Partagez | .
 

 Les femmes à la cuisine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant
Auteur
Message
Breann Yates
Messiah
WALKING WITH THE DEADS
Date d'inscription : 07/12/2015
Messages : 114
Age IRL : 20

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Sam 30 Avr 2016 - 12:47

Ah, un véritable sourire ! Je fus enchantée de cette petite victoire. Selene en était transformée, elle faisait enfin son âge. Voir ses yeux pétiller devant l'évocation de bombes était certes un peu étrange, mais dans le contexte actuel, c'était une réaction tout à fait appropriée. Mais tout de même. Je n'aurais jamais cru vivre le jour où mon savoir théorique pourrait en réalité bien me servir. Comme quoi, tout finit par trouver son utilité. Le monde est bien fait, en concluais-je tranquillement, me rasseyant sur la chaise en bois.

Selene revint en face de moi après être partie stocker les épluchures de légumes, l'air intimidée à nouveau. Mais elle ne tourna pas autour du pot cette fois-ci. « Ne t'inquiètes pas, je comprends tout à fait. Ils ont beau être adorables, ça restent des hommes. La seule réponse qu'ils pourraient trouver à nous donner c'est « tous les hommes ne sont pas comme ça. ». C'est vrai, mais en l'occurence, parfaitement hors-sujet. Enfin, on les aime quand même ! » Eh oui, malheureusement, on ne peut pas se passer d'eux. Il faut dire aussi que ce sont eux les créateurs d'un nombre de conneries inimaginables, sans lesquelles le monde serait autrement plus ennuyeux. C'est en les voyant à l'oeuvre que je me dis qu'ils fonctionnent vraiment différemment. Selene se réinstalla en face de moi, plaisantant sur la possibilité d'ourdir des sombres desseins pour la domination féminine de la planète. « Oh oui, ourdissons ma sœur, l'occasion est trop belle pour renverser l'ordre séculaire... » Je nous vois très bien en impératrices régnant sur le monde entier. Ou juste Seattle. Eh, il faut bien commencer quelque part avant de voir les choses en grand !

Je ris avec elle, heureuse et détendue, parfaitement à l'aise. Elle remit sur le tapis ma promesse, j'écartais de la main son remerciement. « C'est bien normal mon chou. Sans prendre en compte le fait que nous soyons avant tout un groupe, nous sommes deux femmes. Il faut se serrer les coudes. De plus, tu es quelqu'un qui m'est sympathique, tu crois vraiment que je te laisserai tomber comme ça ? - tout en parlant, je commençais à me tresser les cheveux, préférant avoir les mains occupées en repensant à ces brutes. - Quant à tes agresseurs... C'est une bonne chose. Un problème de moins à gérer. » Ses yeux brusquement glacés m'impressionnèrent. Hum, ils avaient dû la sentir passer, sa vengeance... J'étais en face d'une véritable louve faite femme. Je m'estimais chanceuse de faire parti de ce qu'elle considérait comme sa meute.

Puis la conversation se fit de nouveau légère. La transition me fit rire, je ne m'attendais pas à ce qu'elle accorde de l'importance à ce détail ! Ah... On peut dire que je n'avais pas été très maligne sur cette histoire-là. Je terminais ma tresse posément, la repoussais dans mon dos d'un geste flamboyant et débutais ma longue explication :« Non non, il n'avait pas de lien avec la drogue. Heureusement, sinon je ne serai pas là à te parler ! Non, Dylan était dans le recel d'objets volés. Je n'étais pas censée être au courant, mais je ferai une bien mauvaise journaliste si je n'avais rien remarqué. Et lui était de toute manière très mauvais pour garder les secrets. Il se trouve que ce grand couillon a un jour décidé de vendre les objets par lui-même sans forcément prévenir les « propriétaires » et en gardant l'argent, alors forcément... On a commencé à recevoir des appels peu sympathiques, il est devenu parano... on a piégé la maison parce qu'il craignait de se faire assassiner pendant la nuit.- je poussais un soupir, me souvenant des derniers jours que nous avions passé ensemble. J'étais un peu gênée par mes confidences mais conitnuais malgré tout. C'était fini, après tout. – La suite... J'ai décidé de me sortir de là le jour où un bibelot est passé vraiment trop près de ma tête. Je n'avais pas... une vie de couple très épanouie, dirons nous. Moi, j'avais peur que lui finisse par me tuer. Je savais que nous avions un flic en planque qui nous observait en se faisant passer pour un livreur. Je suis donc allée le trouver et j'ai balancé Dylan.- je souris, malgré le frisson qui remonta le long de mon échine –Je lui ai peut-être sauvé la vie à ce grand con, vu ce qui se passe maintenant. Après qu'il ait été coffré et moi lavée de tout soupçon de complicité, je me suis achetée un nouvel appartement et j'ai refais ma vie. Le soi-disant livreur, Timothy, est devenu un très bon ami. Et c'est grâce à lui que je suis toujours là aujourd'hui... »

