourra les éviter… ou s’en débarrasser silencieusement.

Elle serra les dents. Plus tôt, elle avait passé cet aspect sous silence parce qu’elle voulait l’approbation du professeur mais désormais, il était inutile de nier que cette escapade se passera dans qu’ils aient à se salir au moins un peu les mains. De toute façon, ils étaient déjà tous complices de meurtre, s’ils n’avaient pris aucune vie jusque là. Ils n'étaient plus à un méfait près.

- Une fois dans la place, on choisit une baraque, on l’incendie, on file en trouver une autre qu’on incendie aussi, et on se replie. Une fois que les flammes sont assez hautes, on retourne en ville avec la voiture cette fois, phares éteints – je précise – et on file à l’église. On braque le stock sans traîner et on repart avant qu’ils n’aient compris ce qui se passe. Avec une double diversion, il n’y aura pas beaucoup de résistance et si jamais l’église n’était pas leur base comme je le pensais… on se casse sans rien, tant pis.

La ronde de ses yeux sans reflet s’arrêta sur Gabriel. Une fois encore, elle était projeté dans ce fameux car un matin de décembre. Le temps avait changé tellement de chose. A cet époque, s’il lui avait dit qu’un jour, elle le mènerait dans une opération de se genre, elle lui aurait ri au nez. Oui, il y a trois ans, elle ne se serait jamais vu comme une chef d’équipe de survivants, ni comme leur protectrice. Selene espérait qu’il comprendrait : elle n’était ni folle, ni suicidaire. Ses responsabilités lui donnaient des ailes, des obligations qu’elle avait choisi d’endosser de son plein gré, naturellement.

- C’est promis, on s’en sortira tous. Alors si vous êtes prêts, on se prépare et on y va.

HRP:
 


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Sam 28 Mai 2016 - 16:30

La voix du colosse mourut avec tranquillité, un peu comme la fine pluie qui finissait de tambouriner sur un toit métallique durant une journée d’été agréable. Caressant une dernière fois la chevelure blonde de l’ange de l’innocence couchée près de lui, les yeux océaniques du mastodonte s’écarquillèrent de surprise. L’adolescente, qui venait de regagner une assurance des plus admirables, s’était levée pour parler à tous avec un aplomb digne d’un adulte investi d’une mission. Quand sa voix mourut graduellement, le géant ne put s’empêcher de rajouter de son ton rocailleux, mais d’une sincérité touchante.


Robert- Il faut toujours un plus petit de soi… Euh… Je suis d’accords on va avoir besoin du maximum d’aide possible. Et Malou est forte aussi je le sais...


Pendant que l’ange à la peau d’ivoire parla de sa voix céleste, expliquant les détails de son plan, l’esprit du golem de chair était à cent mille lieues de là. L’empathique créature  commençait à analyser le comportement de la musicienne. Tous ces soupirs, ces petits regards de mésintelligence quand elle posait ses yeux lacés sur l’horrible carcasse du mineur. Il comprit, peut-être à tort ou à raison, qu’il avait trahi la confiance de son amie. Rentrant sa tête en forme d‘œuf dans son cou de taureau, il entendit que toutes les paroles soient dites. Il se maudit d’avoir essayé de raisonner la fanatique, d’avoir été en contrecourant de la perception de Selene. Il n’était qu’un lourdaud maintenant défiguré et encore plus laid. Même à ses questions, la pianiste avait jugé bon de ne pas répondre, jugeant les opinions du géant d’un ennui profond.  Quand le plan fut exposé, la pathétique créature se releva en chancelant, étourdie par la perte de sang et les contrecoups de cette compréhension. Baissant la tête, sans mot dire, il se dirigea vers la salle de bain. Robert ne voulait plus affronter ce regard désapprobateur, ces yeux glacés inquisiteurs qui fouillaient chaque parcelle de son âme. Du sang frais recommençait à couler de la blessure à sa poitrine, imbibant le tissu de sa chemise et trainant petit à petit la force vitale du colosse.


Refusant de se regarder dans la glace pendant la confection d’un bandage pour enserrer sa poitrine qui ressemblait à s’y méprendre à une barrique. Prenant une autre chemise dans son sac à dos, il transféra la photo plastifiée de sa famille et laissa le vêtement gorgé de sang près du lavabo. Regardant l’image de ses anges souriants figés dans le temps, le géant ne put s’empêcher de caresser leur visage de son pouce énorme avec une affection. Il soupira doucement et murmura pour lui-même et les oreilles spectrales qui pouvaient l’entendre du paradis.


