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 Two souls adrift ... (p.v. Selene)

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Bobby Smith
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MessageSujet: Two souls adrift ... (p.v. Selene)   Ven 18 Déc - 1:14

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Ce que le colosse comprit sur le coup, c’est que la donne avait totalement changé. L’ange à la chevelure cuivrée était maintenant hors de portée de ses bras protecteurs. Séparer par une marée de membres putrides dotés d’ergots acérés que seule la mort pouvait pervertir les hommes. Un cri de désespoir pur s’échappa alors de la gorge immonde de la bête qui allait tenter le tout pour le tout pour rejoindre celle qui avait changé sa vie. Quitte à se mordre pendant cette charge des plus suicidaires. Un peu de peau de perdu avec quelques gouttes de sang en moins n’avait jamais tué personne selon le géant. Il baissa la tête pour entreprendre ce mouvement de furie qui consistait de courir droit devant lui en utilisait sa masse comme un bélier. Comme la proue d’un navire fendait les éléments d’une tempête chaotique et nébuleuse. Mais avant même que le premier pas de cette folie ne fût amorcé, une main d’une douceur presque angélique se déposa sur l’épaule surdimensionnée de Robert. Serrant des dents, sachant pertinemment que la mince lueur réussite s’éteignait progressivement de seconde en seconde, Bobby se retourna. Le visage de la bête était figé dans un état de colère et de rage semblable à des statues de dieux vengeurs.  Il allait expliquer qu’il devait tenter l’impossible pour celle qui venait de braver les affres de sa stupidité pour le retrouver. Mais la vision d’un visage aux traits ciselés dans la porcelaine couvert d’une couche terrifiante de sang et crasse le dissuada d’ouvrir la bouche. La détresse de ce masque d’albâtre inondé par des ruisseaux de larmes fit exploser le cœur rempli de bonté de l’homme à l’apparence atroce. Il ne comprit aucunement comment les mots murmurés par la voix doucereuse avaient pu attendre l’ouïe fatiguée du mineur. Mais Robert, malgré le chœur démoniaque composé de la infernale mélopée des goules et de l’alarme stridente, comprit chaque syllabe prononcée par celle qui venait de le sauver certainement d’un acte totalement suicidaire.

Dame-On ne peut pas… reste s’il te plait, il faut qu’on s’en aille ailleurs…

Ne pouvant que hocher sa tête en forme d’œuf en signe d’approbation, le colosse difforme donna un puissant coup de pied qui fit plier l’articulation d’une abomination dans le sens inverse. Profitant de la chute peu gracieuse de la parodie de non-vie, Robert abattit sa hache rendue glissante par les viscères de ses dernières victimes. Le tranchant poli de l’outil de foresterie trancha le fil qui maintenait le mort-vivant dans un état près de la vie. La créature à l’épiderme putréfié râla de frustration de voir son repas s’échapper de la sorte et mourut pour la seconde fois.  Voyant une accalmie dans les rangs décharnés de leurs agresseurs surnaturels, la dame qui avait aidé plus qu’une fois l’erreur de la nature cria de toutes ses forces déclinantes.

Dame- Là ! Viens.

Voyant la jeune femme s’engouffrer dans une brèche qui risquait de disparaître d’une seconde à l’autre, Bobby hurla son inquiétude et son affection une dernière fois envers celle qui occupait une place tout à fait spéciale dans sa vie. L’ange à la chevelure cuivrée qui partageait avec la monstruosité qu’était le mastodonte un lien que même la mort ne saurait défaire.

Robert- SAUVE-TOI JULIANE ! ON SE RETROUVE PLUS TARD MON ANGE!

S’élançant de son pas  incertain et gauche, s’engouffrant dans la percée de la muraille décrépie, Robert dut jouer des épaules tel un demi-offensif. Un ancien éboueur transformé contre son gré en zombie nauséabond fut projeté sur ses congénères par le bélier humain qu’était rendu le colosse en pleine lancée. Ne sachant aucunement où la jeune femme se dirigeait, Robert ne pouvait se répéter qu’un autre endroit sera bien mieux qu’ici. Malgré le poids qui l’incommodait, les grandes enjambées du géant lui permettaient de suivre la célérité et l’agilité presque surnaturelle que déployait la musicienne. Slalomant entre les épaves, que ce soit métallique ou bien fait de chaire en décomposition, l’étrange duo s’éloigner de l’attraction de l’alarme. Le monstre de foire dû puiser dans ses formidables ressources d’endurance pour maintenait sa course et ne pas perdre de vu la dame à la peau d’albâtre. Bientôt les regards recouverts d’un voile blanchâtre perdirent de vue le géant et la douce femme à la chevelure noir de jais. Arrivant dans un quartier ou la richesse des habitations se moquaient de la pauvreté des taudis adjacents, la course effrénée ralentit pour enfin s’estomper complètement.  

Reprenant à grandes peines sa respiration laborieuse, Robert transforma sa course effrénée en pas hésitants. Le géant n’était qu’à quelques pas de la gracile silhouette quand celle-ci éclata en sanglot. Pris au dépourvu, ne sachant plus quoi faire, Robert s’approcha en regarda tout autour de lui pour s’assurer que la belle puise évacuer le trop-plein d’émotion. Laissant quelques secondes à celle qui ressemblait à une poupée de porcelaine, mais que la volonté était toutefois aussi solides que le roc, l’homme à la silhouette déformé s’avança gauchement. Avança une main timide et tremblante, luttant contre sa peur d’être près d’une femme et de se faire de nouveau rejeter, Bobby toucha l’épaule droite. Aussitôt la musicienne à la chevelure noire de jais emmêlé se précipita vers le colosse. Enserra ses bras fins autour de l’imposante taille du monstre de foire, les larmes de détresse de l’ange d’albâtre mouillèrent la chemise du colosse. Pris au dépourvu par cet acte insensé que la jeune femme venait de commettre, les muscles du mastodonte se tendirent. Mais la voix fantomatique de Sandra s’infiltra dans l’esprit lent de Bobby pour le secourir de cette situation.

Sandra- Oncle Bob, fais-lui la même chose que tu me faisais quand j’avais de la peine…

Hochant la tête à l’être fantomatique qui ne le quittait jamais, le colosse laissa choir au sol sa hache. Le bruit métallique résonna dans la ruelle  désertée de toute activité. Le silence n’étant troublé que par les sanglots étouffés de la dame. Passant ses bras comparables à des troncs d’arbres, Robert enlaça avec une douceur et une tendresse infinie le frêle corps niché contre le sien.  Déposant une main immense dans le dos de l’ange déchu, l’autre main du colosse se posa alors sur la tignasse emmêlée. Apportant un réconfort insoupçonné, l’aura d’apaisement du géant se mit graduellement en place. Chantonnant d’une voix pure et des plus mélodieuses, Robert semblait vouloir protéger la douce dame de la folie du monde extérieur. En l’englobant de la sorte, un genre de lien semblait grandir entre eux. Un lien que seulement les gens ayant passé près de la faux de la Mort pouvaient comprendre.  Tout en continuant de surveiller les alentours, l’homme continua d’apaiser la belle jeune femme bouleversée. Quand les pleurs se tarirent enfin, Robert entrouvrit ses bras pour laisser s’envoler l’ange à la chevelure de jais. Mais celle-ci surprit totalement le monstre de foire en prolongeant quelque peu le contact avec l’armure de chair effroyable de Bobby. Quand les bras graciles de la frêle musicienne délaissèrent l’immense torse de l’homme, celui-ci fléchit les genoux. Portant son regard bleuté si pur et débordant de bonté dans celui rougi par les larmes de la dame, le gaillard parla avec les accents de la franchise et de la gentillesse incarnée.

Robert- Je serais là pour toi, madame… Euh… Je ne te laisserais pas tomber.  Ça te dit qu’on se trouve un endroit pour passer la nuit? Je n’aime pas me promener en ville le soir… Peut-être un des appartements de l’autre côté de la rue… Euh… On va retrouver nos amis même si je dois t’emmener dans mes bras… Euh je te le promet...

