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 Les femmes à la cuisine

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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Les femmes à la cuisine   Lun 11 Avr 2016 - 22:48


Le Refuge




2839 Fish Hatchery Rd, Sequim, WA 98382, États-Unis


Ça faisait quelques jours qu’elle était revenue, pourtant, elle avait l’impression de redécouvrir chaque matin le confort de la salle de bain. L’eau avait beau être froide, préférant économiser l’électricité pour les appareils essentiels, c’était bon de se sentir propre. Comme si l’humanité ne dépendait finalement que de l’hygiène. Selene n’avait bien évidemment rien pour se coiffer, mais qu’importe : ça faisait des mois que sa tignasse cuivrée se contentait de ses doigts. Dans sa réserve limitée de fringues, la jeune femme choisit un T-shirt devenu informe au fil des mois et un jean atrocement usé au niveau des chevilles.  

Elle quitta alors la pièce et descendit l’escalier pour rejoindre le premier étage où l’attendait l’activité de la matinée : éplucher des patates. Bobby avait réussi à en trouver en marchant jusqu’à une ferme voisine. A l’heure actuelle, il devait être parti essayer de chasser ou vérifier ses pièges. S’il parvenait à ramener de la viande, quelques patates à l’eau – ou au four –, ce serait excellent. Carrément mieux que les conserves ; un déjeuner de roi dans les circonstances actuelles. La musicienne était donc seule avait Breann. Celle-ci l’attendait déjà à la table de repas, dos à une fenêtre qui offrait une vue plongeante sur les bois. Chaque fois qu’elle arrivait ici, Selene avait l’impression d’être partie en weekend. Des vacances qui dureraient éternellement, espérons-le…

- Salut, dit-elle en prenant place face à elle, les femmes à la cuisine aujourd’hui c’est ça ?

Elle osa un sourire taquin sans savoir si sa petite plaisanterie ferait mouche. Depuis qu’elle était arrivée, les deux filles avaient passé très peu de temps ensemble. La pianiste connaissait très peu la journaliste. Ce ne serait pas un problème si la situation était temporaire mais… ils étaient peut-être condamnés à vivre ensemble des semaines ? Des mois ? Des années ? Autant qu’elles ne soient pas que des inconnues. Et puis… Bobby l’aimait bien ; alors il était du devoir de l’étudiante de savoir si Breann appartenait au genre Abigail ou Juliane. Le genre qu’elle appréciait ou qu’elle détestait, en quelque sorte. Attrapant l’un des couteaux légèrement tordu, Selene laissa passer un petit silence, ponctué par le bruit des larmes épluchant les racines, puis elle lança avec hésitation :

- Tu… tu faisais quoi dans la vie avant… tout ça ?

De la pointe de son couteau, elle désigna le ciel pour signifier « toute la merde qui se passe dans le monde ». Pour prouver sa bonne foi dans sa démarche, elle reprit immédiatement avec un sourire emprunt de nostalgie :

- J’étais encore à la fac moi. Au Cornish college of the arts, tu connais ? Je suivais le cursus de musicologie. C’était pour assurer mon background et pouvoir travailler dans le monde culturel… en fait, je voulais être pianiste soliste professionnelle.

Ses lèvres pâles s’étirèrent plus encore, proportionnellement à la tristesse qu’on pouvait lire dans ses yeux bleus. Elle ne pouvait pas être plus loin de son rêve. Qu’elle place avait une musicienne dans un monde ravagée par une épidémie mortelle ? Depuis le temps, elle avait la sensation qu’elle ne saurait plus aligner trois notes sur un piano. Et après tout, à quoi bon ? C’était un peu comme la drogue… la survie l’avait sevrée de force. Au début c’était dur, un manque, comme si une partie d’elle était arrachée un peu plus tous les jours. Puis c’est passé… comme la violence de ses cauchemars, comme ses peurs omniprésentes, comme la boule au creux de son ventre.

- Je détestais mon prof’ d’analyse musicale du XXè, évoqua Selene, ses cours étaient bien pourtant, mais il avait… je sais pas, une de ces têtes antipathiques. Et il avait un tic de langage, il finissait toutes ses phrases par « non ? », c’était insupportable.