Robert- Je m’ennuie beaucoup de vous deux… Euh… J’espère juste que vous êtes heureuses. Moi je n’arrête pas de faire le con…

Plaçant la photo sur son cœur torturé de cicatrices, le goliath ressortit de son pas trainant et lourd qui le faisait passer aisément pour un ours savant. La blancheur de son teint, habituellement presque bronzée et respirant la vigueur, laissait entrevoir la fatigue accumulée du colosse. Ce dernier puisait déjà dans ses réserves impressionnantes, essayant de garder le cap pour se racheter aux yeux de celle qui devait tout. Le regard fuyant, il chuchota quelque mot à l’encontre de son ange à la chevelure de jais.

Robert- Je vais aller faire des trucs pour faire le feu dans le garage… On part quand tu veux.

Et d’un ton encore plus bas, presque imperceptible pour l’ouïe des gens présents.

Robert- Je m’excuse pour tout…

Les prochaines paroles furent pour Gabriel, l’homme qui semblait tellement se soucier de ce groupe disparate.

Robert- Moi aussi j’ai peur tu sais… Euh… Mais on doit la combattre… Euh… Ces méchants vont faire du mal à d’autres gens de bien comme toi, Malou et Selene… Euh… Je ne veux pas que d’autres personnes souffrent à cause d’eux. Si tu veux pas aller avec nous tu peux conduire le camion.

Et les dernières paroles furent adressées au petit bout de femme, à son nouvel ange qui incarnait l’innocence à son regard océanique. Une affection et une tendresse sans borne teintaient chacun des mots de l’homme difforme. Les yeux bleutés d’une pureté et d’un apaisement presque surnaturel exprimaient une bonté, une franchise et une honnêteté des plus grandioses.

Robert- Tu es intelligente Malou… Euh… Tu as pensé au boyau de pompier pour nous sortir de là, tu sais… Euh… Tu es gentille, car tu as fait les premiers pas vers moi et je le lis dans ton regard. Tu n’es pas un monstre ni un rat… Euh… Cet animal est laid et toi non… Moi je vois plus un chaton, tu sais. Toujours en mouvement et avec des yeux bleus si jolis…

Enserrant l’épaule de l’adolescente avec une tendresse que ce corps sans grâce me laissait prévoir, laissant un peu de son apaisement et son affection dans la pièce sans le savoir, le géant continua vers le garage. Ses pas étaient moins alertes qu’avant, l’adrénaline ne courant plus dans son organsine prodigieux.  Son esprit était tourmenter et son cœur totalement déphasé avec les battements lents et réguliers qu'il avaient habituellement. Se rendant dans l’atelier, il découvrit quelques bouteilles de bière, un peu d’essence deux temps, de l’huile et des chiffons. Un plan se concrétisa alors dans son esprit lent à souhait…



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Dim 29 Mai 2016 - 9:34

Malou était aux aguets de la réaction de chacun. Cette mission était d'une importance cruciale pour elle, la trahison envers Nounours – et justement parce que c'était Nounours - ne devait pas rester impunie.
Après avoir récité ce qu'elle était capable de faire, elle resta suspendue aux lèvres de Selene comme une élève attendant le verdict du professeur à la suite d'une interrogation orale et fut rassurée de l'entendre dire que cela irait.
Elle aurait donc un rôle à jouer, elle ne serait pas considérée comme la gamine qu'on traîne derrière soi par obligation. Faire partie des combattants dans le plan de Selene l'emplit de fierté, elle saurait en être digne, elle se le promit.
Mais en tournant la tête vers Gabriel, elle vit qu'il avait peur, qu'il était beaucoup moins sûr qu'elle et Selene de l'issue de cette action.
Cela la troubla un peu car elle sentait qu'il avait raison d'être méfiant. La jeune femme dresserait un plan idéal, qu'elle penserait infaillible mais Malou savait d'expérience qu'on n'était jamais à l'abri de complications; que souvent, les choses ne se passaient pas aussi simplement qu'on le voulait.
Elle ne dit rien mais l'euphorie la quitta brusquement; elle se raidit, se promit d'être concentrée et vigilante durant tout le déroulement de l'opération et qu'au moindre détail douteux, elle irait donner l'alerte comme un espion invisible et silencieux; cela aussi elle saurait le faire.
Du coup, quand Selene annonça que le groupe abandonnerait si les réserves n'étaient pas dans l'église elle renchérit vertement:
non, on ne partira pas !
ce n'est pas à nous d'abandonner la proie pour l'ombre, ils doivent payer pour ce qu'ils ont fait.
S'il n'y a rien à l'église, je me faufilerait et je chercherai ailleurs; il est hors de question que je parte de ce village les mains vides
, dit-elle sur un ton qui n'admettrai pas de réplique négative; si on est prudents et déterminés on y arrivera; si on doute, on ouvre la porte à l'échec; moi je ne doute pas ! Assura t-elle dans toute l'inconscience de sa jeunesse, constatant en même temps que Bobby se dirigeait vers la salle de bain d'un pas lourd et traînant comme si toute la misère du monde venait de lui tomber sur les épaules.

