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 Priez ou mourrez

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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Priez ou mourrez   Mar 3 Mai 2016 - 8:49

Au volant de la Land Rover, Selene avalait les kilomètres sur l’U.S. 101 déserte. Elle avait insisté pour pouvoir prendre le volant cette fois, sentir la puissance de l’engin, dominer les quelques charognes qu’ils croisaient avant de les distancer. Ils avaient pu récemment récupérer suffisamment de diesel pour faire un plein et avoir un bidon de secours dans le coffre, au cas où, alors la jeune femme avait envie d’élargir leur périmètre d’action. Elle n’avait plus la notion du temps, mais ça devait faire un mois qu’elle n’avait pas quitté un rayon de 20km autour du chalet. Aujourd’hui, elle brisait les limites, le compteur indiquant presque 200. Quand ses yeux froids ne fixaient pas la route, ils se tournaient vers Bobby, malicieux, un air d’adolescente qui vient de découvrir un jouet particulièrement amusant.

L’hiver semblait s’obstiner sur le nord-ouest des Etats-Unis. La musicienne supposait que le printemps devait avoir été bien entamé et pourtant, le froid refusait de capituler. Ni lui, ni les chutes de grêle, ni le givre qui recouvrait parfois la forêt au petit matin. Aujourd’hui, il faisait assez beau. Un soleil sans chaleur, dressé au-dessus d’un monde endormi, pétrifié, avec une espèce d’insolence. Au niveau d’Eaglemount, Selene vit se dresser un groupe de rôdeurs, barrière de chair au milieu de la route. Serrant les dents, elle appuya plus fort encore sur l’accélérateur et broya deux cadavres sur le pare-choc. Une giclé de sang coagulé salit le pare-brise qu’elle nettoya autant que possible avec les essuie-glaces. Ils n’avaient plus de produit nettoyant. Cette fois, pas de regard amusé à son ami. Ça ne lui plaisait toujours pas de mutiler les morts, mais elle avait appris à vivre avec. Aucun d’eux n’était humain – aucun d’eux n’était humain – aucun d’eux n’était humain… une litanie pour conserver sa santé mentale.

Pour penser à autre chose, la pianiste ralluma la radio. Elle connaissait déjà par cœur le contenu de la clef USB trouvée dans la boîte à gants le jour où ils avaient volé cette voiture. Cette fois, le lecteur aléatoire l’envoya directement sur un morceau country presque trop sautillant pour la situation. Mais bon, ils ne pouvaient pas écouter la Marche Funèbre de Chopin jusqu’à la fin des temps… il ne l’avait pas de toute façon.

- Qu’est-ce que tu dis de Brinnon ? demanda enfin Selene après trois bons quarts d’heure de route, les parents d’une pote de fac avaient une maison là… c’est une petite ville, genre moins de 1000 habitants, entre la forêt et le canal Hood.

Ils passèrent un panneau chétif, négligé, à moitié décroché. L’autoroute venait épouser les côtes désormais. L’eau miroir d’un côté, la forêt épaisse de l’autre. Au loin sur la droite, on voyait les montagnes, intouchées et inviolables. Deux voitures encastrées l’une dans l’autre firent obstacle mais la musicienne les contourna sans prendre réellement la peine de ralentir.

- Ville isolée, pas beaucoup de monde… je me dis qu’il y a des chances qu’ils aient moins soufferts de l’épidémie ou qu’ils aient été moins pillés… dans les deux cas, on pourra y trouver pas mal de trucs.  

Quelque chose avait changé depuis Seattle. Sans doute depuis l’expédition à Sequim. Elle était plus assurée, plus froide, plus méticuleuse. Ses yeux bleus, déjà difficiles à déchiffrer avant, étaient devenus complètement impénétrables. L’étudiante ne voulait plus juste survivre et retrouver sa vie d’avant, c’était du passé ça. Désormais, elle voulait faire vivre « sa » communauté.

Quand elle aperçut au loin les contours de Brinnon se dessiner, elle ralentit la cadence et finit par se garer entre deux arbres, à 400 ou 500 mètres des premières maisons. C’était quasiment impossible de les voir depuis le village désormais, il faudrait forcément passer par là et tourner la tête au bon moment. Selene sortit alors, embrassant l’air gorgé de parfum forestier, et vérifia que rien ne manquait à sa ceinture multifonction : couteau de chasse, matraque télescopique, glock plein et 2 chargeurs. Dans ses chaussettes, elle avait caché une autre lame, son vieux couteau de survie. On ne sait jamais, elle avait encore un sale souvenir de la fois où elle avait été faite prisonnière à Seattle.  

- On cache la voiture ici le temps de faire un tour de repérage ? Si c’est clean, on revient la chercher et on charge. Ça te va ?

Attendant que son comparse lui donne sa réponse, elle ouvrit le coffre et prit l’arbalète ramenée au refuge par Bobby. Ce dernier lui avait appris à s’en servir. La jeune femme était toujours un peu lente quand il s’agissait de recharger, mais elle visait plutôt pas mal désormais et l’arme avait l’avantage d’être plus silencieuse qu’un flingue.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Ven 6 Mai 2016 - 14:34

Brinnon Fire Department, Schoolhouse Road, Brinnon, WA, United States



Le camion volait littéralement pendant quelques instants, les pneus libérés de la traction terrestre.  Le mastodonte tenait fortement la poignée du plafonnier, un mélange d’émotions tournait allégrement sur le visage livide de la bête. De la joie d’être de nouveau avec sa sœur d’âme, du soulagement de la voir sourire derrière le volant, de l’inquiétude de voir le monstre de fer rouler à une telle vitesse et surtout une frayeur d’avoir un accident. Le mineur conduisait comme il marchait, ce qui veut dire de manière calme et lente, laissant ses grandes enjambés le porter au rythme des gens qui l’entourait. Un accompagnement de banjo et de violon lui rappela les émissions de Duke of hazzard. Il ne manquait que les sirènes de policiers et le célèbre klaxon. Mais d’un côté comme de l’autre, dans ce monde de cauchemars perpétuel, tous les policiers étaient morts et ne pouvaient conduire. Ils se promenaient la gueule béante, le corps partiellement   profané par d’horribles blessures et le cerveau gorgé par le virus cannibale.