Étrangement, ça faisait du bien de parler de ça. Une partie d’elle-même restait bien ancrée dans la réalité, l’autre s’évadait dans le passé. Avec un petit effort de lâcher-prise, la jeune femme se sentait partir, emportée vers une époque bénie où le monde tournait rond, où elle n’avait tué personne, où ses seules préoccupations étaient son taf du soir et ses études. Enfin… c’était loin. A contrecœur, elle revint sur terre, prête à écouter Breann si elle choisissait aussi de parler, ou à éplucher en silence si sa démarche faisait un plat.


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Breann Yates
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MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Dim 17 Avr 2016 - 19:33

« Je m'appelle Breann Yates, j'ai vingt-six ans, je suis née à Denver le vingt-neuf Février 1989... Je suis toujours en vie. » me répétais-je avec délice plusieurs fois après avoir ouvert les yeux, m'étirant dans le lit que je m'étais approprié. Ce que ça faisait du bien de se réveiller dans un lit chaud entre quatre murs ! J'avais l'impression d'être revenue à la période bénie que j'avais passé chez Justin. A l'abri, en bonne compagnie... La vie avec Robert s'était révélée être faite pour moi. Nous nous complètions: tout ce que j'étais incapable de faire (la plupart des choses utiles et importantes en fait, comme la chasse ou les grosses réparations), il s'en occupait, pendant que je me chargeais de celles qui le dépassaient. A ma grande surprise, j'étais devenue assez douée pour organiser ma survie et celles des autres. J'étais carrée et attentive, je gérais bien les ressources, m'étais découverte un nouveau talent avec les chiens et veillais tout particulièrement à faire le tour de la maison la nuit, pour être certaine que toutes les portes et fenêtres soient bien verrouillées. J'avais même réussi à ébaucher le début d'un petit jardin sensé nous fournir les légumes. Oui, je pense que Tim aurait été plutôt fier de moi. Et maintenant, j'avais même la place-forte promise pour l'attendre ! Ah, l'avenir ne pouvait pas mieux se présenter.

Enfin. Si, bien sûr. Ce serait pas mal que le gouvernement s'active pour nous trouver un remède contre les choses cannibales qui sont notamment en train de ravager le monde.

Mais ne commençons pas à se gâcher la journée avec ce genre de détails si tôt dans la matinée. Je me glissais hors du cocon chaud de mon lit et allais prendre une douche, ignorant la morsure de froid. J'en avais trop rêver pour me laisser intimider par ça ! Et le froid raffermit les chairs, c'est bien connu. Ce n'est pas parce que c'est la fin du monde que c'est une raison pour se laisser aller. Propre et habillée, je sortis de ma chambre et laissais ma nouvelle chienne me faire la fête, enchantée de la voir m'accueillir de la sorte. C'est fou de constater comme on s'attache vite à ces bêtes-là... Elle s'était rapidement appropriée une part importante dans mon cœur, bien que Frost, le chien de Robert, me soit également devenu cher.

Je descendis à la cuisine, pas étonnée de ne pas y trouver mon compagnon de fortune, très sûrement parti relever des pièges. En faisant le tour des tiroirs, je constatais qu'il allait falloir rapidement s'occuper des pommes de terre, ou nous allions les perdre bêtement. La première tâche de la journée est donc toute trouvée : elles me tendent leurs petits bras en scandant mon nom. J'y étais depuis quelques minutes, entourée des chiens, lorsque j'entendis les bruits de pas de la jeune femme qui nous avait rejoint. Je ne saurais dire si je dois à la fin du mon l'amélioration de mon ouïe ou si c'est seulement grâce au silence devenu quasiment omniprésent, mais je suis maintenant capable de percevoir et reconnaître un bruit de pas, aussi léger soit-il. Je ne me pensais pas si attentive.

Selene, charmante brunette dans la vingtaine, me salua par une plaisanterie qui me fit rire par sa justesse.« Et oui, il faut croire que ce soit définitivement là que nous appartenons ! Ce sont les mysogynes qui doivent être ravis de voir leur théorie se confirmer. Ce n'est pas avec l'accouchement qu'on nous a maudites, mais bien avec cette pièce ! »  Elle s'installa avec moi et prit naturellement un couteau pour m'aider. Elle avait l'air fatigué la pauvre... Dans quel état nous l'avions récupérée ! J'avais préféré la laisser se reposer, ne cherchant pas à lui imposer ma présence plus qu'il ne fallait. Certaines personnes se ressourcent dans la solitude, et je pense qu'elle en fait parti. Mais à cause de cela, je ne la connaissais que de ce que m'en avait dit Robert, et je savais qu'il n'était pas du genre à voir les défauts des gens. Il était bien incapable de voir les miens, alors qu'ils étaient pourtant immanquables ! Ce petit moment de calme allait me permettre de m'en donner ma propre idée. Je sens bien qu'elle aimerait lancer la conversation, mais qu'elle hésite encore. C'est mignon de sa part. Je la laissais chercher les bons mots tranquillement, profitant du calme régnant dans cette maison, détendue et sereine.