Rougissant devant ses paroles dotées d’une folle témérité, Robert plaça de nouveau sa main rugueuse su l’épaule de la gracile personne. Comme pour conclure une sorte de pacte. Ramassant sa hache, il ouvrit la marche et vit il pointa une voiture sport de l’année emboutie dans un poteau. La porte conductrice était grande ouverte. En raison du silence presque omniprésent dans ce secteur, Robert conclut que la batterie était à plat. Le plafonnier lui confirma ses pensées et il entra sa tête à l’intérieur. Le banc du conducteur était enseveli par une croute brunâtre de sang séché. Mais le trousseau de clefs était encore dans le contact et Robert le saisit. Brandissant sa trouvaille, il lut à grande peine l’adresse indiquée dessus. La dame s’était approchée de l’homme déformé et celui-ci essaya de cacher le carnage qui s’était produit dans  la voiture de sport. L’ombre immense de l’homme engloba la vision peu ragoutante de la voiture et Bobby dits dans un murmure.

Robert- J’ai de la misère à lire ce mot… Euh… Je ne suis pas fort de cerveau… Madame c’est bien là-bas?


Le colosse fit un sourire un peu niais et surtout désarmant. Sa gêne envers la douce dame venait de fondre au soleil, le moment de tristesse et de réconfort mutuel ayant brisé la peur viscérale de l’homme. Dès qu’il eut la confirmation de l’adresse, le mastodonte enserra sa hache dans ses mains immenses et se dirigea vers les luxueux condominiums en face de lui. Tout dans le bâtiment transpirait la richesse et le luxe. Pour le géant, oser fouler le marbre de l’entrée fut presque une nouvelle expérience. Laissant courir sa main sur les murs somptueux, il remarqua que le courant électrique fonctionnait parfaitement. Les néons éclairaient les recoins sombres. Guidant la jeune femme, il escalada les escaliers plus ou moins impeccables. Des mares suspectes indiquaient que ceux qui avaient saigné ici et là s’étaient éclipsés. Surement attiré par l’alarme lointaine. Ils arrivèrent alors devant la seule porte du dernier étage. Donnant les clefs à la dame, Robert se plaça à ses côtés, hache brandie pour défendre l’ange à la chevelure noir de jais.



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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Selene Sweetnam
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MessageSujet: Re: Two souls adrift ... (p.v. Selene)   Ven 18 Déc - 19:52

Avant, Selene pensait que l’agonie pouvait n’être que physique. Elle visualisait les vieux malades sur leur lit d’hôpital, respirant artificiellement, luttant vainement contre le cancer pour quelques jours de plus. Elle visualisait aussi les peuples affamés, mourant de faim à petit feu, faméliques et décharnés. Jamais elle n’avait songé que l’agonie pouvait s’en prendre directement à sa tête. Lovée dans les bras immenses de Bobby, elle se sentait comme une poupée de porcelaine brisée en mille morceaux. A l’intérieur, les émotions étaient déchirées, piétinées, aliénées et laissées pour morte. Ses larmes étaient le sang de son âme, fendue de plaies béantes qui ne se refermeront sans doute jamais.

La notion de réalité devint trop floue pour qu’elle l’endure. Son esprit cherchait à s’envoler mais même bercée par les vibrations de la voix de basse, même rassurée par la chaleur du corps solide qu’elle devinait sous les vêtements épais, le cauchemar était omniprésent. L’odeur de la mort, les relents d’eau croupie, les sueurs de la terreur, les frissons du désespoir. Sur la toile de ses paupières closes, l’étudiante revoyait en boucle les faciès abîmés des rôdeurs, les éclairs de lumière qui perçaient les ténèbres, la gorge arrachée du policier, et le coup de feu… encore, et encore, et encore, son geste tournait comme une rengaine perverse. On pensait toujours être préparé au pire jusqu’à ce qu’on y soit confronté.

Selene mit de longues secondes à réaliser que le géant ne chantait plus et qu’il avait desserré son étreinte. C’était difficile de le lâcher. Elle avait la sensation qu’il était son dernier rempart avant une chute interminable dans le néant. C’est simplement en déliant ses bras minces que la jeune femme réalisa qu’elle avait toujours son arme serrée dans son poing, comme s’ils étaient désormais indissociables. Bobby se pencha sur elle. Ses yeux bleus étaient vides, vagues, et sa gorge sèche. Elle hocha la tête, incapable de parler, et lui emboîta le pas.

Le quartier paraissait un peu classieux mais visiblement, les êtres humains étaient tous égaux face à la maladie : l’argent n’avait pas préservé les habitants des contaminations et des pillages. Le soleil fatigué de novembre commençait déjà à s’allonger vers son crépuscule, timidement caché derrière des rideaux de nuages gris, gardant égoïstement sa chaleur. La musicienne resserra ses bras sur ses épaules et rentra légèrement la tête. Son cœur s’apaisait et ses jambes étaient en coton. Le colosse dénicha un trousseau de clef dans une voiture de sport encastrée dans un poteau. Il se dressa de toute sa hauteur et Selene ne chercha même pas à le contourner : elle était épuisée des carnages en répétition. Elle voulait oublier, rien qu’une soirée.

- C’est bien là oui, acquiesça-t-elle quand son allié lui demander de l’aider à déchiffrer l’adresse.

Il n’était pas fort de cerveau. C’étaient ses mots. C’était une adorable façon de dire qu’on était un peu simplet et la jeune femme soupçonnait qu’elle n’était pas de lui. Il lui faisait penser à ces enfants complètement naïfs qui s’écorcheraient les genoux pour prendre soin d’un beau caillou ou d’un oisillon. Était-elle comme ça ? Une frêle créature sans défense que le géant voyait comme un trésor ? C’était à la fois flatteur et dérangeant. Elle ne le méritait pas. A ses yeux, elle n’était qu’une pauvre fille sans intérêt qui ne méritait même pas d’avoir survécu si longtemps.

Elle ne dit rien. Les mots se décousaient avant de franchir ses lèvres. Le mutisme était la façon instinctive de répondre à son traumatisme. L’immeuble qu’ils pénétrèrent était luxueux. Ils n’auraient jamais pu entrer si la porte à interphone n’avait pas été fracassée auparavant. Un silence sépulcrale ricochait sur les murs, grimpait dans les escaliers et se heurtait aux portes closes. Il n’y avait personne. En apparence du moins. Bobby avait brandit sa hache devant la porte du domicile qu’ils s’apprêtaient à violer, mais rien d’autre ne les attendait qu’un grand appartement vide.

Aucun pillard ne l’avait pénétré et le propriétaire était mort en bas de la rue. Tout était encore en ordre : le tapis dans l’entrée, les grands lustres, les canapés en cuir, les tableaux… certainement un amateur d’art moderne. Les couleurs vives se détachaient sur les murs blancs, les meubles avaient des formes saugrenues et quelques tableaux abstraient ornaient les couloirs interminables. Selene verrouillant la porte derrière eux et s’avança prudemment, arme au poing. Salon. Cuisine. Chambres. Il n’y avait pas âme qui vive. Le bon sens aurait voulu qu’elle continue à faire le tour, mais elle était lasse. En arrivant à la salle de bain, elle se tourna vers Bobby avec des yeux de petites filles :

- Ça te dérange si… je me douche ? J’ai vraiment besoin de me détendre et… y’a personne pas vrai ? Crie si tu as besoin de moi.

Gentiment, elle repoussa le géant pour gagner son intimité. Plus de larmes, ses réserves étaient taries, mais un immense vide se glissait sous sa peau. Dans le miroir, elle ne put soutenir son visage couvert de crasse et de sang. Un instant, son regard s’attarda sur l’arme à feux, méditant à se la coller sur la tempe pour en finir définitivement, mais elle n’avait pas ce courage. Elle voulait vivre.

