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 Priez ou mourrez

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WALKING WITH THE DEADS

MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Sam 14 Mai 2016 - 22:17

Concentrée sur ce qu'elle faisait, Malou n'avait rien entendu des propos de Bobby, à peine son rugissement.
Peinant à faire avancer le trépied à roulette alourdit par sa charge, elle scrutait avec angoisse les effets de son idée, cela suffirait-il à déstabiliser un peu la meute ?
Quelle ne fut pas sa surprise de s'apercevoir que les gens du premier rang reculaient, faisant trébucher les suivants dans leur élan puis d'entendre un gros bruit de moteur de camion, suivit par les pas précipités de Selene et de Nounours; c'était gagné ! Elle avait été utile à quelque chose sans même verser une goutte de sang.

Pour la première fois depuis une éternité, elle fut submergée de bonheur au point qu'un large sourire éclaira son visage noircit par la crasse, ce qui était rare et quand elle vit passer l'homme qu'elle admirait tant avec une femme inerte sur ses épaules, elle exulta de joie.
Le jet d'eau faisait un tel vacarme qu'elle ne discernait pas bien ce que Bobby disait mais elle comprit très vite: il fallait partir.
Abandonnant vivement le matériel qui commençait déjà à tourner sur place comme une toupie folle à cause de la pression, elle sauta sur le marchepied et s'installa là où était Nounours, évidemment.
Mais quelque chose la tracassait: que fichait là la religieuse extrémiste, jetée à l'arrière du véhicule comme un vulgaire sac à patate ? Ils ne l'avaient pas pris en otage tout de :même !

Se tournant d'un bloc vers la jeune femme, l'air inquiet et fâché à la fois elle explosa:
Mais elle est nulle ton idée d'avoir pris cette femme en otage ! Ils vont tous partir à notre recherche pour la retrouver et ils vont encore nous attaquer, on n'aura jamais paix !
Et comme la jeune femme semblait vouloir donner une explication à ce que Malou considérait comme un acte insensé, elle continua:
Imagine et mets-toi à leur place: si l'un d'entre eux avaient pris en otage le monsieur que je connais pas là, dit-elle en désignant Gabriel, tu ne ferais pas tout ton possible pour le libérer ?
Ben eux ça va être pareil !!! conclut-elle avant de se tourner vers Nounours afin de lire un avis sur son visage.
Mais le camion s'était arrêté en travers de la route, il fallait descendre.
L'adolescente haussa les épaules en levant les yeux aux ciel et maugréa: pfff, si tu crois que ça va suffire à les arrêter, tu te mets le doigt dans l'oeil jusqu'au coude ! Ils vont nous retrouver je te dis, et ils vont nous tuer.

Malou était furieuse et effrayée; les adultes étaient vraiment des gens sans cervelle et inconséquents; cela ne faisait que quelques heures qu'elle était en leur compagnie et il n'y avait eu que du grabuge; merde ! Lança t-elle à l'adresse de Selene qui peut-être n'avait pas entendu le gros mot puisqu'elle partait avec le type
Les sourcils tout froncés, le visage tendu et fermé elle rejoignit le grand homme et là son animosité s'effaça d'un coup
Certes, la femme avait fait une grosse bêtises à ses yeux mais cela lui avait permis de connaître Bobby; mieux, d'être seul avec lui quelques instants et cela lui fit quelque chose dans le coeur qu'elle ne prit pas le temps d'analyser, bercée qu'elle était par les douces paroles de celui qui acceptait avec plaisir de se faire appeler Nounours.
A sa demande elle obéit sur le champs, rouleau à pâtisserie bien en main, elle guetta le moindre mouvement sur la route et alentours jusqu'à l'arrivée du 4x4 qu'elle reconnut instantanément.

Ils montèrent à bord et roulèrent.
On va où ?
Demanda Malou, tout à coup inquiète; ne devrait -elle pas chercher son frère plutôt que de partir vers l'inconnu avec des étrangers ?
Mais très rapidement le malaise se dissipa. Nounours l'avait pris dans ses bras malgré sa puanteur et sa crasse; alors elle se laissa aller comme jamais elle ne l'avait fait jusque là, pas même avec son frère tant aimé.
Oui, murmura t-elle à celui qu'elle considérait comme son dieu sublime et imbattable, mon vrai prénom c'est notre secret et quand je serai prête à...
Elle ne termina pas sa phrase « grandir » n'était pas encore un mot acceptable dans son vocabulaire personnel, il n'était pas temps, ce n'était pas l'heure.

Alors, Bobby se mit à chanter.
L'adolescente n'avait jamais entendu des chansons comme celle-ci. Chez elle, hormis les émissions de variété, on n'écoutait pas de musique, on ne lisait pas non plus; on attendait juste que le temps passe, ponctué de temps à autre par une banalité du style: « il fait beau aujourd'hui », sans joie, juste un constat, avant de rabaisser le rideau jauni sur les vitres sales.
Sauf, une fois... Elle jeta un coup d'oeil vers Selene qu'elle avait aperçu un jour, installée devant un piano dans un magasin de musique. C'était là, malgré le mauvais caractère qu'elle avait affiché, qu'elle s'était rendue compte véritablement, qu'il existait d'autres choses dans le monde que l'immobilité hagarde de son foyer.
Et Nounours faisait partie du conte de fée; elle le dessinerait un jour, promis.
En attendant, elle se sentait toute petite dans les gros bras chauds et réconfortants du géant et puis elle avait encore faim; surtout, elle était fatiguée. L'énorme effort qu'il lui avait fallu pour mettre en action le tuyau à incendie avec le peu de muscles qu'elle avait, avait eut raison d'elle et elle s'endormit.