Elle se décida finalement et je l'écoutais me donner quelques fragments de sa vie, heureuse de la voir se confier. Cela semblait lui ôter un certain poids de ses épaules, comme si elle avait besoin d'exprimer ses souvenirs à voix haute pour être sûre qu'ils soient bien réels. Je comprenais parfaitement ce fonctionnement, moi qui me répétais tous les matins au réveil des banalités inscrites sur ma carte d'identité.

L'anecdote sur son professeur et son tic de langage me fit rire, repensant à un de mes collègues également affligé par ce problème. « Il y a des gens comme ça, c'est juste impossible d'accrocher, aussi intéressant soit le sujet. Au moins, tu te souviendras de lui ! Oh, et le jour où nous tomberons sur un piano, il faudra que tu me joues quelque chose... Si la musique me manque, je n'ose même pas imaginer ce qu'une musienne doit ressentir. »  C'est triste pour un artiste d'être denié de la sorte le droit d'exercer son art... « Moi, je rêve d'un cahier et d'un stylo. Je suis journaliste, je te laisse imaginer ce que ça me fait de ne pas pouvoir couvrir un cas comme la fin du monde ! Toutes les informations sont dans ma tête, mais les coucher par écrit. Ça m'aiderait à ne plus les voir tourner dans ma tête en boucle. »  Poser mon attention sur mon papier m'aidait également à faire le vide dans mon esprit, à m'apaiser. Et quel sujet ce serait pour une bande dessinée ! Je rêvassais un moment, caressant l'idée de ce projet. Qui sait, quand tout sera terminé... « Et je voulais devenir dessinatrice... Mais je n'ai jamais pu faire d'école d'art. Je suis contente que toi tu aies pu suivre la voie qui te fait vibrer, je suis sûre que tout ce que tu as appris n'est pas perdu. Il faut rester optimiste et patient : la situation n'a pas pu dégéner dans tout le pays. Et l'être humain s'adapte à tout, c'est bien connu ! » 

J'aimerais voir disparaître cette lueur dans ses yeux qui la veillit de dix ans. Celle qui dit : « J'ai vu assez d'horreurs pour le restant de mes jours. » Pour en avoir cotôyé, je savais d'expérience que les artistes vivaient tout plus intensément que les autres et je me désolais que Selene ait eu à vivre ce genre de catastrophe. Espèrons qu'elle n'en deviendra pas folle... Je terminais mon tas de pommes de terre et partis chercher une cocotte pour la remplir d'eau, tout en reprenant : « Tu as un morceau préféré que tu pourrais jouer les yeux fermés ? Ou peut-être que tu sais chanter ? Si c'est le cas, ne te prive pas, tu seras ma radio personnelle. Je n'ai jamais autant regretté le top quarante de ma vie ! » 




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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Lun 18 Avr 2016 - 18:44

Selene souriait. Ainsi, elle était journaliste. Effectivement, elle remportait haut-la-main la palme de la frustration. Breann vivait quotidiennement le scoop du siècle mais il n’y avait plus de journal pour le publier, ni de rédacteur en chef pour lui en demander plus, ni même de citoyens rongés par la curiosité morbide susceptibles de s'en délecter. La jeune femme se referma légèrement quand les notes d’espoir de son interlocutrice se heurtèrent à son pessimisme. Elle hocha gentiment la tête, ne sachant pas vraiment si elle devait répondre, mais une suite d’images sinistres défila furtivement devant ses yeux, comme pour lui rappeler la réalité dans laquelle elle vivait. Le voisin qu’elle avait poignardé, le flic qu’elle avait achevé, la piscine remplie de rôdeurs, le viol de Flann, l’homme qui l’avait tabassée, ces enfants transformés qu’elle avait dû tuer…

Le monde venait de voler en éclat. Une véritablement purge, comme la fable de Noé, et de cette apocalypse lente émergeaient les facettes les plus atroces de l’être humain. Certes, il était capable de s’adapter à tout, mais à quel prix ? Combien de cadavres avait-elle mutilé pour avoir le droit de se tenir à cette table ? Le sang de combien de personne avait-elle sur les mains ? Combien de nuits encore avant que ne cessent définitivement les cauchemars ?  Ses pensées se perdirent dans ce néant périlleux et furent raccrocher par la journaliste, qui lui proposait de faire le Jukebox à ses heures. Aussi vite qu’il était partie, son sourire revint illuminer ses traits d‘ivoire, véritable verni par-dessus la folie qui la guettait.