En parlant des nouveaux prédateurs qui s’étaient hissés en haut de la chaine alimentaire, une multitude d’aberrations sans âme se dressaient devant le véhicule solitaire. Telle une haie d’honneur qui attend des invités avec une patience éternelle. Selene lança le lourd camion vers l’avant et dans une explosion de chaires, d’os et de fluides noirâtre une tranchée dégoutante fut créée dans l’amas de parodies de vies.  Pour cacher son stress et sa peur de la vitesse, le géant commença à chanter les paroles qu’il connaissait sur la liste aléatoire de country que les haut-parleurs laissaient filtrer dans l’habitacle. La voix chaude et douce du colosse permit sans le savoir à aider la jeune conductrice. Au milieu de sa lutte contre la folie latente, le piler stable et luisant d’humanité de l’homme difforme était comme une planche de salut. Un phare aveuglant de gentillesse qui maintenait un semblant de chemin vers le bien dans ce chaos qui semblait gagner chaque être. Quand les paroles de la musicienne, véritable caresse auditive pour le géant ayant perdu une bonne partie de son ouïe avec le cartilage de son oreille, furent prononcées, les lèvres exsangues de l’homme firent un petit sourire pauvre et forcé. Une voix rauque et presque intimidante prit le relais à celle si merveilleuse qui naissait lors des chants.

Robert- Super bon plan sœurette… Euh… On arrive dans pas long? J’ai hâte de marcher, tu sais…


Il avait surtout hâte de sortir du véhicule et de retrouver la stabilité de la terre nourricière sous ses pieds énormes. Comme pour combler son désir le plus cher, l’ange aux yeux de glacier stationna le véhicule de luxe couvert d’une couche de déchet organique à l’abri d’une petite forêt. Dès que les roues furent immobilisées, avant même que le moteur soit étouffé dans un soufflement déçu, le colosse fut sorti. Un peu plus il aurait enlacé un arbre pour s’assurer qu’il était toujours en vie. Un éclair de génie se propagea dans l’esprit lent de l’être difforme. Il voulait faire afficher un petit sourire sur les traits devenus sérieux de son amie. Quand Selene fut près de lui, il fit mine de parler à l’arbre. Le jeu de comédien du monstre de foire était épouvantable.

Robert- Ouf on est arrivé… Euh… Les femmes au volant c’est dangereux… Euh… Tu es la Selene je t’ai pas vu…

Il essaya de se décaler pour éviter le coup de poing fraternel qui allait suivre cette petite déclaration sexiste que Bobby avait maintes fois entendue dans ses précédents lieux de travail. Où la testostérone coulait toujours à flots. Mais l’ange à la peau d’ivoire savait que c’était de l’espièglerie à l’état brut qui scintillait dans le regard océanique du géant à l’âme si pure. Revenat en  vitesse vers le haillon arrière, il saisit sa ceinture à outils qui mit autour de sa taille et ajusta les bretelles de son sac à dos. Sa hache de bucheron trouva le confort de l’épaule du géant, un peu comme une maitresse savoure le poitrail de son amant. Le duo improbable commença alors à marcher vers les premiers bâtiments du village qui semblait être préservé par le mal. Durant ce trajet où les pas lourds et trainants de Robert l’apparentaient plus à ceux d’un ours que celui d’un homme,  des signes évidents sautaient aux yeux bleutés du mineur. En premier lieu aucune présence de goule ou de silhouette trainante et lente dans les rues. On ne voyait bien quelques traces rougeâtres ici et là sur le bitume, mais aucun corps. Aucun cadavre qui gonflait au soleil et qui servait de festin à la faune de charognard.  Quelques maisons semblaient être pillées, les portes tenant par une cheville ou bien des fenêtres cassées, mais sinon Robert se serait cru en balade dans un patelin du Kentucky. Il ne manquait que les gens qui déambulaient sur le trottoir ou bien cerclez le terrain de leur résidence avec un râteau. Pour casser le silence pesant et surtout l’angoisse qui commençait à agiter le protecteur qui sommeillait en lui, le ton qui semblait à deux pierres qui frottaient qui servaient de voix à Bobby s’éleva.

Robert- Tu es bonne avec le truc à flèches tu sais… Euh… Fais-moi penser de ne pas t’agacer quand t’as ça dans les mains… Euh… Je suis une trop grosse cible, tu sais.

Souriant bêtement, il continua sur la lancé de sa pensée.

Robert- Breann adore les trucs de maquillages, tu sais… Euh… Je suis content de la connaître. Je crois que je vais lui donner ça tu en penses quoi ?

Il pointa son cœur d’un air sur, mais il se rendit compte alors de son erreur. Il venait d’avouer à moitié à sa sœur d’âme qu’il aimait la journaliste, celle qui hantait ses rêves, l’ange pour qui sa première pensée du matin était pour elle ainsi que la dernière avant de s’assoupir dans son fauteuil. Il sorti en vitesse un suçon de sa poche, laissant l’écrin de velours bleuté qu’il trainait partout depuis de sin nombreux années. Une rougeur écarlate se propagea alors sur ces traits atypiques, laissant voir au monde entier sa gêne et son inaptitude à mentir.

Robert- Elle doit aimer les bonbons non?

Pointant alors un bâtiment, une diversion bienvenue dans l’esprit tourmenté de l’homme difforme, il demanda d’une petite voix enthousiasme.

Robert- Oh une caserne de pompier !  On peut y aller ? J’ai toujours aimé les gros camions et il n’y a pas de méchants qui mordent… Euh… Ils doivent être partis en voyage, tu crois?