Le jet d’eau chaude lui fit du bien. Ses muscles se détendirent si brusquement qu’elle crut qu’elle allait s’évanouir. L’étudiant observa longuement les tourbillons noirâtres qui disparaissaient dans le sillon. Ils avaient beau s’éterniser, elle se sentait toujours aussi souillées. Une meurtrière, c’était ce qu’elle était devenue. Combien de gens malades avait-elle assassiné aujourd’hui ? Combien… elle piocha allègrement dans les flacons de gel douche et de shampoing à disposition, qu’importe qu’ils soient pour homme. Une fois fini, elle s’empara d’une grande serviette turquoise et réussit même à dégoter un sèche-cheveux. Un luxe qu’elle n’avait pas connu depuis de longues semaines !

Dans la glace cette fois, elle vit une jeune femme. Triste, blafarde, mais humaine en apparence. Comment Bobby la trouvait-elle ? Question stupide : ça n’avait pas d’importance. Dans son sac tout neuf, elle dégota des sous-vêtements et un jean. Ensuite, elle s’aventura hors de la salle de bain sur la pointe de ses pieds nus pour aller voler une chemise dans les placards de l’ex-propriétaire. Bleue à rayures blanches. Trop grande mais avec des manches retroussées, ça irait. Selene réunit alors toutes ses possessions dans un coin d’une grande chambre et s’en fut retrouver son acolyte.

- J’ai fini, dit-elle doucement, j’ai peut-être été un peu longue… désolée.

Ses yeux bleus se tournèrent vers la fenêtre. Dehors, la nuit tombait sérieusement. La pluie commençait même à tomber doucement, s’écrasant sur les carreaux avec une légèreté surnaturelle.

- Tu as faim ? Je peux faire à manger pendant que tu te laves aussi. Tu en dis quoi ?


Go back and forward, but all is melting like the snow ♪ Taking all from us, all we thought was left to know ♪ On what we treasure falls a dusty snow ♪ taking us backwards, but where we will never know.
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Bobby Smith
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MessageSujet: Re: Two souls adrift ... (p.v. Selene)   Lun 21 Déc - 1:19

Alors que la porte renforcée s’ouvrit, Robert fut prêt à coup. À cueillir une goule à coups de hache, à absorber une attaque à la place de l’ange d’albâtre à ses côtés, à essayer les coups de semonce d’un homme paniqué. Mais en aucun cas par le silence de la pièce et encore moins par la représentation d’une statue des plus dévêtue d’une quelque conque déesse d’une religion que le colosse n’avait aucune idée. Le tapis doux à l’entrée, les murs immaculés et même la douce senteur de lilas semblaient des plus incongrus dans cet univers de mort des plus chaotique. Mais Robert ne put que détourner  son regard chaste et pur pour regarder ses pieds. Les pommettes de l’homme prirent alors la teinte de pivoine et il suivit docilement la jeune dame. Pendant une inspection des plus sommaires, Robert ne put comprendre le goût du propriétaire pour les tableaux qui ressemblaient plus à des coups de pinceau aléatoires et aux meubles bizarres. Chaque pièce était plus bizarre que l’autre. Même la chambre à coucher, avec le lit qui semblait pouvoir accueillir trois géants comme lui, fit naître de l’interrogation dans le regard bleuté de la bête. Il se demanda pourquoi il y avait un poteau au milieu de la chambre et que le plafond était couvert d’un immense miroir. De toute la puissance de son esprit lent, et ne connaissant rien de la bagatelle, Bobby du s’avouer vaincu.  

Passant devant la salle de bain, la douce dame se retourna vers le monstre de foire qui l’accompagnait. Ses immenses yeux bleus, si semblables et si différents aux ceux de Robert, se posèrent sur l’horrible faciès de la bête. Quand le colosse osait entrevoir le regard de la dame inconnu, il ne pouvait s’empêcher de songer qu’il croisait ses yeux dans un miroir. Mais ceux de la dame paraissaient fatiguer. Le seul autre regard qui le troublait à ce point fut  celui d’Abigail. Repenser à l’Irlandaise fit cogner le cœur de la chose plus vite dans sa poitrine et son désir de la retrouver, au même titre de Juliane, en fut décuplé. Mais à cet instant précis, l’ange d’albâtre à la chevelure de jais avait besoin du mastodonte. Elle l’a aidé, protéger et permis de vivre à sa folie d’essayer d’atteindre celle qui occupait une si grande place dans son cœur torturer. Le géant se devait de ramener la dame en sécurité et de trouver Juliane. Au moment  ou toutes ses pensées, ces visages de son présent tourbillonnaient dans sa tête, la voix chantée et faible de l’artiste vint alors le ramener dans cette triste réalité. Cette période d’incertitude ou toutes les âmes qui comptaient pour lui avaient disparu. Mais ce qui permit de s’accrocher surtout fut cette nouvelle silhouette gracile qui ne demandait qu’à vivre.

Dame-Ça te dérange si… je me douche ? J’ai vraiment besoin de me détendre et… y’a personne pas vrai ? Crie si tu as besoin de moi.

Bobby ne put que hocher la tête et rajouter d’une voix rauque, quoique faible comme si le géant avait peur de briser la bulle de sérénité qui semblait de ce refuge. Ce lieu d’ancienne dépravation qui était presque saint de par le mal qui rodait à l’extérieur.

Robert- Euh… Bien sûr Madame… Je fais un dernier tour et je vous attends dans le salon… Euh… Bonne douche.

La porte se referma au nez de l’homme et celui-ci fit un tour pour évier de mauvaises surprises. Il regarda alors sous le lit, dans les garde-robes, dans les pièces non visitées de leur duo improbable. Mais rien n’alerta la vigilance du mastodonte. N’aimant pas que la porte d’entrer ne soit pourvu qu’un verrou, l’ancien mineur transportât quelque meubles pour bien barricader l’issue.  Déposant enfin son sac à dos dans le salon d’ou le mauvais gout et la richesse semblaient se côtoyer dans une danse abstraite. Le colosse défit alors le sac de camping et ouvrit son sac à dos pour y sortir ses trouvailles dans le magasin d’alimentation. Un amalgame de conserves, de bouteilles, de barres chocolat et de céréales, d’objets de camping divers et même une poche de riz fut déposé sur le tapis hors de prix. Mais ce qui retint alors l’attention de l’homme fut la conserve que la dame qui se douchait lui avait remise de force. Cette conserve qui avait fait briller d’envie le regard de l’ange d’albâtre. Mais contre toute attente, elle avait déposé son trésor dans la main immense et rugueuse de l’être abject qu’il était. La gentille dame l’avait même obligé de garder la conserve. Maintenant ils pourraient se partager le contenu pour récupérer quelque force. Mais les pensées de l’homme agenouillé furent alors écourtées par la voix  de celle qui avait décidé qu’il devait vivre. Une voix à la sonorité musicale, à, la fois douce et envoutante invita l’homme déformé à relever la tête. Et le temps se figea.

Dame- J’ai fini, j’ai peut-être été un peu longue… désolée.


La magnifique forme gracile et angélique était tout simplement époustouflante. En dessous de tout ce sang, cette crasse se cacher une telle lueur de féminité que Robert en fut désarçonné. À la base, l’Homme à l’apparence grotesque avait adoré la façon que l’inconnue semblait prendre soin de lui. D’essayer d’être amicale, de lui proposer de la nourriture, le défendant même. Mais à cet instant précis, à ce moment qui semblait figé dans le temps et l’espace, le géant ne put esquiver le moindre geste, la moindre parole. Il ne pouvait que regarder la silhouette gracile et merveille de la dame. Une épaule blanchâtre sortant du col de la chemise d’homme, les cheveux ayant retrouvé de leur féminité, les contours de son visage, la courbe de ses… Robert chassa loin de lui les prochaines observations que ses yeux agrandis par la surprise envoyaient à son cerveau lent. La phrase de l’ange d’albâtre fit sursauter l’homme difforme aussi surement qu’elle aurait utilisé son arme à feu sur lui.