L'évoquer devant quelqu'un d'autre me noua brusquement la gorge. Ne pas savoir ce qui a pu lui arriver après ma fuite éperdue me rongeait de l'intérieur. Tous les matins, j'espèrais avoir la chance de le retrouver soudainement, qu'il apparaîtrait de nulle part avec son grand sourire et se moquerait de moi pour m'être fait autant de mauvais sang. Je posais mes mains à plat sur la table, luttant contre la dangereuse montée d'émotions, les fixant en poussant une grande expiration. « Bref. - repris-je en controlant les trémolos de ma voix - Voilà ma dernière histoire « d'amour ». Pas fameuse. J'aurai dû me méfier, je sais très bien que j'ai un faible pour les mauvais garçons. Là, j'ai été servie.»




"Pretty girls don't know the things that I know
Walk my way, I'll share the things that she won't"
Revenir en haut Aller en bas
Selene Sweetnam
leader | Messiah
Modérateur
WALKING WITH THE DEADS
Date d'inscription : 07/11/2015
Messages : 1256
Age IRL : 26

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Sam 30 Avr 2016 - 14:27

Pour connaître son histoire, Selene attendit patiemment qu’elle termine de tresser ses cheveux. A l’occasion, elle lui demanderait si elle pouvait faire la même chose avec les siens. Ce n’était pas vraiment qu’elle ne savait pas s’y prendre mais plutôt que ça la détendrait de s’en remettre aux mains de la journaliste. Son cuir chevelu avait toujours été sensible quand il s’agissait de la relaxer, son père l’avait bien compris. Le récit commença et plus il se déroulait, plus ses yeux bleus s’écarquillaient. En parlant de drogue, la musicienne pensait à un bête trafic d’herbe de quartier, pas aux pointures nord-américaines de la cocaïne, alors entendre parler de recèle… c’était quand même quelque chose !  

Elle essayait d’imaginer la jeune femme qui se tenait devant en compagnie d’un type aux allures de racaille – c’est comme ça que la pianiste l’imaginait – en train de revendre des téléphones volés sous le manteau. Ça ne collait pas vraiment. Pourtant, il suffisait de la regarder pour comprendre que Breann n’avait pas encore distancer ses vieux démons. Elle l’aimait beaucoup ce mec… peut-être même l’aimait-elle encore ? Un résidu de sentiment, indélébile, fixé à son cœur jusqu’à ce qu’il cesse de fonctionner. Selene sourit en écho au sien. Elle comprenait… pas l’amour, elle ne se souvenait pas avoir été vraiment éprise un jour, mais tout le reste. L’attraction contradictoire d’un homme qui déjouait les lois. Ces salops avaient souvent la fâcheuse tendance d’être plus cool, plus mignon, plus surprenant… ils étaient ceux grâce à qui on oubliait le plus facilement nos vies mornes et ennuyeuses.

La musicienne vit les mains de son interlocutrice se poser sur la table, un trouble presque imperceptible dans ses yeux qui fuyaient les siens. Instinctivement, elle déplia ses bras et posa ses mains d’une blancheur de craie sur celles de son aînée. En guise de soutien, elle les pressa doucement, et lui dit après un instant d’hésitation :

- Je te comprends… les mauvais garçons sont de sacrés enfoirés, hein ? On s’attache à eux, on entre dans leur jeu et au final, quand on dit stop, on en bave quand même, d’une autre manière. Elle soupira et un doux sourire étira ses lèvres pâles, mais tu as bien fait d’arrêter… ça aurait pu te gâcher la vie sinon, même si… « tout ça » n’était pas arrivé.