Cela l'inquiéta bien plus que l'idée d'aller mettre un village à feu et a sang et comme Selene semblait guetter les réactions de Gabriel, elle se dirigea à pas de loup vers la salle d'eau.
Bobby était triste, cela se voyait comme le nez au milieu de la figure.
A demi cachée entre le chambranle de la porte et le mur, elle le regarda ôter sa chemise; le sang coulait de la plaie mais ce n'était pas vraiment ce qu'elle voyait.
Confuse de jouer ainsi les voyeuses, elle baissa les yeux rougissante mais un étrange émoi s'empara d'elle; elle avait une envie irrésistible de courir se blottir contre ce torse nu, enfouir son visage dans la pilosité virile, sentir la grande main se poser à nouveau sur ses cheveux, bercée par cette voix de basse profonde qui lui murmurerait mille secrets inconnus.
Quand elle releva la tête, Nounours frôlait de son doigt une photo en disant des choses qu'elle n'entendit pas.
Cela lui fit penser à son frère.
Pourquoi ce visage tant aimé apparaissait t-il si flou et si lointain tout à coup ?
Elle avait décidé d'être amoureuse d'Erik comme cela, juste pour avoir une belle histoire à se raconter, pourquoi le rêve semblait t-il s'effilocher quand elle se retrouvait face au grand homme qu'elle trouvait si beau, si différent de tous les autres ?

Un soupir de tristesse et d'incompréhension avorta dans sa poitrine; d'un bond, elle se glissa derrière la porte et s'aplatit le plus possible contre le mur, Nounours s'apprêtait à sortir; pourvu que...
Ouf, pensa t-elle.
Il ne l'avait pas vu.
Rapidement elle se dirigea vers les WC comme alibi à son absence, tira la chasse d'eau et retourna vers le groupe le plus naturellement possible.
Tandis que Bobby parlait, Malou le regardait avec admiration comme qui serait devant un dieu et crut entendre qu'il s'excusait.
S'excuser de quoi ? Avait-elle eu une hallucination auditive ? Il avait murmuré si bas...
Elle fronça les sourcils et se mit aussitôt sur le qui-vive; son intuition lui soufflait que Nounours n'était pas dans son état normal comme si quelque chose ne tournait pas rond.
Quand il lui adressa la parole, elle ne peut s'empêcher de plonger ses yeux dans les siens, subjuguée par cet être si doux et si fort.
Quand il la compara à un chaton, elle sourit légèrement.
Oui, pour lui elle serait cela mais pour le reste, elle savait très bien qu'au fond, c'était un fauve qui sommeillait dans son corps gracile.

Quand l'homme extraordinaire referma la porte sur lui, Malou fut prise d'une angoisse inexplicable.
Il avait eu une attitude étrange avec Selene, il avait fui son regard s'était comporté comme s'il se sentait coupable ou stupide; auraient-ils eu une altercation à propos de l'otage ? la jeune femme lui reprochait-elle quelque chose ?
Sans se soucier des autres, elle sortit sur ses talons et se dirigea vers le garage.
Nounours avait trouvé ce qu'il fallait pour faire du feu; il avait eu de la chance ou un oeil plus avertit qu'elle car quand elle y était allée elle n'avait dégoté que la paire de gants, rien d'autre.
Mais quand elle vit les bouteilles de bière, cela lui rappela sa mère; elle en buvait aussi quand il n'y avait plus de vin et il lui en fallait beaucoup; à tel point que le sol était jonché de canettes vides qu'elle était obligée de ramasser tandis que la mère, affalée, les yeux perdus dans on ne savait quel enfer, rotait bruyamment.
Avec une grimace de dégoût elle s'approcha et, pointant du doigt les chopines elle lança d'un ton inquisiteur: c'est pourquoi faire ça ?
Mais craignant d'avoir surpris Bobby en entrant aussi promptement elle se radoucit et dit en s'installant bien en face de lui: tu as eu raison de dire des belles choses à la femme otage; cela aurait pu marcher et puis elle avait le droit à une chance. Je suis fière de toi. J'aurai été tellement déçue si tu avais réagi comme tout le monde...
Tandis qu'elle parlait elle s'apercevait que Nounours avait l'air accablé, ses mouvements étaient sans énergie comme s'il avait perdu sa joie de vivre, comme s'il pensait à des choses affreuses; cela lui fit peur, il fallait qu'elle le fasse réagir.
Mais Malou manquait de tact et de simplicité dans ses rapports aux autres alors, plutôt que de demander « que se passe t-il ? », elle recula d'un coup et ajouta d'un ton provocateur: mais mon avis importe peu parce que je ne suis pas une adulte n'est-ce pas ? Tu aurais préféré que ce soit Selene ou Gabriel qui te dise cela, cela t'aurais davantage rassuré et fait chaud au coeur parce que tu considères que leur avis sur ce que tu fais est beaucoup plus remarquable que le mien; ils sont tellement supérieurs, tellement plus impressionnants que quelqu'un comme moi.
N'empêche, il leur arrive de se tromper à eux aussi et tu ne leur en tiens pas rigueur pourtant.
Avec cette Alice tu t'es trompé mais qui pouvait prévoir ?