Dame- Tu as faim ? Je peux faire à manger pendant que tu te laves aussi. Tu en dis quoi ?

Subitement, Robert se redressa de toute sa taille et il rougit à un point tel que la parodie d’homme devait être visible de la lune.  Baissant le regard de gêne et surtout de honte, le colosse tendit la conserve et dis alors quelques mots à peine mâchés.

Robert- Euh… Tenez madame. La conserve que vous m’avez donnée… Euh… Vous pouvez prendre ce que vous voulez au sol et je n’ai pas regardé la cuisine… Euh… Vous être très jol… EUH… gentille… Merci…

Quand la conserve fut changée de main, le géant prit la fuite vers la salle de bain avec une célérité qui n’équivalait qu’à sa gêne maladive d’être près de la gent féminine. Refermant la porte de la salle d’eau, le colosse déformé put enfin respirer de nouveau. Il obligea son cœur de battre de façon ordonnée et voyant la douche, il ne put se soustraire à l’appel de sirène. Cette promesse de détente et de bien-être qui l’attirait. Une parcelle de paradis dans ce monde chaotique. Se dévêtant avec une vitesse frôlant l’indécence, il  bondit littéralement dans la douche. L’eau tiède presque froide jaillit alors sur ce corps scarifié par une vie de combat et de honte. Déposant les mains sur le mur en tuiles de céramiques, Robert laissa le puissant jet masser ses muscles endoloris. L’adrénaline de la journée commença alors à décroitre, sapa une partie des énergies de l’homme. Alors, les courbatures rappelèrent à l’ordre le mastodonte ainsi que l’écorchure qu’il avait subie.  Surpris, Bobby vit les petites gouttes de sang tomber sur le sol et être entrainées avec l’eau sale, la crasse et la poussière dans le drain.  Voyant la nouvelle plie qui décorait son corps ingrat, le colosse ne put que soulever ses épaules massives dans un signe de résignation.  Prenant le pain de savon, Bobby se lava avec efficacité et surtout rapidité. Il était habitué de prendre sa douche en vitesse, de peur que quelqu’un puisse voir l’horreur que son armure de tissus dissimule en grande peine.  Sortant de la douche avec un sourire épanouie. Mais ce sourire disparu alors qu’il remarqua un oubli gênant. Dans sa précipitation, il avait oublié son sac à dos et les vêtements propres à l’intérieur. Le mastodonte ouvrit la porte de la salle de bain. D’une voix trainante, suppliante et aux mots à peine mâchés, Robert demanda tout doucement.

Robert- Euh… Madame… Euh… J’ai oublié mon sac avec des vêtements propres dedans… Euh… tu peux me m’emmener s’il vous plait?


Ouvrant la porte de manière conséquente, vu la dimension exagérée de son bras ayant la circonférence d’un billot. Tendant une main dégoulinante d’eau, tremblante et angoissée, l’homme difforme attendit de sentir la bretelle de son sac à dos. Dès que son bien lui fut restitué, Bobby referma la porte avec précipitation en lançant un « merci » soulagé. Mais ce qui avait échappé à l’esprit lent à souhait du colosse fut le nombre élevé de miroirs dans la salle de bain. Si la jeune dame s’est donné la peine de laisser balader un œil curieux et inquisiteur, elle aurait pu jouir d’une vue sublime de la face nord du mastodonte. Un aperçu de l’amure de chair peu ragoutante de l’homme si souvent diminué par ses semblables. Des cicatrices, causées par d’innombrables combats improvisés et d’accidents de chantier, lézardaient une grande superficie de ce corps aux muscles saillants. Muscles disproportionnés, mais aux combien puissants. Un fessier ferme à souhait et une vue de ses jambes fortes et stables. Mais cerise sur le gâteau, elle fut certainement la première à voir un aperçu des parties intimes du monstre de foire.  Un jour un compagnon de travail avait vu nu le colosse et ce qu’il avait raconté à ses collègues fut des plus imaginés. Une certaine référence avec un bras de bébé tenant dans sa main une poignée de porte. Mais le spectacle fut de courte durée.

Robert s’assécha avec une serviette douce à souhait et avec des pansements trouvés dans le cabinet à médicaments, il se fit un bandage sur sa nouvelle plaie. Enfilant ses vêtements propres, il saisit le linge sale et sorti de ce havre de réconfort.  En face de la salle de bain se trouvait une petite buanderie. Allumant la machine à laver, il fut heureux de la voir se remplir graduellement. Ni une ni deux, il lança  les vêtements souillés d’une vie de misère et rajouta une bonne dose de savon. Levant la tête, le colosse dit alors avec un sourire dans la voix.

Robert- Il y a une machine à laver et une sécheuse qui fonctionne, madame… Je lave mon linge vous voulez aussi laver le votre?

Quand le couvercle fut fermé, une douce odeur agressa les narines du géant affamé. L’ange d’albâtre et à la chevelure de jais cuisinait un plat qui mit l’eau à la bouche à Bobby. L’estomac de ce dernier fit des gémissements et il ne put s’empêcher de laisser sa joie de bonne enfant le submerger. Un rire honnête et franc s’échappa alors de sa bouche ornée de lèvres exsangues.  Une lueur malicieuse et de pures joies se reflétèrent dans le regard bleuté si pur de l’homme. Une bonté, une humanité des plus rafraichissantes semblaient sortir de chaque pore de sa peau malaisé.

Robert- Ça sent rudement bon madame! D’habitude c’est moi qui cuisine, car Juliane n’est pas très bonne… Euh… Je peux aller voir la lune?

L’astre lunaire baignait de ses rayons blanchâtres les carreaux de l’appartement de luxe, dessinant des figures abstraites avec les rigoles de la douce pluie. Le regard bleuté de l’homme s’attarda sur chaque détail de la lune et il se rappela des conservations tard dans la nuit qu’il avait eue avec Juliane.  Son cœur immense et torturé se serra tellement. Il se demandait si son ange avait survécu, si elle était bien cachée, si elle avait bien mangé. Si un idiot comme lui avait réussi à se sauver, un être divin avec des idées brillantes doit avoir ri de cette épreuve. Mais le doute subsistait toujours. Qu’elle était morte par sa faute! Qu’il aurait dû foncer dans la nuée pour la rejoindre. Il se convainquit alors, un regard ferme et déterminé dans ses prunelles bleutées, que Juliane était vivante. Qu’Abigail était quelque part dans cette ville et que l’étrange duo allait la retrouver. Il ne comprenait pas, mais il voulait protéger l’ange à la chevelure dorée. À la surface de la lune, l’homme déformé pouvait voir les visages gracieux et angéliques qui avaient percuté sa vie. Rosalie, Sandra, Juliane Abigail et aussi la gentille dame qui prenaient soin de lui. Il ne comprenait pas le pourquoi qu’elle perdait son temps avec lui.

Bobby laissa tomber sa main sur le meuble à proximité. Des notes discordantes firent sursauter le gaillard et celui-ci fit un sourire épanoui. Effleura les touches du piano, le colosse eut un sourire attendri, repensant aux journées s de purs bonheurs passés avec sa nièce adorée. Jouant une partition simpliste, car l’immensité de ses doigts ne lui permettait aucune de jouer à sa guise, Robert chantonna de sa voix magnifique et des plus justes. Un peu comme si les plus grands de la chanson avaient pris possession de ce corps difforme pour laisser leurs talents embellit le réceptacle au-delà du réel.