Elle n'entendit pas le moteur s'arrêter ni ne sentit Nounours la repousser délicatement afin de soigner la jeune femme.
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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Lun 16 Mai 2016 - 21:44

Ils avaient réussi ! Le camion avait démarré, puis il avait enfoncé la pédale d’accélération pour foncer dans le tas. Leurs assaillants avaient bien tenté de les arrêter à grand renfort de coup de feu mais aucun ne semblait avoir fait mouche. Sous le coup de l’adrénaline, Gabriel se sentait excité et euphorique, un grand sourire de gosse s'étalant sur son visage. Les maisons défilaient à une vitesse fulgurante à mesure que le véhicule prenait de la vitesse. L'adolescente énonça alors une évidence. Prendre un otage n'était pas une idée des plus brillantes. D'un autre côté, c'était un moyen sur de savoir ce qui les attendaient vraiment, si toutefois ils parvenaient à la faire parler. Puis Selene lui demanda de s'arrêter. Il se tourna vers elle, l’interrogeant du regard. Pourquoi abandonner un tel atout ? Certes, il n'y avait pas beaucoup d'essence mais ça leur suffirait pour atteindre la prochaine ville et même, pourquoi pas, siphonner quelques voitures sur le chemin.
Mais la jeune femme avait une toute autre idée en tête. Capitulant, il laissa le camion ralentir de lui-même, puis il tenta une manœuvre malhabile pour le mettre en travers de la route. Lorsque le résultat lui parut convainquant, il coupa le moteur puis son regard se plongea dans celui de la jeune femme qu'il avait connu autrefois. Il ne trouva rien à lui dire. Elle était bien la même personne... pourtant, il ne la reconnu pas.

Tous quittèrent le radeau qui venait de leur sauver la vie. Glissant les clés dans la poche de son pantalon, il se dirigea vers le petit groupe encore sous le choc. Le grand balèze avait quelques plaies à panser, il proposa alors à son acolyte d'aller chercher le véhicule. Excellente idée. Il fut d'autant plus ravit lorsque le géant lui suggéra qu'il l'accompagne. Hochant la tête à l'intention de Bobby, lui signifiant qu'il accompagnerait son amie, il n'ajouta rien. Il attendit que Selene confie de quoi menotter leur otage, puis il lui emboîta le pas, silencieux et ne cessant de se retourner pour s'assurer que leurs poursuivants ne les rattrapaient pas.

Ils se mirent à courir, histoire de ne pas perdre le peu d'avance qu'ils avaient prit et ils finirent par rejoindre le fameux véhicule. Il n'avait pas grand chose de particulier et Gabriel fut même un peu déçut. Ils abandonnaient une forteresse pour un malheureux tacot. Mais d'un autre côté, ils iraient plus vite là dedans. Prenant place côté passager à l'avant, il n'avait pas prononcé un mot, se contentant de glisser quelques regards à Selene. Il essayait de savoir s'il avait toujours affaire à la même jeune femme. Il lui fut rapidement évident que non. Plus sure d'elle, plus décidée également, elle semblait être le parfait opposé de la jeune femme en manque d'attention et d'assurance qu'elle était au lycée. Jeune intrépide à la recherche de ses limites et de son identité, elle avait été marqué par le sceau de la violence et de l'horreur. Comme tous les survivants de ce monde, elle avait dû affronter des épreuves que personne n'aurait dû avoir à subir. Et comme tous les survivants de ce monde, celle qu'elle était autrefois avait disparu. Restait à savoir qui elle était à présent.

Premier point, elle était du genre à prendre des otages. A ce sujet, il finit par prendre la parole.
« Tu sais, la gamine avait pas tout à fait tord. Si on arrive pas à la faire parler pour savoir de quoi il retourne, notre invitée sera plus une gène et un danger qu'autre chose. »
Et même si elle parlait, ils devraient tôt ou tard se débarrasser d'elle. Préférant taire ce point qui paraissait être une évidence, il fixa Selene d'un regard interrogateur. Qu'avait-elle donc derrière la tête ?  Ils auraient put tout simplement s'enfuir. Prendre la tangente. Filer ventre à terre sans jamais se retourner. C'était ce qu'il faisait depuis le début et ça ne lui avait pas trop mal réussi.

Ils rejoignirent assez rapidement les deux autres et leur otage. Bobby avait soigné ses blessures comme il avait put. Le ruban adhésif enroulé autour de ses plaies donnaient l'impression qu'il avait tenté de réparer une fuite d'air. Comme si ses muscles en étaient composés et qu'il risquait de se dégonfler. Bazardant l'otage et quelques bricoles puis s'installant à l'arrière avec la gamine, le véhicule grinça dangereusement sous le poids du colosse. Puis Selene n'attendit pas plus longtemps avant de se remettre en route.

Évitant de regarder en arrière, Gabriel fixait la route droit devant lui. Sous son crane, de multiples émotions se chamaillaient maintenant que l'effet de l’adrénaline était retombé. Il était effrayé à l'idée de ce qui les attendait peut-être avec cet otage. Il était soulagé à l'idée de ne plus être seul. Il était heureux d'avoir trouvé une personne qu'il connaissait. Il avait envie de pleurer tant cette personne lui rappelait Émilie. Il était déchiré par le chagrin et noyé par la souffrance de cette perte. Et maintenant qu'il avait tout le loisir d'y repenser, il sentait cette boule, tel un oursin machiavélique, lui obstruer la gorge et l'estomac.

Dans le rétroviseur intérieur, Gabriel aperçut le géant se prendre d'affection pour la gamine. Cet élan de tendresse de la part d'un être à l'aspect si peu avenant, avait de quoi réchauffer le cœur. L'instituteur laissa naître un sourire timide sur son visage qui laissait transparaître son chagrin. Drôle de mélange. Puis ce dernier lui tendit une flasque qu'il se retourna pour attraper. Puis il se présenta de nouveau. Feignant de découvrir son nom pour la première fois, il se présenta à son tour.
« Moi c'est Gabriel. Mais tu peux m'appeler Gaby. »

Lorsque Bobby se mit à chanter, une étrange effervescente s'empara des passagers. C'était comme si le monde s'était mit sur pause. Une sorte de parenthèse à toutes ces horreurs, à tout ce mal qui grouillait tel un nid de serpents venimeux. Ils étaient hors du temps. Posant sa tête contre la vitre, Gabriel avait même oublié qu'il tenait la flasque d'alcool. Laissant pendre ses mains entre ses cuisses, il arrêta simplement de penser, emporté par la mélodie et les paroles de la chanson. Dehors, le paysage défilait, la nature paraissant inchangée, comme si rien de tout ça n'était vraiment arrivé. Ce n'avait été qu'un rêve. Un mauvais rêve, un point c'est tout. Fermant les yeux, une unique larme roula sur sa joue droite, de sorte que personne ne la vit. Tout cela n'était qu'un rêve.