- Je pense que je me débrouille pas trop mal pour chanter… mais j’étais pas trop top40, alors je ne sais pas si tu te retrouveras dans mon répertoire. J’écoutais pas mal de choses différentes en fait… metal, rock, électro, country, classique… même du noise ou des musiques traditionnelles d'Asie de l'est. Pas vraiment ce qui intéressent les Majors qui financent les tops du coup, elle haussa les épaules, mais en cherchant bien, je trouverais bien de quoi être un programma radio convenable.

Selene rit sincèrement avant de se reconcentrer sur sa tâche. Plus lente, elle en était encore à la moitié de son tas de pommes de terre. La vie réservait vraiment de drôles de surprises : ces derniers mois, elle avait appris à pénétrer dans les pavillons par effraction, à siphonner des réservoirs, à combattre des morts-vivants, à se servir d’une arme à feu, … mais éplucher des patates relevait désormais d’une compétence complètement rouillée.

- Et crois-moi, si un jour on croise un piano, tu n’auras pas besoin de me prier pour que je me jette dessus. Le pire c’est que je crois que mon premier réflexe, ce serait de me remettre à travailler la Fantaisie Improptu de Chopin. C’est ce que je bossais avant de partir de chez moi, ça me cassait la tête mais j’adorais.

Un sourire nostalgique flotta sur ses lèvres décolorées. L’humain et ses réactions enregistrées… comme si son corps, fidèle malgré tout à sa vie d’antan, avait mis pause et n’attendait que la reprise du film. Un film que le scénariste avait certainement bazardé avant d’écrire le dénouement. Enfoiré. A son tour, elle avait fini de mettre à nue ses pommes de terre. Attendant patiemment que Breann revienne avec la fameuse cocotte remplie d’eau, ses yeux bleus se posèrent sur Frost, le gros chien de Bobby, qui dormait paresseusement aux pieds de la table.

- Je me disais, songea-t-elle à voix haute, pour les écrits, pourquoi pas te lancer dans tes mémoires ? Tu raconterais ce qui t’est arrivé, comment tu as vécu tout ça… ce serait un témoignage encore plus authentique qu’un article. Quand tout sera revenu à la normale, tu auras déjà un truc à faire publier ; je suis sûre que d’autres auront la même idée, alors autant être la première !

L’autre facette des mémoires, celle que l’étudiante n’osait pas avouer pour ne pas plomber l’ambiance, c’était que ça laisserait une marque. Si quelque chose tournait mal et qu’ils mourraient tous, peut-être qu’un jour, d’autres trouveront les écrits de Breann et connaîtront son histoire. Peut-être même que si un jour l’épidémie est contenue, on exhibera ses lignes comme ces reliques des Grandes Guerres. « Témoignage d’une femme américaine lors de la Grande Pandémie » ; il y avait déjà le titre, ne manquait plus que le musée et les reportages historique. Tout ça, Selene n’osait pas le dire car aussi sombre qu’était sa vision de la réalité, elle voulait croire en une forme de rédemption. Peut-être pas pour elle – sans doute pas – mais pour les gens qui la méritaient.  

- Tu me feras penser à te trouver du papier et de quoi écrire quand je retournerai en ville.


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Breann Yates
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MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Lun 25 Avr 2016 - 14:51

Je fouillais dans les placards en écoutant la brunette répondre à ma demande superficielle. J'avais tiré le bon numéro apparemment ! Elle n'en était que davantage la bienvenue dans ce chalet. J'en étais ravie !« Je te fais confiance, au moins tu proposeras quelque chose de plus varié et personnel que les autres animateurs radio. Et des versions live en plus ! Tu serais devenue une vedette sur les ondes. »  Je lui fis un clin d'oeil, riant avec elle, heureuse de la voir se détendre. Le moindre moment exempté de tension était bon à prendre, nous en avions tous énormément besoin. Dès que je peux oublier ce qui se passe réellement dehors, je prends. Et pourtant, je ne suis pas celle qui a le plus souffert de tout ça, au final, je m'en sors juste avec une main brûlée. Les dégâts psychologiques sont encore assez faibles.

