The Walking Dead RPG

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- Old World Blues -
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MessageSujet: Re: Old World Blues   Sam 23 Déc 2017 - 7:41
La quadragénaire conservait son air fermé, bras croisés sous sa poitrine, mais elle écoutait les répliques de sa cadette. Enfin, elle avait l’impression de vraiment saisir ce qu’elle voulait lui dire et… perdit son envie de continuer à l’enguirlander. Pour le coup, April acceptait de s’être trompée car le discours de l’instructrice résonnait en elle bien plus qu’elle n’aurait voulu l’admettre. N’était-elle pas dans le même cas quelque part ? Son esprit n’était-il pas coincé entre un futur terne et un passé fantomatique ? Heather était exactement ce qu’aurait été la blonde sans Rowen – si elle avait survécu jusque-là.

En vérité d’ailleurs, là où son interlocutrice pourrait avoir raison – bien qu’elle ne lui avouerait jamais – c’était sur le fait que, peut-être, son fils de cœur gardait autant la foi car il n’avait pas été aussi violemment écharpé que la plupart des autres. Il avait bien sûr perdu des amis, des collègues, tout une vie ; mais sa mère et sa sœur étaient en Europe, ses grands-parents étaient à Atlanta. Ils n’avaient eu aucune nouvelle et pouvait garder l’espoir qu’ils vivent encore. La femme qu’il aimait secrètement s'était avérée être encore en vie et s’était prise à l’aimer en retour. L’illustrateur avait eu de la chance dans son malheur, il n’avait pas eu à voir se déchirer dans le sang tous ceux qui lui étaient chers.

- Et après ? Demanda-t-elle suite aux confidences de Heather, on attend juste la fin du « match », même si les prolongations durent 10 ans ? Sa voix s’était radoucie, ses traits aussi et désormais, elle s’incluait dans le même sac que sa cadette, je pensais comme ça aussi, que je ne pouvais de toute façon plus avoir une autre vie, et puis…

Ses mots se suspendirent alors que ses bras se décroisèrent. Et puis Kerwan l’avait aidée à y croire à nouveau. Aller savoir réellement pourquoi mais le trentenaire lui avait insuffler l’idée que même à son âge, même avec tout le bagage qu’elle transportait, April avait aussi droit à une page blanche ; ou presque. Elle n’irait pas jusqu’à dire que tout allait être rose désormais ni à affirmer qu’elle nageait dans le bonheur. Loin de là. Ses cauchemars récurrents trahissaient le fait qu’elle était toujours aussi profondément ravagée de l’intérieur, mais… elle avait fini par comprendre que ce n’était terminé pour personne. Pas avant de donner son dernier souffle.

- Enfin, se coupa-t-elle pour ne pas avoir à aborder la pente glissante qu’était le sujet de ses sentiments avec l’instructrice, ce que je veux dire c’est que… j’ai fini par me demander s’il n’avait pas raison. Parce que pire que de relancer une partie et d’échouer tout de suite, elle restait sur la même métaphore pour essayer de pas perdre le fil qu’elles avaient trouvé pour communiquer, ça pourrait être de jouer des prolongations interminables et de se rendre compte qu’on aurait eu le temps pour un nouveau match.

Ça ne lui ferait pas oublier sa famille, ni toutes les personnes qui avaient compté, mais la quarantenaire se posait très sincèrement la question. « Pouvait-elle n’exister que pour les autres » ? Comme un vaisseau fantôme, sans port ni attache, naviguer au gré du vent parce que ses voiles restaient accrochées. April n’avait pas envie de devenir une épave mais n’était pas certaine d’avoir la force de voguer à nouveau.
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MessageSujet: Re: Old World Blues   Sam 23 Déc 2017 - 20:09
April sembla se calmer un peu et la tension redescendit d'un coup. Peut-être que la blonde comprenait enfin le point de vu de l'Italienne. Ou bien, elle était simplement lassée de se battre avec quelqu'un qui ne ripostait pas. Par conséquent, Heather put à nouveau se détendre un peu et admirer le début de migraine qu'elle avait attrapé.