Mais bientôt, le chant mourut et la réalité revint au grand galop. Plus rude encore qu'un coup de fouet. Le colosse demanda alors à Selene de s'arrêter. Elle était blessée elle aussi. Il n'avait même pas remarqué. Certainement lorsqu'elle avait roulé à terre avec la sauvageonne. A moins qu'elle n'ai prit une balle ? Non, ça ne devait pas être ça. Il espérait que ce n'était pas ça.
Elle finit par arrêter le véhicule au détour d'un petit chemin forestier. Les buissons étaient suffisamment amples pour les dissimuler entièrement aux yeux de personnes qui se seraient trouvées sur la route principale.
Se souvenant soudain qu'il avait encore la flasque à la main, il la tendit machinalement à Selene pour qu'elle s'en serve d’antiseptique. Se serait toujours mieux que rien. Et puis, il ne se voyait pas en boire le contenu de toute façon.
« Il vaudrait mieux faire vite. Si la folle furieuse reprend connaissance on ... »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'un bruit de métal leur parvint de l'arrière du véhicule. Dans le compartiment où elle reposait, la fanatique était en train de taper furieusement des pieds contre la porte arrière. Il fallait qu'elle se calme où ils risquaient de vite voir rappliquer des putréfiés, attirés par ce bruit qui présageait un fameux festin pour eux. Mais elle continuait, frappant encore et encore comme si elle avait put ouvrir le coffre de cette façon.
« Bobby, tu veux bien … tu sais... l’assommer un ptit coup ? » il joignit le geste à la parole, frappant doucement de son poing dans la paume de sa main.
Mais c'était déjà trop tard. Le moteur étant coupé, on pouvait déjà entendre distinctement le grognement caractéristique d'un revenant affamé qui se dirigeait droit vers eux.
Les coups sur le métal cessèrent. Gabriel ne sut pas si c'était dut à Bobby ou non car il ne pouvait plus s’empêcher de fixer le cadavre qui titubait vers eux. C'était une jeune femme, une robe blanche à fleurs bleues dissimulant à peine son corps squelettique. De ses cheveux il ne restait que quelques touffes blondes lui arrivant aux épaules. Il lui manquait une grande partie de l'estomac et elle n'avait plus qu'un seul bras. Il ne pouvait pas s’empêcher de la fixer. Il se disait que s'il n'avait pas tiré une balle dans la tête de sa sœur, elle serait dans cet état à présent. S'il n'avait pas été là... s'il n'avait pas... Cela aurait put s'agir d'elle. Ça aurait put être elle …
Elle était contre la vitre à présent et frappait violemment contre le carreau dans l'espoir de le briser. Le choc fit sursauter Gabriel qui, perdu dans ses pensées, n'avait pas vu qu'elle était déjà si proche. Revenu à la réalité, il s'empara de son couteau qui ne quittait jamais sa poche. Il sentit les clés du camion de pompier contre ses doigts. Il dégaina son unique arme blanche et, baissant prudemment la vitre, il enfonça la lame dans l'orbite vide de la créature. Celle-ci s'affaissa, enfin rendue à la mort. Mais presque aussitôt, un nouveau choc secoua l'habitacle et alors que la fanatique se mettait à glousser de rire, plusieurs mains avides commençaient à essayer d'atteindre leur précieux repas. Gabriel remonta vivement la vitre et se tourna vers ses nouveaux camarades. Les rôdeurs étaient du côté de Selene à présent. Et s'ils ne s'en débarrassaient pas, d'autres seraient attirés par le bruit. C'était toujours comme ça. Il y en avait un, puis il y en avait trois. Puis il y avait une horde. Et alors on mourait et on rejoignait leurs rangs.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mar 17 Mai 2016 - 0:10

- Mais ferme-là un peu !! avait fini par hurler Selene à la gamine.

Elle avait peur, elle était blessée, elle improvisait complètement. Alors elle n’avait pas besoin d’une SDF rachitique pour lui expliquer quoi faire. En plus elle avait tort. Si ces gens étaient capables de tuer, simplement pour dépouiller des passants, alors il y avait de fortes chances que les liens qui les unissaient n’étaient pas affectifs. C’était la foi leur ciment. Une foi biaisée, démente, mais un culte commun tout de même. Cette femme n’était pas pour eux une amie, elle n’était qu’une « sœur » d’âme, une alliée, une complice. Ils ne lanceraient pas de traque pour la délivrer – ils devaient certainement penser que Dieu agira. Tout ça pourtant, la pianiste le garda en elle, comme une bombe à retardement. Seuls ses yeux glacials témoignaient de ce qu’elle pensait.  

Contente de pouvoir s’échapper quelques instants, l’étudiante confia ses menottes à Bobby et partit à la recherche de la Land Rover planquée à une centaine de mètres. Les mâchoires serrées, elle encaissait la douleur qui se manifestait sur tout son corps et réfléchissait. Plus tôt, elle avait compté une quinzaine de partisans. Ils pouvaient être plus, d’autres pouvaient être cachés, alors admettons qu’ils soient trente. Ça faisait beaucoup, mais si leur mode opératoire avait fonctionné jusque là, ils devaient bien avoir une réserve quelque part. Comme toutes les communautés… une réserve et une armurerie. Les plans commençaient à se dessiner dans sa tête quand elle trouva le 4x4. La jeune femme n’osait toujours pas regarder Gabriel. Elle craignait de voir dans ses yeux le reflet de ce qu’elle devenait.

- Je sais ce que je fais, rétorqua-t-elle du tac-o-tac quand il appuya les paroles de la benjamine.

C’était un semi-mensonge, mais ça ferait l’affaire. Ses arguments étaient parfaitement clairs dans sa tête, encore fallait-il qu’elle parvienne à les formuler. Pourraient-ils seulement les comprendre ? Eux qui ne portaient pas le même fardeau sur leurs épaules ; ni les même responsabilités. Toute une maison l’attendait, l’héroïne qui rentrerait de ses expéditions avec l’espoir dans son sac…

Quand ils reprirent la route, le silence était oppressant. Bobby le brisa, encensant l’habitacle de sa voix chaude mais pour la première fois, son amie y était insensible. Ses pensées convergeaient vers un point unique, tissaient l’avenir, anticipaient. Ce n’était pas rien de chercher à supplanter une bande de criminels, c’était la première fois qu’elle faisait ça. A la demande du géant, Selene choisit un emplacement dans le sous-bois et s’y enfonça. L’ombre des arbres masquait la voiture. Il serait compliqué de la voir depuis la route, ça suffirait pour l’instant. Elle poussa un profond soupir, son regard plongé dans le vide au-delà du pare-brise, et sursauta quand leur otage commença à s’agiter.