La jeune femme marqua une pause. Les souvenirs affluaient, une vanne ouverte par l’histoire de Breann et même s’ils n’étaient pas tous agréables, ils avaient une saveur délicieusement nostalgique. Cette petite sensation qui fait se dire « ah oui, fut un temps je faisais ça… ». Un de ses professeurs lui avait dit, une fois, que la nostalgie était une souffrance, parce que c’était une course vaine. L’envie de retrouver le passé dans le présent, et c’était l’impossibilité intrinsèque de ce désir qui donnait à cette émotion cet aspect si singulier. Lentement, Selene recommença à s’ouvrir à son tour :

- Quand j’étais au lycée, je trainais avec pas mal de gars borderlines aussi… ils n’étaient pas méchants, mais c’était le style qui t’incitait à sécher les cours, à faire le mur les soirs de semaines pour t’incruster à des soirées, à te faire vendre du shit dans les couloirs du lycée, ou à siphonner des voitures en pleine nuit pour éviter de faire un plein. Des petits cons, jugea la pianiste avec un sourire coupable, et moi j’étais la petite conne qui les suivait sans réfléchir…

Elle s’en souvenait comme si c’était hier désormais. Son adolescente autodestructrice, révoltée, contre tout et rien. Elle ne savait pas pourquoi elle se sentait si mal et justifiait tout par le fantôme de sa mère. Eternelle absente. Une gangrène logée au fond de son cœur depuis petite, ou plutôt un abcès qu’elle avait dû purger en essayant de se perdre dans l’adage « sex, drugs & rock’n’roll ».

- Moi aussi j’ai laissé tomber assez tôt. Juste à temps pour ne pas me faire virer, faire remonter mes notes et décrocher une petite bourse. En fait… pour définitivement laver mon image auprès des profs, j’ai dû dénoncer l’un des mecs qui revendait de l’herbe au lycée, ses yeux se baissèrent sur ses mains, elle non plus n’était pas fière, ses potes n’ont jamais su que c’était moi, mais ils l’ont fortement soupçonné. En plus d’être une lâcheuse, j’étais devenue une balance. « Heureusement » que j’étais une fille d’un côté, au lieu de se venger à coups de poings, ils ont juste essayé de pourrir le reste de mon année à coups d’insultes, de rumeurs et de... manigances vicieuses.        

La plupart n’avait pas fonctionné d’ailleurs, Selene était déjà suffisamment intelligente à l’époque pour voir venir les plans foireux et autres pièges qui lui étaient destinés. Elle releva les yeux et fixa Breann dans les siens, un air de malice sur ses traits délicats :

- Et nous voilà là aujourd’hui… deux anciennes complices de délinquants qui ont vendu leurs compères !


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
Revenir en haut Aller en bas
Breann Yates
Messiah
WALKING WITH THE DEADS
Date d'inscription : 07/12/2015
Messages : 114
Age IRL : 20

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Lun 2 Mai 2016 - 14:20

Sentir les mains graciles de Selene sur les miennes me donna le coup de fouet dont j'avais besoin pour me sortir de ces souvenirs, cette nostalgie pour un sentiment désormais indésirable pour l'homme que je pensais être le bon. Je croyais être passée à quelque chose d'autre, mais il semble que je sois toujours bien accro. Avec le temps, je finirai par me sevrer totalement. C'était de l'histoire ancienne, une autre vie. Où je n'avais notamment pas à croiser quotidiennement des cadavres ambulants. Sacrée différence, tout de même. Et tout ce que je peux souhaiter pour lui maintenant, c'est qu'il ait survécu et soit en train de fédérer des petits groupes de survivants avec ses « amis ». Ça me ferait mal de tomber sur son cadavre par hasard. Enfin, le connaissant, impossible qu'il n'ait pas déjà instauré sa petite routine et trouver le moyen de se faire du beurre sur le dos des gens.

Je poussais un nouveau soupir, hochant la tête face aux paroles pleines de bon sens de ma cadette. On ne peut pas rester avec eux trop longtemps, il n'y a pas d'avenir possible. « On aime toujours les choses qui nous sont dangereuses, n'est-ce pas ? » C'est le propre de l'être humain, je pense. Et le propre de la femme, c'est de penser qu'elle pourra changer son homme. On voit les faiblesses soigneusement dissimulées sous la carapace de confiance en soi, et on pense leur être indispensable. Au final, ils abusent toujours de ma gentillesse. Il faut dire qu'être élevée dans un foyer de hippies ne prépare pas vraiment à lutter contre ces comportements égoïstes. « Peace and love », encore et toujours, on prend la vie comme elle vient, posément, sans vain énérvement. C'était le mot du jour de Breann Yates, hippie de son état.

Selene s'ouvrit de nouveau et je l'écoutais me raconter sa jeunesse pas si lointaine passée avec les mauvais garçons de son école. Je fus amusée par cette série de confessions, preuve que nous étions parfaitement à l'aise toutes les deux. Je n'avais pas parlé de Dylan depuis une éternité et elle venait de me confier une part de son fardeau peseant sur ses minces épaules. Quelque part, je trouvais que nous nous ressemblions, quand bien même j'étais davantage fleurs dans les cheveux et robes longues et elle blousons noirs et rouge à lèvres carmin. Un peu le même style de fille, un peu trop gentille, attirée par les néons comme des papillons de nuit. Mais nous nous en étions éloignées à temps, à la différence de ceux-ci.