Je trouvais finalement l'objet de ma recherche et vint la poser sur une plaque, allumant le gaz, souriant face à son réflexe de bon élève. Tout de suite retravailler le sujet qui pèche... Elle semble être quelqu'un de vraiment impliqué, sui s'investit sérieusement dans ce qu'elle entreprend. Une très bonne qualité, surtout dans ce genre de périodes troublées. On a besoin de perfectionnistes comme elle. « « Je ne connais pas. »  dus-je avouer, légèrement embêtée. « « Mais je serai ravie de découvrir ce morceau avec toi en tant que pianiste. »  En espérant qu'un jour effectivement, elle puisse me le faire écouter. J'avais perdu le compte des jours maintenant, je n'avais aucune idée du temps qui s'était écoulé depuis ce que j'avais décidé de baptiser « la grande invasion ». Plusieurs mois, c'était certain, mais lequel étions-nous ? Pourquoi est-ce que les secours mettaient tant de temps à arriver pour aider les survivants ? Est-ce que cela signifiait que le pays entier était tombé ? Et dans ce cas-là... Pourquoi pas les autres également ?

J'observais distraitement l'eau commencer lentement mais sûrement à bouillir, ma bonne humeur initiale légèrement douchée par mon constat amer. Je ne souhaitais pas le partager avec Selene, me doutant qu'elle n'avait pas besoin de ce type de nouvelles à l'instant présent. Je pense que nous sommes désormais vraiment livrés à nous-mêmes. Ce n'est pas normal, cette attente, il ne faut plus rien attendre de la part des autorités, elles ont dû tombées elles aussi face à cette mauvaise surprise. Dire que Tim l'avait vu venir lui... Si seulement je l'avais encore avec moi. Mais je ne perds pas espoir, pensais-je en relevant la tête, le regard décidé. Je jettais les pommes de terre dans l'eau, posais le couvercle par-dessus et retournais m'assoir en face de l'étudiante, qui me développa une idée intéressante.

Attentive, j'hochais la tête, jugeant cette idée pertinente. Et si d'autres survivants en faisaient de même, nous pourrions recouper les versions et ainsi en déduire les bonnes conclusions. Ce qui a péché au début, notamment. Je reste persuadée que nous aurions pu éviter le plus gros des pertes si le gouvernement avait pris la peine d'avertir un peu plus tôt ses citoyens. « « Compte sur moi. Mais en fouillant bien, je dois sûrement pouvoir dénicher un stylo qui marche et des feuilles... Qui n'a pas d'imprimante chez soi maintenant ? Je ferai ça après le repas. »  Je souris, le regard dans le vague, réfléchissant déjà aux premiers points que j'allais pouvoir poser sur papier. Une idée me vint soudainement : « « Oh, et puis nous pourrons enfin nous pencher sur les renforcements à apporter au chalet grâce à ça ! Un plan dessiné, ça aide toujours à mieux visualiser les choses. Qu'est-ce que tu en dis ? J'en ai marre de me dire que je risque de me faire réveiller subitement par des grognements ou des hurlements humains. Il nous faudrait des pièges, des barrières, une sorte de trappe bloquant l'escalier... On a encore du boulot ! » 




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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Lun 25 Avr 2016 - 19:45

Selene sourit en s’apercevant que sa proposition avait plu à Breann. La lumière d’intérêt dans ses yeux était significative. Impossible de reculer désormais : si elles ne trouvaient pas de quoi coucher quelques lignes sur papier dans le chalet, la musicienne débusquerait de quoi faire à l’extérieur. Après tout, ça ne devait pas être bien difficile : les gens avaient plus tendance à emporter les conserves que le papier. Démunie depuis que ses pommes de terre avaient été emportées, elle commença à rassembler les épluchures avec ses mains pour en faire un tas uni.

- On a du boulot, c’est clair, commenta-t-elle dans un souffle, je commence les plans quand tu veux. Moi aussi je ne serai pas tranquille tant qu’on n’aura pas deux/trois trucs pour se protéger des rôdeurs.

