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 Sequim ~ A la recherche du bonheur

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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Lun 18 Avr 2016 - 17:50

Ils eurent beau chercher, fouillant les capots, détaillant les arrières du garage, il n’y avait rien. Bien sûr. Alors qu’ils en étaient réduits à se demander s’il était judicieux d’ouvrir la porte, Selene réfléchissait en mordillant sa lèvre inférieure. Pour être honnête, elle n’écoutait que d’une oreille ce que lui proposait Bobby au sujet de la pharmacie : elle était bien trop occuper à jauger le risque de l’opération Toyota. Les bruits qui filtraient étaient assez évocateurs et son instinct tirait la sonnette d’alarme. Si jamais son ami était blessé, voire pire, elle s’en voudrait infiniment. Il la protégeait, certes, mais depuis que son leadership naturel s’était révélé pour prendre les rênes du refuge, le géant était en quelque sorte sous sa responsabilité.

Ses yeux bleus se levèrent vers son aîné. Il souriait avec innocence, sûr de lui. Bien entendu, il ne cherchait qu’à faire plaisir à ses « anges ». La musicienne avait demandé un véhicule, il ne rentrerait certainement pas sans un camion. Quant aux produits à dessin et de beauté, inutile de chercher longtemps pour savoir qui il voulait combler.

- Ok, c’est bon, céda-t-elle, ouvre.

Elle n’avait pas cessé de se mordre la lèvre inférieure, l’appréhension venait de monter d’un cran. Pendant que le colosse s’affairait à forcer la porte, elle sonda une nouvelle fois les environs de son regard prudent. Pas âme qui vive, pas de carcasse vide. Bien. Le craquement du pan métallique cédant à la force herculéenne de Bobby ramena son attention sur l’initiative de ce dernier. La réponse ne se fit pas attendre : plusieurs putrides se trouvaient là-dedans. Qu’importe comment ils s’y étaient retrouvés, le résultat était le même : ils allaient chercher à les manger.

Tout parut brusquement déraper quand le géant referma la porte et fit rempart de son corps pour empêcher les abominations d’en sortir. Visiblement, l’effort lui en coûtait, ils devaient être un certain nombre. L’appréhension se changeant en frayeur et la frayeur enivra les sens de Selene. Elle détestait les paroles de son ami, elles sonnaient comme une promesse qu’il ne tiendrait pas. Un adieu dissimulé. Comme en transe, elle secoua négativement la tête, blanche comme une craie.

Les créatures grognaient et râlaient, menaçantes, proches, acharnées. Ce fut un coup particulièrement violent sur le panneau que retenait péniblement Bobby qui la tira de sa léthargie. Elle savait ce qu’elle allait faire, et ça ne se passerait pas exactement comme son aîné l’avait prévu. Piquée par l’adrénaline, la musicienne courut jusqu’à la remorque éventrée d’un vieux camion et grimpa dedans d’un bond. Elle fit alors volte face et tira de son holster fraîchement acquis son revolver, qu’elle mit en joue dans la direction du géant. Appliquée, elle le tenait à deux mains, inclinait légèrement la tête et fermait un œil pour viser.

- Lâche maintenant, lâche !! Je te couvre.

A peine le colosse eut-il obéit que les rôdeurs se libérèrent, jaillissant à la lumière du jour comme des cauchemars quittant leur antre de ténèbres. Ils étaient plutôt bien conservés, maigres, affamés. Immédiatement, la pianiste se mit à faire feu. La position était idéale : ils sortaient maladroitement, dans une ébauche de file indienne, des proies faciles. Elle était surélevée et hors d’atteinte, alors elle avait le temps de préparer ses tirs et de cartonner. En moins d’une douzaine de munitions, Selene avait abattu les six charognes. Livides, elles étaient toutes tombées en s’empilant grossièrement, butin de chasse macabre.

Ses bras tremblaient de la pression du recul, le bruit des détonations semblait résonner encore dans ses oreilles. Le silence qui les enveloppa soudain était surnaturel, étouffant. La jeune femme rangea lentement son flingue, craignait toujours de voir d’autres silhouettes décharnées apparaître pour se repaître de leur chair. Pour l’instant, rien. Elle descendit de son perchoir pour rejoindre son ami qui n’avait même pas eu le temps de grimper à ses côtés. Ses yeux illisibles le dévisagèrent alors que son visage pâle ne put exprimer qu’un faible sourire sans réelle joie :

- Tu vois, tu n’es pas obligé de tout le temps protéger les autres. On peut aussi te défendre, toi.

Elle passa une main dans ses cheveux cuivrés et prit les devants pour s’approcher du groupe de cadavre. D’un rapide coup d’œil dégoûté, la jeune femme s’assura qu’ils étaient bien – définitivement – morts. Elle décrocha alors sa lampe torche de sa ceinture multifonction et inspecta tout ce qu’elle pouvait voir depuis l’entrée. L’oreille tendue, elle attendit encore un peu, des fois que des monstres retardataires se cachent encore. A part l’odeur nauséabonde, rien ne lui répondit, alors elle osa un pas à l’intérieur du garage en murmurant rapidement :

- On se dépêche. Les coups de feu vont peut-être en faire venir d’autres, j’aimerais mieux qu’on ne se fasse pas encercler.

Pour tout mécanicien qui se respecte, c’était la caverne d’alibaba. Pneus, courroie, bougies, jantes, pots d’échappements, pièces de moteur, … presque tout était à disposition, le stock ayant été inviolé depuis le début de l’épidémie. Résistant aux fragrances de décomposition, des odeurs d’huile et d’essence persistaient, empreintes éternelles du travail qu’on faisait ici.