- Retiens-là Bobby ! renchérit la pianiste d’une voix crispée par la nervosité.

Elle était à deux doigts de sortir de la Land Rover pour aller lui flanquer un coup de crosse en pleine figure, mais ce qui devait arriver arriva. Les charognes émergeaient l’une après l’autre de derrière les arbres, attirées par ce bruit peu commun. Gabriel eut beau en abattre une par sa fenêtre, ça ne suffirait pas. Ce n’était pas judicieux de rester là à attendre qu’ils explosent les vitres et leur groupe était en trop mauvaise posture pour se battre. Instinctivement, Selene remit le contact et fit gronder férocement le moteur en abordant une marche arrière vigoureuse. Un choc sourd lui annonça qu’elle avait heurté – et disloqué – un rôdeur, mais ça ne l’empêcha pas de retrouver l’autoroute dans un dérapage contrôlé pour repasser la première et mettre les voiles. Ses yeux glacés oscillant entre l’horizon et le rétroviseur intérieur, elle se mit à hausser la voix en perdant le contrôle de ses nerfs :

- Vous voyez ?! Ces gens sont fous ! A quoi ça aurait servi d’attirer les mordeurs à part tous nous faire tuer ?? ... Je parie que les autres ne nous traqueront pas, expliqua-t-elle enfin, je ne pense pas qu'ils fonctionnent à l’affectif. Vous les avez vus à Brinnon ? Ils utilisent leur culte pour justifier ce qu’ils font. Tuer, dépouiller. Alors… ils ne méritent pas ce qu’ils ont, son regard chercha celui de Bobby pour essayer de toucher son cœur, tu ne crois pas que d’autres feraient meilleur usage de leurs ressources ? Arun ? Flann ? On a besoin de plein de choses pour passer le prochain hiver.

La musicienne était certaine que de cette façon, elle pourrait rallier au moins le colosse à sa cause. Elle l’espérait de tout cœur. Ils avaient un enfant à charge et bientôt, un bébé. Les fruits de la serre qui commençaient doucement à sortir de terre ne suffiront pas. Ils avaient besoin de gaz, de pièces mécaniques, de denrées non périssables, d’armes… est-ce que des cinglés méritaient plus de vivre que leur groupe ? Non. C’était inconcevable. Se tournant cette fois brièvement vers Gabriel et la sauvageonne, elle poursuivit :

- Je ne veux pas avoir à tuer quelqu’un d’autre. Je voudrais juste que cette femme nous dise comment accéder à leurs ressources. On y va discrètement de nuit, on prend ce qu’on peut, on s’en va. Ensuite on la relâche, et c’est tout. Si vous ne voulez pas en être, je ne vous empêche pas de partir, ajouta-t-elle en haussant les épaules, personne ne vous force à participer. D’ailleurs… elle freine brusquement, marquant l’asphalte de longues traces de pneus, vous pouvez descendre maintenant si vous voulez.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mar 17 Mai 2016 - 15:58

La voiture s’arrêta enfin et le géant souffla de soulagement. Caressant une dernière fois la chevelure crasseuse de la fillette endormie, Robert alla la pousser délicatement pour ne pas la réveiller. C’est alors d’une voix stridente et des coups rageurs sur la carrosserie firent sursauter le monstre de foire. Son esprit lent avait complètement oublié l’illuminée dans l’espace bagage. Alors, la suite fut confuse. Dans un premier temps, l’homme qui se disait appeler Gaby demanda au géant d’assommer la prisonnière. L’ange d’ivoire aussi et au moment ou il allait sortir du véhicule pour obéir aux ordres, quelques goules choisirent alors cet instant pour surgir et encercler la boite métallique débordant de chair fraiche. Serrant doucement Malou pour lui signifier qu’il est là, le visage du géant se transforma en un masque de haine et de fureur. Il ne voulait pas que les gens soient blessés ou bien mordus. Saisissant la poignée de la portière, le colosse qui combattait sa rage allait sortir quand le moteur reprit vie et la musicienne crispée dégagea la voiture de là. Et de nouveau sur la route, le regard débordant d’humanité de la bête rencontra celui teinté de glace et de folie de la belle. Un discours sans cœur, mais troublant de vérité percuta l’ouïe déficiente du golem de chaire. La stupéfaction s’inscrivit alors sur les traits atypiques de Bobby quand la voiture freina subitement et que la pianiste déclara aux gens qu’ils pouvaient descendre si ça n’allait pas. Respirant fortement pour essayer de se calmer, le géant enserra la frêle silhouette de la sauvageonne de manière douce et projective. Il ne voulait pas la quitter. Malou ressemblait à s’y méprendre à Sandra. Il avait abandonné sa nièce une fois. Son ange était mort dans les pires souffrances parce qu’il n’était pas la pour la défendre. Le destin avait décidé d’accorder une seconde chance, une rédemption pour l’âme torturées du géant. Il avait une famille et maintenant une adolescente qui devait protéger. Le ton rocailleux et rauque du mineur brisa le silence en mille éclats tranchants. Même si le ton était bas, la dureté des mots ne laissait aucune place à la négociation.

Robert- Non, personne ne sort de la voiture… Euh… Malou et Gaby nous on aider au lieu de partir et maintenant tu veux qu’ils partent au milieu de nulle part… Euh… Je ne veux pas. On doit s’aider entre humains non?


Baissant les yeux de honte de contredire l’ange à la peau ivoirien, le colosse continua néanmoins sur sa lancée. Pour la première fois depuis des lustres, le monstre de foire venait de s’inclure dans le genre humain.

Robert- Tu sais que je vais te suivre partout Selene… Euh… Même en enfer si tu le dis… Euh… Je veux que ma famille soit bien… OK… On va faire ce que tu veux, mais j’aimerais beaucoup qu’on pense à tout ça la tête reposée et après soigner tes bobos OK? Une maison avec un garage pour se cacher… Euh… ça va à tout le monde ?