Elle frissonna imperceptiblement. C’était la vérité, l’idée qu’une horde de mangeurs de chair trouve le chemin de leur nid la terrifiait, une tumeur maligne dans son estomac qui l’empêchait souvent de fermer l’œil. Et quand elle parvenait à rejoindre Morphée, c’était en rêve que les charognes abattaient leurs murs de bois pour venir l’écorcher dans son sommeil. Chaque matin quand elle ouvrait les yeux, Selene mettait quelques secondes à réaliser qu’elle était vivante. Ensuite, elle mourrait de trouille de quitter son lit pour découvrir que l’un de ses compagnons n’avait pas eu cette chance. Trouble de Stress Post-traumatique ? Peut-être. Dans une époque comme celle-ci, les psychiatres feraient fortune.

- Mais c’est même pas ce qui me fait le plus peur en fait…

Elle laissa planer sa phrase. Ces craintes, l’étudiante n’en avait pas encore parlé ni à Bobby, ni à Harold. Elle avait l’impression que ça venait plus naturellement avec la journaliste. Peut-être parce que c’était une femme, ou simplement parce que son aura poussait à la confidence. Cherchant ses mots, l’étudiante voyait défiler devant elle les images de Seattle. La lutte. La séquestration. La menace. Les coups. La fuite.

- Ce sont les vivants qui m’inquiètent vraiment. Je veux dire… les morts, on sait comment ils agissent maintenant. Ils ne savent que chercher des gens à bouffer et on s’en débarrasse en détruisant le cerveau. Ok. Mais les autres… entre ceux qui sont prêts à tout pour se nourrir, ceux qui profitent de l’épidémie pour se défouler, et même ceux qui ne cherchent qu’à survivre sans être mauvais au fond…, ses yeux bleus s’étaient de nouveau assombris en se perdant dans le vide, j’ai peur que ce soient eux qui nous trouvent un jour et qu’ils soient plus nombreux, plus armés ou plus expérimentés…

L’une de ses mains s’étaient mise à trembler légèrement. Pas vraiment à cause de l’angoisse, plutôt de la démence latente qui dormait dans son crâne d'artiste. Elle revoyait clairement le visage de Doug, sentait le manche du petit couteau entre ses doigts, revivait chacun des coups qu’elle lui avait administré. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq ? Ou six. Finalement, elle ne savait plus très bien. Par contre Selene se souvenait ne pas avoir ressenti de remords. Jusqu’à maintenant, elle ne regrettait rien, parce qu’elle ne reculerait devant rien pour protéger deux qui lui importaient. Ça devait être pour ça qu’elle craignait autant les vivants… parce qu’elle savait qu’en chacun d’eux sommeillait un monstre.

- J’ai eu affaire à un petit groupe de pillards à Seattle, expliqua-t-elle avec un rictus qui ne fut que l’esquisse d’un sourire, enfin… s’ils pillaient vraiment, j’en sais rien. Mais ils nous ont séquestrées, moi et une fille qui étions rentrées sans le savoir dans leur planque, et ils ont voulu nous…

Elle s’interrompit. Sa gorge était étrangement nouée. C’était loin, presque deux mois en arrière – sans doute –, mais ce souvenir restait le plus violent qui hantait sa mémoire. Peut-être parce que de tous les jours où elle s’était vu mourir, celui-là était le pire. Celui où elle avait entraperçu la faucheuse avant de dresser un majeur et de s’accrocher au monde réel. Pour s’offrir une pause, et dissimuler les tics nerveux qui prenaient d’assauts ses mains, elle se leva pour récupérer un vieux papier journal qui datait de l’été 2013. Le calme était revenu dans sa tête. Sa respiration put reprendre normalement tandis qu’elle emballait les épluchures pour les récupérer et en faire, plus tard, du compost.

- Bref, on sait à quoi on s’attend quand on rencontre un rôdeur. Mais quand on rencontre un vivant…

Selene s’était immobilisée, debout à côté de Brean, la tête légèrement penchée sur le côté, et finit par lui dire en poussant un léger soupir :

- Tout ça pour dire que si tu as des idées de pièges contre les humains, je prends.


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Breann Yates
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MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Mer 27 Avr 2016 - 14:24

Mon idée parut lui plaire, j'eus un petit sourire fier. J'étais heureuse de pouvoir commencer à prévoir l'avenir, de m'installer dans un endroit qui sera sécurisé, avec d'autres personnes sympathiques en prime. L'avenir avait beau rester sombre, j'accueillais avec gratitude ces quelques petites touches de soleil si vitales. Il ne fallait pas se laisser abattre. Tout ou tard, on trouverait le moyen de revenir à la normale. Ou d'instaurer une nouvelle normalité, au choix. Je suis sûre que nous trouverons le moyen de nous adapter à ce nouveau coup du sort.