- Je te laisse trouver ce dont tu as besoin, dit Selene en scrutant tous les angles morts, je ne vais pas pouvoir t’aider pour le coup.    


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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Mar 19 Avr 2016 - 8:22

Quand le regard océanique de l'homme rencontra celui de son amie, deux véritables glacier d’où l’inquiétude était l’adage, Robert fit un petit encourageant mais stressé. Il voulait que son amie soit en sécurité avant qu’il la rejoigne. Mais pendant que le groupe de membres décharnés frappaient sans relâches sur le battant, une pensée traversa l’esprit lent de la chose. L’ange déchu avait une réel affection pour le géant. Comme une sœur qui a peur pour son grand frère qui allait commettre une bêtise monumentale. Un coup plus violent que les autres ramena brutalement le mastodonte sur des priorités plus urgentes. Le cognement violent fut comme un coup de départ pour l’ange à la peau d’ivoire. Celle-ci sprinta avec grâce, ses mouvements ressemblaient à du vif-argent en comparaison aux mouvements lent et gauche du golem. La musicienne grimpa dans la remorque et l’ange déchu se transforma en une icône de rédemption. Un être divin qui emmena la justice divine pour équilibré les chances dans ce combat injuste pour la survie de la race humaine.

Pour Robert qui connaissait un peu les techniques de tir, la position du tireur debout de Selene était impeccable. Maximum de stabilité et un angle de vue dégagé pour couvrir un arc de tir de 180 degré sans aucun problème. Quand la voix juste et autoritaire de son amie atteint son ouïe des plus amoindri, Bobby n’eut aucune hésitation. C’était un acte de foi et de confiance qu’il fit en commençant à courir vers l’ange au yeux si perçants et concentrer. Les premiers tirs que la jeune femme réalisa fit entrer la tête dans les larges épaules du goliath, pathétique effort d’offrir une meilleur vision à la pianiste sur les cannibales qui le talonnaient. L’haleine fétide chatouilla le cou de l’erreur de la nature et par deux fois des ergots tranchants comme des rasoirs glissèrent sur son sac à dos. Les jambes du colosse ressemblaient à des pistons et il courut en à perdre haleine. Il ne voulait que rejoindre son amie, revoir le doux visage de Breann, jouer avec les chiens et chanter la nuit seul pour ses anges disparues. Maintenant qu’il avait une famille, l’ancien mineur ne voulait tout simplement plus rejoindre Sandra et Rosalie au Pays Imaginaire.

Le pas de course se transforma en marche et ensuite en arrêt complet. Les tirs avaient cesser et le mastodonte plaça ses grosses paluches sur ses genoux pour reprendre son souffle. Une dizaine de projectiles de plombs avaient siffler tout près du colosse pour terrasser ses poursuivants morbides. Quand l’ancienne étudiante arriva au côté de l’armoire à glace difforme, elle dit avec un pauvre sourire que le groupe pouvait le défendre aussi. Hochant la tête, de la sueur coulant de son front dégarni, Robert fit un sourire qui en disait long. De la reconnaissance et de la confiance primait dans l’éclat de son visage rougeâtre. Le duo passa près du tas de cadavres malodorants et surtout décrépites. La majorité avaient des vêtements de motards de la marque du concessionnaire. Sans le comprendre, le géant mit cette information dans le néant de son subconscient.

Après une inspection à la lueur artificielles de leurs torches électriques, la musicienne au teint d’albâtre donna l’autorisation au colosse de prendre ce qu’il pouvait pour réparer le camion. Hochant la tête avec un immense sourire, Robert se sentit redevoir un petit garçon à la veille de Noël. Saisissant un chariot de magasinier, il plaça en vitesse ce qu’il manquait pour démarrer le Four Runner. Une batterie et une strap d’alternateur. Ensuite il prit différent bidons de fluides pour les véhicules et un coffre à outils pour compléter ceux qu’il possédait déjà. Le colosse rajouta deux batteries de motos et des pièces pour la maintenance du véhicule en questions passant devant une étagère de batteries  pour accessoires, la main immense du monstre de foire en saisit plusieurs avec avidité. Devant une distributrice à friandise, Robert appela l’ange déchu de sa grosse voix rauque et excité.

Robert- Euh… Selene tu veux que j’ouvre ça?

La distributrice avaient encore plusieurs délices chocolatés et d’autres mets plus ou moins bons pour la diète. Accomplissant les volontés gourmandes ou bien drastiques, l’homme parla avec douceur malgré le ton rocailleux de sa voix gutturale.  

Robert- J’y pense Selene… Euh… Quand je travaillais à faire peur aux clients du bar, un biker m’a parler de ses vêtements… Euh… Il y a des trucs à l’intérieur du tissus pour résister à des chutes et qui déchire pas… Euh… des dents vont pas passer au travers tu crois?


L’index immense de la bête pointa à la belle les présentoirs d’habit de motard en kevlar. Ces vêtements ultra résistant pour offrir une protection sur mesure aux adeptes de moto. Chuter sur le bitume à des vitesses hallucinantes entame sérieusement les habits, la peau et ensuite les os de la victime. Au moins avec ses protections, c’est juste le vêtement qui subis les dommages. Il y a de toutes les grandeurs, même pour les êtres hors normes comme le colosse disproportionner. Rajoutant avec une franchise et une honnêteté des plus touchante, Bobby capta les yeux de l’ange déchue.