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MessageSujet: Re: Two souls adrift ... (p.v. Selene)   Sam 26 Déc - 17:55

L’embarras de Bobby la fit sourire. Nonchalamment, elle ramena sur son épaule opaline la manche trop large de sa chemise. Ce type lui faisait l’impression d’un enfant dans un corps beaucoup trop grand. Tout le contraire de Ziggy et sa décontraction désarmante. Ziggy… elle avait à peine eu le temps de s’interroger sur ce qu’elle ressentait depuis qu’elle l’avait revu. Les choses avaient si mal tournées que ce flirt de début d’automne lui était, malheureusement, sorti de la tête. Elle avait perdu son père, sa vie, et toutes les personnes qu’elle connaissait. Jamais elle n’aurait pensé revoir le magicien et c’était difficile de lui retrouver une place dans ses émotions en pleine mutation. Était-ce raisonnable de se permettre une relation amoureuse alors que le monde sombrait dans l’autodestruction ?

Le géant lui tendit la conserve de cassoulet qu’elle lui avait « offert » dans l'épicerie et un maigre sourire fendit son visage ivoirin. Ce serait parfait pour reprendre des forces. Elle l’attrapa dans ses mains fines, murmura un « merci » et prit la direction de la cuisine tandis que Bobby s’éclipsait vers la salle de bain. Seule dans la pièce qu’elle ne connaissait pas, le silence était inquiétant. Les échos étouffés de la douche lui parvenaient, à moitié couvert par le bruit de la pluie qui s’intensifiait. Parfois, des grincements semblaient remontés depuis la rue. En jetant un œil par la fenêtre sur le trottoir plongé dans les lumières hésitantes des lampadaires endommagés, Selene crut voir une ou deux silhouettes errer en titubant. Des rôdeurs, sans doute.

Saisie d’un frisson, elle s’éloigna de la vitre trempée et se mit en quête d’une casserole et d’une cuillère en bois. Après trois placards et quatre tiroirs, la jeune femme avait trouvé ce dont elle avait besoin et alluma l’une des plaques à induction. Une fois l’intégralité de la conserve versée dans le récipient en pleine chauffe, elle s’appuya contre le plan de travail, ses yeux d’azur absorbé dans le néant du plafond. Que faire désormais ? Elle se serait bien volontiers terrée égoïstement avec Bobby jusqu’à ce que… très bonne question. Jusqu’à quand ? De toute façon, c’était une mauvaise idée. Le colosse voulait revoir sa « Juliane » et elle était taraudée par l’idée de revoir Ziggy.

La musicienne fut interrompue par la voix suppliante de son ami qui lui signifiait qu’il avait oublié ses affaires dans le salon. Avec un sourire attendri, Selene dénicha ses effets pour les lui amener. A la vue du bras énorme du géant qui dépassait maladroitement hors de la salle de bain, elle ouvrit la bouche pour lui faire une petite pique amicale, mais alors son regard se posa sur les miroirs entreposés dans la pièce d’eau. Robert ne semblait pas avoir vu que son corps était exposé au regard bleu de l’étudiante et, même si celle-ci en avait vu d’autres, ses mots s’étiolèrent avant d’être prononcés.

- Euh… tiens… euh… c’est en train de cuire, je mets la table, balbutia-t-elle en rougissant.

Retrouvant le chemin de la cuisine, elle se surprit à ne pas se sentir rebutée par ce corps bosselé et scarifié. Bobby avait l’air musclé, ferme, solide… l’image parfaite du mari robuste et protecteur, celui qui préservait de sa chair invulnérable sa femme gracile et fragile. La dite « Juliane » avait-elle eu cette chance ? Était-elle l’amante du colosse ? Elle sourit à cette idée. Au final, elle connaissait peu le colosse, tout comme elle connaissait à peine Ziggy… son paysage s’était peuplé de gens méconnus et ça ne l’effrayait même plus. Le monde était étrange.

Plusieurs de ses vêtements étaient sales et empestaient la mort. Selene accepta volontiers la proposition de son allié avant d’aller éteindre le feu sous la casserole de cassoulet. Une fois encore, un sourire mystérieux étira ses lèvres pâles quand Robert confia que Juliane ne cuisinait pas. A chaque fois qu’il en parlait, il avait l’air transi d'affection. Ça avait presque le don de susciter en elle cette jalousie objective, non pas d’être la compagne du géant, mais d’avoir quelqu’un qui l’aimait autant.

Aux premières notes du piano, alors qu’elle avait fini de disposer sur une table du salon deux assiettes, des couverts et un pichet d’eau, l’étudiante sursauta. Depuis combien de temps n’avait-elle pas entendu ce son ? Sa gorge se serra, étouffée par une douloureuse nostalgie. Elle revoyait son enfance, son père, sa maison, et les gammes qu’elle travaillait sans fin. Bobby se mit à jouer et à chanter. C’était simple mais ça la transportait, brisant toutes les limites de sa prison imaginaire pour lui permettre de s’évader loin de l’épidémie. La musique était toute sa vie et c’est seulement maintenant qu’elle réalisait comme, sans elle, elle avait l’impression d’être amputée d’un membre. Délicatement, la jeune femme s’approcha du colosse, sans l’interrompre, et laissa ses mains graciles épouser le clavier. Elle ne rompait pas la mélodie de son ami au contraire, elle improvisait, harmonisait, créait instantanément des volées d’ornements complexes et variés sur la structure basique. Plus elle jouait, plus elle se libérait. Ses doigts s’envolaient littéralement, couraient parfois jusqu’à caresser ceux de Bobby alors que son épaule gauche, encore dénudée par sa chemise trop grande, reposait contre lui. Quand Selene releva ses yeux bleus embués de larmes vers le géant, elle avait l’air d’une biche vulnérable et blessée. Une enfant plus qu’une femme, traumatisée par une multitude de monstres.

Elle s’arrêta soudain, maintenant en point d’orgue un accord de cinquième degré qu’elle ne résoudrait jamais. Une suspension, une interrogation. Comme si elle s’éveillait d’un rêve, ses mains se décollèrent lentement des touches noirs et blanches. Ses lèvres avaient du mal à s’ouvrir lorsqu’elle murmura :

- Viens manger, ça va être froid.

Elle s’enfuit en essuyant ses yeux humides, devançant son compagnon dans le salon où les attendait leur repas austère. La pièce qui aurait dû être chaleureuse était glacée, impersonnelle, trop grande pour leurs deux âmes égarées. A peine le géant l’eut-il rejoint qu’elle engagea avant qu’il n’ait pu lui dire quoique ce soit :

- Tu voudrais retrouver… Juliane, c’est ça ? Je crois que je sais où on pourrait commencer à chercher. Tu as l’air de beaucoup tenir à elle, ajouta l’étudiante en ramenant le tissu trop large sur son épaule délicate, c’est ta petite amie ? Tu as l’air amoureux quand tu prononces son prénom.


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MessageSujet: Re: Two souls adrift ... (p.v. Selene)   Dim 27 Déc - 2:54

Le colosse s’assit avec précaution sur le banc en face de l’imposant instrument. Ses doigts, immenses et totalement inappropriés pour la musique, effleuraient avec doucheur les touches d’ivoire du piano. Comme si la créature, cette bête immonde, n’osait profaner la pureté d’un si noble instrument. Les bribes des leçons de Sandra, sa nièce adorée, revenaient hanter sa mémoire lente à souhait. De sa voix fantomale et mystique, l’ange descendu du paradis pour réconforter le mastodonte expliqua alors le positionnement des mains. Laissant l’insécurité le conduire, Robert fit percuta avec délicatesse quelque touches et le faciès grotesque de l’homme ne put esquiver une grimace désillusionner et de dégout. La chanson de celle qui avait quitté trop tôt les bras réconfortants de son oncle était gravée pour l’éternité dans le cœur torturé de celui-ci. Il pouvait chanter les paroles, mais rendre justice au génie de la compositrice serait de rajouter les notes sublimes de l’instrument. Mais le don de l’homme difforme était pour le chant et aucunement pour les instruments de cet art presque surnaturel. Ce maudissant d’êtres si stupides, les mains rugueuses du mineur s’apprêtaient à quitter le clavier de sa torture lorsque qu’une forme gracile s’assit près de lui.