Puis Selene marqua une pause plus prononcée, qui attisa ma curiosité. Que voulait-elle ajouter ? Que redoutait-elle encore davantage qu'une foule de morts affamés ? Je restais silencieuse, attentive, ne souhaitant pas la couper alors qu'elle cherchait à exprimer quelque chose qui lui était important. Elle enchaîna, soulevant le problème que posaient les autres êtres vivants. Je ne pouvais que la suivre dans ce raisonnement. Dès lors qu'on a un cerveau qui fonctionne... Il est tout de suite plus facile de repérer des pièges. Quoique. Lorsque c'est bien dissimulé ou suffisamment tordu... Et il ne faut pas non plus surestimer ses semblables. L'arrogance ou la précipitation peuvent pousser à commettre des fautes mortelles.

Je repérais tout de suite ses légers tremblements et la légère altération dans sa voix alors que sa phrase restait en suspens. Je gardais le silence, consciente de la gravité du moment. Selene avait quelque chose sur le cœur, de lourd et douloureux, cela se lisait dans ses yeux. Je fus surprise qu'elle ose en partager le poids avec moi, alors que nous ne nous connaissions pas si bien malgré notre cohabitation. Cependant, il est reconnu qu'il est plus facile de se confier à un inconnu... Et en tant que journaliste, j'avais l'habitude d'écouter les gens, de les laisser raconter leur histoire à leur rythme, sans les presser. Je tenais ça de mon père, me disait-on. Alors je la laissais partager son fardeau, touchée par sa confiance.

En quelques phrases succintes, Selene parvint à me faire comprendre toute la gravité de la situation qu'elle et sa malheureuse compagne avaient vécu. Je n'osais m'imaginer l'horreur de leur situation. Séquestrées, sûrement affamées et assoiffées, à la merci d'hommes devenus pire que des animaux. Je comprenais mieux ses réserves face aux autres êtres vivants. Je ressentis la morsure de la haine, abasourdie qu'on puisse à ce point vouloir du mal à des femmes, juste à cause de leur genre. La fin du monde ne redorait vraiment pas le blason de l'humanité, et encore moins celui des hommes. Pour ce qu'ils avaient osé faire, j'espère qu'ils se feront dévorer par les monstres, qu'ils puissent ressentir ce sentiment d'être à la merci de quelque chose de profondément mauvais. Je repensais aux hommes que nous avions rencontré, Robert et moi. J'y serais passée, s'il n'avait pas été là. Mais moi, j'avais eu la chance d'avoir une force de la nature pour me protéger. Pas Selene ni l'autre fille.

Celle-ci, pour reprendre contenance, s'était mise à ramasser les épluchures, continuant d'une voix plus assurée, indiquant qu'elle n'en raconterait pas davantage. Encore sous l'émotion de ses révélations, je ne répondis pas immédiatement. Je me levais, calmement, et précautionneusement, je la serrais dans mes bras. « C'est triste de penser que toutes les femmes aient à traverser ce genre de choses maintenant. Je te promets de tout faire pour que tu n'ais pas à revivre ça. » Je me reculais et lui souris « J'ai plein d'idées de pièges avec de petits cadeaux spécialement pour les hommes. » Je la lâchais finalement et expliquais davantage : « Mon dernier petit copain, bien que très mignon, était un beau salaud. Il avait des petits ennuis avec des gens, et j'ai dû l'aider à pièger notre ancien appartement, au cas où certains décideraient de venir directement réclamer leur dû. Je peux dire qu'il avait de l'imagination... Même le chat a été incapable de les éviter. - je fis bouger mes sourcils, l'air malicieuse – et au fil des rencontres, j'ai appris deux-trois petits tours pratiques. On va faire de ce chalet une forteresse, Selene. Oh, et accessoirement... Je sais même comment, théoriquement, construire une bombe artisanale. »

Merci Tim et nos conversations très spéciales.




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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Mer 27 Avr 2016 - 19:28

- Une recette de bombes artisanales, ça me botte carrément !