Si Selene n'avait pas fait la connerie de prendre un otage, toute cette merde ne serait pas arrivée; c'est elle la responsable pas toi !
Puis se rapprochant à nouveau de lui et caressant son bras elle murmura: arrête d'être triste Nounours, ce que tu as fait était magnifique, personne d'autre que toi n'aurais su faire cela.
dans cette triste histoire le gagnant c'est toi quoi qu'ils en pensent.

Ceux qui grandissent trop ne comprennent plus rien à rien mais ils laissent croire qu'ils ont raison.
On y peut rien...
Conclut-elle en haussant les épaules et en regardant Nounours droit dans les yeux.

Elle ne savait pas si elle avait convaincu Bobby, si elle avait suffisamment pansé la plaie qu'il avait l'air d'avoir dans son coeur alors elle ajouta une dernière phrase avec toute la tendresse dont elle savait faire preuve:
s'il devait t'arriver quelque chose de mal ou de terrible Nounours, je ne m'en remettrai pas; je crois que j'en mourrai de chagrin.
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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Dim 29 Mai 2016 - 15:48

Ils avaient tous décelé son inquiétude. Mais comprenaient t-ils seulement la raison de cette peur ? Ils devaient penser qu'il avait peur de se battre. Qu'il avait peur de mourir. Comme ils se trompaient !
Selene avait prit les choses en main. En véritable meneuse, elle exposait son plan. Il l'écouta sans broncher, la mine un peu plus renfrognée. Tout son plan était basé sur des suppositions. Ça ne lui plu pas, mais alors pas du tout. Lorsque le regard de Selene s'arrêta sur lui, il la fixa en retour, ne laissant rien paraître de ses émotions. D'ordinaire si prompt à sourire, il affichait un air égal, indéchiffrable. Il aurait voulu lui dire non. Lui dire qu'il allaient tous se faire tuer et que c'était du suicide. Il aurait voulu lui dire qu'il avait eu tort de l'encourager dans cette voix et que maintenant il fallait revenir à la raison. Au lieu de quoi, il hocha simplement la tête. Résigné. Il ne la ferait pas changer d'avis, il en avait conscience. Et il était hors de question qu'il l'abandonne. Alors autant ne pas montrer sa désapprobation plus que nécessaire.

Mais Malou s'enflamma soudain, affirmant qu'il était hors de question de repartir sans rien. 'Quitte à se faire tuer ?' Voulu rétorquer l'instituteur. Mais elle semblait déterminée elle aussi. Il n'était déjà pas chaud pour tout ça, alors si en plus elle en rajoutait ! Bobby se dirigeant vers la salle de bain, la gamine sur les talons, il répondit à Selene à l'intervention de Malou.
« Si l'église est vide on décampe. Peu importe ce qu'en pense cette petite furie. Je refuse que tu meures parce qu'elle a les yeux plus gros que le ventre. »
Il se rendit compte un peu trop tard qu'il avait dit 'que tu meure' et non pas 'que vous mouriez'. Un lapsus sur lequel il ne pouvait pas revenir. Essayant de cacher sa gêne, il chercha dans le regard de la jeune femme l'assurance qu'elle n'irait pas jusqu'à risquer la vie du groupe pour satisfaire les désirs de Malou.