Se dirigeant vers un véhicule d’urgence doter d’une immense échelle sur son toit. Fébrile, l’erreur de la nature embarqua dans la portion arrière et commença à bouger de l’équipement disparate. Des manteaux, des cagoules, des bottes. Tous les morceaux de l’uniforme que les braves âmes qui couraient vers les dangers pendant que les autres se sauvaient des dangers d’un autre monde. Les héros d’une époque oubliés. Joyeux comme un gamin, la grosse main du géant saisit un casque de pompier et se le mit sur la tête et sa joie explosa littéralement quand il trouva une hache avec son étui pour l’attacher à la ceinture. Il défit sa ceinture et plaça sa nouvelle acquisition autour de ses reines.  Allant voir la musicienne avec un sourire éblouissant, il dit quelques mots.

Robert- Je suis maintenant un pompier… Euh… j’ai une hache et il manque un gros boyau pour arroser du feu…

L’esprit lent de la chose n’avait pas fait le lien entre le sens figuré et imaginé de sa phrase. Il ne savait pas que la pianiste au regard si envoutant avait déjà entrevu la taille de Robert junior un certain soir dans une douche.



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Ven 6 Mai 2016 - 22:22

Malou avait l'habitude de marcher à présent et n'avait mis que trois jours pour se trouver là, à l'orée d'un bois, face à une autoroute déserte et venteuse.
Où exactement ? Elle n'en savait rien; sans carte, elle allait au hasard; là ou ailleurs de toutes façons... Et puis elle s'était dit que son frère avait dû rejoindre des villages plutôt que le centre-ville, devenu si dangereux.
Elle ferma son perfecto et enfouit son nez dans l'écharpe miteuse qu'elle avait trouvée, abandonnée dans un caniveau. Il faisait froid par ici malgré le soleil dans un ciel bleu pur.

Elle s'adossa à un arbre afin de faire une pause. Irait-elle à droite ou à gauche ?
Elle haussa imperceptiblement les épaules; quelle importance; à droite, tiens !
Elle resta ainsi un bon quart d'heure à rêvasser sans apercevoir une âme qui vive, pas même un mort-vivant.
D'ailleurs, elle se remémora une chose étrange qui s'était passé la veille.
La nuit, comme à son habitude elle s'était glissée dans une benne à ordures; ce n'est pas qu'elle aimait bien mais elle s'y sentait protégée malgré l'odeur parfois nauséabonde.
Une fois le couvercle rabattu elle s'installa et sa main glissa sur quelque chose de gluant d'où une odeur pestilentielle se dégagea.
Fébrilement elle sortit sa lampe torche, dirigea le faisceau vers la chose et constata avec effarement qu'elle était à demi allongée sur le cadavre très avancé d'un grand chien.
Elle aurait aimé ressortir mais elle avait trop peur. Après maintes hésitations, elle décida de rester là, remuant le moins possible.
Dans de telles circonstances le sommeil tarda à venir mais au bout de quelques heures, la fatigue eut raison du reste; elle s'endormit jusqu'au petit matin.
Emergeant tant bien que mal, elle souleva le couvercle, aspira une bonne bouffée d'air pur et sauta sur le trottoir avant d'inspecter ses vêtements: elle était dans un sale état et puait comme l'animal qu'elle venait de quitter; il faudrait vraiment quelle trouve un endroit où se laver !

Au sol, une ombre qui n'était pas la sienne s'étalait devant elle. Contenant son affolement elle releva lentement la tête et se trouva presque face à face avec une femme encore jeune, à qui il manquait la moitié du visage et qui avançait droit devant elle l'oeil vide.
Interdite, Malou ne bougea plus. C'était fini; dans quelques instants elle serait dévorée avant d'avoir pu retrouver Erik et revu ses parents.
Combien de temps resta t-elle ainsi ? À peine une minute peut-être qui semblait être une éternité.
La femme, elle, continuait d'avancer comme un automate, s'arrêtant à peine pour lever le nez avant de repartir vers un but inconnu.
Quand elle eut disparu à l'angle de la rue, Malou était toujours à la même place, pétrifiée, devant la poubelle: le cadavre vivant ne l'avait pas vue ni même sentie et l'adolescente était interloquée.
Etait-ce parce qu'elle portait l'odeur de la mort sur elle ?
Quand elle eut repris ses esprits, la jeune fille plongea à nouveau dans la benne, pris un tesson de bouteille, éventra le chien et se badigeonna avec les entrailles putrides.
Elle ne savait pas si son raisonnement était juste ou non mais dans le doute, cela valait peut-être le coup de tenter cet extrême...

Reposée, elle abandonna le tronc et reprit sa pérégrination dans les bois; cela valait mieux que marcher sur la route; non seulement elle était moins repérable mais en plus, elle comptait sur les feuilles mortes et les branchages pour signaler, en craquant, un éventuel passant.
C'est alors qu'au détour du chemin elle vit une grosse voiture gris métallisée, stationnée sur le bas-côté.
Vivement elle se cacha et attendit.
Comme aucun mouvement n'indiquait de présence, elle s'approcha pour constater que le véhicule était vide et taché de sang noirâtre. Des débris de chairs en putréfaction collaient encore sur le pare-choc.
Malou devina tout se suite ce qui avait dû se passer et espérait secrètement que les propriétaires du véhicule soient encore en vie.
Malgré tout, elle ne peut s'empêcher de vérifier les portières: Elles étaient fermées.
« Dommage... » pensa t-elle.
Elle ne savait pas conduire mais aurait bien aimé apprendre sur le terrain et goûter au confort d'un moyen de locomotion motorisé.