Robert- Tu sais mon amie, j’ai confiance en toi… Euh… Les membres d’une famille se protège l’un l’autre… Euh… Tu me rappelle ma petite sœur qui me surveillait pour que les autres ne me font pas faire des choses stupides…

Levant un poing démesuré, la brute simplet attendit que la jeune beauté lui tape dessus pour concrétiser une sorte d’entente, un pacte presque. Souriant pleinement, dévoilant sa dentition mal aligné, une lueur d’espièglerie pur traversa son regard bleuté.

Robert- Tout à l’heure tu ressemblais à une héorenne… Euh… Héros de film d’action… Euh… C’est toi la terreur du duo maintenant…

Se sauvant rapidement de la sanction possible de l’être divin avec un sourire rafraîchissant et bon enfant, Robert rajouta quelques pièces de plus sur le chariot. Si Selene lui demande, il laisse l’ange à la chevelure de jais remplir son sac à dos. Le signal du départ fut donné et le duo improbable sorti à l’extérieur. Au loin, se fondant presque avec l’horizon, des minuscules silhouettes chancelantes et lentes à souhait venaient se renseigner de la soudaine montée de violence. Tournant le regard vers la pharmacie à la vitrine défoncé, le colosse demanda simplement.

Robert- On a le temps pour regarder en vitesse pour les trucs à la pharmacie… Euh… Les médocs et les autres choses… Euh… Sinon on peut faire un arrêt vite-vite à celui à la sortie de la route avant le bois?

Le regard bleuté du géant au cœur d’or voulait tellement faire plaisir à Breann pour les cosmétiques et les calepins, mais une compréhension simpliste parlait aussi. Que le danger était présent et que le duo devait rester en vie pour apporter leurs trouvailles au refuge.



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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Mar 19 Avr 2016 - 18:48

C’était affreusement tentant de céder aux barres chocolatées qui dormaient paisiblement dans leur distributeur abandonné, mais la raison dut faire son œuvre. Moins ils resteraient ici, moins il y avait de chance d’être surpris par un groupe de rôdeurs. Le plus important, c’était de trouver de quoi retaper le camion : ils ne pourront pas toujours tout faire avec la Range Rover rapportée de Seattle. Toutefois, la suggestion d’emporter les vestes en kevlar était bien plus intéressante d’un point de vue survie. Eviter les morsures c’était bien, mais s’ils pouvaient avoir une garantie supplémentaire – une armure à l’épreuve des dents – ce serait l’idéal.

- C’est une bonne idée, admit-elle à voir haute, prends ce que tu peux. On fera le tri après.

Le Four Runner avait intérêt à démarrer parce qu’ils ne pourront jamais embarquer tout ce qu’ils avaient prévu à pieds. Déjà, le sac à dos de camping de Selene était bien rempli et Bobby avait beau être une force de la nature, il ne pourrait pas faire la mule pendant 1h30 de marche retour. Ce dernier fit sourire sa cadette quand il parlait de sa petite sœur : c’était un peu comme ça qu’elle se voyait, c’était vrai. Une petite sœur, une confidente, une amie intime… une inséparable. Elle répondit volontiers au geste de fraternité du géant, sincèrement touchée, et enchaîna directement avec une tape sur son bras musclé quand il osa une plaisanterie :

- Fais gaffe que je te donne pas de cauchemars alors !... J’ai jamais eu de grand frère avant, reprit-elle après plusieurs minutes de recherche dans les outils, j’étais fille unique. C’est vraiment… cool, de t’avoir rencontré.

Le mot était loin d’être assez fort, mais elle voulait en parler avec légèreté. Ses gestes étaient bien plus éloquents, concernant le bien-être qu’elle ressentait auprès du colosse. Elle était véritablement libre à ses côtés. Sincère, sans retenue et sans peur. Ou en tout cas, c’était ce qu’elle voulait, même si des efforts restaient à faire. Alors qu’elle éclairait plusieurs étagères couvertes de bric-à-brac qu’elle était tout bonnement incapable d’identifier, Selene aperçut des bidons de 60 ou 80L d’essence. La plupart – presque tous en fait – étaient vides ; mais l’un d’eux, avec l’indication « gazole », était encore quasiment plein.

- Tiens, on embarque ça aussi, dit-elle en posant le jerrycan sur le chariot, le 4x4 a soif.

Dehors, même si les environs n’étaient pas encore devenus populaires, des silhouettes décharnées apparaissaient ici et là, signe que sa salve de coups de feu n’était pas tombée dans l’oreille de sourds. Bobby parla à nouveau de la pharmacie et si la jeune femme voulut rétorquer qu’il était plus prudent qu’ils laissent tomber, elle se souvint qu’elle aussi avait promis de ramener à Breann de quoi écrire et dessiner.

- Je m’en occupe, ok ? Toi va retrouver le camion pour commencer à le réparer. Je te rejoins dès que j’ai ce qu’il faut… fais bien attention, ajouta-t-elle en sortant déjà sa machette.

La musicienne s’inquiétait plus pour son ami que pour elle, ce qui était presque absurde compte tenu de sa corpulence et de son habilité à combattre. Elle regarda le géant s’éloigner pendant quelques secondes, un sourire aux lèvres, puis s’approcha de l’établissement à la vitrine explosée. La façade était à moitié décrochée, une vieille pancarte en forme de biberon géant gisait misérablement dans la rue. Aux aguets, enveloppée par le silence, Selene s’aventura à l’intérieur.