Bien que le débat philosophique ne soit vraiment pas sa came et qu'il soit visiblement un vrai nid à emmerdes, Heather écouta avec attention ce que déclara son interlocutrice. La question du "et après ?", la jeune femme ne se l'était pas vraiment posée depuis bientôt trois ans. Elle vivait au jour le jour. C'était là un peu son mode par défaut. Attendre 10 ans comme ça ? Pourquoi pas ? Vu comment le destin y mettait peu du sien, c'était là une possibilité.

"Tout dépend de valeur que tu accordes à ce match."

Répondit l'ancienne militaire. C'était là une réponse facile mais il ne fallait pas s'attendre à plus de sa part. Ses études portaient bien moins leur attention sur les lettres et sur la rhétorique que sur la manière de combattre son prochain. La métaphore commençait également à la gonfler. Il était temps de changer de sujet avant que sa co résidente ne cherche à la faire changer d'avis. Maintenant qu'elle y songeait, elle ne connaissait presque rien de la vie d'Happy. Puisqu'elles finissaient toujours par se faire la gueule et qu'Heather cherchait maintenant clairement à l'éviter quand elle le pouvait, la blonde était une inconnue en quelque sorte.

"Maintenant que j'y pense, c'est la première fois que tu me parles de toi. Tu as déjà depuis longtemps une idée de mon CV, mais moi j'ignore tout de ton pedigree. Ce n'est pas super fair-play m'dame. Laisse moi deviner... Démocrate par convictions, un job dans la presse genre, journaliste ? Je ne vois pas la flamme républicaine dans ton regard. Et j'suis experte en la matière : je bossais au quotidien avec des flics !"

Heather imaginait bien son interlocutrice dans les bureaux d'un journal local quelconque. Et puis, la fibre démocrate expliquerait en partie la défiance affichée d'Happy envers les forces de l'ordre. Après tout, elle ne cherchait pas vraiment à la cacher de sorte que même l'Italienne était parvenue à s'en rendre compte. Et puis, parler banalités éviterait au moins d'avoir à continuer sur le thème trop sérieux qui avait jusque pourri l'ambiance...
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MessageSujet: Re: Old World Blues   Dim 24 Déc 2017 - 3:03
La valeur qu’elle accordait au match… la répartie était valide. April ne pouvait pas en vouloir à sa cadette d’avoir une vision différente de la vie. Leurs existences n’avaient pas été comparables et si Heather avait reconnu ne pas pouvoir savoir ce que la quadragénaire pouvait ressentir, cette dernière ne pouvait décemment pas imaginer les émotions de l’instructrice. Celle-ci profita alors de son silence pour une diversion qui lui fit hausser un sourcil. C’était… étrange d’entendre à nouveau parler de « conviction démocrate » sachant ce qu’étaient devenus les parties politiques de leur beau pays. L’analyse n’était pas précise mais pas mauvaise. Le coin des lèvres de la blonde se plissèrent brièvement avant qu’elle ne réponde :

- Je n’étais pas journaliste, j’étais chargé de relation presse pour une entreprise de meubles artisanaux. C’était… moi qui contactait les revues spécialisées pour leur réserver des encarts, qui préparait les dossiers de presse, qui rédigeait leur catalogue, qui répondait aux questions des médias si besoin, expliqua-t-elle en moulinant de la main pour dérouler la liste non exhaustive de ses fonctions.

Quelqu’un de la trempe d’April était parfait pour ce poste, car il fallait souvent batailler pour obtenir un huitième de page à prix abordable dans un magazine, ou faire diffuser un communiqué de presse pour la sortie d’un produit, ou veiller aux propos d’une chaîne venue faire un reportage sur leur activité. Elle adorait son travail ainsi que ses collègues. Ils étaient comme une seconde famille : une start-up qu’elle avait vu démarrer en 1998 et qu’elle n’avait ensuite jamais quitté, dans les bons comme dans les mauvais moments.