Reprenant le sentier parallèle au ruban d'asphalte, elle ne tarda pas à arriver à l'entrée d'un village.
Avant de quitter le dernier bosquet, elle s'arrêta et observa, méfiante.
Pas une âme qui vive; tout était calme comme si les gens étaient partis sur la pointe des pieds en laissant tout en ordre.
Le coeur – ou plutôt l'estomac – de Malou bondit d'espoir: peut-être resterait-il ici quelques conserves bien rangées dans un placard ?
Rassurée, elle avança prudemment jusqu'à un long bâtiment de briques rouge et en fit le tour à pas de loup pour s'apercevoir que c'était une caserne de pompiers.
Un camion avec une grande échelle, garé là ne semblait pas avoir subit de pillage: il avait encore ses roues, les portières n'étaient pas arrachées, même les phares étaient encore en place mais au moment où, rassemblant son courage, elle allait s'y diriger, elle vit un homme casqué, se redresser tout en parlant avant de se tourner vers une silhouette féminine qu'elle n'avait pas vu.
Paniquée, elle fit demi-tour pour courir se cacher derrière un amas de tuyaux enroulés sans voir l'embout métallique contre lequel elle buta.
Elle tenta de reprendre l'équilibre mais c'était trop tard, les gens avaient dû la voir ou au moins entendre le bruit.
Se sentant comme un rat pris au piège, elle persista malgré tout à s'accroupir derrière le tas, attrapa son rouleau à pâtisserie qu'elle brandit à deux mains et attendit, le corps maigre et puant en alerte, prêt à bondir comme un chat sauvage.
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Gabriel Fowler
Messiah
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Sam 7 Mai 2016 - 15:24

Gabriel n'avait jamais vraiment eu le sens de l'orientation. Déjà que sur les routes c'était un peu pile ou face lorsque les panneaux avaient été emboutis et que rien ne lui permettait de savoir où il se dirigeait, mais alors en plein cœur des bois, il n'était pas rare qu'il se mette à tourner en rond.
Il avait abandonné le dernier véhicule qu'il avait trouvé et qui avait fini par tomber en panne d'essence. Depuis, il marchait en coupant à travers bois, évitant le plus possible les villes trop imposantes. Par moment, il rejoignait la route et la suivait un moment avant de s'enfoncer à nouveau à travers les arbres.

Il y avait si longtemps qu'il n'avait croisé personne. Personne de vivant. Des morts, il lui arrivait d'en voir. Et de devoir en combattre aussi. Ils n'avaient tous qu'une seule obsession, manger. Au détour d'un sentier, il tomba d'ailleurs nez à nez avec deux de ces créatures putrides, penchées sur un animal mort, sans doute un daim, portant goulûment tripes et boyaux jusqu'à leur bouche de leurs mains avides. Il avait sans doute fait craquer une branche car les deux relevèrent la tête en même temps, le fixant de leurs yeux torves. Sentant un frisson le parcourir, il attrapa le canif qui ne quittait jamais sa poche et le dégaina rapidement. Un seul putréfié il savait gérer. Avec un peu d'attention, il était peu probable de se faire mordre. Mais avec deux de ces créatures … Se préparant au pire, il serra si fort le poing qui ne tenait pas le couteau que ses ongles se fichèrent dans la paume de sa main. L'un des putréfiés se leva et commença à se diriger vers son nouveau repas en râlant. L'autre voulu faire de même mais, au lieu de se relever, il se mit à ramper. Gabriel remarqua alors ce qui lui avait échappé. Celui qui restait au sol n'avait plus qu'une moitié de corps, coupé en deux au niveau du nombril. Un peu plus sûr de lui, il attendit que le premier le rejoigne. Se retrouvant face à face, il le saisit à la gorge pour l’empêcher d'avancer ou de bouger et lui enfonça sa lame dans l’œil gauche. Le cadavre, enfin rendu à la véritable mort, s’effondra sur le sol, tel un pantin désarticulé. Puis, prudemment, il s'approcha du deuxième qui avait laissé une traînée sanglante dans son sillage et lui réserva le même sort.
Il détestait devoir faire ça. A chaque fois, il avait l'impression de se transformer en meurtrier. Il tentait de se rassurer, se disant qu'ils étaient déjà mort de toute façon et qu'il ne faisait que les délivrer d'un destin qu'il n'aurait voulu pour rien au monde. Mais ça lui faisait mal de devoir agir ainsi. Il n'avait jamais été un tueur. Et voilà que, s'il voulait vivre, il devait en devenir un. En quelque sorte.

Poursuivant son chemin, il espéra ne plus croiser le moindre de ces monstres avant la prochaine ville. Miraculeusement, ses prières furent exhaussées. Pour une fois …
*Brinnon, avec un peu de chance, je trouverais de quoi manger et même de quoi dormir. Un toit... Bon sang qu'est-ce que je donnerais pas pour un toit et un matelas !*
Pénétrant dans la ville, il longea les premières maisons de ce qui ne semblait pas être plus qu'une village. Il n'y avait peut-être pas encore eu trop de pillage dans le coin. C'était l'occasion rêvée de se refaire un stock de vivres. Il lui restait encore deux boites de conserves mais il n'irait pas bien loin avec ça. Et sa bouteille ne contenait plus qu'un fond d'eau croupie. Il devait tout de même rester prudent. Les morts n'étaient pas la seule menace dans ce genre d'endroit. Il n'avait encore jamais eu à se confronter à des vivants. Dans un sens, il le regrettait car la solitude devenait pesante. D'un autre côté, les vivants pouvaient se montrer pires que les morts. S'il tombait sur une bande de charognards qui tuaient les survivants solitaires, il était fichu. Il n'était pas un guerrier et n'avait jamais vraiment participé à des bagarres. Et s'il tombait sur une personne seule, tout comme lui, comment être certain de ses intentions ?
Alors qu'il remontait la petite rue, surveillant du coin de l’œil d'éventuels mouvements, il se laissa envahir par le doute et l'angoisse. Il ne rêvait que d'une chose depuis quelques jours ; trouver des gens avec qui survivre. Ne plus être seul. Et chaque fois qu'il y avait une chance pour qu'il rencontre quelqu'un, il était pris de la même angoisse. Tomberait-il sur quelqu'un de bien ? Quelqu'un comme lui qui ne demandait qu'un peu de compagnie et d'entre aide ? Ou bien se ferait-il tuer bêtement ?