Il n’y avait plus grand-chose. Impossible de savoir si c’était l’armée, un refuge quelconque ou des nomades, mais les étagères étaient vides. Derrière le comptoir aussi, les tiroirs étaient ouverts, voire carrément désencastrés, dévalisés. Il ne restait que quelques paquets de Paracétamol, des pansements pour enfants, des pastilles pour la gorge, et des traitements dont beaucoup se foutaient pendant une épidémie de ce genre, comme des crèmes pour adoucir la voûte plantaire. La jeune femme ne fut pas mécontente de trouver une bouteille de savon pour hygiène féminine et une boîte de Smecta égarée sous un bout de verre. Ce n’était pas glorieux, mais même en temps difficile, ou pouvait avoir des troubles intestinaux. Sous les comptoirs réservés aux pharmaciens, elle put dénicher une boîte de stylos bic et un tas d’ordonnances – et autres documents médicaux – dont le verso serait parfait pour une journaliste en manque. Dernière chose, la pianiste faillit passer à côté : il restait deux boîtes de préservatifs. Ça la fit sourire : parce qu’elle espérait que Bobby puisse conclure quelque chose avec Breann, mais aussi parce qu’elle se souvenait de l’ancien métier de Baby.

Son sac plein, la musicienne prit immédiatement le chemin de la sortie et au moment où elle mit un pied dehors, une ombre jaillit de nulle part et la heurta dans l’estomac. Elle tomba, emportant dans sa chute la silhouette chevelue qui empestait la mort. Selene se débattit, prise de panique, dans une posture trop défavorable pour jouer de sa machette. Elle entendait déjà claquer les dents bestiales, elle les sentait déjà se refermer sur sa peau en la condamnant. Son cerveau était court-circuité par la peur. Incapable de voir clairement, elle se défendit à l’aveugle, roulant sur le pavé poussant des grognements mêlés à ceux de la bête. Dans la fusion des corps et des coups, la musicienne réussit enfin à prendre le dessus, à califourchon sur la silhouette gracile contre laquelle elle luttait. Elle asséna alors un violent coup du bout de son manche en plein visage de l’infecté qui s’agrippait férocement à ses vêtements. Motivée par la terreur, qui se transformait en démence combative, elle recommença. Encore. Encore. Encore. Chacun des chocs contre les os se répercutait dans tout son bras, produisant un électrochoc de douleur qui ne l’arrêtait pas. La jeune femme ne pensait même plus qu’elle avait une lame, elle frappait avec le manche ; comme une machine, frénétiquement, furieusement, emportée par la folie. Peu à peu, l’étreinte sur sa chemise s’était relâchée. Un bruit de craquement sinistre avait fini par retentir et une giclée de sang souilla son visage.

Un sang chaud. Selene s’arrêta brusquement. Enfin. Haletante, le bras suspendu au-dessus du visage de sa victime. Secouée de tremblements, elle comprenait. Ce qu’elle avait pris pour un rôdeur n’en était pas un. C’était simplement une adolescente, sale et éprouvée tout comme l'avait été un jour la pianiste, mais bien vivante et saine. Trouvant enfin un moment de répit, la pauvrette toussota, s’étouffant dans son propre sang, et rendit son dernier souffle, le visage affreusement tuméfié.

Le monde était devenu sourd. L’étudiante s’était relevée comme un automate, les oreilles sifflantes, incapable de chasser de son esprit l’image de cette innocente qui mourrait par sa faute. Pourtant... n’avait-elle pas entendu des râles ? N’avait-elle pas vu ses dents flirter avec son visage ? Elle ne savait plus. Tout était flou. Une spirale de formes et de couleurs indécises. Peut-être que non… peut-être qu’elle avait tout imaginé… peut-être qu’elle était devenue folle.


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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Mer 20 Avr 2016 - 14:33

Les pas lourds et peu gracieux de l’homme difforme résonnaient sur le bitume comme le fracas du tonnerre dans un ciel d’été. Le chariot de magasinier du concessionnaire Toyota débordait littéralement de vêtements de jeans ou de cuirs de motards, de pièces de recharges, de bidons divers, d’outils et même du contenu de la distributrice. Le géant au cœur d’or avait remarqué sans peine la lueur de convoitises de l’ange à la peau d’opale posée sur les barres chocolatées et autres friandises. Quand la musicienne explorait une autre partie du magasin de pièce, le mastodonte avait utilisé son pied de biche à bon escient et la récompense calorique fut gagnée aisément. Riant sous sa cape, le mastodonte avait réussi à cacher ce petit triomphe à sa sœur d’âme. Il imaginait sans peine les sourires extasiés de ses anges en train de dévorer le chocolat. Surement Harold en voudrait lui aussi.


Depuis que Selene avait l’air d’avoir apprécié l’idée d’une fratrie de cœur entre les deux êtres laissée pour contre,  le monstre de foire avait ressenti une onde de choc. Nullement négative, mais positive et un tel bien-être de la part de la brunette que Bobby songeait à lui en parler. Devenir son grand frère, être son protecteur, son ami, son confident et même son abruti de service. Redevenir un homme en quelque sorte. Mais ce sera lors du retour en camion.


Regardant derrière lui, il vit le doux sourire se poser sur les lèvres qui ornaient le visage somptueux de l’ange déchu. L’empathique créature comprit que ce sourire n’était sans artifice, sans poudre aux yeux. Juste de la sincérité, de la fraternité et un soupçon d’inquiétude. Aux grands plaisirs de l’homme difforme, il se rendit compte qu’il lui rendait les mêmes expressions, mais de manières plus hideuses. Mais le doute avait assailli le cœur torturé de la bête. Il n’aurait jamais dû se séparer. Rester ensemble uni comme une famille. Mais il avait confiance en son amie, balayant ses doutes sous le tapis de la raison.