Je ris, incrédule, lorsqu'elle me raconta comment elle s'en était sortie. Ah, les représailles des groupes de rebelles... Ils n'ont pas beaucoup d'imagination, peu importe l'âge. Je soutins sans mal son regard, pétillant de malice, heureuse de ne pas m'être fait juger pour avoir dénoncé mon homme et d'apprendre qu'elle avait fait de même. Sa conclusion positive me plut. « Eh oui, toujours se méfier des nanas, on les a doublé sur ce coup-là ! » Je levais une main pour qu'elle tope dedans, lui adressant un clin d'oeil joueur. « « Qui sait, si on se débrouille bien maintenant, on pourra devenir deux reines du crime avec une armée de minions à notre disposition. Je garde Robert parce que j'ai besoin d'avoir un géant dans mon dos pour vraiment impressionner moi, mais tu peux prendre Harold... » la taquinais-je en riant, de très bonne humeur. Grâce à elle, j'avais pu commencer à exorciser un vieux démon et je lui en étais grandement reconnaissante.




"Pretty girls don't know the things that I know
Walk my way, I'll share the things that she won't"
Revenir en haut Aller en bas
Selene Sweetnam
leader | Messiah
Modérateur
WALKING WITH THE DEADS
Date d'inscription : 07/11/2015
Messages : 1256
Age IRL : 26

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Lun 2 Mai 2016 - 16:16

- Va pour l’armée de minions, enchaîna Selene en tapant dans la main levée, et je signe pour la répartition des gardes du corps. On partagera la Terre équitablement une fois qu’on l’aura conquise ?

Elle rit de bon cœur. Ça faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas pu avoir une discussion complice avec quelqu’un. Avec Bobby, c’était plutôt des échanges fraternels ; quand il ne lui apprenait pas des petites choses simples pratiques pour la survie, il lui disait combien il l’appréciait, lui rapportait des lapins en cadeaux, ou des tablettes de chocolat. Quant à Harold, lui, c’était le prédateur infatigable. Toujours aussi serein malgré qu’elle l’ait arraché son environnement, à lui servir des « ma jolie » et des clins d’œil. Ils n’avaient pas encore recommencé depuis leur nuit au camp de scout. Les souvenirs érotiques défilèrent devant ses yeux avant que la musicienne ne les chasse d’un battement de paupière.

Un sourire aux lèvres rêveur, elle se leva pour récupérer une éponge à côté de l’évier de la cuisine. Après l’avoir humidifiée à l’eau froide du robinet, elle revint vers la table de déjeuner devant laquelle Breann était toujours assise. Tout en commençant son nettoyage – éplucher les patates avait laissé des traces – Selene laissa s’échapper une autre interrogation. Elle lui taraudait l’esprit et elle ne pouvait décemment l’aborder qu’avec une personne du sexe féminin.

- Dis, tu as déjà pensé à l’hypothèse… mettons… que rien ne redevienne normal ? Qu’on soit l’un des seuls petits groupes de survivants, et que du coup l’avenir de l’espèce repose sur nous…

La pianiste n’était pas certaine de se faire comprendre. Elle était un peu embarrassée par sa question et pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de songer qu’elle avait un sens. Qu’avaient l’habitude de faire tous les animaux lorsqu’ils étaient menacés ou vivaient en terrain hostile ? Ils se reproduisaient encore plus. N’était-ce pas pour cela que les renards roux, par exemple, ne s’éteignaient pas ? Chassés par l’homme, mis en danger par la construction des villes qui transforment leurs lieux de vie, déforestation qui les pousse à se rapprocher des civilisations… leur espérance de vie était de 2 ans environ, avant l‘épidémie en tout cas. Pourtant, ils étaient toujours là, parce qu’ils avaient adapté leur rythme de naissance.