Tout à coup il se figea. Ses oreilles venaient de capter quelque chose qu'il n'avait plus entendu depuis si longtemps ! Des voix ! Celle d'une homme, profonde et lente, et celle d'une femme. Son cœur s'emballa et son sang ne fit qu'un tour. Il avait beau avoir espéré une telle occasion, voilà qu'il était mort de trouille. S'il y en avait deux, il pouvait y en avoir plus. Il espéra ne pas avoir été repéré par d'éventuels sentinelles. Il devait s'assurer que ces personnes ne représentaient pas un danger.

Se plaquant au mur de briques de ce qui semblait avoir été une caserne de pompier, il avança doucement, se rapprochant des voix. Il s'arrêta lorsqu'il fut assez proche pour comprendre leur conversation.
L'homme ne semblait pas agressif. Il avait même l'air assez simplet. Quant à la femme... difficile à dire. A l'évidence, ils n'étaient que tous les deux. Peut-être des éclaireurs en patrouilles ou alors deux survivants isolés. Il devait prendre une décision. Ils ne l'avaient pas vu, il pouvait donc encore faire demi tour et passer son chemin. Ou alors il prenait son courage à deux main et il tentait sa chance avec eux. Adossé au mur, les yeux levés vers le ciel, il se maudissait d'hésiter ainsi. Il avait attendu cette occasion si longtemps ! Et maintenant qu'elle se présentait à lui, il pensait à fuir la queue entre les jambes ! Qu'aurait donc pensé sa sœur en le voyant comme ça ?
*Allez ! Ils ont pas l'air méchants. Ils sont sans doute aussi paumés que toi. C'est maintenant ou jamais.*

Inspirant puis expirant un grand coup, il quitta le mur et se dirigea doucement vers l'angle du bâtiment. Aussitôt qu'il l'aurait dépassé, les deux individus ne pourraient pas manquer de le voir. Il espérait ne pas faire la plus grosse boulette de sa vie.
L'homme était plus grand que ce qu'il aurait put imaginer. Et lui et la femme lui tournaient le dos, faisant face à une gamine apeurée qui brandissait futilement une arme de fortune devant elle. C'était l'occasion ou jamais de savoir s'ils étaient de bonnes personnes ou des profiteurs. La fillette avait du le voir mais pas les deux autres. S'ils montraient des signes de violence envers la gamine, il ferait tout ce qu'il pourrait pour la défendre. Sans faire un bruit, il sortit son unique pistolet de son sac. Il était chargé de seulement quatre balles et il ne visait pas très bien. Mais il n'avait pas besoin de tirer dans la tête. Une balle dans le dos suffirait à les ralentir. Et le colosse ne serait pas compliqué à viser. Il espérait seulement qu'il n'aurait pas à en arriver là.
Déglutissant une dernière fois, il leva les deux bras, visant l'homme qui lui tournait le dos, prêt à tout s'il le fallait.
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Sam 7 Mai 2016 - 17:41

- Tu sais ce qu’elle te dit la femme au volant ? Rétorqua la musicienne en feignant être contrariée.

L’arbalète appuyée sur l’épaule, elle actionna le mécanisme de verrouillage des portes et glissa les clefs du 4x4 dans sa poche arrière. Avec Bobby, elle rejoignit alors la route d’asphalte et la suivit en direction de Brinnon. Au début, Selene était attentive, concentrée ; scrutant les environs à travers le viseur de son arme, prête à décocher un carreau à la première monstruosité qui se dresserait sur sa route. Puis peu à peu, alors qu’ils pénétraient véritablement dans l’agglomération, elle réalisait que celle-ci était étrangement bien préservée. Il y avait bien quelques accrocs ici et là, des traces de sang sur le sol, mais l’ambiance était inexplicablement paisible. Les routes étaient dégagées, il n’y avait pas de déchets baladés au gré du vent ni de corps pourrissant à l’air libre. C’était à croire que quelqu’un prenait soin de cet endroit.  

- Hum-hum, fit la pianiste en réponse aux compliments de son ami.

Ses pensées étaient ailleurs. Elle fronçait les sourcils, écarta son arbalète pour embrasser le voisinage de sa vision d’ensemble. Son intuition lui soufflait que quelque chose ne tournait potentiellement pas rond ici, mais elle ne pouvait pas encore savoir pourquoi. L’étudiante dut faire un effort surhumain pour se concentrer sur ce que lui racontait le géant à propos de Breann, de maquillage, de sucette et de…

- Oui-oui, je suppose qu’elle aime ça, répondit-elle évasivement.

Un maigre sourire colora ses traits pâles mais elle refusait de se laisser attendrir par son complice. Il était amoureux, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure ; mais alors il était comme un adolescent heureux et insouciant. Il n’y avait plus qu’elle pour assurer leurs arrières et éviter qu’une tuile ne leur tombe sur le coin de la tête. Selene commençait à avoir des crampes à force de tenir son arbalète dressée. Quand son aînée indiqua la présence d’une caserne, elle aussi vide de locataires incongrues, elle consentit à se détendre en acquiesçant :

- Ok-ok, on va jeter un œil. Les rôdeurs doivent sûrement être en train de piquer une tête dans la baie oui, ajouta-t-elle ironiquement.