Voyant le promeneur solitaire décharné que la pianiste avait remarqué plus tôt en sortant de la maison abandonnée, Robert continua sa course vers la silhouette chancelante. L’abomination leva ses bras dans une piètre configuration de bienvenue sordide. En contrepartie, le golem de chair saisit un lourd outil déposé sur son chariot. Une énorme clef anglaise que l’être à la forte charpente maniait comme une plume. Le contact entre le métal pressé à froid jumelé à l’élan de la petite montagne humaine fit renfoncer le nez et plusieurs scalpels d’os dans le cerveau du pantin du virus. Le bulbe rachidien complètement en bouillit par cet impact, le cadavre ambulant tomba au sol. Le corps lutta quelques secondes contre la mort finale, des soubresauts pathétiques et désordonnés, avant de se raidir pour la seconde fois. Mais l’homme n’avait pas vu la fin de la créature outre-tombe, son objectif était visible.


Il laissa le panier rempli de trouvaille devant le garage de la maison coloniale et il entra en trombe. Retournant dans la puanteur de la mort, le géant ouvrit la porte et à la lumière du jour il put installer l’âme électrique du camion tout-terrain. La batterie trouva son emplacement et les grosses mains rugueuses de Robert fixèrent solidement les câbles sur les bornes négatives et positives. Ensuite il fixa la courroie de caoutchouc à l’alternateur et dans un souci de conscience, le mineur vérifia les niveaux de liquide. Tout était au point. C’était le moment de vérité. Le colosse entra dans l’habitacle. La suspension protesta pour la forme et Bobby inséra la clef dans le contact. Le démarrage fut un instant d’angoisse pour la bête de foire, craignant que toute cette escapade n’ait servi à rien. Un grondement s’échappa alors du capot quand le puissant moteur fut ressuscité par l’impulsion électrique de son nouveau cœur électrique. Laissant tourner un peu le moteur, Robert l’éteignit et transvida le contenu du chariot de magasinier dans le hayon du camion.


Pour chasser son appréhension et essayer de ne pas trop faire du mauvais sang, l’armoire à glace fouilla les placards de l’atelier. Dans un cassier, il trouva du papier de toilette et des essuie-tout qu’il plaça dans la boite du pick-up. En hauteur par-dessus l’air de travail, Robert mit la main sur trois paquets-cadeaux en cartons. Curieux il regarda et c’était les présents d’un père aimant et d’un mari aux deux femmes de sa vie. Dans l’un c’était un kit complet de beauté, allant des peignes aux mascarades et baumes pour les lèvres. Un cadeau de rêve pour une adolescente. Dans la seconde boite, c’était des huiles pour le bain et des parfums. Surement un présent pour la femme de la maison. Dans la troisième boite, c’était deux peignoirs avec quelques bijoux et un chèque-cadeau pour deux personnes pour un spa des environs. Robert embarqua ses découvertes et fit mine de regarder sa montre. Dans le souvenir de l’homme, il en avait une. Mais son esprit lent avait oublié d’enlever cette donnée et le mastodonte sourit d’un air résigné.


Embarquant dans le véhicule surélevé du sol, Robert lança le moteur et fit sortir le monstre de métal sur le bitume crevassé. Au loin, le regard bleuté du mineur se porta sur une scène qui lui fit glacer le sang. Quelques goules se régalaient d’une dépouille au sol pendant que deux silhouettes marchaient vers lui d’une démarche d’automate. Appuyant sur l’accélérateur, le colosse fit bondir le camion vers l’avant. Les yeux de Robert étaient agrandis par la terreur de perdre de nouveau une personne à qui le monstre de foire s’était attaché. De l’eau glacée avait remplacé le sang dans les veines du mastodonte et des sueurs froides perlaient sur son front. Mais un soupir de soulagement se forma dans les joues de l’homme en crise. La première silhouette qui marchait comme une goule en fait était Selene. Robert savait que la transformation prenait du temps, plus que les quelques minutes où le duo improbable s’était séparé. Freinant brusquement tout près de la musicienne, le colosse descendit du Four Runner et sortit sa lame de son fourreau à la ceinture. La seconde silhouette chancelante et gauche, un zombie vu le bras arraché et le visage partiellement dévoré, s’était approchée de l’amie du géant en colère. En colère contre lui-même de ne pas été là pour l’ange déchu. Le coup de poignard fut puissant à cause de l’adrénaline qui augmentait considérablement la force phénoménale de l’homme difforme.


Remettant en vitesse la lame dans son étui, le colosse se rua sur la silhouette gracile. Mettant ses deux mains sur les épaules frêles de l’artiste, la parodie d’humaine plongeant dans le regard inexpressif de la jeune femme. Sur le coup le mineur pensait que Selene était devenu l’un des charognards qui arpentaient la terre des damnés. Mais il sentait le souffle chaud de l’ange sur son visage et les iris bleus spectraux se focalisèrent sur l’horrible faciès de Bobby.  Du sang frais maculait la beauté divine des traits harmonieux de la jeune femme. Faisant fi des goules qui festoyaient à une centaine de pas de là, le mastodonte dit avec une douceur et une tendresse fraternelle.


Robert- Viens Selene on part OK? J’enlève ton sac à dos et on t’assoit… Euh… Ne me laisse pas…



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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Mer 20 Avr 2016 - 17:49

Ses oreilles sifflaient encore. Un peu comme si un choc sur son crâne avait bousillé ses sens. Selene savait qu’elle marchait, à la merci de tous les dangers, mais seule l’image de l’adolescente était incrustée dans sa rétine. Une survivante, comme elle. Qui ne faisait sans doute que passer, comme elle. Qui avait paniqué, comme elle. Peut-être avait-elle aussi un refuge, des amis, une famille et aucun d’eux ne la verra revenir ce soir. Morte pour rien. Par erreur.