Bobby revint finalement de son pas lourd, suivit de prêt par Malou. Ces paroles l'offusquèrent à moitié. Oui il avait peur. Mais il n'était pas un couard pour autant. Malgré le fait qu'il fut vexé, il prit la peine de répondre avec douceur au géant qui n'avait pas eut conscience de le blesser.
« Je n'ai pas peur. Je suis inquiet. J'ai déjà dis que je ne vous lâcherais pas. Moi non plus je ne veux plus voir de gens bien mourir. »
Lorsqu'il compara Malou à un chaton, il pensa que l'image était plutôt bien trouvé. Elle était mignonne et fragile au premier abord. Puis elle finissait par sortir les griffes et à mordre sauvagement.
Bobby fila ensuite vers le garage, Malou une nouvelle fois sur ses talons. Elle ne semblait plus vouloir le quitter. Cela le fit doucement sourire. Il se retrouvait seul avec Selene. Étrangement, il en fut ravi.

Ils devaient se préparer. Mais Gabriel n'était pas un combattant. Il suivrait le plan de Selene, mais les initiatives, ce n'était pas vraiment son truc. Sauf sur l'instant. Comment prévoir ce dont ils risquaient d'avoir besoin ? Glissant ses mains dans ses poches, il sentit les clés du camion de pompier contre sa cuisse. Il les sortit et les fit tourner un peu sur son doigts, histoire de se déstresser.
C'était le moment ou jamais de parler avec la jeune femme. De lui parler franchement. Mais comme à son habitude, rien ne lui vint. Il avait l'impression qu'un vent glacé soufflait dans son esprit, le rendant incapable de formuler la moindre pensée. Au lieu de ça, il la regarda, son esprit emporté vers le passé, si loin de ses tourments présents. Il cessa de jouer avec les clés et un sourire triste passa furtivement sur son visage avant de s'évanouir. Puis les mots sortirent avant même qu'il ne s'en rende compte.

« Elle me manque. »

Ses pensées s'étaient tournées vers sa sœur. Il ne s'en était même pas rendu compte. Il passait le plus clair de son temps à voir le visage de sa sœur lorsqu'il était seul dans les bois. Seul à survivre. Son visage était la seule image qu'il voyait avant de s'endormir, et la première qu'il contemplait en se réveillant. Il pensait à elle à longueur de journée, parfois même sans s'en rendre compte. Et il passait par toutes sortes de sentiments. Le chagrin étant le plus courant. En cet instant, ce fut ce chagrin qui l'emporta.
La gorge nouée, il laissa ses yeux s'embuer un peu. Pourquoi avait t-il fallu qu'il tombe sur Selene ? Pourquoi avait t-il fallu qu'il se souvienne d'elle ? Ils avaient à peine partagés quelques heures d'une journée. Pourtant, elle l'avait marqué et son esprit avait cru bon de conserver ce souvenir. Comme pour le lui resservir aujourd'hui.

Il comprit que c'était la perspective de voir mourir la jeune femme qui avait fait naître en lui ce sentiment de panique. Il se retourna pour que la meneuse du groupe ne voit pas ses larmes couler, feignant de regarder par la fenêtre. Il aurait tout donné pour qu’Émilie soit là. Pour sûr qu'elle aurait trouvé amusant de tomber sur une de ses anciennes élèves. Il l'imagina en train de se mettre à rire, et ce son sembla s'animer dans l'air et résonna à ses oreilles, comme si sa sœur s'était vraiment mise à rire. N'y tenant plus, il laissa libre court à son chagrin, ses larmes s'écrasant sur le sol et des sanglots s'étranglant dans sa voix.

Après un court instant, il s'essuya le visage d'un revers de manche et se retourna pour plonger son regard humide dans celui de Selene. Tentant de se ressaisir, il parvint à s'adresser à elle sans aucun trémolo dans la voix.
« Promet-moi que si quoi que ce soit ne se passe pas comme prévu ou se met à déraper, on rassemble tout le monde et on décampe. »
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Dim 29 Mai 2016 - 17:36

Selene se pinça l’arrête du nez, réprimant un soupir d’exaspération. Voilà que Malou s’excitait à nouveau, arguant qu’ils ne repartiraient pas de Brinnon avant d’avoir dépouillé ses locataires. Elle ne semblait toujours pas comprendre que cette mission était un ravitaillement, peut-être un peu plus osé que les autres, mais pas une vendetta. Le temps que la musicienne cherche les mots pour lui répondre, l’adolescente s’était éclipsée à la suite d’un Bobby qui tirait une tête de trois pieds de long. Le géant devait avoir été blessé par quelque chose, lui et sa sensibilité exacerbée… pour le coup, la pianiste regrettait la présence d’Harold. Avec lui : plus d’action et moins d’émotion. C’était exactement ce dont elle aurait eu besoin à cet instant.