- Je veux dire… c’est bête dit comme ça, mais si ça continue, on sera en voie de disparition maintenant, non ? Et alors, est-ce qu’on va devoir…

« Se reproduire avec les garçons ? » « Faire des bébés ? » « Se dévouer ? »… Selene ne savait pas comment formuler ça. C’était une chose de coucher avec Harold, même s’il avait l’âge de son père, parce que les histoires sans lendemain avec des hommes plus mûrs ne l’avaient jamais dérangée ; et parce qu’il était sacrément doué. Mais devenir la mère porteuse d'une poignée d’enfants, simplement parce qu’il fallait perpétuer la race humaine, c’était autre chose. L’étudiante ne se sentait aucun instinct maternel. L’idée même d’aborder avec Bobby le sujet de la reproduction la mettait mal à l’aise ; et tout ça sans prendre en compte les difficultés médicales qu’apporterait un accouchement en pleine campagne sans personnel formé ni matériel.

- Je trouverais ça glauque en fait, avoua la musicienne en suspendant sa tâche, non ?

Et puis, ne méritaient-ils pas tous de mourir au final ? Ils avaient eu leur chance. A tous les coups, le virus à l’origine des rôdeurs avaient été engendré – sinon créé – par l’Homme. Lui et ses OGM, ses pesticides, ses expériences nucléaires, sa surconsommation des énergies fossiles… Ça rappelait presque un film à Selene. Elle avait oublié le nom, mais ça parlait d’un jour où les plantes se mettent à secréter une hormone qui pousse les êtres humains à se suicider. Un moyen d’auto-défense naturel, la seule riposte de la nature contre ceux qui la mutilait chaque jour. Et dans tout ça, la jeune femme savait qu’elle ne s’était jamais intéressée à l’écologie. Oui, elle s’efforçait d’éteindre la lumière en quittant une pièce, triait les déchets quand ce n’était pas trop chiant et ne laissait pas l’eau de sa douche couler sans raison. Mais après ? Une part égoïste d’elle-même refusait de renoncer à son confort pour des actes plus concrets – ou bien elle n’attendait que ça : voir le monde s’effondrer. Du coup comme tous les moutons qui s’étaient affalé dans leur mode de vie sans prendre la santé de la planète au sérieux, elle méritait de mourir.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
Revenir en haut Aller en bas
Breann Yates
Messiah
WALKING WITH THE DEADS
Date d'inscription : 07/12/2015
Messages : 114
Age IRL : 20

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Dim 8 Mai 2016 - 20:15

Alors que Selene s'agitait pour rendre la table de la cuisine à sa blancheur d'origine, je restais bien sagement assisse, me lamentant intérieurement sur l'état de mes cheveux et de mes ongles, bien loin de leur splendeur d'antant. Toutes ces fourches, cette coupe à refaire, ces ongles abimés qui se dédoublent... Ah, elle est bien loin la citadine qui prenait attentivement soin de son corps. J'avais un avenir qui m'était tout tracé avant que je décide subitement de me réorienter vers le journalisme : esthéticienne. Toutes mes amies se voyaient d'ailleurs déjà offrir des rendez-vous gratuits. C'est peut-être ce qui a aidé à faire pencher la balance du côté des lettres : être prise pour une bonniche, ça va bien deux secondes. Je fixais d'un œil vide le bout de ma tresse que je tenais entre deux de mes doigts, repensant à toutes ces pestes qui avaient été mes amies si longtemps lorsque Selene me pposa une nouvelle question, me tirant de mes râleries intérieures.

Et quelle question mes petits amis ! Je souris face à son début de rougissement, très amusée par sa gêne, l'observant se dépêtrer avec les mots pour me faire comprendre correctement sa pensée. Si nous étions les seuls survivants de l'espèce humaine toute entière... Oh, quel scénario catastrophe ! Quatre survivants pour repeupler la terre... On repart d'Adam et Eve dans ce cas-là ! Ou plutôt de Cain et Abel. On ne saura jamais qui ont été leurs femmes d'ailleurs, puisqu'Adam et Eve étaient censés être les deux seuls êtres humains créés. Et la consanguinité, vous y avez pensé ? Il faudrait que chacune de nous deux fasse au minimum deux enfants avec les deux hommes encore vivants si on veut essayer d'éviter l'extinction de l'espèce par dégénérècence... Et encore, il faudrait aussi qu'on survive à nos accouchements. Beau scénario, mais dont je me passerai bien d'être l'actrice.