Il y avait du mouvement. Bien. Peut-être qu’elle allait se faire tuer elle aussi. Ce serait une bonne justice, non ? Dieu qui foudroie immédiatement les pêcheurs. Dans quelques secondes, elle se trouverait devant le tribunal céleste et l’archange Michael. Oui, elle pourrait argumenter pour le meurtre de son voisin, du policier ou même de Doug. Mais en fin de compte, elle n’y échapperait pas ; car cette fille ne lui avait rien fait. Elle ne connaissait même pas son nom.

Une ombre. Des mains sur ses épaules. Il lui fallut un long moment avant qu’elle comprenne. Bobby. L’ouïe lui revenait, sa vue s’extirpa de l’horreur, mais elle se sentait toujours aussi sale. Dans sa main droite agitée de tremblements, le sang poisseux de sa victime faisait coller sa peau sur le manche de la machette. Le géant voulut l’aider mais elle ne se laissa pas faire. Avec des gestes lents, la musicienne rangea sa lame, ôta son sac de ses épaules et grimpa dans le Four Runner. Il fonctionnait, mais elle ne songea pas à féliciter son ami.

- On y va, murmura-t-elle d’une voix éteinte, on rentre.

Son regard était fixé à l’extérieur. Dans le vide d’un ciel trop beau pour cette journée noire. Machinalement, elle essuya ses mains sur son pantalon, incapable de supporter d’avantage la sensation du sang frais. Le silence était bruyant. Sans son crâne en tout cas, il hurlait, comblé par les bruits de coups, d’os qui se brisent, et les supplications avortées qu’elle avait pris pour des râles. Selene se mordillait nerveusement la lèvre supérieure, jusqu’à ce qu’un goût ferreux retentissent sur sa langue, et ses doigts ne cessaient de taper frénétiquement sur sa cuisse. On aurait dit une junkie en crise.

- N’en parle pas aux autres, ok ? sa voix était fendue par la panique, étonnement fragile quand on la connaissait, j’ai eu… j’ai… j’ai pas fait exprès. Tu vois ? Il faut pas qu’ils sachent, tu me promets Bobby, tu me promets ?!

Elle criait presque sur la fin, des larmes inondant son visage encore tacheté de rouge. Du regard, elle implorait son ami, complètement indifférente à la route qui s’étendait devant eux. Que diraient leurs compagnons s’ils savaient que leur leader, car c’était ce qu’elle était implicitement devenue, commençait à péter les plombs ? Qu’elle venait de massacrer une innocente sans raison ? La musicienne n’imaginait pas Breann, douce et optimiste, accepter ce fait sans broncher. Quant à Baby… il l’avait déjà vu perdre un peu les pédales, une fois, mais ça n’avait rien à voir.

Sa main jaillit brusquement pour se poser sur celle du géant. Petite, frêle, tremblante. Elle serra avec toute la force de son désespoir, parce qu’il était son ami, son « frère ». Il fallait qu’il la croit, qu’il la couvre, qu’il la protège. Ce n’était pas perdu, pas vrai ? Elle pourrait aller mieux, se détendre, faire du yoga, des travaux manuels, n’importe quelle connerie pour recentrer son esprit. Il le fallait ! Sans quoi, c’était une chute infinie vers le plus profond des enfers.

- S’il te plait, répéta-t-elle en luttant contre ses pleurs, tu leur dis que ça s’est bien passé. D’accord ?

Une demi-seconde, ses paupières s’abaissèrent pour balayer des larmes. Une demi-seconde pour replonger dans son cauchemar éveillé, plein phares sur le visage tuméfié et le corps laissé en pâture aux rôdeurs. Ils n’étaient plus les seuls monstres désormais ; elle en était un aussi.


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Jeu 21 Avr 2016 - 14:22

Le colosse resta les bras ballants devant le refus de l’ange d’albâtre. Il ne voulait que l’aider. Elle enleva son sac à dos et prit place dans l’habitacle du camion. Mais le regard océanique de l’homme avait remarqué sans peine la perte de la grâce divine, le vif–argent de la musicienne. Un automate avec le remonte-ressort dans le dos bougeait avec plus de célérité que la poupée de porcelaine ensanglantée en ce moment. Le géant consterné fit le tour du camion pour prendre le volant. Son esprit, lent à souhait la plupart du temps, venait sans peine de construire le scénario de la chute vertigineuse de la pianiste. Une altercation entre deux femmes. Selon la silhouette que le mineur pouvait entrevoir entre les mouvements erratiques des charognards en train de festoyer de chair fraiche. La gagnante avait remporté le droit de vivre. La perdante perdait son âme et sa vie passée. Mais surement comme prix de consolation elle pourra se relever pour trainer  d’une démarche lente et pathétique sur ce Nouveau Monde atroce qui lui tendait les bras. N’ayant pas le choix de passer près de l’horrible festin, l’homme jeta  quand même un coup d’œil. Une adolescente d’une quinzaine d’années était étendue au sol, le visage méconnaissable par un nombre indéterminé de coups. Non loin d’elle se trouvait un manche de hache et dans la main droite de la mourante, commente une extension de son bras, un cran d’arrêt qui reluisait au soleil. Quelques cadavres ambulants se relevèrent la tête de leur festin macabre, dévisageant les occupants de la camionnette de leur œil mort.