Tandis que Bobby s’intéressait aux équipements de soldat du feu, la pianiste faisait le tour du camion pour essayer de dénicher un bidon d’essence. Elle aurait parié que les pompiers avaient quelques réserves quelque part, juste au cas où, mais pour l’instant, il n’y avait rien. Avec une moue dépitée et interrogative, la musicienne se tourna vers le colosse, visiblement tout excité de sa trouvaille. Si elle ne releva pas l’interprétation grivoise de ses désirs, elle rit brièvement en commentant :

- Tu es bien sûr d’avoir vraiment besoin de 2 haches ? A peu de chose près, on dirait un combattant vicking.

La jeune femme allait ajouter quelque chose mais un bruit la fit sursauter. C’était très proche et ça n’avait rien à voir avec un objet qui tombe d’une étagère. Ses yeux bleus froid communiquèrent silencieusement ses instructions à son ami : « couvre-moi, je vais voir ». Avec le temps, ils n’avaient même plus besoin de mots pour se comprendre dans ce genre de situation ; l'habitude des expéditions en duo. Selene s’approcha alors lentement d’un tas de tuyaux, le cœur battant mais les mains fermement serrées sur son arbalète. Ça ne pouvait pas être un rôdeur – il se contenterait de les attaquer sans réfléchir – mais ça pouvait être un animal. Contournant méticuleusement l’obstacle, à une distance suffisante pour être hors d’atteinte d’un coup mais bien assez près pour ne pas rater un tir, la pianiste découvrit une adolescente. Malodorante, crasseuse et d'une maigreur effrayante. Celle-ci se tenait accroupie, grelottante de trouille, un rouleau à pâtisserie dressée comme unique arme de défense.

Que faire ? Rencontrer des vivants, ça lui était déjà arrivé, parfois à ses dépends ; mais une pauvre fille terrorisée et isolée ? L’étudiante n’était pas de nature altruiste, pourtant ça lui faisait presque mal au cœur de la laisser là. Quant à la tuer, c'était hors de question. Pas comme la dernière fois... un cauchemar qu'elle essayait d'oublier mais que chaque jour gravait plus profondément dans sa chair.

Après avoir fixé l’inconnue de longues secondes, arbalète en joue, la musicienne allait enfin ouvrir la bouche quand son garde du corps lui signala un danger. Selene ne prit même pas la peine de se retourner : elle faisait entièrement confiance en Bobby pour la protéger. Un petit sourire réveilla alors ses traits d’ivoire, masquant parfaitement sa nervosité. Au moindre geste brusque pourtant, la flèche risquait de partir.          

- Pas si seule que ça en fait… tu veux bien dire à ton ami de baisser son arme ? J’ai pas l’intention de vous faire de mal.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Lun 9 Mai 2016 - 15:46

Le colosse fut pris d’un fou rire qu’il dut combattre avec toute sa volonté. Ce n’était pas le moment qu’un éclat d’hilarité comique résonne dans les rues désertes du village fantôme. Une chose que le géant simplet avait appris avec le temps c’était que les vautours putréfiés que les gens appelaient zombies détestaient le bonheur. Un rire, une pensée heureuse et voilà un contingent de miliciens d’outre-tombe qui marchaient dans votre direction, bien décidée à faire enlever cette joie en même temps que vos entrailles. Tout en ajustant l’étui de la hache de pompier ainsi que l’outil symbolique des soldats du feu, le regard océanique de l’homme difforme remarqua une ganse. D’une main inquisitrice. Le mineur souleva un contenant qui ressemblait à s’y méprendre à une boite de repas. L’ouvrant avec espoir, un nouveau sourire se ficha sur les traits grossiers de Robert. Des barres protéiques, des jus de fruits, des boissons énergétiques reposaient dans le fond de cette besace. Surement une petite réserve d’énergie pour aider les pompiers à accomplir leur travail avec détermination et surtout de longue haleine. La voix rauque de l’homme s’éleva avec une douceur certaine dans l’air encore frisquet de cette journée qui promettait des belles trouvailles.

Robert- Pas viking sœurette… Euh… C’est bien les gars en bateau avec des casques à corne? Non j’aime mieux les indiens… Euh… Non mon autre hache sera pour la maison. Couper du bois. Mon autre hache sera…


Mais un bruit, un choc sourd, vint mettre fin à l’explication laborieuse de l’être de cauchemar. Aussitôt son sourire s’envola, laissant une expression de pure résolution. Une simple collision du regard entre la belle et la bête suffit à se faire comprendre. Le lien fraternel tissé entre leurs deux âmes semblait maintenant se moquer des mots vulgaires que la bouche pouvait prononcer. Hochant la tête, le colosse pivota tout doucement, ombre immense dans le soleil éclatant. Suivant les mouvements fluides de l’ange d’ivoire du coin de l’œil, le colosse ne remarqua aucunement ceux d’un être solitaire. Mais même avec une oreille en moins, l’ouïe affaiblie depuis ce triste événement dans les montagnes, le déclic métallique d’une sécurité qu’on enlève résonna comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été. Aussitôt un changement drastique se produit chez celui qui incarnait la bonté et le lunatique à son meilleur.


Partit l’être gêné, parti l’humain en quelque sorte. Le protecteur était aux commandes de cette machine phénoménale et il l’utiliserait au maximum de sa capacité. Tout ceci pour ne protéger qu’une personne projetée dans cet enfer. Ses yeux luisants se rétrécirent, son visage monstrueux se fit encore plus intransigeant. Il se tourna complètement vers un homme qui semblait aligner la créature de cauchemar avec un pistolet. Un soupçon d’empathie prévint tout de même que l’Agresseur de Bobby pourrait être dangereux quoique très nerveux. Une voix ressemblant maintenant à deux pierres qui se frottent l’une contre l’autre, intimidante et alerte franchit la barricade des lèvres minces du golem de chair.

Robert- Selene un homme avec pistolet dans notre dos… Euh… Je te couvre j’arrive.