De nouvelles paroles saintes furent psalmodiées comme une incantation diabolique la fanatique divine. Sans un mot, Robert se tourna vers l’arrière et passa ses mains immenses vers le visage de la fanatique. Avec sa grosse paluche rugueuse, le colosse couvrit la bouche et le nez de la folle qui s’agita encore un peu avant que le manque d’air l’entraine dans les abimes de l’inconscience. S’assurant qu’un souffle de vie soit présent chez la possédée, la bête ayant tellement de cicatrices que ce soit physiques que psychologiquement s’assit de nouveau en silence. Il enserra avec tendresse la sauvageonne et tendit une main immense vers l’épaule de sa sœur d’âme. Un apaisement, une humanité et une bonté sans équivoque se dégageaient de l’aura de la chose pour calmer l’atmosphère. Dans les yeux bleutés de l’homme, un tsunami d’émotions grondait sur la lueur océanique de ses pupilles. De la sincérité, de l’inquiétude, de la peur, de l’affection et aussi une paix. Bienfaitrice et apaisante, la bête absorbait les ondes négatives autour de lui comme une éponge monstrueuse. Bientôt un refuge fut à la portée du groupe exténuer. Une maison isolée loin de la route, la porte du garage grande ouverte. Après une inspection de routine, un seul locataire déposséder de son âme fut ramené à sa seconde mort par un violent coup de hache, le quatuor dépareillé se réunit dans la salle à diner de la demeure ravagée.

C’était bizarre, mais Robert se sentit comme un pilier à cet instant, un rempart pour essayer d’établir une cohésion entre Selene et les deux nouveaux venus. Vidant son sac à dos sur la table, il sépara en quatre les victuailles qu’il avait trouvées dans le camion de pompiers et ce qu’il avait emmené de la maison. Se réservant une petite portion, donnant des parts généreuses à l’ange au regard troublé et à Malou ainsi que Gaby. Souriant gentiment et avec une tendresse qui auraient dû être étrangère à ce corps immonde, le géant s’expliqua.

Robert- J’ai des bonnes réserves et vous devez avoir faim… Euh… Sœurette je vais te soigner OK?


Avec la douceur d’un enfant qui touche à une fleur magnifique, le mastodonte administra des bandages et désinfecta les plies superficielles de l’ange. S’excusant à chaque fois qu’un tic de douleur traversa le visage de sa sœur d’âme, la bête finit pendant que les gens finissaient de grignoter. Voyant la rachitique sauvageonne manger du bout des lèvres, le géant se plaça à son niveau. Plongeant son regard humain et si débordant de bonté dans celui de l’adolescente, celle-ci pouvait devenir toute la compassion et la sollicitude du monde. Alors Bobby dit tout bas, presque dans un murmure suppliant.

Robert- Malou tu doit avoir faim… Euh… J’entendais ton estomac gronder dans la voiture… Euh… Essaie de manger un peu plus pour moi OK? Et toi Gaby ça va?

Le chat botté n’était rien en comparaison des yeux que fit le colosse à cet instant. Dans la chambre où la fanatique religieuse était enfermée, aucun son ne se produit. S’assoyant entre la sauvageonne et celle qui avait donné sa chance à la bête de foire, un peu comme un médiateur entre deux parties adverses, Bobby soupira, tout doucement et mangea une barre de céréale. Regardant chacun des membres du groupe de survivants, laissant transparaitre son humanité si phénoménale, le ton du monstre de foire se leva doucement.

Robert- Euh… Moi je soutiens Selene pour essayer d’aller chercher des trucs et laisser la religieuse après là-bas… Euh… À deux on aura de la misère tu sais… euh, mais à quatre c’est mieux… Euh… J’ai pensé au truc du joueur de flûte…

Voyant converger des regards inquisiteurs vers sa silhouette disgracieuse, le géant rougit un peu et continua son explication hasardeuse.

Robert- Ben Gaby t’a encore les clefs du camion? On peut s’en servir encore… Euh… Allumer les lumières et faire le bruit… Euh… Ça va attirer les méchants vers le camion pour l’éteindre. Euh… On pourra peut-être faire une divertruc… Euh… Aussi on va manquer d’espace dans notre camion Selene. J’ai vu une remorque en arrière de la maison je pourrais essayer d’arranger ça pour le mettre derrière le camion et emmener plus de trucs? Vous en pensez quoi, car moi je ne pense pas fort fort… Aussi pas de chicane OK?


Souriant bêtement pour essayer d’alléger l’atmosphère, la blague d’autodérision de l’homme difforme semblait avoir fonctionné en partie. Saisissant délicatement la main gracile de la pianiste, le golem de chair témoigna alors de son support indéniable envers sa famille et sa sœur d’âme.



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mer 18 Mai 2016 - 0:29

Le sommeil de Malou fut de courte durée
Elle avait l'impression de ne s'être endormie que quelques instants quand elle entendit des coups violents contre la carrosserie à l'arrière du véhicule; l'otage était sortie de sa torpeur.
D'un bond, elle se redressa et se raidit: elle venait de voir Selene triturer son revolver, elle n'allait pas la tuer tout de même ?
Mais au moment où la jeune femme allait ouvrir la portière, elle vit les cadavres ambulants, Gabriel sortir un couteau et le planter entre les deux yeux de ce qui restait d'une femme en robe à petites fleurs.
Elle vit aussi l'immense chagrin qui se peignait sur le visage de l'homme; elle avait vu qu'il avait été obligé de le faire à son corps défendant, lueur qu'elle n'avait pas encore remarqué une seule fois dans le regard d'acier de la pianiste.

S'enfonçant dans le siège le plus loin possible, le poing dans la bouche afin de ne pas hurler l'horreur que tout cela lui inspirait, elle ne pouvait s'empêcher de murmurer « pourquoi ? », comme un leitmotiv infernal.
Pourquoi cette maladie ignoble ? Pourquoi tout ce sang, toute cette peine, toute cette cruauté ?
Mais quand Bobby à son tour fit un mouvement pour sortir du véhicule tandis que les mangeurs d'hommes s'acharnaient sur les vitres au point de les briser, elle ne put s'empêcher de gémir: non, Nounours, pas toi ! Pourquoi...
Elle ne put finir sa phrase, le 4x4 qui démarrait en trombe la plaqua à nouveau contre les coussins tandis qu'un cadavre éjecté au milieu de la route se relevait sous ses yeux avant disparaître à l'horizon.