Dans un premier temps, le colosse conduisit en silence, essayant d’aligner des mots dans sa conscience pour réconforter son amie. Mais avant que ce prodige n’ait lieu, l’ange déchu craqua. Des larmes ruisselèrent  sur ses joues d’ivoires, enlevant un peu de sang frais. Sa voix gagna des octaves, signe d’une panique incontrôlable. Le regard bleuté si calme d’habitude roulait sans cesse de gauche à droite. Sa petite main agrippa celle du colosse avec une force surprenante. Écoutant les supplices de l’être qui voyait peu à peu son âme sombrer dans les abysses de la culpabilité, Robert regarda autour de lui. La un petit chemin s’enfonçant dans les bois. Il connaissait un peu le coin et savait qu’un cours d’eau passait à proximité. Mélangeant ses doigts immenses et grossiers à ceux graciles et longs de la pianiste, Robert hocha la tête avec gravité. Une composition, une humanité et une tendresse luisaient dans ses yeux bleutés si purs. Une affection pour l’ange d’ivoire qui prenait une place importante dans son cœur torturé de plaies sanglantes, mais débordant de dévotion.


Robert- D’accord Selene… Euh… On a eu un camion, des choses et on est revenus à la maison. Mais avant on va aller te nettoyer OK?



Stationnant le véhicule surélevé près de la rivière, le géant à l’armure de chaire difforme et rapacité regarda autour de lui. Une scène paisible digne d’une carte postale s’offrait à lui. L’éveil de la nature, les chants d’oiseaux, le clapotis de l’eau. Au loin, près du pont qui enjambait la rivière, une ambulance était échouée sur le rivage.  À part la porte passagère d’entrouverte, le véhicule d’urgence semblait indemne. Comme si ses occupants profitaient de ce coin reculé pour s’offrir une petite sieste. Lâchant la main de la musicienne pour lui permettre de sortir de l’habitacle, le géant lui fit un sourire rassurant et sincère. Faisant le tour du camion, il ouvrit la porte et sans aucune hésitation la bête étreignit la belle dans ses bras puissants et doux.


De nouveau Selene pouvait écouter la ballade du cœur de Robert. Cette douce complainte qu’elle était la seule depuis si longtemps à écouter et qui pouvait en apprécier la pureté. Une vague d'amour,  d'affection et de compassion submergé l'angoisse de la pianiste. À cet instant, sans le savoir Bobby devint plus qu’un ami pour la chef de ce petit groupe de survivant. Il devint en quelques sortes un pilier qu’elle pourrait toujours se reposer, un phare dans les ténèbres de ses moments d’égarement, une main secourable, un confident qui ne va jamais la juger, une vigile silencieuse qui fera tout pour la soutenir. De sa voix pure, juste et si merveilleuse, le monstre accompagna le tempo de son coeur  pour soigner l’âme de Selene. Le chant qui avait pour habitude de voyager la nuit pour être comme une bouée de sauvetage providentielle pour l’ange déchu perdu dans l’océan de ses cauchemars. Caressant le dos et les cheveux de jais de la frêle jeune femme, une aura rassurante et apaisante engloba les deux êtres. Après quelques instants, minutes ou heures, nul ne pouvait le certifier avec exactitude, Robert laissa s’envoler l’être qui lui avait tellement donné. Sortant deux mouchoirs de tissus de sa poche de pantalon, le colosse se baissa pour en tremper un dans l’eau revigorante de la rivière. Le tendant à la musicienne, il lui dit avec un petit sourire en coin.


Robert- Tiens sœurette… Euh… Tu te nettoies ou bien c’est moi qui le fais?



Comprenant sa faute aux mots ou les mots avait sortir directement de son corps sans consulter son esprit, la bête rougit d’embarras et dis dans un murmure.


Robert Désolé Selene… Euh… C’est drôle je te vois comme Rosalie ma sœur… Euh… Vous serez devenu copine j’en suis sur… Euh… J’aimerais bien être ton grand frère si on est une famille.


La créature si empathique fit un petit sourire gêné et attendit la réponse. Déboutonnant un peu sa chemise, il laissa pour la première fois le regard de glacier de la jeune femme se poser sur sa honte. Dévoilant une plaie circulaire un peu en haut de son pectoral gauche, le colosse eut le regard mélancolique. Sa voix devint un peu comme celle d’un conteur perdu dans les souffrances d’un passé révolu.


Robert- Euh… J’ai pas été là, mais je sais par quoi tu passes Selene… Euh… Tu vois le trou de balle?

Il tapota la plaie cicatrisée en question du bout de son index immense.


Robert- Ben j’étais dans la rue pour aller voir ma sœur… Euh… Un homme engueulait une dame et la frappait. J’ai essayé de le faire arrêter… Euh… Il m’a attaquée alors sans raison. Il a eu peur de moi ou bien il était enrager j’en sais rien.


Tout en continuant de parler, le mineur essaya de faire glisser les boutons dans les œillets de sa chemise. Peine perdue ses mains tremblaient trop pour réussir cette tâche quotidienne.


Robert- Il a sorti un fusil et m’a tirée dessus… Euh… J’ai eu peur  qu’il fasse mal à la femme ou qu’il me tue. Alors, je me suis défendu et je ne savais plus ce que je faisais… Euh… Il est mort.


Bobby laissa tomber ses bras de chaque côté de son torse en forme de barrique. Levant un regard pur, rempli d’une bonté et d’une humanité diffuse, l’erreur de la nature continua son récit.


Robert- J’étais comme toi… Euh… Je m’en voulais juste au moment où Rosalie m’a dit que je n’avais fait que défendre ma peau… Euh… Comme toi tu as fait contre l’autre qui avait un couteau dans sa main… Euh…Je voulais juste te dire que je suis là pour toi et je ne te laisserais jamais tomber… Euh… J’espère que je n’ai pas dit de connerie, mais je voulais juste te faire comprendre un truc de mon passé… Euh… Dis rien OK? Je te fais confiance.