Sans songer une seconde à la possibilité que l’homme allât faire feu, profitant que la cible tentante qu’il était, Robert sauta au sol. Soulevant un peu de poussière, fléchissant ses genoux pour absorber le choc, Bobby se redressa de toute sa taille. Déposant sa hache près du pneu avant du camion de pompier, jugeant que la distance sera trop grande pour charger le tireur avant de subir une blessure par balle de sa part, le géant suturé de cicatrice se plaça dans le dos de la pianiste. Si l’homme voulait tirer sur l’ange, il devrait éliminer le rempart de chair meurtrie du sosie de Frankenstein.

Le temps s’arrêta pour permettre aux spectateurs de visualiser la pitoyable esquisse de la laideur du colosse. Des pantalons noirs à bretelle, une chemise ayant connu des jours meilleurs et les manches roulés au niveau de ses coudes. L’homme à la fourche en main et la fourche bien garni pouvait deviner aisément une puissante et solide ossature, des muscles volumineux et même disproportionnés cachés à grand-peine dans l’armure de tissus. Des mains géantes et grosses comme des boulets de canon. Une d’entre elles tenait la ganse de sa découverte. L’autre main, ayant des doigts de la circonférence de saucisses, était tendue vers les gens dans une tentative de reddition ou bien d’effort pour calmer la situation qui menaçait de partir en couille. Les pieds, extraordinairement pointés vers l'extérieur et des plus stables, se dandinaient sous l’effet de la gêne et surtout de l’angoisse de ce moment stressant. La cage thoracique bien développée et un cou aussi large que son crâne. Des trapèzes laissant présager une force conséquente dans le haut de ce corps impressionnant. Robert devait dépasser l’homme en face de lui d’une bonne trentaine de centimètres et devait peser presque le double. Devant le regard des deux personnes, le géant devait être plus associé au monstre des films d’horreur qu’au genre humain. Ce mastodonte semblait être sorti droit des rêves fous d'un savant ayant perdu le contact avec la réalité. Une tête en forme d'œuf, une dentition irrégulière, une mâchoire carrée et virile, des lèvres minces et presque exsangues, une fossette entre ses deux sourcils, une oreille décollée l’autre tout simplement manquante, une barbe et des cheveux châtains rasés d'une main malhabile et des orbites enfoncées. Tout pour qualifier ce visage aux traits atypiques de faciès monstrueux et repoussant. De son angle de vu, l'intrus pouvait dénombrer la multitude de cicatrices qui lézardaient sur les mains et les avant-bras de la chose difforme en face de lui.

Tel un duel à la Tombstone, le regard des belligérants se fracassa dans onde de choc. Robert ne pouvait aucunement deviner les intentions des deux inconnus, mais ceux-ci pouvaient lire comme un livre ouvert l’amalgame d’émotions qui soufflait du regard bleuté de la chose. Ils pouvaient plonger au travers des yeux de Bobby et contempler ces fenêtres donnant un libre accès à l'âme de cet imposant individu. Un mélange saisissant de mélancolie et de prudence se reflétait dans les iris de l’homme déformé. Mais aux fins fonds des yeux, aux reflets dansants faisant penser au bleu si profond d'un océan par temps clair, doux et rempli de compassion. Un mystérieux mélange d’humanité grandiose et de bienveillance des plus déplacés dans ce corps d’être digne de figurer dans le bas échelon de la société humaine. Robert prit une grande respiration, son ton rauque s’éleva alors dans l’air vivifiant de ce jour de printemps. Les mots furent mâchés, mastiqués même avec des roulements de pierres dans la bouche.

Robert- Euh… On se clame OK? On veut pas de problème… Euh… Je ne tape que les méchants qui mordent et ceux qui sont méchants avec ma famille. Vous n’avez pas l’air méchant. Euh…

Cherchant ses mots, un lueur de compréhension et de compassion passa dans son regard océanique. Il venait de voir l’Adolescente chétive et au bord e la panique. Un sourire sincère et rassurant transforma un peu la dureté de ses traits pour laisser voir le côté humain de la bête.

Robert- Salut moi c’est Robert ou Bobby… J’ai l’air d’un monstre, mais je suis humain ok. Soit on part chacun de notre côté ou on mange… Euh… J’ai trouvé ça dans le camion et c’est des barres proténi chose… Plein d’énergie et des trucs à boire… Euh… On doit s’aider entre humains non.

Une sorte d’aura apaisante, bienveillante et surtout presque aveuglante semblait onduler de l’être si souvent rabaisser. Comme si des gens avaient réussi à faire comprendre à Robert à quel point lui aussi il avait une âme pure et bonne. Un grand cœur certes labouré par des cicatrices ignobles, mais débordant de bonté. Mais d’un autre côté, le protecteur se jurait silencieusement qu’il ferait tout en son pouvoir pour protéger une des seules personnes qui avaient cru au mastodonte et chercher au-delà de son apparence de cauchemar.



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Mar 10 Mai 2016 - 13:46

Elle avait été repérée; elle le savait.
Un long et lourd silence, ponctué du bruit furtif de pas qui approchent précautionneusement en témoignait.
Elle pouvait même imaginer la scène: la femme armée longeait les murs comme dans les séries que sa mère regardait à longueur de journée, basculant rapidement son corps à chaque angle avant de se plaquer à nouveau en alerte et l'homme, devant ou derrière qui la couvrait.
Le problème de ce scénario – outre sa réalité – C'était elle ou plutôt son arme; comment allait-elle se défendre ?
Elle était bonne pour le signe de croix, le souci c'est qu'elle ne savait pas le faire.
Tremblant de tous ses membres, elle persistait malgré tout à attendre l'ennemi, gambergeant le coup qu'elle enverrait dans les tibias ou dans les couilles avant de s'enfuir victorieuse, laissant au sol deux adultes se tordre de douleur.