La musicienne pénétra alors dans l’aura repoussante du mastodonte sans en ressentir la moindre once de répulsion. Posant des mains délicates aux doigts effilés et gracieux, l’ange au regard bleuté comme le ciel laissa son talent parler pour elle. Le monstre de foire en plus estomaqué. Il ne pouvait songer que la jeune femme se rapprocherait autant de son corps repoussant. De faire des envolées si magnifiques avec les notes du piano qu’on aurait presque cru à un chœur divin. Ne voulant pas empêcher l’être si merveilleux près de lui qui semblait envouté par la muse, le monstre de foire releva alors ses mains immondes du noble instrument. Laissant planer ses doigts à la dextérité incertaine à quelques centimètres du clavier qui rongeait son incertitude, Bobby ferma ses yeux. Son ouïe, usée par tant d’années d’explosions et de bruits agressant, augmenta pour compenser de la perte de la vue. Robert laissa un sourire qui irradiait d’une joie et d’une tendresse des plus sublimes. Une perle de béatitude qui devenait de plus en plus étrangère dans ce monde de violence. Chantonnant à peine, laissant la place à l’artiste véritable, le colosse se sentit choyé d’être dans cette pièce. Traverser tant d’épreuves, surmonter sa gêne et son angoisse d’être avec une étrangère et voilà que la vie lui donnait une évasion des plus fascinantes.

Un premier coup sur sa grosse poigne droite le fit cligner les yeux, surpris de ce contact doux et si léger. L’esprit lent de la chose affreuse se convainquit que c’était surement un tour de son imagination, mais une pression sur son avant-bras droit le fit fier comme une statue. L’épaule frêle et dénudée, mais toutefois gracile et agréable de l’ange à la peau d’albâtre était appuyée sur le corps repoussant de Robert. Le regard bleuté de l’homme, si pur et humain dans ce corps grotesque, ne pouvaient s’empêcher de regarder le ballet gracieux et le mouvement hypnotiques des mains de la belle dame. Mais quand celle-ci daigne enfin de relever la tête, les yeux humides et apeurés fendit littéralement le cœur immense de Robert.  L’âme de l’ange semblait durement éprouvée d’être en contact avec une erreur de la nature tel que lui.  Aussitôt Bobby esquiva les traits harmonieux ravagés par la détresse, croyant à tort d’être la cause de celle-ci.  Le géant avait enduré les remarques sur sa silhouette monstrueuse que même maintenant, même que des aberrations foulaient la terre transit de terreur, Robert était persuader d’être encore la monstruosité qui fait tant peur à ceux qu’ils considèrent si humains. Les mains de la dame s’envola des touches d’ivoires du piano et les lèvres crispées par la terreur d’être près de la lie de l’humanité  laissa échapper une faible phrase.

Dame- Viens mangé, ça va être froid.

Le cœur fracassé mis en miettes par la fuite éperdue de l’ange qui semblait tout à coup si fragile, Robert ne put que baisser la tête de honte. Pourquoi il avait laissé la dame si gentille, si bienveillante, le toucher. Lui vile créature que seules Abigail et Juliane semblaient avoir remarqué la lueur d’humanité. Flamme luttant derrière le brouillard de la stupidité et de l’apparence monstrueuse de l’homme si diminué. Un murmure à peine audible franchit la dentition mal alignée de Bobby.

Robert- Oui mdame.

L’appartement ne méritait qu’à peine de noms de refuge. Ce lieu totalement impersonnel semblait des plus austère au colosse. Il était loin du chalet où chaque jour une infusion de rires semblait secouer les murs. Des discussions avec Juliane et de ses sourires si apaisants. Il s’assit, le mot exact serait presque se laisser tomber, près de la table basse. Il alla prendre la cuillère près du bol fumant quand quelques questions figèrent le mastodonte aussi surement qu’il aurait été un opossum aveuglé par les phares d’une voiture.

Dame- Tu voudrais retrouver… Juliane, c’est ça ? Je crois que je sais où on pourrait commencer à chercher. Tu as l’air de beaucoup tenir à elle, c’est ta petite amie ? Tu as l’air amoureux quand tu prononces son prénom.


Une leur d’incompréhension la plus totale traversa le regard bleuté de l’homme difforme. Sa mâchoire inférieure subit tout à coup l’attraction terrestre et les lèvres du géant formèrent un gigantisme « O ».  Se ressaisissant à grande peine, il ne put que bafouiller doucement.

Robert- Juliane ma petite amie… Euh… Non pas du tout… Euh…


Essayant de rattraper les pensées vagabondes qui s’enfuyaient dans les plaines de son esprit tout à coup aride, Robert fit alors un pauvre sourire.  Déposant sa main immense et rugueuse sur la table basse, il pêcha dans sa poche de son pantalon un mouchoir de tissus propre. Le tendant vers la jeune femme assise en face de lui, la gêne faisant trembler son bras musculeux. Levant un regard pour rencontrer un regard si troublant que Robert aurait pu jurer croisé son reflet dans un miroir, le mastodonte se détendit. Les traits atypiques de l’homme semblèrent se muer en un masque d’humanité et de bienveillance des plus magnifiques. Comme si toute l’innocence du monde se propageait dans cet être massif et torturé.  De son ton rauque aux mots à peine mâchés,  l voix de l’homme s’éleva avec une douceur qui semblait déplacée chez un tel être.

Robert- Jill est mon amie… Euh… Elle est la première que j’ai de ma vie. Les gens m’évitent habituellement… Euh… Je suis lent et j’ai l’air d’un  monstre alors c’est normal. Je ne sais pas c’est quoi être amoureux… Euh… jamais vécu ça. Elle a accepté de vivre avec moi et je ne veux pas qu’il lui arrive de problèmes… Euh… comme à toi. Je ne veux pas qu’il  t’arrive quelque chose.

Un petit rire s’échappa alors du tréfonds de l’homme. Un rire de fatalité qui en disait plus que long sur la piètre opinion que Bobby avait envers lui-même.

Robert- Je sais qu’aucune dame ne voudrait m’avoir comme petit ami… Euh… Les hommes qui sont mieux que moi courent les rues alors je sais ma place… Euh… Ma sœur a déjà voulu que je rencontre des dames, mais elles m’ont juste regardée avec dagais… Euh… dédain et elles se sont enfuis.  


Sortant une photo plastifiée de sa poche de chemise, il la tendit à la dame avec une tristesse et une mélancolie propre de celui qui avait eu une perte terrible.

Photo de Rosalie et Sandra Photo Sandra

Robert- Ma nièce Sandra et ma sœur Rosalie… Euh… Ma seule famille. Elles sont parties au paradis et j’espère les revoir un jour… Euh… Je peux te poser deux questions madame ?

Ayant l’accord muet de l’ange d’albâtre, le mastodonte se lança alors à l’eau. Il lança sa gêne maladive loin de lui et demanda d’une voix tendre et douce.

Robert- Euh… C’est quoi ton nom ? Car si tu veux je peux continuer de d’appeler madame… Euh… Tu as un don pour la musique. Ma nièce pensait que je chantais bien, mais je ne crois pas… Euh … Désolé pour tout à l’heure, je ne veux pas te faire pleurer à cause que je t’ai effleuré… Euh… Je sais que je rends les gens mal à l’aise à cause que je suis affreux.  Mais j’ai beaucoup aimé ton sourire quand tu jouais du piano.  Euh… Je me perds des fois… Euh… C’est où que tu penses qu’est Juliane? Car je veux la retrouver et aussi te savoir en sécurité… Car vous êtes les deux très gentilles avec moi et je veux que vous soyez heureuse et en santé...