Le ciel s'était couvert. Les nuages gris avaient pudiquement tirés le rideau afin d'épargner à la pureté du bleu toute la déchéance de ce monde qui allait pouvoir s'étaler et exploser sous le capot du bolide d'acier.
Selene ouvrit les hostilités que Malou attrapa au vol, à sa façon, repoussant même le bras que Nounours lui offrait.
Elle était offusquée, pire, hors d'elle:
tu traites tout le monde de fous mais toi tu t'es vue ?
Qui a tiré la première quand le groupe est arrivé sans même chercher à négocier ?
Tu dis qu'ils tuent et qu'ils dépouillent les autres mais toi qu'est-ce que tu fais de mieux qu'eux ? En entrant dans ce village, tu ne cherchais pas à dépouiller un peu toi aussi ?!
Répondit-elle outrée avant de continuer:
vous l'avez pris en otage, vous l'avez jeté comme un sac à patate, vous l'assommez et vous voulez qu'elle vous remercie ? C'est pas un objet c'est humain !
Vous allez faire quoi pour qu'elle vous donne l'endroit de leur cachette ? La torturer ?
Parce que franchement, je ne vous vois pas lui dire « s'il te plait tu veux bien nous raconter où tu planques ta bouffe et ton matos parce qu'on aimerait te le voler » !

Pauvre conne, tu ne vaut pas mieux qu'eux et tu ne t'en rend même pas compte.
Tu veux que je te dise ? Tu aurais eu mieux fait de rester derrière ton piano à jouer parce que c'est la seule chose que tu sais faire !
Pour le reste, tu as goûté au sang, tu as trouvé ça dégueulasse mais malgré tout tu ne peux plus t'en passer, hein ? c'est plus fort que toi; tu es devenu une machine, rien d'autre tu me dégoûte.

Et oui, je vais me casser, je n'ai besoin de personne. Ca fait plus de trois semaines que je suis toute seule ou presque et j'ai réussi à me débrouiller sans tuer personne, je peux encore continuer comme ça un petit moment; pour le reste... Tu vois, je préfèrerais crever sur le bord de la route plutôt que de devenir comme toi !

En colère, ayant perdu toute confiance, elle ne sentait même pas que le grand homme tentait de l'enserrer contre sa poitrine pour l'appeler au calme, c'est sa voix sourde mais dure comme une lame qui arrêta net l'adolescente à demi sortie du véhicule.
Son regard bleu intense, perçant scruta celui océan de Bobby avant de se rassoir de mauvais gré sur la banquette, bras croisés, boudeuse.
Aussi, quand le géant se redressa pour pincer le nez de la femme de manière significative qui ne trompa pas un instant Malou, elle leva à nouveau ses yeux vers lui où il pouvait lire tout le dédain, le dégoût que ce geste lui inspirait.
« Tu deviens comme les autres toi aussi ? » songea t-elle un instant mais elle ne dit rien. Non, Nounours ne serait jamais comme les autres.
Et puis lui dire une phrase pareille lui aurait fait tellement de mal qu'il en aurait été brisé de douleur; elle ne voulait pas le faire souffrir.

Elle resta sombre et silencieuse durant tout le moment de la visite des nouveaux lieux.
Elle était triste de s'être fâchée celle qu'elle avait tant admiré en secret avant tout cela, de voir à quel point son visage avait changé.
Elle se souvint de cet après-midi avec son frère.
Ils étaient entrés dans un magasin de musique et elle l'avait vue jouer une musique au rythme entrainant, souriant de toutes ses dents, les yeux emplis de bonheur, comme cela semblait loin... A présent le regard était glacial.
Gênée, elle tourna la tête vers Gabriel qui avait eu l'air très embarrassé durant la dispute.
Histoire de lier un semblant de dialogue sans en avoir l'air elle lui lança abruptement: et toi, tu faisais quoi comme job avant ?
Elle écouta la réponse tout en grignotant du bout des dents la barre de céréales; elle avait faim mais cela ne passait pas et puis Nounours n'avait pas fait un partage équitable, elle n'aimait pas cela; pourquoi se priverait-il plus que les autres ?
Aussi quand il lui demanda gentiment de manger davantage, elle lui offrit un maigre sourire et répondit: je mange cette barre et je bois ce jus de fruit à condition que tu prennes ça pour toi.
Et elle repoussa vers lui le surplus qu'il lui avait donné.

Un semblant de paix semblait s'être installé durant le temps de l'étrange repas jusqu'au moment où Nounours dévoila son plan.
Quand il eut terminé ses explication Malou se leva et dit: j'en pense qu'il y a encore mieux: on ramène la bonne femme chez elle et on oublie son existence, sa bouffe et son matos; ce que vous voulez faire là, c'est pas réglo; on n'est pas des malhonnêtes et moi je n'ai pas envie qu'on devienne comme eux.
Là-dessus, elle recula et se plaça derrière Nounours comme pour se protéger de l'éventuelle explosion de colère de la part de Selene.
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Gabriel Fowler
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mer 18 Mai 2016 - 11:15

Selene avait trouvé une solution simple et radicale. Redémarrer. Pourquoi fallait t-il que ces monstres soient partout ? Mais alors qu'il regardait par la fenêtre, la vision de la femme qu'il venait de tuer encore imprimée dans son esprit, Selene explosa. Littéralement. Elle dévoilait enfin ses intentions. Et c'était pire que ce à quoi Gabriel s'était attendu. Non content de vouloir connaître l'emplacement du refuge des fanatiques, elle voulait les piller. Leur voler leurs ressources et se les approprier sans le moindre état d'âme ! Certes, ils avaient essayer de les tuer. Certes, ils étaient fous et avaient certainement eux-même pillé ce qu'ils possédaient. Mais était-ce une raison suffisante pour s'abaisser à leur niveau ? Était-ce une raison valable pour risquer leur vie ? Il y avait des façons plus simples de s’approvisionner que de piller le camp d'un autre groupe. Quand on était seul, baguenauder de maison en maison était une solution. Mais en groupe, les possibilités étaient grandes ! Nul besoin de retourner à l'âge de pierre et de se fritter les uns avec les autres pour un morceau de jambon !