- Et j’accepte de te confier que j’avais voté les deux fois pour Barack Obama si ça n’ouvre pas un débat politique.

Elle esquissa un sourire et s’assit finalement dans l’une des chaises installées autour de la table ronde de la bibliothèque. Avec tout ça, elle en avait complètement oublié de choisir un livre ou de fuir la présence d’Heather. C’était vrai que depuis le jour où les deux amies l’avaient « recrutée », seule la brune avait eu à répondre aux questions. Soit. April pouvait faire l’effort de lui rendre la pareille en quelques mots. Ses doigts faisaient machinalement tourner l’alliance autour de son annulaire gauche.

- J’étais mariée depuis 12 ans quand tout a commencé et j’avais deux fils de 25 et 14 ans.

C’était un début et il lui fallut prendre une longue inspiration pour ne pas laisser l’amertume l’étrangler. En reparler suffisait à lui permettre de revoir clairement leurs visages, leurs sourires, leurs expressions les plus subtiles. Une rapide estimation des âges pourraient amener l’italienne à s’interroger sur ce qu’elle ne disait pas – ce qu’elle ne disait généralement jamais. Sa première grossesse par exemple. Un aîné aussi grand, c’était plus de la moitié de son âge à elle. Pour éviter cette pente glissante elle relança immédiatement :

- Tu avais quelqu’un toi ? Jusqu’à maintenant, parmi tes proches, tu n’as évoqué que ton père et ta… binôme. Très vaguement.

En effet, s’ils savaient globalement qui avait été le « caporal Wu » et la façon avec laquelle elle avait mené sa carrière, ce n’était pas la même chose avec « Heather Wu ». April peinait même à deviner son âge, tant sa gestuelle, son discours et son expérience de la vie – ou de la mort plutôt – tendraient à la faire paraître pour plus vieille. Pourtant avant d’être une ancienne militaire, elle était une femme ; c’était peut-être la voie à exploiter pour espérer qu’elles puissent s’entendre un peu mieux.
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MessageSujet: Re: Old World Blues   Dim 24 Déc 2017 - 15:26
La première réaction d'Heather en apprenant qu'April avait bel et bien travaillé avec la presse fut quelque chose du genre : "I knew it!". Bon, après elle ne s'attendait pas vraiment à ce que l'ancienne profession de la blonde soit liée à la fabrication de meubles. En fait, elle avait même du mal à imaginer ce à quoi devait ressembler le travail dans cette branche. Pour elle, un chargé de presse était un type qui expliquait aux journalistes ce qu'ils devaient dire s'ils désiraient conserver leurs accréditations officielles.

Le fait qu'Happy ne désirait pas commencer un débat sur le sujet de la politique intrigua néanmoins la jeune femme. Bon, elle admettait néanmoins voter démocrate ce qui collait bien au personnage du point de vue de l'Italienne. En réponse à cette confidence, Heather leva le poing et déclara le sourire aux lèvres : "ni dieu, ni maîtres". Cela tenait bien plus de la plaisanterie que de vrais convictions politiques. Elle était apolitique depuis toujours. Qui se soucie des scandales ou de la délinquance à plusieurs centaines de kilomètres de chez soi ?

Quand April détailla sa situation familiale, Heather resta silencieuse. Elle se doutait qu'April fût mariée. Elle portait toujours son alliance après tout. Le fait qu'un de ses gamins ait 25 ans étonna un peu tout de même l'ancienne militaire. La blonde semblait n'être que dans le début de sa quarantaine. Le fait qu'elle ne donne aucun nom ou ne s'attarde pas trop sur le sujet ne devaient rien signifier de bon. C'était presque comme si un panneau "champs de mines" venait d'apparaître devant la trentenaire.

L'Américaine renvoya la balle dans le camp de l'Italienne en demandant si elle avait quelqu'un. Ça, Heather s'y attendait. LA question. Surjouant l'indignation, elle répondit donc :

"Eh, j'suis pas tant un monstre que ça ! Bien sûr qu'il y avait des gens dans ma vie !"