Rien de tout cela ne se produisit.
A la place elle entendit le déclic caractéristique d'un pistolet qu'on charge et aperçut, pile dans son angle de vue, un homme à demi caché qui mettait en joue les assaillants.
« Mais qu'est-ce qu'il fait là ce connard de merde » pensa t-elle, « c'est quoi le blême dans ce patelin ? »
Elle n'eut pas le temps de répondre à ces questions, la femme était devant elle, arme pointée, le regard menaçant.
Surprise, elle laissa échapper un petit cri d'animal effaré avant de se reprendre, en défiant d'un air mauvais l'empêcheuse de trouver de la bouffe tranquille tandis que l'acolyte aboyait des mises en garde.
C'est alors qu'elle le vit. D'abord les chaussures gigantesques puis les jambes.
N'osant plus lever les yeux tant la hauteur semblait effrayante, elle lança à la jeune femme un regard pitoyable signifiant: « sauve-moi s'il te plait, je ne suis pas de taille... ».
Pour toute réponse elle reçut la phrase « pas si seule que ça en fait... », en pleine tronche, comme si quelque part, les deux étrangers la soupçonnaient de trahison; or, Malou avait un caractère de chien mais elle était droite, aussi prit-elle très mal la remarque.
Perdant toute timidité elle monta sur ses grands chevaux et rétorqua rapidement:
ta mère, j'le connais pas c' bouffon ! J'ai trop l'seum, je suis arrivée seule ici alors si tu m'kife pas, zyva j'men carre cousine ! J'avais juste la dalle alors je suis venu reluquer par ici, sérieux !

Malou savait parler convenablement mais elle avait choisi exprès le langage de sa banlieue afin de mettre une distance entre elle et l'adulte; histoire d'en imposer un peu aussi; lui montrer qu'elle avait beau être petite et famélique, elle n'était pas née de la dernière pluie et savait agresser.
D'ailleurs, en guise de conclusion elle ajouta en la regardant bien dans les yeux: j'te connais, toi la meuf.
Il n'y eut pas d'autre explication, ça aussi c'était fait exprès « ça la fera gamberger un peu la bourgeoise et ça lui fera les pieds ! » pensa t-elle rageusement avant de tourner le regard vers le grand homme afin d'achever l'ascension visuelle.

Non seulement il était grand, très grand; immense, même mais en plus il était fort; très fort... Et ses mains...
Scotchée, Malou était dans l'incapacité de quitter des yeux cette force de la nature. Elle se sentait minuscule à côté de lui, comme une fourmi devant un éléphant.
Et ses yeux... Il était tout le contraire d'elle. Et son visage...
Pantelante, elle baissa la garde et laissa son rouleau à pâtisserie tomber au sol avec un bruit mat, comme on rend les armes.
Elle n'en finissait plus de le contempler, elle aurait voulu se noyer dans ce qu'elle voyait de lui car elle le trouvait beau.
A un tel point qu'elle se sentait attirée par lui comme un aimant, elle la toute petite chose hargneuse face à cette montagne humaine de bonté, de force et de sérénité.
Elle aurait voulu se blottir contre ce torse épais et y enfouir son visage pour ne plus voir ce monde affreux comme les touts petits se lovent contre le corps pelucheux d'un gros nounours avant de s'endormir.
Cela tombait bien, Malou ne voulait pas grandir; ressembler de près ou de loin à une adulte lui filait la nausée à un tel point qu'elle mangeait le moins possible afin que ses seins ne poussent pas, que ses formes ne s'arrondissent pas; et elle y arrivait à merveille: personne ne pouvait deviner qu'elle avait 17 ans; 14, tout au plus et encore.

Nounours...
Tel fut le nom qu'elle lui donna mentalement avant de bredouiller le nez dans ses chaussures: non, je ne suis pas méchante, je me défends c'est tout.
Là-dessus elle releva vivement la tête, osant défier le géant du regard - chassez le naturel, il revient au galop ! - mais lui, imperturbable, tendait sa paluche immense, énorme dans laquelle l'adolescente pouvait voir le papier brillant d'une barre de céréales et le mini pack d'un jus d'orange vitaminé.
Interloquée, elle regarda la femme avec des yeux interrogateurs comme si elle s'attendait à quelque chose comme « non Robert, pas ça, c'est trop ! ».
Ne voyant rien de négatif assombrir son visage elle se releva lentement, jeta un regard acéré à l'encontre du type qui avait l'air de bouger de sa planque pour lui piquer le trésor et, à la vitesse de l'éclair, comme un félin chope une souris longuement convoitée, elle se saisit des deux sucreries avant de se tasser à nouveau contre les tuyaux faussement protecteurs, comme un enfant sauvage.
Arrivée là, elle ne bougea plus, contemplant le cadeau comme quelque chose d'une valeur inestimable. Tout pouvait arriver, elle venait de perdre la notion de la réalité.

Chez Malou, il n'y avait jamais eu des choses comme cela, Jamais; simplement parce qu'une fois la nourriture de base et les multiples bouteilles de vins achetées, il n'y avait plus d'argent pour les « bricoles » comme ils disaient.
Elle n'osait même pas déchirer l'emballage de la barre énergétique. A la place, des larmes silencieuses se mirent à couler, dessinant deux sillons clairs au milieu de ses joues crasseuses.
Cela la rendit furieuse; elle n'était pas une chochotte quand-même !
Alors, afin de donner le change, elle ne remercia pas, ramassa rageusement son rouleau à pâtisserie, le fourra non moins rageusement dans son sac tout en essuyant son visage qu'elle embarbouilla et lança à brûle pourpoint:
je cherche mon frère, il s'appelle Erik Erikson, vous l'avez vu ?
Elle fouilla dans la poche intérieure de son perfecto, en sortit une photo froissée de mauvaise qualité et la brandit sous le nez de la jeune femme à défaut d'atteindre celui du colosse puis, tandis qu'ils se penchaient sur le cliché, elle dévora avec délice la friandise et bu d'un trait la boisson sucrée.
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MessageSujet: Re: Priez ou mourrez   Aujourd'hui à 21:07

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