Lorsqu'elle stoppa la voiture brusquement, il eut un haut le cœur et la fixa d'un regard indéchiffrable. Il y avait tellement de violence dans les yeux de la jeune femme... Comment avait-elle put changer à ce point ? Mais lui aussi avait changé …
Un instant, un très bref instant, il hésita. Avoir trouvé des personnes avec qui il pouvait survivre... ne plus être seul... c'était merveilleux ! Mais ce vers quoi ils se dirigeait était non seulement dangereux, mais tout simplement suicidaire. Risquer sa vie pour aider une personne qui le méritait ne le dérangeait pas. Mais de là à aller provoquer le danger … très peu pour lui. Serrant les mâchoires, il ne dit rien, écoutant la tirade de la fillette. Elle était rude mais elle avait raison. La sagesse de l'innocence. Cela le décrispa un peu puis un léger souvenir flotta dans son esprit. Il avait déjà eu des élèves, pas plus haut que ça, et qui semblaient parfois bien plus sages et logiques que la plupart des adultes. Les enfants avaient cette simplicité qui rendait leur logique parfois imparable.

Lorsqu'elle eut terminé de vider son sac, Gabriel crut qu'elle allait quitter le véhicule et tourner les talons. Mais Bobby calma le jeu. Il semblait doué en cela. Son regard croisa alors celui de Selene. Il se sentit mitraillé.
« J'ai rien dit. » conclu t-il simplement, lui signifiant qu'il ne les lâcherait pas.
Dans le coffre, la foldingue était en pleine litanie à propos de son seigneur et de la récompense des justes. Il n'avait jamais été croyant. Tout au plus agnostique. Et voir une personne à ce point rendue folle par un tel endoctrinement lui inspirait plus de pitié que de haine.

Il s'étaient remis en route et avaient fini par trouver un lieu où se reposer. Faire le point. Ils en avaient plus que besoin. Bobby se chargea du seul putréfié des lieux et ils purent investir la salle à manger. Lorsqu'il se vautra sur l'une des chaises encore en état, il laissa échapper un soupire. Il était épuisé. Mentalement et physiquement. Et il accueillit avec le sourire les victuailles offertes par le géant.
« Merci. » souffla t-il simplement avant de se mettre à engloutir sa part à grandes bouchées.
Alors que Bobby se mettait à dorloter Selene, Malou s'adressa à lui pour la première fois. Sa question le désarçonna, faisant remonter à la surface des choses qu'il tentait désespérément d'enfouir depuis que sa sœur n'était plus là. Il resta silencieux un long moment, ne trouvant pas quoi répondre. Ne voulant pas répondre à vrai dire. Regarder derrière lui était trop douloureux. Le passé devait rester là où il était. Il ne pourrait pas aller de l'avant autrement. Son regard croisa alors celui de Selene. Avait t-elle aperçut sur son visage la vague d'émotions qui étaient sur le point de le submerger ? Elle qui savait.
Il mâcha lentement ce qu'il avait dans la bouche avant d'avaler et de répondre à la fillette sur un ton égal.
« Quelle importance. »
Le regard fixé droit devant lui, il reprit une nouvelle bouchée en silence.
Lorsque Bobby s'adressa à lui, il releva la tête, un peu surpris. Il n'avait plus l'habitude des conversations. Tellement habitué à être seul et à n'avoir pour unique compagnie que les grognements des putréfiés. Il répondit au monstre de gentillesse par un simple hochement de tête et un vague sourire qui s’effaça presque aussitôt.

Une fois le repas terminé, Bobby annonça être prêt à suivre l'initiative de Selene. Son idée ne semblait pas très claire et Gabriel le fixa d'un œil curieux, attendant qu'il développe. Son idée n'était pas mauvaise. Mais elle n'était pas excellente non plus. Faire diversion avec le camion sous entendait que l'un d'eux devrait y retourner. Pour peu que les fanatiques aient posté des sentinelles, ce serait assez difficile de ne pas se mettre en danger. Et autre point faible de ce plan, si le bruit et les lumières attireraient les cinglés, cela attirerait aussi bien d'autres choses... Des choses avec lesquelles il valait mieux ne pas jouer.
La gamine proposa quant à elle de laisser tout simplement tomber et de passer à autre chose. Sur ce coup là, il était 100% de son côté.

Observant tour à tour ses trois nouveaux compagnons, il sentit une certaine tension dans l'air. Les divergences d'opinions risquaient de ne pas trouver de commun accord.
Il se racla doucement la gorge et exposa son point de vue le plus simplement possible.
« Ton plan est intéressant Bobby mais la petite a raison. Pourquoi prendre un tel risque ? On plie bagage et on file en laissant l'autre illuminée ici. Ils finiront bien par la retrouver et nous on sera loin. Il y a d'autres villes où trouver des ressources. »

Croisant les bras, il ajouta en fixant Selene :
« J'ai suffisamment perdu. Si une autre personne doit mourir, que ce soit au moins pour une raison imparable. Et pas à cause d'un coup de tête absurde. »
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mer 18 Mai 2016 - 11:32

La hargne de la nouvelle protégée du géant éclata et les yeux bleus de Selene s’écarquillèrent. Est-ce qu’au moins elle s’écoutait déblatérer des conneries ou bien ça sortait comme ça venait ? C’était un peu aussi absurde que de voir un manchot donner des leçons de tam-tam. Et loin d’en rester à des arguments invalides, la gamine se permettait de juger. Du haut de sa maigreur effrayante et de son inexpérience, elle osait porter un jugement de valeur sur la musicienne. Cette dernière était complètement abasourdie. Elle aurait voulu traîner cette peste l’extérieur par ses cheveux sales et lui mettre une correction, une de celles que méritaient les sales gosses. Mais La pianiste n’était pas violente par nature. Elle chercha du soutien dans les yeux de Bobby qui se contenta de maladroitement négocier une trêve. Ainsi même lui, il la bafouait… de son ressenti exacerbé, il lui crachait au visage presque. Oh oui, Gabriel et « Malou » avaient aidé, mais quelqu’un avait pensé 5 min à ce qui leur serait arrivé si ni l’étudiante, ni le colosse n’étaient dans les parages ? Car tous les deux étaient à Brinnon, pour une raison x ou y. Et si le duo d’inséparable ne les avait pas sauvés, ni l’instituteur ni la sauvageonne avec ses grands airs ne seraient là à s’autoriser un débat philosophique sur le bien et le mal. En désespoir de cause, Selene se tourna vers l’ancien instituteur qui préféra se débiner. Bien…

Quand elle reprit la route, elle s’efforçait de respirer lentement. Ça n’avait jamais été bon de déchainer ses émotions : elle se retrouvait assaillie par des souvenirs, des flashs, des fantômes. Ceux qu’elle avait enfermés à double tour dans un placard, comme cette pauvre fille à Sequim. Une erreur. Enfant de la peur et de la folie. La main du géant sur son épaule la réconforta, même si elle lui en voulait encore de ne pas l’avoir défendu. Il disait sans arrêt être son frère, n’était-ce pas ce que faisait les frères et sœur ? Se défendre ? Ça lui faisait mal de se sentir incomprise. Son point de vue n’était pourtant pas si difficile à saisir.