Selene rit mais ne plaisantait qu’à moitié. C’était désormais avec admiration qu’elle regardait Breann. Jusqu’à maintenant, elle la voyait comme une fille optimiste, très sympathique, solaire et inoffensive. Le genre paralysée de peur dès qu’une porte grinçait et incapable de faire du mal à une mouche. Finalement, elle cachait plutôt bien ses réserves de fourberie, et ça lui plaisait. La musicienne avait vraiment hâte que la journaliste déballe tout son stock d’idées de pièges anti-intrusion.

Elle ne savait toutefois pas quoi dire d’autre. Le geste de son aînée, quand elle l’avait prise dans ses bras l’avait vraiment surprise et… troublée. Instinctivement, elle avait ressenti tout un élan d’affection. Une douce chaleur aussi, plus réconfortante que tout ce qu'elle avait connu depuis des mois. Une compassion naturelle. Cherchant un peu à dissimuler son embarras, la pianiste s’éclipsa pour ranger les épluchures qui serviraient sans doute de compost dans la serre et revint lentement, passant timidement une main dans ses cheveux châtain.

- Ça fait plaisir… de pouvoir parler à une fille, dit-elle avec un sourire, j’ai passé un bon moment toute seule à Seattle et après, j’ai surtout discuté avec Harold et Bobby. C’est très bien ! assura-t-elle soudainement, mais je ne me vois pas aborder certains sujets avec eux.

Elle se rassit face à Breann, plongée dans des pensées qui lui donnaient des airs d’enfant timide. En fait, elle réalisait seulement un point sur lequel son aînée venait de mettre le doigt : la condition des femmes pendant une crise comme celle-ci. Selene ne s’était jamais sentie féministe, loin de là, mais en y pensant… combien devaient avoir été violentées, violées et tuées depuis que les autorités ont perdu le contrôle de la situation ? En revoyant Flann, Abigail, même Harriet et Juliane, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que c’étaient les femmes qui en chiaient le plus. Parce que pour survivre, elles devaient transcender le statut de sexe faible qu’on leur attribuait depuis des siècles… ça et les années à avaler des conneries préfabriquées pour les tenir en laisse.

- Et c’est vrai qu’un peu de solidarité féminine ne nous fera pas de mal… tiens, c’est peut-être le moment de fomenter notre domination sur la planète, plaisanta-t-elle en feignant un murmure conspirateur.

La pianiste sourit vraiment en plongea son regard complice dans celui de la journaliste. C’était vrai que c’était bon de lui parler. Elle avait une manière d’être qui lui donnait l’impression d’être apaisée du fardeau qui pesait sur ses épaules frêles. Les monstres dans sa tête, le sang sur ses mains, tout s’envolait au contact de Breann. D’ailleurs…

- Mais ne t’en fais pas pour moi, reprit-elle à un volume normal, les types qui m’ont retenue ne peuvent plus recommencer maintenant ; et je ne me ferai plus avoir. Un éclair de froide satisfaction traversa ses prunelles avant qu’elle n’embraye sur un ton plus léger, mais ça me touche beaucoup que tu promettes de me protéger… tu étais la seule qui ne l’avait pas fait dans ce chalet. Avec autant de gardes du corps, j’ai toutes mes chances de survivre à l’épidémie.

Une expression taquine illumina le visage de Selene. Ce qu’elle ne disait pas, c’était qu’elle aussi veillerait sur eux. Tous. Quoiqu’il en coûte. Parce qu’elle était déjà damnée, avant même qu’elle ne sorte de son cocon illusoire. La mort était entrée dans son foyer et ne la quittait plus depuis. Un ange déchu parmi les humains, un papillon de nuit qui se brûlerait à la lumière du soleil. Elle n'avait plus rien à perdre, même pas son âme.

- Mais alors, attends. Je rembobine, elle joignit le geste à la parole, tu avais un petit copain qui avait besoin de piéger sa propre maison ? C’est un peu extrême non ?! Il dealait ?

Comme si le monde n’était pas en train d’agoniser, elle se retrouvait. Une simple jeune femme, étudiante de sa fonction, branchée en mode ragot. Même si ces histoires étaient loin en arrière désormais, et révolues par la force des choses, elle avait envie d’entendre des anecdotes d’antan. Rien que pour lui rappeler que tout ce qu’elle avait connu avant que les morts se relèvent n’était pas une chimère née de son imagination.


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MessageSujet: Re: Les femmes à la cuisine   Aujourd'hui à 10:02

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Les femmes à la cuisine

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