Je m'empressais de rassurer ma cadette, tout sourire, lui exposant mes contre-arguments : « Ola, Selene, tu mets la charrue avant les bœufs ! Tu t'inquiètes beaucoup trop... Statistiquement parlant, il n'y a absolument aucune chance que ce que tu me racontes se produise. Il ne faut pas perdre de vue que l'être humain est sacrément adaptable et débrouillard, spécialement dans ce genre de situation. Regarde toutes les catastrophes qui ont frappé la Terre, on est toujours là, pire que de la mauvaise herbe. Ensuite, nous sommes aux Etats-Unis, pas dans le Luxembourg : nous sommes extrêmement nombreux. En partant de ce postulat, tu penses franchement que seulement quatre personnes resteraient de toute la population ? Et puis ensuite, si ça ne te suffit pas... On ne sait pas si le monde entier à été contaminé ou non. Si ça se trouve, nous sommes les seuls séveremment touchés, les autres pays s'en sortent bien mieux que nous. Au pire, bon, il n'y aurait plus d'Américains, oui, mais pas plus d'humains tout court. » Je lui fis signe de cesser de s'activer un instant pour s'assoir et apprécier un moment de paresse, comme moi. « Donc non, on n'aura pas à se transformer en mères pondeuses, pas d'inquiètude à avoir. Et très sincèrement, tant qu'on ne me promet pas que j'aurai droit à ma péridurale, il est hors de question que j'accouche en pleine nature, sans docteur ni sages-femmes sur qui hurler dessus en toute sécurité. C'est déjà hardcore comme épreuve, on ne va pas non plus rajouter en difficulté. »

Je ponctuais ma phrase d'un hochement de tête entendu, persuadée de mon bon droit. C'est bien joli de dire que c'est notre devoir, en tant que femmes, mais ce n'est pas eux qui se font déchirer de l'intérieur pour se retrouver avec un petit être humain collé à vous pendant au moins vingt ans de votre vie ! Je me levais et passais dans le dos de ma cadette pour commencer à jouer avec ses cheveux, constatant tranquillement à haute voix : « Cette fin du monde doit sacrément te travailler pour que tu en arrives à de tels scénarios... Essaye de ne pas trop philosopher dessus, d'accord ? Pour le moment, nous n'avons pas les clés suffisantes pour comprendre ce qui nous tombe dessus, il faut prendre son mal en patience et voir l'évolution des choses. Et n'oublie pas que dans le lot, il y a des gens qui ont passé toute leur vie à se battre pour survivre dans les rues. Les sans-abris sont devenus les mieux placés dans la lutte pour la survie. Alors nous, on fait ce qu'on peut, on prend le temps de réfléchir calmement, et on s'arrange pour rendre notre chalet défendable et viable jusqu'à ce que la situation s'améliore. Ou empire. Mais je n'y crois pas trop, c'est difficile de faire pire, pas vrai ? » Je coiffais ses cheveux avec des gestes doux, bêtement heureuse de ce contact humain. D'une voix apaisante, je repris : « On s'occupe juste de nous pour le moment, Selene. Tant qu'on arrive pas à prévoir les choses au delà d'un mois, on ne va pas s'occuper du reste de l'humanité. Prends les choses une par une, okay ? »dis-je en commençant à tresser à son tour ses cheveux, espèrant pouvoir l'apaiser un peu grâce à ce contact. Mon Dieu, serais-je en train de me transformer en mère poule ? Non, je préfère grande sœur attentive, merci bien.




"Pretty girls don't know the things that I know
Walk my way, I'll share the things that she won't"
Revenir en haut Aller en bas
Selene Sweetnam
leader | Messiah
Modérateur
WALKING WITH THE DEADS
Date d'inscription : 07/11/2015
Messages : 1256
Age IRL : 26

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Dim 8 Mai 2016 - 23:26

La journaliste ne l’avait pas vraiment comprise, mais la musicienne ne pouvait lui en vouloir. Elle-même était confuse et peinait à exprimer ses craintes. Non, elle ne pensait pas nécessaires que leur petite famille soit les uniques survivants de l’épidémie mais simplement… qu’ils soient parmi les derniers représentants d’une espèce sur la pente indéniable du déclin. Qu’importe. En vérité, les explications sensées de Breann la rassuraient un peu. Ils étaient effectivement des millions aux Etats-Unis, des milliards dans le monde. Alors pouvaient-ils s’éteindre en seulement quelques mois ? Impossible. La preuve était que si quatre individus sans aucune compétence de survie en milieu extrême avaient été capables de trouver un refuge en apprenant sur le tas, alors d’autres sauront le faire. Beaucoup d’autres.

Selene consentit à poser l’éponge pour revenir s’assoir à la table. Oui, elle était nerveuse ; oui, elle avait besoin de s’occuper sans cesse. Elle était dévorée par cette horrible sensation qu’aujourd’hui, chaque seconde était précieuse. Chaque instant de vide était une perte qui, peut-être, scellerait leur destin. Elle eut soudainement le tournis. 20 ans et l’impression de porter le monde sur ses épaules fragiles. Heureusement, le discours de son aînée résonnait de bon sens et continuait de l’apaiser. Sa réflexion sur la péridurale lui tira même un petit rire soudain et naturel.