Se sentant dans une pente savonneuse, le regard de l’homme se baissa de honte. Il se maudit de ne pas savoir s’intégrer dans une simple conversation…



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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MessageSujet: Re: Two souls adrift ... (p.v. Selene)   Dim 27 Déc - 12:36

Aux yeux de la jeune femme, Bobby était un vrai mystère. Jusqu’à ce jour, elle aurait volontiers raillé ce que les gens appelaient la « beauté intérieure », avançant qu’il s’agissait d’un concept inventé par les moches pour se faire une raison. Mais aujourd’hui, elle était assise face à un homme aux traits grossiers, taillés à la va-vite dans un bloc de granite, mais dont la gentillesse transcendait la laideur. Plus elle le fréquentait, plus Selene se rendait compte que le géant était beau. Impressionnant, intimidant, dangereux peut-être, mais sa douceur était le meilleur de ses atouts. N’importe quelle femme pourrait s’en rendre compte non ? Ou bien étaient-elles trop occupées à courir après des Ken idéalisées et creux.

En tout cas, le colosse avait beau nier – ou dire qu’il ne connaissait rien aux sentiments – le fait est que la façon dont il parlait de Juliane était très éloquente. Si on lui en donnait le droit, Robert découvrirait certainement ses propres ressentis pour celle que l’étudiante n’avait fait qu’apercevoir. A cet instant, elle se trouvait certainement avec Ziggy. La musicienne serra imperceptiblement les dents avant de lâcher prise sur ses pensées futiles. La jalousie, c’était stupide, surtout maintenant. Silencieuse, elle prit les photos tendues par son ami et sourit en découvrant les visages doux et rieurs de Rosalie et Sandra.

- Elles sont belles, commenta la brunette.

Belles et innocentes. Loin de cet enfer désormais. Elle eut un pincement au cœur en songeant qu’elles étaient mortes et un violent élan d’empathie pour son compagnon l’ébranla. Il était seul, mal-aimé et sa seule famille n’était plus. C’était comme dissiper le brouillard ; Selene comprenait désormais sa lutte acharnée et passionnée pour ceux qu’il appréciait. Bobby mourrait pour protéger ceux qu’il aimait. Il n’avait pas pu se sacrifier pour sa sœur et sa nièce, alors il reportait cette dévotion sur d’autres personnes…

L’étudiante eut le vertige. Était-elle l’une d’entre elles ? Une de ces filles que le géant protégerait au dépend de sa propre vie ? Elle ne voulait pas. Il y avait déjà tellement de sang sur ses mains, tellement de cadavres sur ses épaules, elle ne voulait pas ajouter celui d’un ami. Pour cacher sa gêne, elle commença à remplir les assiettes en autorisant son interlocuteur à l’interroger. Bien vite, elle se figea. Ses yeux bleus sublimés par la tristesse se posèrent sur Robert et ses sourcils se soulevèrent. Elle-même ne s’aimait pas, c’était un fait, mais arriver à un tel point d’auto-rejet, c’était incroyable. L’étudiante s’empressa de revenir s’asseoir face à son assiette pleine d’un cassoulet tiède et posa ses mains sur celles, bien plus grandes, de son comparse.

- Ça suffit, ça suffit. J’en ai assez entendu. Tu ne m’as pas… effrayée, ou dégoûtée, ou je ne sais quoi. Ça n’a rien à voir, je pleure sans arrêt depuis des semaines, le monde tourne plus rond, tu te souviens ? Un maigre sourire emprunt de désespoir s’étira sur ses traits fins, t’es quelqu’un de génial Bobby. Excuse-moi de ne pas l’avoir dit avant, je ne suis pas… très bavarde, surtout quand ça va pas. On ne serait même pas sortis de cette épicerie sans toi, t’es un héros. Et les femmes sont idiotes pour la plupart, elles devraient se battre pour toi.

Et elle, se battrait-elle ? Est-ce que le souvenir de Ziggy pouvait l’empêcher d’envisager autre chose ? Une épidémie rongeait l’espèce humaine et elle ne se posait que des questions sans intérêt. Après l’avoir évité en accordant une importance particulière à sa fourchette, Selene chercha finalement le regard de son ami. Il était comme un enfant. Pur, gentil, candide. Elle ne pouvait pas le toucher… pas elle. Elle était un ange déchu, une moins que rien. Ses années de fac en étudiante modèle n’effaceraient pas son adolescence de débauche et son comportement autodestructeur.

- Franchement, tu veux savoir qui est le monstre entre nous deux ? La musicienne écarta les bras en parodie théâtrale, l’air résignée, tu parles à quelqu’un qui a achevé un homme agonisant il y a à peine quelques heures. Même s’il était condamné, même si on était en danger, je n’avais pas le droit de faire ça. Et… et…

Les sanglots l’étouffèrent mais elle les retint. Le visage exsangue de son voisin lui revenait, aussi clair que la pièce froide dans laquelle ils se trouvaient. Elle l’avait assassinée. Légitime défense ou pas, ses mains d’artistes étaient devenus des outils criminels. La jeune femme ne se rendait même pas compte qu’elle tremblait quand elle pressa ses paumes sur ses yeux. Des tremblements de démence latente, les symptômes de sa raison qui se fragilisait, mais elle se ressaisit en se redressant avec un sourire pathétique.

- Je m’appelle Selene. J’avais oublié de le dire, excuse-moi. J’étais musicienne avant, je voulais être pianiste, elle hocha la tête comme si elle éprouvait le besoin d’acquiescer à ses propres propos, Juliane est avec Ziggy. Je pense, il ne l’aurait pas abandonnée. Et s’ils sont ensembles, alors il l’aurait ramené dans sa boutique pour se cacher…

Rien n’était moins sûr pourtant. D’abord, ils pouvaient être morts. Si ce n’était pas le cas, les rôdeurs auraient pu les forcer à changer d’itinéraire. Ils auraient pu se séparer. Les incertitudes ne manquaient pas, mais l’étudiante savait qu’il leur fallait une piste. Un point de départ. C’était essentiel pour ne pas sombrer dans la folie.


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MessageSujet: Re: Two souls adrift ... (p.v. Selene)   Lun 28 Déc - 6:03

Le mastodonte écouta les paroles, parfois, douces et parfois dures, de l’ange à la peau d’albâtre. Il avait tellement vécu de moqueries, de méchanceté et d’actes de violences gratuites dans sa misérable vie que Robert ne voyait que ce côté de la médaille. Juliane, Abigail et maintenant Selene lui disait qu’il était un homme bien, un brave type. Pas juste une masse de muscles qui étaient utiles et qu’on pouvait jeter après usage. Il avait toute sa vie comme un Quasimodo des temps moderne, n’écoutant que les paroles blessantes des hommes, subissant le rire moqueur des femmes. Le regard de la bête se fit d’une extrême douceur. La pureté bleuté de ses yeux semblait si déplacé dans cet horrible faciès. Un sourire franc, sincère et débondant de bonté s’afficha sur les lèvres exsangues de l’homme à la silhouette déformé.  Le ton rauque, lent et hésitant du monstre de foire s’éleva avec légèreté, un manteau de bienveillance se déposa sus les épaules massives de Bobby.

Robert- C’est bien Selene? La musicienne hocha la tête et le sourire du géant se fendit juste aux oreilles. Euh… D’habitude je me trompe dans les noms. Il est très beau, j’aime la senorité… Euh… sonorité.

Parlant avec une conviction peu commune chez lui, une assurance qui sentit naitre dans cœur. Un peu comme si le monstre de foire parlait dans le chalet avec sa seule amie.

Robert- Tu n’es pas un monstre. Tu es une dame très gentille et qui est une pianiste… Euh… Tu m’as plus parlé en quelques heures, tu m’as tendu la main et sourit plus que bien du monde en dix ans de travail. Aussi tu m’as évité deux fois de me faire mordre. Tu es revenu quand tu pouvais parti. Tu as un bon cœur tu sais...