Avalant une boule d’émotion, l’homme difforme dit encore quelques mots d’une justesse et d’une affection certaine.


Robert- Je suis juste heureux que tu sois ici avec moi en cet instant… Euh… On ne se sépare plus quand on va en ville OK?



Et la bête se tut, ne sachant pas trop si ça pouvait aider la jeune femme a comprendre qu’elle devait rien se reprocher. Qu’elle devait célébrer l’instant présent et laisser le passé douloureux là où il était. Comme l’acte de foi et de confiance qu’il venait d’accomplir…



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Jeu 21 Avr 2016 - 17:52

Sa panique s’apaisa un peu quand Bobby confirma sa version des faits. Il proposa même de s’arrêter en route pour la débarbouiller : bonne idée. Virer le sang écarlate, indice criant de vérité. Elle se rassit sur son siège, les yeux de nouveaux perdus dans le néant, une image rémanente s’obstinant à lui rappeler son crime. Sa main n’avait pas encore lâché celle de son ami. La peur de tomber sans doute, de s’égarer dans le gouffre qui s’étendait sous ses pieds.

Quand la voiture fit halte, elle eut l’impression d’émerger d’un rêve. Jusque là, les cahots de la route l’avaient bercée, comme un nouveau-né dont la mère agite le berceau. Sauf que ni le sommeil, ni l’oubli n’avaient voulu d’elle. La musicienne était restée ancrée dans sa réalité répugnante, coupable et meurtrière. Sans vraiment réfléchir, elle se réfugia dans l’étreinte que lui offrait le géant. Elle n’osait pas fermer les paupières, alors elles restèrent grande ouverte tandis que le chant grave tentait de l’apaiser.

Le temps finit par se suspendre. Au milieu de nulle part, il s’était égaré dans l’esprit malade de Selene. Ses nerfs se calmèrent, sa peur aussi, ne restait que l’impression d’être souillée à vie. Il fallait qu’elle se ressaisisse, parce que tout le chalet avait besoin qu’elle tienne le coup. Bobby avait besoin d’un repère, Breann était encore trop fragile et Baby devrait sans doute compter encore sur elle pour qu’elle lui sauve la vie. Cette pensée faillit la faire sourire mais ses lèvres refusèrent de se soumettre. Doucement, la pianiste s’écarta, quittant avec regret la chaleur du chant du colosse. Quand il lui proposa de l’aider à se débarbouiller, elle attrapa le grand mouchoir et affirma gentiment :

- Je vais le faire, c’est bon.

Peu à peu, ses forces lui revenaient. Elle avait connu pire, pas vrai ? Il suffisait de barricader ces horreurs derrière une barrière de béton. Elle saurait les contenir, elle saurait. Avant qu’elle ne puisse descendre à la rivière pour humidifier le tissu, son ami déboutonnait sa chemise pour lui montrer l’une de ses nombreuses cicatrices. Ses yeux bleus s’attardèrent sur le vestige d’impact de balle avant qu’elle ne se concentre sur le récit. La musicienne finit par comprendre où le géant voulait en venir et elle en fut tellement touchée que ses larmes faillirent recommencer à couler.

Dans son infinie bonté – ou sa gentillesse naïve – il cherchait à l’innocenter. L’avocat du diable, prêt à la défendre devant la foudre des jurés divins. Bobby ne savait pas voir le mal chez les gens qu’il aimait, c’était une qualité et un défaut. Il ne verrait jamais sa meilleure amie, sa sœur, sombrer dans la folie, parce qu’il l’admirait trop. Incapable d’autre chose, Selene posa une main amicale et reconnaissante sur le bras du colosse. Elle réussit même à sourire. Un sourire rempli de tristesse, mais un sourire quand même.

- Je suis heureuse aussi. Et je dirai rien, promis !... Merci Bobby, tu… tu es super. Merci.

Et pour cela, elle avait envie de partir en courant. L’étudiante savait qu’il garderait son secret, qu’il serait fidèle, qu’il la protégerait toujours, mais elle n’avait pas envie d’abuser de ses qualités. Tant d’autres gens en avaient besoin. La pauvre adolescente qu’elle avait tuée en avait besoin. Ce n’était pas elle la coupable. Ce n’était pas juste de la transformer en menace potentielle, de la comparer à un homme hargneux avec un fusil. La musicienne y était. Elle n’avait laissé aucune chance à sa cadette de parler, de se relever ou de s’expliquer ; elle ne l’avait même pas frappée parce qu’elle pensait qu’elle serait dangereuse ! Non. Elle l’avait battue à mort parce qu’elle l’avait prise pour un rôdeur, parce que son cerveau avait disjoncté. Parce qu’elle devenait folle.

Selene était habilement descendu pour profiter de l’eau de la rivière. Tout ça, elle ne le dirait pas à son ami. Il ne comprendrait pas et n’avait pas besoin de savoir. Ça lui faisait de la peine, c’était un peu le traiter comme un enfant qu’on voulait préserver. Un enfant à qui on ne dit pas vraiment que maman est malade ou que papa est décédé, mais c’était nécessaire. L’eau fraîche fit du bien à l’étudiante. Elle se lava avec application, visage, cou et main, jusqu’à ce que les traces les plus évidentes ne soient plus. Quand sa toilette fut terminée, la jeune femme se tourna vers son complice et lui adressa un sourire lumineux :

- Bon, on y va ?! J’ai hâte de leur montrer tout ce qu’on a trouvé.


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MessageSujet: Re: Sequim ~ A la recherche du bonheur   Aujourd'hui à 5:17

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Sequim ~ A la recherche du bonheur

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