Elle fut surprise de voir Breann passer dans ses dos pour commencer à triturer ses cheveux mais n’oser ni parler, ni bouger. C’était à croire qu’elle avait lu dans ses pensées ! La musicienne sentit son corps se détendre après seulement quelques tensions sur son cuir chevelu. Elle ferma ses yeux bleus, portée par la voix de la journaliste qui s’inquiétait de la voir si préoccupée. Est-ce que l’épidémie la travaillait ? Oui. Beaucoup. Trop. C’était une course perpétuelle ou en tout cas, c’était l’impression qu’elle avait. Ne pas pouvoir s’arrêter, ni faire une pause, ni prendre un raccourci… une course de fond éreintante qui lui donnait dix ans chaque jour. Et les sans abris, étaient-ils vraiment les mieux placés ? Certes, ils savaient comment survivre quand on n’avait rien. Mais eux, ils n’avaient ni murs, ni arme quand tout a commencé. Ils étaient à la merci des crocs des premiers rôdeurs…

- Oui, tu as raison, admit-elle à mi-voix, excuse-moi. Je pense trop, expliqua-t-elle après une petite pause, je crois que j’ai toujours un peu trop pensé… des fois je suis pas capable de voir les choses simplement, faut que je les rende compliquées.

Une de ses professeurs lui avait dit, une fois, qu’elle réfléchissait comme une artiste. C’était quelque chose comme ça. Les pensées de Selene étaient semblables aux branches infinies d’un arbre qui s’étiraient, trouvant sans cesse de nouveaux chemins et de nouveaux bourgeons. Certaines personnes devaient sans doutes s’accoutumer très vite, tuer des mordeurs à tour de bras, voler d’autres vivants… mais la musicienne ne pouvait s’empêcher de songer et de souffrir. Comme si le jour où la douleur s’arrêtera, elle ne sera plus humaine.

Sans prévenir, bercée par les mains habiles de Breann qui tressait ses cheveux, l’étudiante se mit à fredonner quelques notes avant de se mettre à chanter Roulette de System of a down. Ça lui était venu comme ça, sans doute à cause de la première phrase en fait : « I have a problem that I cannot explain ». Au moment du solo de guitare, elle imita le début de la mélodie avant de la laisser s’évanouir dans un soupir. Un sourire aux lèvres, ses yeux toujours clos, elle plaisanta :

- C’était le premier titre de radio Selene, 97.8 dans tout le nord de Washington ! … Mais je suis bien meilleure au piano, je t’assure. Je pense réussir à chanter juste, mais j’aime pas tellement ma voix.

Elle eut à nouveau l’un de ses rires cristallins hérités de son adolescence et gratta machinalement la base de sa chevelure. L’image de son père qui la coiffait devant un dessin animé lui revint mais cette fois, ce n’était pas douloureux. Plutôt une chaleur aigre-douce, de celles qu’on aime malgré l’arrière goût d’amertume. Elle ouvrit ses yeux, s’évadant d’un regard par la fenêtre qui donnait sur la forêt.

- Tu sais que j’ai toujours adoré qu’on me coiffe ? C’est un peu mon point faible pour m’amadouer et me détendre. Tu as des titres de chansons que tu aimes en tête ? Si j’en connais, je pourrais voir à t’en massacrer une pendant quand tu continues…


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
Revenir en haut Aller en bas
Breann Yates
Messiah
WALKING WITH THE DEADS
Date d'inscription : 07/12/2015
Messages : 114
Age IRL : 20

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Dim 15 Mai 2016 - 13:54

C'est fou comme la plupart des gens aime se faire masser le crâne. C'est un peu quitte ou double, certains adorent, d'autres détestent. J'avais eu de la chance que Selene fasse partie de la première catégorie. Je pris mon temps pour la chouchouter, m'assurant de ne négliger aucune zone, ayant un peu étudié les bienfaits du massage. Pour une utilisation moins conventionnelle, certes, je dois bien l'avouer. Et pas une personne passée entre mes mains ne s'est plainte de ma maîtrise... Mais bien sûr, pour la jeune Selene, je m'en tiendrais strictement à la tête. Et peut-être bien aux épaules, c'est une boule de nerfs, tout doit être affreusement tendus. Je la laissais parler, chantonnant mes acquiescements sans ouvrir la bouche, la laissant se détendre peu à peu. J'adorais prendre soin des autres, c'était ce que je considérais être un plaisir de la vie. Les voir se calmer, puis se laisser aller grâce à moi me rendait heureuse. J'étais utile.