Avançant une main hésitante, au mouvement chavirant et gauche, Bobby la laissa en suspend par-dessus la table basse. L’homme du Kentucky se demandait s’il pouvait descendre sa main rugueuse sur celle, gracile et douce, de l’ange au teint d’albâtre. Souriant tendrement, repensant aux paroles si charmantes de la belle dame, Robert déposa sa poigne immonde sur celle de Selene. Le mouvement avait la subtilité d’un papillon se posant sur une fleur magnifique. Plongeant son regard bleuté dans le reflet si semblable au sien de la divine apparition.

Robert- Merci d’être là... Euh… Je n’aimerais pas ça que les femmes se battent pour moi tu sais. Elles risquent de se blessés et je ne veux pas que les gens se font mal… Euh… Si je peux te faire sourire et d’oublier les pleurs, je le ferais… Tiens.

Subitement, le mastodonte fit une grimace totalement loufoque qui ne manquait jamais de faire rire Juliane ou bien sa nièce adorée. Tirant la langue dans une direction des plus aléatoires, il fit pointer ses iris bleuté vers son nez disproportionné. Le mouvement fut si abrupte, si différent de ce visage aux traits durs et atypique qu’il déclencha un rire franc, honnête, pur et surtout bon enfant de la part du géant. Une sorte d’hilarité libératrice de l’ambiance oppressante de la pièce si impersonnelle.

Se contrôlant à peine, les épaules massives tressautaient aux mêmes rythmes que ce rire si joyeux, Bobby s’essuya les yeux d’une main massive. Respirant un grand coup, il parla de nouveau, avec un sourire dans la voix.

Robert-  Désolé, je voulais revoir le sourire que tu avais lorsque que tu jouais au piano Selene…. Euh… Ziggy est dans sa boutique avec Juliane j’en suis sur… Euh… Sinon je vais fouiller chaque recoin de la ville… Euh… Pour Juliane, pour Ziggy qui a l’air très gentil et pour toi aussi je le ferais… Euh…On doit manger avant que ça soit froid pas vrai?

Attendant la réponse de l’ange d’albâtre, Robert murmura alors un « Bon appétit ». La cuillère plongea alors avec instance dans la pitance et buchés se succédèrent avec une rapidité presque indécente. L’expression presque séreuse et honnête de l’homme se mua alors en celui d’une joie enfantine et les dernières cuillères furent englouties. Se frottant le ventre avec une satisfaction des plus visibles, la bouche de l’homme s’ouvrit. Mais aucune parole ne fut expulsée, juste un énorme rot des plus sonores. Se plaçant une main immense et couverte de cicatrices devant la bouche, la rougeur appaurau sur ses joue mal rasés. Un air totalement ahuri se dessina sur l’horrible faciès. Une lueur d’incompréhension traversa alors le regard bleuté de l’homme.

Robert- Désolé… Euh… C’était trop bon… Euh… Juliane dis que c’est mieux dehors que dedans, mais ce n’est pas trop gentil de le faire à table.

Tout à coup, l’homme déformé eut une idée. Un sourire revient en force et il se leva prestement, Robert leva un index gros comme une saucisse en direction de la musicienne. A voir les traits de son visage, on pouvait croire que le monstre de foire venait de découvrir le remède contre le cancer. Les mots du géant s’enchainèrent à la vitesse si élever d’un débit d’une mitrailleuse.

Robert- On va bientôt se coucher hein? Mais pas tout de suite d’accord… Euh… Je veux te faire une surprise.

En quelques enjamber, l’homme à l’armure de chair répugnante pénétra dans la chambre et saisit le couvre lit. L’immense couverture mis en boule semblait dérisoire dans les mains immenses du mastodonte. Engloutissant la couverture dans la sécheuse, Bobby ajouta une feuille qui sentait le doux parfum d’un champ de fleur. Réglant le minuteur à cinq minutes, il revint alors dans le salon avec un air d’écolier qui venait de jouer un tour pendable à son instituteur. Prenant la vaisselle sale, l'homme alla la mettre dans le l’évier. Il ne put ajouter, pour titiller la curiosité de la splendide dame.

Robert- Selene ce sera prêt dans 5 minutes… Euh… Tu veux jouer du piano encore s’il te plait? C’est si beau et je ne pourrais pas te l’emmener il est trop gros.

Remettant l’essentiel des provisions chapardé dans son sac à dos, Robert sortit un roman écornés des tréfonds de sa besace. Ensuite il saisit un fauteuil et alla le placer près de la porte de la chambre. Robert chantonna avec une douceur et une tranquillité rassurante. Après le 5 minutes, le géant déformer prit le couvre-lit qui sentait si bon et alla le placer sur le lit. Il emmena ses possessions près du fauteuil et quand la douce dame arrive, il dit avec une douceur et une franchise des plus déroutantes.

Robert- Voilà, le couvre-lit et chaud et sent bon… Euh… Sandra adorait ça. Tu vas bien dormir Selene. Moi je serais ici et personne ne va venir te déranger… Euh… Je me demandais un truc…

Indécis il pointa le poteau de danse et les miroirs du plafond de la chambre.

Robert- Tu sais pourquoi ce poteau  est là? Euh… Il ne sert pas à tenir le plafond… Euh… Et les miroirs servent à quoi au juste? À se peigner dans le lit?

Écoutant la réponse de l’ange d’albâtre, Bobby ne put s’empêcher de rougir aussitôt.

Robert- EUH… Bonne nuit Selene. Si tu as besoin de moi, je reste là.

Gêner, il s’assit donc dans le fauteuil et il ouvrit le roman. Le titre était le Magicien D’oz. Trouvant le signet, la bête articula silencieusement les mots qu’il déchiffra à peine. C’était le roman de sa nièce adorée et il s’était mis en tête d’essayer de le lire. Au but d’une heure, des gémissements s’exfiltrèrent de la porte entrebâillée. Robert connaissait bien ces mots à peine chuchoter. Juliane avait fait des cauchemars et avant elle Sandra aussi. Ne voulant pas imposer sa présence immonde à la douce musicienne, la bête au physique disgracieux s'abstena d'entrée dans la chambre. Mais les paroles de son ange adoré qui avait quitté ce monde cruel revinrent alors en mémoire.

Sandra- Oncle Bob. Tu sais qu’à chaque fois que j’avais un cauchemar, tu te souviens que tu me chantais des airs joyeux et reposants? Les paroles arrivaient à s’infiltrer dans mes cauchemars et je pouvais me réfugier dans tes bras. Tu venais combattre les méchants…

Aussitôt la voix pur, rassurante et réconfortante de l’homme tant diminuer s’éleva pour englober la musicienne tourmentée par des rêves impies. Un doux chant qui pouvait être une bouée de sauvetage pour l’âme en perdition de Selene, un don magnifique que le géant proposait au compte-goutte de peur de déranger. Robert chanta et chanta plus qu’un air pour rassurer dans son sommeil la perle d’humanité qui ne savait pas qu’elle en était une.  



Quand le sommeil venait prendre son dû, le mastodonte ne pouvait s’empêcher de rêver d’Abigail et de Juliane, les deux dames qui semblaient tant tenir à l’erreur de la nature. À la consternation du géant, il vit apparaître aussi Selene qui discutait avec les deux anges présents.  Dès qu’un bruit troublait le repos de l’amas de muscles, la main du monstre se tendait vers le manche de la hache. Quand l’esprit lent identifiait la cause du bruit, un craquement qui déchirait le silence de la nuit ou bien la voix haletante de l’ange à la peau d’albâtre, le mastodonte recommença chanter. Comme pour rassurer la duce dame qu’il sera toujours là pour elle.



Perdre les gens qu'on aime vous affecte en profondeur. La douleur est ensevelie dans votre corps, votre âme et votre cœur. Et en résulte alors un énorme gouffre de souffrance et de douleur. Ce gouffre peut transformer un être de lumière en ténèbres...
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Two souls adrift ... (p.v. Selene)

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