L’étudiante se figea suite à l’intervention de Gabriel. Non pas parce qu’il contredisait la gamine, Selene était du même avis, mais parce qu’il venait d’avouer craindre spécialement pour sa vie. Ça la touchait. Ce n’était pas comme les promesses fraternelle du colosse, c’était autre chose, de plus instinctif et de plus déchirant. La lèvre inférieure de la musicienne tremblait alors que les mots s’emmêlaient dans sa tête. Pour la première fois depuis des mois – voire des années – son cœur fut traversé d’un frisson de chaleur. Ses yeux bleus étaient incapables de laisser transparaître son trouble, mais la pianiste cherchait encore quoi dire quand Bobby revint de son aparté.

Il semblait fatigué et surtout, il semblait malheureux. Selene eut envie de lui dire de ne pas bouger, de les attendre ici, mais cette décision donnerait encore lieu à un débat. Et puis, si elle voulait le protéger, elle devait le garder à l’œil. Elle hocha la tête quand le géant proposa de préparer de quoi allumer les incendies. Il devait savoir quoi faire, elle lui faisait entièrement confiance pour ça. L’étudiante essaya de lui adresser un sourire encourageant, mais son ami était trop bien parti sur sa lancée : voilà qu’il s’excusait…

- Oh, mais Bobby, arrête…

Pourquoi devait-il s’apitoyer sans cesse ? Combien de fois lui avait-elle répété qu’il n’était pas monstrueux, ni idiot, ni inutile ? Certes, il avait détaché l’otage et avait souhaité lui donné une chance, mais personne n’était mort. Personne ne l’en avait empêché non plus. Selene aurait pu la menotter à nouveau une fois de retour, elle aurait pu choisir de la surveiller plutôt que de se mettre à part avec l’ancien professeur, elle aurait pu ne pas décider d’emporter Alice. A la rigueur, le colosse devrait être en colère, exaspéré, épuisé, mais pas désolé. La lutte contre le blâme de soi de Bobby ressemblait à la condamnation de Sisyphe. La musicienne était pourtant prête à le suivre dans le garage, pour lui parler et – encore une fois – lui permettre de relativiser, mais elle fut devancée par Malou.

Ce simple fait suspendit son geste. Elle voulait discuter avec son ami, à deux, sans avoir une adolescente hystérique comme témoin. Le regard dans le vide, elle se sentait prise entre deux états : mettre de côté son ressentiment et suivre ses acolytes au garage ou bien attendre un moment plus opportun ? Gabriel trancha pour elle en lâchant une simple phrase. Sa sœur, sans doute. Une fois encore, il la bouleversait tellement que les mots l’étranglaient. Il eut beau détourner les yeux, l’étudiante savait que le chagrin le rongeait encore, qu’il le submergerait bientôt. Le désespoir était une émotion étrange. Selene avait l’impression que certains de ses facultés sentimentales avaient été brûlées à l’acide dès le premier jour – protection naturelle. D’autres, comme le professeur, souffraient d’une plaie béante et incurable.

La musicienne pensait ne plus pouvoir ressentir une peine aussi intense jusqu’à cet instant. Le chagrin de Gabriel la glaçait jusqu’aux os et paradoxalement, elle ne s’était jamais sentit aussi vivante. A pas lent, elle s’approcha pour s’assoir à ses côtés. Elle n’était qu’à quelques centimètres quand il lui réitéra de décamper si jamais ça ne se passait pas comme prévu.

- Ne t’en fais pas, lui assura-t-elle à voix basse, je n’ai pas l’intention d’écouter Malou et je ne suis pas folle, tu sais ? … je veux juste… ramener n’importe quoi qui améliorerait le quotidien des gens avec qui je vis. Je ne pars pas en mission suicide.

Si proche de son aîné, ses yeux soutenaient difficilement son regard humide. C’était si étrange de le redécouvrir de cette façon… un homme abattu par la tristesse, lui qui était si désinvolte autrefois. Presque avec timidité, elle tendit une main pour effleurer l’une des jours de Gabriel. La barrière qui les séparait n’existait plus : ils n’étaient plus une lycéenne et un professeur ; ils étaient un homme et une femme liés par un infime point de colle. Un souvenir commun.