Le grand sourire qui s'était dessiné sur son visage disparu aussi vite qu'il était apparu. Par quoi commencer ? La famille ? Les amis ? Tess ? Hésitante, elle répondit à la blonde sur un ton un peu plus sec :

"Mon paternel tient une agence de voyage à Chicago. Ma mère, elle a un restaurant à Milano. Je suis fille unique mais je peux dire que j'ai une dizaine de frangins que j'ai rencontré durant mon stage au STA. Trois étaient morts avant l'épidémie. Deux dans un accident de voiture, un à Bassora. Un a disparu des radars après avoir perdu une jambe."

Heather soupira. C'était là pourtant la partie la plus facile. Puisqu'elle avait commencé à se mettre à table, il serait minable de s'arrêter là. Elle sera le poing avant de continuer.

"J'aurai peu l'épouser ce con-là. C'est lui qui m'a fait découvrir Seattle... J'ai pas d'enfant. Je ne voulais pas qu'un gamin ait à vivre avec l'idée que sa mère pouvait très bien disparaître à l'autre bout du monde entre six mois et indéfiniment chaque année. Après lui, rien de sérieux jusqu'à ce que je rencontre Tess."

Le mot était lâché. C'était la première fois qu'elle prononçait son nom depuis le début de l'épidémie. Et ce n'était pas vraiment une délivrance, bien au contraire. Un sourire nostalgique se dessina sur son visage alors que sa main gauche serrait l'accoudoir comme si cela pouvait lui éviter de chuter.

"C'était mon spotter durant mon premier tour avec une PMC. Elle est devenue sergent dans la police de l'état après ça. C'est elle qui m'a fait raccrocher. Un type lui a fait sauter le crâne au début de l'épidémie alors qu'elle sortait de sa voiture..."
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MessageSujet: Re: Old World Blues   Dim 24 Déc 2017 - 18:21
La connaissant encore trop peu, April ne sut pas comment réagir à la petite boutade autodérisoire de sa cadette et esquissa finalement un sourire avec un temps de décalage. Celui-ci disparut presque immédiatement alors qu’elle plongeait dans l’intimité d’une femme en apparence si forte, qui se révélait au moins aussi humaine que n’importe qui d’autre. La quadragénaire nota qu’Heather parlait de sa famille au présent. Comme si dehors, l’hiver ne masquait pas une horreur entamée deux ans plus tôt. Milano, est-ce que c’était en Italie ? Ça expliquerait son accent en tout cas, qu’elle avait fini par ne plus remarquer.

L’aîné n’osait pas l’interrompre pour poser des questions en voyant l’instructrice si bien lancée, alors elle supposa que certains termes – STA, spotter, PMC – étaient liés à sa profession de militaires. De la même façon, elle ne savait pas si son potentiel mari avait littéralement « disparu sous les radars après avoir perdu une jambe » ou si c’était une autre métaphore. Pas besoin des détails pour appréhender la vie de la trentenaire : fille unique, partagée entre les Etats-Unis et l’Europe, s’est épanouie dans l’armée et y a rencontreé les personnes qui lui ont été les plus chères.

Les yeux d’April qui la fixaient jusque là se baissèrent brièvement, par pudeur en entendant prononcer le prénom de Tess. Une femme. Elle devina que c’était elle qu’Heather avait régulièrement sur le bout des lèvres sans, jusque-là, parvenir à prononcer son nom. Sa « binôme », disparue, assassinée plutôt. Douloureusement, la quarantenaire déglutit, touchée plus qu’elle ne saurait l’admettre par l’histoire à fleur de peau qui résumait l’existence de l’italienne. Effectivement : on pouvait comprendre qu’après toutes ces estoques, elle ne voulait plus envisager continuer.

- Je suis désolée, murmura-t-elle, très sincèrement capable d’imaginer ce que sa cadette avait pu ressentir.