Elle suivit machinalement lorsqu’ils dénichèrent un refuge au bord d’un sentier forestier. Arbalète en main, elle participait à l’inspection sans vraiment être là. Heureusement, le colosse était en pleine possession de ses sens et s’occuper de renvoyer de l’autre côté du Styx l’unique goule qui trainait dans les parages. Il insista pour panser ses plaies superficielles, ce à quoi elle se soumit en marmonnant pendant que les autres commençaient à se ravitailler. Plusieurs fois, ses yeux avaient croisés les orbes débordants d’émotion de Gabriel et plusieurs fois, elle s’était défilée en baissant les siens. Elle l’aimait bien, même après plus de 3 ans… il n’aurait jamais dû la voir comme ça.

Soignée, l’épaule et le bras enroulés dans un bandage, la musicienne n’avait pas vraiment faim. Observant sans y toucher les provisions que Bobby avait mis devant elle, elle préféra se concentrer sur l’aspect stratégique de leur retraite. Son ami la soutenait – enfin – ce qui lui redonna un peu confiance, et elle aimait beaucoup son idée de diversion. Pas tant pour vider le camp intramuros, mais surtout parce que si le bruit pouvait rameuter suffisamment de rôdeurs, les fanatiques seraient tellement débordés qu’ils auraient le temps de tirer leur épingle du jeu. Cet ébauche de plan fit sourire l’étudiante mais bien sûr, c’était sans compter l’intervention de Miss-je-sais-tout.

« Malhonnête ». Quand ce mot jaillit de la bouche de Malou, Selene éclata de rire. Un rire sans joie, nerveux, mais irrésistible. Jusque là, elle lui avait laissé le bénéfice du doute, préférant croire que l’adolescente était une pacifiste dans l’âme. Une ignorante, une de ces chanceuses préservée des lames du chaos ; mais il n’en était rien. Non, la gamine était simplement stupide. Idiote mais grande gueule, en il n’en fallait pas plus pour l’irrité et cette fois, la musicienne ne resterait pas silencieuse. Elle fut néanmoins fortement ébranlée par l’ancien professeur, qui prônait également de se replier. Respectant la demande de Bobby de ne pas se disputer, elle s’efforça à rester calme alors que son sang bouillait d’une chaleur glacée :

- Dis-moi, t’es pas un peu hypocrite sur les bords toi ? Elle s’adressait à l’adolescente, qu’est-ce que t’es en train de manger là ? C’est à toi ? Tu l’as acheté ou bien ça appartenait à quelqu’un d’autre avant qu’on le prenne ? Et jusqu’à maintenant, comment tu as survécu ? Pas en achetant des sandwichs à l’épicerie du coin je suppose, elle laissa planer un silence, toisant la benjamine d’un regard froid et dédaigneux, alors oui moi et Bobby on cherchait à emporter des trucs de cet endroit. Juste fouiller les placards, pas tuer des gens. C’est clair que c’est malhonnête mais « surprise », le monde part en couille !

Elle s’était levée, ne tenait plus en place. Il y avait tant de chose qu’elle pourrait dire à cette petite insolente ; tant de vérité, d’horreurs, d’éléments qu’elle ne savait pas. Selene avait vu l’enfer, elle l’avait même traversé, alors que la sauvageonne n’avait que jeté un œil à travers la serrure.

- Et tu veux savoir pourquoi j’ai tiré la première ? Mais parce que le type avec un fusil allait faire un trou gros comme mon poing dans ta petite tête d’imbécile. Si je l’avais pas fait, on serait tous morts à l’heure qu’il est. C’est pas une bonne raison ? Alors c’est ça la différence entre eux et moi : je n’ai jamais tué de vivants pour les voler. JAMAIS ! Elle s’emportait et l’émotion laissa filer la suite, j’en ai croisé des pillards. Des vrais. Des gens qui t’auraient éventrée avant d’avoir à supporter tes conneries. Ils m’ont tabassé et ils ont violé mon amie, alors tu crois que…

La pianiste s’interrompit. Le secret de Flann venait de lui échapper. Sans doute le fardeau le plus lourd sur ses épaules frêles : la culpabilité. Les mois filaient, s’enlisant dans des scenarii apocalyptiques, mais ses sentiments restaient les mêmes. Figés dans la glace. La rancœur revint, vieux démon qu’elle pensait avoir terrassé, et la tristesse aussi. Une larme roula sur les joues de l’étudiante. Elle faisait naufrage et chercha brièvement à se raccrocher aux yeux de Gabriel avant de se tourner à nouveau vers Malou :

- Ne dis pas que je suis comme eux, parce que tu ne sais rien de moi. Tu sais rien de rien en fait. T’as choisi de vivre comme un rat dans les poubelles, vas-y, fais-toi plaisir. Moi j’ai une famille à protéger. On a un enfant avec nous, il a même pas 5 ans. Alors si je dois braquer le stock d’un groupe de mabouls pour qu’il passe le prochain hiver, je le ferai sans hésiter.

Elle s’essuya rageusement les yeux et tourna le dos à tout le monde. Il n’y avait pas l’ombre d’un doute. Ce qu’elle n’avouait pas à voix haute, parce qu’elle doutait même de la réaction de Bobby, c’était que s’il fallait, elle les tuerait tous. Peut-être était une projection : elle voyait en ces fanatiques le reflet des hommes de Seattle qu’elle n’avait pas pu arrêter elle-même. Elle n’avait pas envie de manigancer un meurtre de masse mais si elle devait choisir entre eux ou sa famille… le choix était déjà fait. Après une profonde inspiration, elle fit volte face et regardait intensément le géant.

- Alors ? Choisis, qu’est-ce qu’on fait ?


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