- D’une certaine façon, elle me manque aussi, tu sais ? Je… je ne sais pas si elle t’a raconté que je m’étais améliorée sur le reste de l’année, ajouta Selene avec hésitation, elle a arrêté de me voir comme sa bête noire et… elle m’a sincèrement félicité quand j’ai réussi à décrocher une bourse. C’était une super prof…

Son cœur se serra. Elle se sentit projetée trois ans en arrière. Il faisait beau le jour de la graduation. Son père était tellement fier qu’il avait versé une petite larme, la pianiste ne lui avait jamais dit qu’elle l’avait vue. Elle n’avait pas seulement passé des examens et obtenu la possibilité d’entrer dans l’école de son choix, elle avait vaincu ses démons. L’adolescente autodestructrice n’avait jamais mis un pied dans la vie adulte.

- Il est hors de question que je laisse mourir son frère, elle lui sourit légèrement en baissant encore sa voix, tu veux bien me faire confiance ? Si jamais ça foire ou que je me suis trompée et que leur base n’est pas dans l’église, on ne perd pas de temps à fouiller, on s’en va.

Et cette décision était irrévocable. Heureusement, il ne pourrait pas déceler ce qui se cachait derrière ses yeux froids. Selene connaissait Bobby, elle connaissait Gabriel, c’était pour eux qu’elle se battrait. Malou était une pièce rapportée, qu’elle n’appréciait par ailleurs pas spécialement. Alors si elle était incapable de s’en tenir au plan, ce serait simple : ils repartiraient sans elle.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Lun 30 Mai 2016 - 6:11

Le géant avait un bout de langue rosé sorti d’entre ses lèvres exsangues lors de ces moments de concentration. Essayant de ne pas tomber dans son état lunatique, voulant réussir à se racheter de la faute commise un peu plus tôt, le colosse à l’oreille amoindri n’entendit nullement les pas feutrés et discret de Malou. Le géant sursauta en entendant la question au sujet des bouteilles de bières de la part de la petite fouine si intelligente. Pivotant lentement, le regard océanique si calme, mélancolique et doux du colosse entra en contact avec celui électrique et si étincellement de la sauvageonne. Un petit sourire, légère beauté dans le désert aride de son faciès monstrueux et maintenant balafré, fut un bienvenue silencieux mais si tendre. Une pensée fila dans l’esprit du mastodonte, une drôle de comparaison pour être précis. Il ne pouvait se comparer, lui et Malorie, à une pièce de monnaie. Les deux êtres secoués par cette existence terrible était vraiment à l’opposé. Un être costaud, à la force phénoménale et à la furtivité digne d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. D’une autre côté l’adolescente sous-alimenté à l’endurance physique déclinante qui n’était que vif-argent et une ombre parmi les ombres. Mais les deux, qui était un peu comme le Ying et le Yang, s'harmonisait totalement sur le mode de pensée. Ils pensaient à l'humanité qui devait rester intact dans ce monde de folie et à leurs proches qu'ils défendraient bec et ongles.

Il allait répondre à l’interrogation de la jeune femme quand un baume pour son cœur sanguinolent fut dépose par la gentillesse des mots de l’ange de l’innocence. Un peu de joie essaya de s’extirper de la faiblesse occasionné par la perte de sang. Il devait manger quelque chose et se reposer avant l’assaut dicter par celle qui considérait comme un sœur. Mais la seconde partie du discours de Malorie lui fit grossir les yeux de surprise et sa bouche ne put former qu’un « O » d’incompréhension. Quand les volées de paroles, dures mais justes, eurent atteintes toutes leur cible, l’esprit simplet du géant dû prendre quelques instants pour essayer de comprendre le tout. Ne voulant pas s’accroupir, peu sur de son équilibre vacillant, il prit délicatement le corps frêle de la femme et l’assis sur l’établit à ses côtés. Avisant un tabouret, il déposa son fessier dessus et le cuir protesta en couinant. Soupirant doucement, il fouilla dans la poche de sa chemise et sorti la photo de sa famille. La donnant avec tendresse à l’adolescente, le géant au cour rapiécer tant de fois lui avoua une facette de son passé.

Robert- Même si ça aurait été Selene ou Gaby qui aurait venu à ta place, je n’aurai jamais été aussi heureux d’entendre les mots que t’as dit car c’est toi qui me l’a dit… Euh… Sur la photo c’est ma sœur Rosalie et ma nièce Sandra… Euh… Juste pour te dire j’écoutais plus Sandra que les gens autour de moi tu sais… Euh… Les gens comme elle et toi vous semblez vouloir que je reste comme je suis… Euh… Merci d’être comme ça… Euh… Et moi aussi je ne veux pas te perdre tu sais. Au moins les méchants ne t’ont pas fait mal à toi et à Gaby… Euh… Je suis triste que Selene a été blessée aussi. Elle ne mérite pas d’avoir mal… Euh… Elle doit s’occuper de plein de gens tu sais. Mais je suis content de t’avoir rencontrer chaton.