Ce fut avec un peu de retard qu’elle percuta que l’instructrice avait aimée cette Tess. Vraiment. Comme une amante, pas comme une amie. Pas qu’elle avait quelque chose contre les relations homosexuelles, juste… elle n’y avait pas pensé. Son esprit avait été occupé par bien d’autres sujets ces dernières années que les conflits d’identité sexuelle qui avaient un jour déchiré l’opinion public. Estimant les confidences d’Heather à leur juste valeur, April prit une grande inspiration pour se jeter à son tour à l’eau, plus explicitement :

- Mes fils s’appelaient Bruce et Antwan… c’est lui, le plus jeune, qui a été mordu au début de l’épidémie et… on ne savait pas quoi faire, personne ne pouvait nous aider. Quand il est… mort, on ne savait pas qu’il reviendrait et qu’il… qu’il…, ses paupières s’écarquillèrent légèrement, les images macabres se redessinaient devant ses yeux, il a attaqué son frère. Il lui… mangeait le visage quand on l’a trouvé…, elle se pinça les lèvres en détourna le regard, c’en était trop pour l’âme d’une mère, et ce n’était que le début, c’est Arthur qui a dû les… arrêter. Pendant un temps, ça n’a été que lui, moi et Rowen, puis… une bande de types nous a attaqué. Ils voulaient toutes nos affaires et me…, elle haussa les épaules, c’était préférable à prononcer le mot « violer », ça ne rendrait ses souvenirs que trop concrets, Arthur a voulu nous défendre, à un contre quatre.

La mine de la quadragénaire laissait entendre qu’il ne s’en était pas sorti et taisait le reste. Que c’était elle qui avait pressé la détente et tuer les voyous que son époux n’avait pas grièvement blessé, qu’elle n’avait pas réussi à le sauver, qu’elle avait veillé à son chevet jusqu’à ce qu’il parte, qu’elle avait dû le tuer une seconde fois en découvrant que même les défunts non-mordu revenaient. Sa famille était tout pour elle. Son plus bel accomplissement, sa plus grande source de bonheur, et elle lui avait été arrachée si violemment…

Après ça, elle ne sut rien dire. Par pudeur, surtout. Toutes les deux venaient de rouvrir des plaies profondes et même si la curiosité la pousserait à poser des questions sur le passé de l’instructrice, et notamment sa relation avec Tess, elle n’était pas certaine que ce soit une bonne chose. Elles avaient déjà chacune fait un pas énorme vers l’autre, précipiter l’échange ne ferait que les laisser exsangues.
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MessageSujet: Re: Old World Blues   Lun 25 Déc 2017 - 20:33
Maintenant qu'Heather avait vidé son sac, elle ne se sentait pas plus légère pour autant. La sympathie de la blonde n'adoucissait en rien la douleur liée a la perte de presque tous les êtres chers à l'Italienne. Mettre du baume sur fracture ouverte, ça ne change pas grand chose. Elle hocha tout de même la tête en remerciement.

April se sentit visiblement le devoir de faire un autre pas vers la jeune femme en apportant des précisions sur sa famille. Heather se doutait qu'il y eût eu une catastrophe. Mais elle ne pouvait imaginer quelque chose d'aussi glauque. Qu'un fils en tue un autre après avoir été infecté ? Merde alors, y avait sans doute de quoi devenir fou. Bon, un fou dans ce monde, ça faisait sans doute ton sur ton. Elle ne pouvait pas comprendre la douleur de perdre un enfant, mais elle pouvait toujours comme la blonde l'avait fait avant elle dire qu'elle en était désolée. Ça ne changerait là encore rien.

Lorsqu'elle conclut sur la mort de son mari, Heather leva les yeux au ciel. Ce monde était vraiment pourris. La vitesse à laquelle la pandémie avait détruit la civilisation était tout bonnement incroyable. Celle à laquelle les ordures s'étaient multipliées également. Là encore, les mots manquaient à la trentenaire.

"Qu'ils reposent en paix."

Ça lui semblait mieux que dire qu'elle était désolée. Maintenant c'était visiblement son tour. La blonde s'étant murée dans un silence, Heather ajouta :

"Tu veux savoir ce qui me détruit le plus ? J'avais accès à un tas d'informations. J'entendais les copains et les collègues dire qu'ils voyaient des trucs dingues. J'avais littéralement des tonnes de témoignages plus dingues les uns que les autres. Et j'ai assemblé le puzzle trop tard. Je suis arrivée devant son poste une heure trop tard."