Je commençais à tresser en quatres petites nattes ses longs cheveux, les réunissant ensuite ensemble pour en faire une coiffure un peu trop sophistiquée pour aujourd'hui, mais que je jugeais pas mal du tout. Pendant ce temps, Selene s'était mise à chanter. Je l'écoutais en souriant, jugeant la qualité de sa voix tout à fait acceptable et découvris avec plaisir un morceau que je ne connaissais pas, mais qui s'intégrait bien à ce qu'elle me confiait auparavant. En pleine confusion... Hum, je pouvais comprendre. Je cherchais dans mes poches un élastique alors qu'elle attaquait un passage dans la chanson sûrement dédié à un instrument, et lorsque que je mis la main dessus, elle reprit la parole. J'attachais ses cheveux en riant doucement avec elle, m'assurant que le tout tienne le plus longtemps possible sans laque. « Ta voix est très bien, chanter juste n'est pas donné à tout le monde ! Regarde Britney sans son Autotune, c'est une torture pour les tympans... Et comme ça, tu peux t'accompagner lorsque tu es au piano, c'est sympa, non ? » Cela me faisait penser à ses bonnes familles du siècle précédent, qui enseignaient à leurs filles le piano et le chant pour qu'elles puissent divertir leurs visiteurs et attirer les bons partis. Selene aurait fait une grande sensation à cette époque, elle semblait réunir tous les atouts dont se devaient de disposer les jeunes femmes pour leur vie future.

Je caressais une dernière fois ses cheveux avant de descendre vers ses épaules, sentant les muscles noués sous mes mains. Je m'étonne qu'elle réussisse à dormir... Tendue comme elle est, elle doit surtout passer de longues heures les yeux ouverts dans le noir. Je suspendis un instant mon geste, le temps de demander la permission, avant de commencer à la masser. Tous ces nœuds doivent la faire horriblement souffrir. « Ah, super, ça a fonctionné, c'est maintenant que je peux demander si je peux finir la dernière pomme alors, non ? » plaisantais-je gentiment, en passant une main dans ses cheveux, défaisant sa coiffure pour en recommencer une autre.. « Tu pourrais me chanter Jolene de Dolly Parton ? Ce n'est pas très joyeux et un peu vieux, mais c'est une de mes chansons favorites. Et non, je ne m'identifie pas à Jolene, merci ! Tu veux que je te donne rapidement l'air si tu ne connais pas ? »

Continuant à jouer avec ses cheveux, je chantais les premières paroles, pas vraiment sûre de ma voix. Je n'étais chanteuse que sous ma douche, rares étaient ceux qui avaient pu m'entendre. Ce n'était pas tellement pas timidité, je n'étais juste pas vraiment du genre à chanter tout en faisant quelque chose, ou sinon en playback, lorsque une chanson à la radion me plaisait. Et depuis toute la catastrophe... Non, je n'avais pas vraiment eu le cœur à pousser la chansonnette. Après ce bref intermède musical de ma part et sa reprise, je repris la conversation, comme si nous étions dans une sorte d'établissement de beauté, à l'abri de tout : « Tes muscles sont plus durs que de la pierre, je n'ai jamais vu ça... Tu connais la méditation ? Ça pourrait aider, et pas seulement à te détendre, mais aussi à mettre de l'ordre dans tes pensées. Et oui, avant que tu ne poses la question, je suis le genre de fille bobo végétarienne. Faut dire qu'avec une mère yoggi, je ne pouvais pas faire autrement. J'ai grandi entouré de hippies, je ne te raconte pas les soirées... » Je frissonnais en me souvenant de ma tante Edith et du cousin John. « Non, je t'épargne les visions d'horreur supplémentaires... »




"Pretty girls don't know the things that I know
Walk my way, I'll share the things that she won't"
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
WALKING WITH THE DEADS

MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Aujourd'hui à 3:23

Revenir en haut Aller en bas
 

Les femmes à la cuisine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 4Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

 Sujets similaires

-
» Pages d'histoire des hommes et des femmes d'Haiti et leurs épisodes
» Les femmes noires au pouvoir ...
» Anthéa de Prouville // La faiblesse des hommes font la force des femmes !
» Proverbe du Jour: Les hommes ont 4 poches, les femmes n'ont 1 poche
» Pourquoi les femmes sont elles absentes à ce forum?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Walking Dead RPG :: Archives RP :: RP Terminés-