Dû à la poussée de fatigue, le colosse n’avait pas saisi qu’il avait continué à appeler Malorie de la façon qu’il la voyait. Sortant une tablette de chocolat de sa poche, il la déballa et casse le délice si rare de ces jours en deux. Tendant gentiment la moitié à l’adolescente, l’homme difforme englouti la sienne avec gourmandise. Pointant les bouteilles vides, il ajouta alors pour répondre à la première question de l’ange assise près de lui. Le ton raque trahissait la bienveillance et surtout la douceur que peu de gens pouvaient rivaliser avec le mineur.

Robert- On mélange l’essence et l’huile et c’est pour faire le truc de Selene… Euh… Mettre le feu tu sais… Euh… On pourra les lancer de loin et éviter de se faire bruler. J’ai appris ça quand j’étais bucheron du sais. Des fois les planches qu’on venaient n’était plus bonnes à cause des insectes qui mangent vite le bois… Euh… On allumait le tissus et on le lançait. Je ne veux pas que personne ne se brule.

Sortant sa gourde d’eau, il en but une rasade pour essayer de remplacer le fluide sanguin qui s’était écouler de son corps grotesque. Tendant la flasque à la jeune femme devant lui, il s’éclaircit la gorge. La pâleur du visage de l’homme et les traits tirés annonçait une fatigue palpable. Quand il eut fini de replacer sa gourde à sa ceinture, il avança sa main rugueuse vers le visage du frêle ange. Relevant le menton de Malou avec une délicatesse et une tendresse fraternelle, le colosse laissa son regard océanique engloutir les yeux bleuté comme le ciel de la sauvageonne. Elle pouvait voir le reflet de l’âme du géant, sa candeur et son humanité si forte. Sa bonté n’était qu’un des rayons du soleil qui miroitait dans les yeux du colosse. La voix rocailleuse, mais bienveillante de l’homme caressa alors l’ouïe aiguiser de l’adolescente.

Robert- J’aimerais bien que toi et Selene soyez amis ok? Fais un effort j’adorais ça. Tu sembles la connaître? Si tu veux me parler de toi pendant que je vais les trucs à feu… Euh… J’aimerais bien te connaître.

Laissant sa dextérité manuelle accomplir sa tâche, l’attention de l’homme aux muscles disproportionner était toute tournée vers le flot de parole de Malou. Il voulait qu’elle se sente bien, qu’elle soit à l’aise avec lui et le groupe. Un peu plus et il entendrait les paroles de Sandra lorsqu’il passait du temps à l’hôpital avec elle. Si des temps mots se présentaient, la voix douce et harmonieuse de la créature pathétique s'élevait pour leur procurer un apaisement. Terminant la confection des bouteilles incendiaires, le géant les saisit et manquant de trébucher. Se saisissant prestement, il attendit que Malorie lui ouvre la porte et il entra dans la salle à manger. Voyant que Gaby et Selene était assis tout près, le regard de l’homme fut captivé par la pointe de ses bottes. La pianiste semblait heureuse de la proximité de l'homme. Quand il était trop près, elle devenait impatiente comme tout à l'heure. Robert se demandait si l'ange à la chevelure de jais allait lui pardonné de son manque de foi un jour. Le cliniquement de verres des cocktails Molotov annonça l’arrivé de ceux-ci sur le bois verni de la table. Se tournant vers la fenêtre, le mineur à la mine livide replia le pouce et plaça ses doigts sous la base de l’astre de vie. Pivotant sa main vers le bas, il annonçai avec la voix brisé par le sommeil.

Robert- Euh… Il a encore un heure et quarante-cinq minutes avant que le soleil se couche… Euh… Il va faire nuit noir à peu près deux heures après ok… Euh… Les trucs pour le feu sont là. Je vais essayer de dormir un peu à moins qu’on part tout de suite?

Une lueur d’espoir pointait dans le regard de l’homme, espérant à une accalmie avant le déluge de violence de la nuit. La perte de sang l’avait terriblement affaibli et il devait se reposer un peu. Et ses idées et propositions ne seront surement pas écouter, alors il ne servait à rien pour la suite des plans…



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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