S'était là un fait qu'elle se reprocherait toute sa "non-vie". Si elle avait pris une autre route, si elle avait compris dans quel bourbier l'état s'enfonçait, elle aurait pu être là. Ça n'aurait peut-être rien changé, mais elle aurait été là.

"J'imagine que mon aide n'aurait pas apporté grand chose. Y aurait sans doute eu juste plus de sang sur ce foutu parking. Au moins, elle est morte en faisant ce qu'elle aime. J'imagine que ça doit être une sorte de consolation."
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MessageSujet: Re: Old World Blues   Mer 27 Déc 2017 - 12:27
April hocha imperceptiblement la tête. Qu’ils reposent tous en paix, oui, c’était la moindre des choses. La moindre des consolations. Qu’ils n’aient pas à continuer à vivre avec la culpabilité et la peur de devoir encore affronter le pire. Dans les nouvelles confidences de sa cadette, la quadragénaire ne pouvait s’empêcher de se reconnaître. Pas parce qu’elle avait eu des indices, mais parce qu’elle aurait dû le pressentir, non ? N’était-ce pas le rôle d’une mère de toujours savoir protéger ses enfants ? N’était-elle pas censée avoir un sixième sens pour la prévenir du danger ? Elle aurait dû savoir que laisser sortir Antwan n’était pas une bonne idée, elle aurait dû rester éveillée après son décès, elle aurait dû trouver un endroit où les mettre en sécurité…

La conclusion d’Heather l’incita à se pincer les lèvres. Sa binôme était effectivement morte en faisant ce qu’elle aimait, mais… il n’y avait pas de belle ou de mauvaise mort, pas plus qu’il n’y avait de vrai ou de faux survivants. L’équation était impitoyablement binaire : on respirait ou on ne respirait pas. On dévorait les autres ou on redevenait poussière. La blonde haussa doucement les épaules, une moue fataliste s’ébauchant sur ses traits fatigués.

- Au final, on est pas les plus chanceux ; à devoir continuer de vivre avec tous les regrets et les remords.

Ils étaient maudits. Ce qu’ils avaient fait, ce qu’ils n’avaient pas fait. Ils en avaient tous certainement une liste suffisamment longue pour ne pas avoir besoin de se lancer dans un concours. April repensait à ce que l’italienne venait de lui dire : son aide aurait-elle changé quelque chose si elle avait réuni plus tôt les pièces du puzzle ? En fin de compte, elles ne le sauraient jamais. Toutefois…

- Peut-être qu’on aurait tous pu faire la différence et qu’on a juste mal réagi.

La panique générale qui les avait poussés à se recentrer sur eux-mêmes, à dévaliser les magasins pour se terrer dans leur pavillon, à s’embourber dans les embouteillages ou à s’entasser dans des camps en jouant des coudes pour avoir une place. Et s’ils avaient su rester calme ? S’ils avaient laissé aux autorités le temps de faire leur travail ? Avant ça, s’ils avaient commencé à s’interroger plus tôt au lieu d’accepter les balivernes diffusées pour les endormir ? Ils s’étaient tous comportés comme des moutons, suivant aveuglément le berger mais terrifiés par la meute de loup. La quadragénaire en venait régulièrement à blâmer la police et l’armée par la pensée mais en vérité, eux, les civils, n’avaient pas mieux géré la situation.

April rouvrit la bouche… et la ferma finalement. Elle ne savait pas quoi ajouter qui ne ressemblait pas à une parole toute fait plus ou moins destinée à réconforter Heather et il y avait de fortes chances qu’elle n’y soit – à raison – pas sensible. Le silence était bien plus authentique pour partager leurs peines, bien moins traître. L’aîné fit finalement un signe de tête vers les étagères de livres pour demander :

- Il y en a un que tu me conseilles ?
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